PRÉFACE
proposé delà décrire dans ses rapports iotimes ayec ses opinions, sa fiunillei ses amis et les éTénements qui la
traversèrent.
J'ai dùy en uo pareil sujet » me défendre de toute indiscrétion; je crois aT<Mr obéi sans £aûllir à ce sentiment des plus justes convenances; et quoique je nomme bien des personnes, je n'ai point cessé d'avoir présent à 1 espiitce désintéressement général de Fourierà l'égard des hommes qu'il connaissait le plns^ de ceux même dont il se louait le moins. Toutefins, je dois l'aToneTi il ne m'a point paru que ce désintéressement pût s'appliquer, dans son universalité même, à la moralité de l'histoire; et s*ii est vraiqu'elle doive toi^ours être d'un parti, l'histoire satisfiiit à cette règle en n abandonnant jamais le parti de la justice et delà vérité : à leur égard l'impartialité serait de T ingratitude ; il y a un instinct infaillible qui avertit les écrivains de bonne foi de tout ce qui est juste et vrai.
Les lettres et la politique sont mêlées ensemble dans cet ouvrage. Ainsi s écoula le siècle pour tous nos contemporains de quelque valeur intellectuelle. On n oubliera donc pas que le personnage qui est le sujet de cet ouvrage fut d'abord un géomètre distingué, et succèssivementchefdel' administration de la justice en l^gypte, administrateur d un des grands départements de l'Empire, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences et Tundes quarante de l'Académie française. Quel est d*ail • leurs l'homme de quelque mérite supérieur, ou capable de quelques généreux sentiments, qui n'a pas été mêlé aux prospérités ou aux infortunes de notre France? L'histoire n'est muette que pour le froid ^oïsme et
PRl^FACB.
pour les inspirations fiactices du patriolisme de calcul. A des hommes si malheureusement doués, les joies , les douleurs de la patrie ne sont rien : T histoire est indulgente en les oubliant.
Uordredes Documents et Additions est subordonné à la division même du texte; chacune de ces pièces doit répandre quelque intérêt nouveau sur la partie de la narration qu elle concerne.
La planche du Planisphère ou Zodiaqub ciRCULàiBB DB Dbudbrar, placée en regard de la page 64 > était indispensable, devant démontrer aux yeux un fait du plus haut intérétpouréclairerlessavanteft discussions dont ce précieux monument sera longtemps encore 'le difficile sujet. Ce fait fut constaté par mon frère, durant son voyage en Egypte et en Nubie, et il est consigné dans sa lettre écrite de Thèbes le 24 novembre 1828 (i). Il a été vérifié de nouveau Tannée dernière (septembrei843)y sur ma prière, par M. Prisse, vice-président de F Association littéraire égyptienne du Kaire. Je dois aussi à l'obligeance de ce savant et z^lé archéologue un bon dessin de ce qui subsiste encore à Dendérah des sculptures et des inscriptions voisines du planisphère : la partie de ces inscriptions que j ajoute à la figure de ce zodiaque suffit à l'objet que je me propose aujourd'hui, et intéresse très-directement rhistoire des zodiaques égyptiens, les opinions déjà connues sur leur antiquité, et les recherches inépuisables dont ils doivent être encore Vobjet, car cet élément nouveau de la question agrandit le champ des incertitudes plutôt qu'il ne le resserre :
(i) C'est le 17 (lu même moi> (juc celle observation lui (aile h Dendérah par Champollion le jeune.
mais la science est fort résolue, toute-puissante; elle a hésitera poiat en face d'un tel incident.
n y a peu de chose à dire du Discours qui remplit à lui seul le chapitre Vil* de ce irolume ; ses mérites reconnus suffisent pour le recommander. Ordonné et commencé sous le Consulat, la marche des événements publics en Europe le destina à être publié sous i'Ëuipire. Le Premier Consul ayait tenté d'accréditer les opinions les plus exagérées de l'antiquité des zodiaques égyptiens; l'Empereur favorisa ouvertement les opinions les plus restreintes , et sa première politique dirigée selon les vœux des peuples, il la remplaça par une politique conforme aux désirs des rois : il venait de s'introduire dans leur rang. Il y a de curieuses traces de ces solennelles ▼ariadons, inspirées par TeniTrement de la victoire, dans cette première rédaction inédite du célèbre Dis* cours de Fourier, (jui sert d'introduction à la Description de r£gypte et d'histoire à l'expédition française.
