‹ Fourier et Napoléon, l'Égypte et les cent jours, mémoires et documents inéditsChapitre 28 sur 34 · L£GTPX£ £T LES CENT JOURS · texte numérisé non relu

L£GTPX£ £T LES CENT JOURS

Les propriétés légitimement acquises par les particuliers sont garanties par ie gouvernement français et il ne pourra y éhie porté aucune atteinte.

Le général de l'armé française garantit à Mourad Bey la Jouissanee des revenus de son gouvernement et lui fournira en cas d attaque les moyens de les conserver. Si le territoire occupé par les troupes françaises est menacé d'une agression ennemie quelle qu'elle soit, Mourad Bey sera tenu de fournir un corps de troupes auxiliaires Jusqu'à la concurrence de la moitiéde ses forces. La subsistance de ces troupes sera fournie par le gouvernement français.

Les cultivateurs de chaque village ne pourront point se réfugier du Saïd sur le territoire occupé par les Français, et réciproquement.

Les déserteurs d'une armée à l'autre seront à Tavenir renvoyés de part et d'autre.

DoGUMBui n° vu. (Page 228.)

Discours sur les sciences, prononcé par Fourier, à Vouverture éPune séance publique de la Société des sciences et des arts de Grenoble,

Le plus éloquent des philosophes de la Grèce recommande l'étude des sciences, parce qu'elles sont amies de tous les hommes. C'est en effet vers les avantages généraux de la

société humaine que les sciences dirigent leurs efforts. Elles appartiennent en propre à toutes les nations, à tous les âges. £lles subsistent au milieu des générations qui s'écoulent; elles forment leur patrimoine commun. Si les progrès des sciences intéressent chacun de nous, si toute découverte importante est un bien offert à nos semblables, les hommes illustres a qui nous en sommes redevables, trouvent dans

334 li'iGTME ET LES CENT 70UHS.

1611» ptopm floeeès la pins noUe el la plu glorimuo des

lé60inp6D968*

L'occasioa de procurer un bienfait à un seul homnoe est par elle-même précieuse et désirable, et Ton s*estime heureux de ne point la laisser échapper; quelle sera donc la satisfaoliiNi de œloi dont h» traTOix immortels penTent servir llmmanlté tout entière?

Mais on a contesté Tinfluence favorable des arts; elle est devenue l'objet de discussions dans le sein raème des nations civilisées. Il ne fallait qu'interroger les contrées du globe où la lumière des sciences n*a point encore pénétré : c'est laque Ton peut distinguer les effets inévitables de l'ignorance; que le droit de gouverner n'est que le pouvoir de nuire et consiste en effet dans l'exereloe impuni d'une autorité sans prin> cipe et sans frein ; que les peuples, devenus la proie des passions les plus abjectes, ne jouissent d'aucune sûreté ni pour les biens ni pour les personnes ; que la qualité d'homme, enûn, n'inspire aucun respect et qu'on ne lui accorde pas nième la pitié* n faut tgouter que ces peuples sont privés des avantages immuables qui résultent de l'ingénieux concours de la nature et de l'art ; que leur propre territoire leur est, pour ainsi dire, étranger, en ce qu'ils ne peuvent ni le défendre pendant la guerre ni l'embellir pendant la paix. . Les arts et les sciences que r£urope a cultivés offrent sans doute des ressources précieuses à la société civile, mais un plus grand bienfait peut-être est de rendre les nations sensibles et polies , d'élever l'âme et d'ennoblir l'usage de la raison. Pour ne citer que les sciences dont l'exactitude ne peut être contestée , on a mesuré les dimensions et la forme du globe que nous habitons; on a découvert les forces physiques qui déterminent sa figure ; et les observations recueillies dans les derniers voyages à l'équateur et aux p51es ont confirmé les résultats du calcul. On a décomposé l'air que nous

L'itoTFTB £T LBS CMÈt lOUBS. 335

nq^trans,reaaqniparali8aitiméiéiiie^ ibraié de Ti^enn élastiques , et jusqu'à la Inmiâre du Jour* On connaît les pro-

