‹ Fourier et Napoléon, l'Égypte et les cent jours, mémoires et documents inéditsChapitre 25 sur 34 · LEGTPTE £T LES CENT JOURS · texte numérisé non relu

LEGTPTE £T LES CENT JOURS

titor t II ftrt heareux du moins , en ce qu'il n'a eom» <|Qe le

triomphe de cette armée , il n'a point eu la douleur d^appren-» dre le crime qui lui a enlevé un chef illustre et chéri.

Desaix connaissait les moindres détails de toutes les actions d'édat; et lorsque la fortune lui avait r^asé de participer à une vlctoire^il lUIait du moins qu'il vitleeliampdelMitBille. Il lui semblait qu'il devait concourir à tout ce qui se faisait de grand et d'utile; il eût envié de pouvoir dans le même temps porter nos armes au delà du Rhin, disperser les Ottomans à Héliopolis, et vaincre à Marengo; il aurait voulu être leeontemporain de tous les héros. L'admiration ^ l'amitié et le désir d'obtenir en l'imitant une gloire immortelle, l'nnissafent au premier général de l'armée d'Orient , qui lui accorda l'honneur de conquérir l^Said. Desaix fit jouir de la paix la plus profonde te pays où il porta nos armes ; homme sensible et guerrier philosophe , il regardait le bonheur de civiliser comme le seul prix digne de la victoire. Il pensait que l'on doit des respects à tous les peuples, de quelque manière qu'on arrive sur leur territoire. Il avait repoussé les Mamelouks au delà des déserts et des rochers deSyenne, dès ce moment il n'y eut plus de conquérant dans la haute Égypte; et il eût été difiiciiede reconnaître s'il était le vainqueur, ou s'il n'était point un ancien and à qui les habitants domudent une lionond>le hospitalité. » — Les lettres, qui ne perdent Jamais le souvenir de ce qu'on a fait pour elles» ne laisseront point effacer sa mémoire; il les aimait, il les a servies ; elles lui doivent cette sécurité inaccoutumée avec laquelle on a observé les monuments de rancienne Egypte^ dans des lieux on, Jusques avant lui, l'âme était partagée entre l'admiration et le sentiment du péril de la vie.

Je ne rappellerai point les traitements injustes qu'il éprouva de la part des ennemis , lors de sou pasîsage en Europe ; il n'est pas toujours donné aux âmes communes de pouvoir offenser un grand homme, etleurs iiûu'^i^ ^'^^^ pas atteint.

Sa/l LEGYPTB ET LES CENT JOURS.

Les triomphes des armées françaises étalent tons présents

à sa mémoire, et l'âme remplie de tant de souvenirs , il pensait que Ton distinguerait difflcilemeut ses propres actions parmi cette multitude de faits éclatants qui se trouvent aceomnlés et pressés dans le court intervalle de quelques années. Il craignait de n'ayoir point assez finit poar vivra dans la postérité. Ses regrets sont nn hommage rendu à la gloire militaire de son siècle et surtout au héros qu'il avait choisi pour modèle. Desaix pensa que toutes les places de l'immortalité étaient occupées par ses contemporains et n'osa reconnaître la sienne; mais Thistoire ne manquera point à ses vertus. Son nom a retenti snr les rives du Bhin, il a été porté jusqu'aux rochers de la Nubie qui marquent tes anciennes limites de l'empire romain , il est écrit en lettres immortelles sur la terre de Mareogo, il est consacré par la douleur de la patrie et la reconnaissance empressée de tous les bons citoyens.

Si Desaix venait à paraître au milieu de vous avec cet

extérieur simple et modeste qui convenait si bien à cette âme extraordinaire , il vous dirait : «O mes amis et mes « compagnons d'armes , j'ai contemplé votre gloire et j'ai « craint d'être oublié. Reprenez tous ces lauriers que vous « venez déposer sur ma tombe, ils vous appartiennent, et « c^est vous que ces inscriptions Iwnorent. Je tous recon- «nais, guerriers qui illustrâtes la retraite de la Bavière, « et vous qui concourûtes à la défense de Kell ; vainqueurs « d'Italie, j'ai vu sans regrets couler mon sang dans une « cmitrée remplie de vos souvenirs; et vous qui marchâtes « avee moi dans le Said , tous les succès que vous m'attribuez « sont le prix de vos travaux et de votre courage ! »

Tels furent, citoyens, les vrais sentiments de ce grand homme de guerre ; il pensait avec raison que les monuments élevés en l'honneur des généraux sont des titres de gloire pour les soldats. C'est ainsi que la patrie élève des autels à

l'kgyptb et les cent J01]RS

beaucoup de vertus ignorées. Elle n'honore point un senl

homme, lorsqu'elle assemble les trophées d'un guerrier illustre ; elle célèbre moins son nom que ses grandes actions, et les mêmes hommages s'adressent à tous ceux qui ont ooncoum aux services éclatants qu'il a rendus*

DocuMEMx IV, — (Page 6.)

PIÀCBft OIVBH8X8 OOVOBRVAVT L*HItTOIHB XJRSEAIBX

1>£ LEXPÉDITIOUr d'eGTPTB.

Page 1