L'Europe entière a jugé, selon la diversité des intérêts , cette merveilleuse entreprise de notre révolution. Un autre de ses ennemis en a écrit ce qui suit : c'est lu copie d'un mémoire autographe et inédit du général Dumourier.
« L* ignorance y la folie et l'amour effréné du pillage ont dicté le projet de conquête de Flnde par T Egypte, dont le Directoire a chargé le malheureux Buonaparte.... il n'est pas douteux que, si le général Buonaparte parvenait à s'établir solidement en Egypte, à révolutionner les faibles Égyptiens, à leur donner un caractère national, des lumières, de la force et de l'ensemble, à les amalgamer avec les Français
VI ' PRÉFACK.
( ce qu'on doit regarder comme impossible) , à établir une marine militaire dans la mer Rouge , à pénétrer sur la côte de Malabar en s emparant de Surate, ou Diu, ou Daman, à 3e trouyer sur cette côte assez en force pour assiéger et prendre ou Bombay, ou Goa , à faire d'un de ces excellents ports sa place d'armes, il ne pût ensuite réussir à diviser les puissances indiennés, à les détacher de l'Angleterre, à attaquer les trois présidences avec avantage, et même à renverser la puissance anglaise dans l'Inde.... Mais ce plan demanderait pour son exécution la liaison la plus intime avec les Turcs et les Arabes , surtout plusieurs afoàéea ; . que les Égyptiens et les difFérentes hordes d* Arabes se fussent jointes en foule sous les drapeaux du conquérant de l'Italie j que la Porte, au lieu de prendre en mauvaise part linvasion des Français en Egypte, eût été satisfaite du soin que prenait le Directoire de corriger ses Beys indociles , eût adopté le général Buonaparte pour
son Pacha ; et qu'avec vingt mille de ses braves
soldats ce général eût traversé la mer Rouge et le golfe Arabique pour mettre pied à terre dans l'Inde et la conquérir. Mais il ne peut plus être question des projets de l'Inde. Le premier coup de fusil tiré en Egypte a tout détruit : Tannée françabe y lutte contre la îaim, les maladies, la mort ou Tesclavage... tout Français, tout militaire , tout homme sensible , même ennemi , gémit sur le sort terrible de ces braves guerriers et de leurs chefs. On ne peut que s*indigner de les voir sacrifiés aux projets chimériques et au machiavélisme aveugle d'im gouvernement éphémère , que les Français ne peuvent pas soutenir plub longtemps sans compléter leur ruine. »
PHEfACE. VII
Cette opinion de Duniourier est de Tannée 17999 du temps même où l'expédition d'Égypte s'accomplissait : le courage et la rësolutioa de Farmée trompèrent ses sinistres précisions ; Topinion d*iin tel homme nous a semblé néanmoins mériter une place parmi les documents qui intéressent le sujet de cet ouvrage.
Je Taurais livré plus tôt au public curieux, si l'inH pression eût avancé selon mon désir; elle est commencée , sur une copie entière de mon manuscrit, depuis le mois de mai de Tannée dernière. Quel<{ues personnes nommées dans mes récits sont mortes dans cet intervalle de près d'une année : je n'invoquais pas leur témoignage, mais elles pouvaient attester la certitude de tues souvenirs. Il me faut bien souscrire à ce désavantage qui est du £iit du temps : un peu d'indulgence du public m'en dédommagerait avec largesse.