TMiétés de Tair, sa nature et son poids ; on a soumis au calcul les mouvements dont il est agité , soit qu'il propage plusieurs sons, soit qu'il les transmette aux échos qui les réfléchissent , ou qu'il retentisse des impulsions harmoniques des corps sonores. La subtilité et la vitesse immense de la lumière ne s'est point dérobée à nos recherches ; elle a été divisée en rayons diversement colorés, et l'on sait exactement combien elle emploie de minutes pour parvenir du soleil jusqu'à nous. On a expliqué TinflLience des astres sur les mouvements périodiques des eaux de l'océan» et ses effets les plus variés peuvènt être calculés et prévus ; les causes qui tendent à troubler l'équilibre des mers et celles qui les arrêtent et les remettent dans leur Ut. H n'y a dans les sciences aucun espace où les regards de l'homme ne se soient portés. Il a inventé des instruments pour suppléer à Tusage naturel de ses organes ; il a découvert des corps célestes qui semblaient devoir édiapper à tous ses sens. Ncm-seulement nous avons observé le cours des astres et mesuré les distances inaccessibles qui les séparent, mais ce qui est plus encore, nous connaissons les lois générales auxquelles tous leurs mouvements sont assujettis. Nous retrouvons le principe universel dans les oscillations et la stabilité des mers, dans l'aplatissement du globe vers les pôles, et les irrégularités apparentes de sa figure dans la libration de la lune et les mouvements insensibles de l'axe de la terre, dans l'ordre constant des révolutions célestes, et jusque dans leurs perturbations les plus vai iées. Ainsi rbomnie embrasse dans une pensée commune tous les phénomènes passés et à venir, qu(rïque séparés par des intervalles de temps immenses. Il assiste à ce grand spectacle comme si la nature l'avait fidt le contemporain de tous les états successife du ciel. Qui pourrait refuser son admiration à œs efforts sublimes

336 L'iGTPTB ET LES CENT JOURS.

de notre InteLUgence et soutenir qa*il est pM utile de laisser oisive cette fiieulté précieuse <[ue Platon appelle une émanation de rintelligence divine? On objeete que l'ignorance est préférable à la fausse doctrine, que l'esprit de recherche a des abus considérables, qu'il inspire l'orgueil, qu'il peut s'élever contre la vérité elle-même et propager des erreurs funestes. Il est vrai que la raisoa humaine est exposée ù des illusions sans nombre» mais elles ne sont point le fruit de i*étude, elles sont plutôt une conséquence de notre nature. Les nations barlmres n^en sont point exemptes; elles ont l*ignorance de plus. Où d^ailleurs les fausses doctrines sont opposées, elles se détruisent mutuellement, et le triomphe de la droite raison , quelquefois tardif, est toujours assuré. Les abus de l'esprit sont passagers, les mœurs de la barbarie sont durables.

Quant à cette disposition vicieuse de l'âme qui nous porterait à la présomption et à l'opiniâtreté, il faut être persuadé que rien n'est plus contraire à l'esprit des sciences. Le propre de l'ignorance est de ne Jamais hésiter, l'homme le plus instruit est le plus circonspect dans ses décisions. Pour être indulgent envers les autres il faut seulement comparer ce que Ton sait avec ce que l'on ignore et n'avoir point oublié combien de fois on s'est trompé , car la science n'est pour ainsi dhreque le souvenir et robservation attentive de nos erreurs.

Non-seulement les sciences nous éclairent sur les intérêts généraux de nos semblables, elles excitent encore en nous la bienveillance universelle qui les fait chérir ; elles nous portent à défendre la cause de riiumanitô toutes les fois qu'elle est offensée. Mais quelque généreux que soit ce sentiment, la raison lui prescrit des limites, elle nous défend de préférer à nos proches les générations à venir» de bannir de notre âme les affections tendres que la nature y a placées, pour la remplir d'une passion confuse dont le genre humain serait l'objet ; elle veut que nous soyons amis zélés , citoyens fidèles et utiles, et que si notre profession et nos goûts noos

L tGYPTE ET LES CKWT JUUKS. 33^

y portent, nous consacrions aax sciences tout ce qui nous reste d'efforts et de loisirs.

Cultivons les arts parce qu'ils embellissent le son^c de la vie, qu'ils nous garantissent des fautes de l'oisiveté et nous consolent detoates les injustices; parce qu'ils sont bienfiiisants «avers tous les hommes et jettent quelques fleuri sur le chemin pénible qui les conduit tous de la naissance à la mort.

Cultivons- les aussi pour hoporer notre nation, qu'ils servent à immortaliser notre reconnaissance pour les héros défenseurs de notre patrie. Que tous les arts s'allient pour

célébrer dignement, s'il est possible, la gloire du monarque illustre qui remplit le monde entier de sa gloire et de celle du nom français y dont le premier éloge est prononcé par les mowqnes qu'il a vaincus , dont les promesses ont surpassé toutes nos espérances^ dont les actions ont surpassé toutes les promesses. Que les accents de la reconnaissance personnelle s'unissent aux hommages publics; que le bronze, quoique moins durable que sa mémoire, conserve ses tra}t8 imr mortels» Que celui qui a mis un termç à nos dissensions civiles vive longtemps pour réparer les malheurs qu'elles entraînent : qu il \ive pour la paix et la prospérité de la France. Et vous. Messieurs, vous vous livrerez à l'étude des sciences sous l'influence libérale d'un gouvernement modéré, voitt cultivereeet vous aimerez lés arts, parce qu'ils réunissent et concilient tous les liommes, parce qu'ils sont bu iiiaisanLs , pacifiques et consolateurs : (Scientia amica omnibus, PiaiOf de amicitid).' ^

L^iarpn vt lis cnrr jours.

Document n° VIII. [Page 67.)

Page 1