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CHAPITRE V

Zodiaques égyptiens. Première opinion sur leur excessive antiquité. Tentative du Premier Consul à ce sujet. Influences politiques restrictives. Variations et sentiments modérés de Fourier sur ces zodiaques. Clameurs coalisées. Intervention protectrice de Louis XVIII. Influence de la découverte de Champollion le jeune sur cette question. État actuel de la discussion. Élément nouveau qui. doit l’éclairer. Antiquité des annales égyptiennes.

Les monuments qui, d'après l'opinion de Fourier et celle de ses collègues de la Commission d'Égypte, devaient être considérés comme astronomiques, étaient au nombre de six; ils avaient été découverts dans les temples d’Esnéh, de Dendérah, d’Hermonthis, et dans un tombeau royal de Thèbes (1). De ces curieux sujets astro-

(x) Aujourd’hui où renaissent les vives discussions académiques sur les zodiaques égyptiens, on en exclut les autres sujets considérés comme astronomiques, tels que les tableaux peints à Hermonthis et dans les tombeaux des rois à Thèbes, où

figurent le Lion, le Taureau et le Scorpion. Les zodiaques contenant la série des r2 signes sont seuls en cause.

nomiques, tous sculptés ou peints, deux étaient à Dendérah, au portique du grand templeet au pla-

fond d’une pièce supérieure; deux autres à Esnéh, et cesquatre monuments contiennent également les douze constellations zodiacales, dont les signes se succèdent selon l’ordre du zodiaque moderne. Dans les deux zodiaques d’Esnèh et dans celui du portique de Dendérah, les douze constellations sont placées sur une ligne qui est pliée en deux droites parallèles; cette ligne au contraire forme un arc de spirale dans l’autre zodiaque de Dendérah, celui-là même qui est aujourd'hui à la bibliothèque royale de Paris, et qu’on nomme généralement planisphère.

Le signe qui occupe la première place dans les deux zodiaques d’Esnéh, c’est la Vierge; et dans ceux de Dendérab, ce premier signe est le Lion.

A Hermonthis, on trouve séparément deux constellations, le Taureau et le Scorpion; et à Thèbes, le Taureau, le Lion et le Scorpion.

Denon, protégé par l'amitié et les victoires de Desaix, avait pénétré dans la Haute Égypte et exploré le premier cette riche contrée historique. Parvenus avec l’armée à Dendérah, Desaix découvrit de ses yeux le zodiaque circulaire, en avertit Denon qui le dessina, et qui l’annonça à ses collègues, dès son retour au quartier génégal du Kaire, au mois d'août 1799.

__ La commission présidée par Fourier compléta

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cette première découverte, et lui donna son véritable prix par l’observation des monuments d'Esnéh, dessinés aussi par Denon, et de ceux de Thèbes et d’'Hermonthis. |

Du rapprochement de ces tableaux naquit la prompte interprétation des causés de leur ressemblance, de leurs disparités, et cette interprétation fut, dès son origine, une science tout entière, dont les conséquences changeaient inopinément toutes les bases, jusque-là accréditées, de l’histoire de la société humaine.

On rapportait ces disparités dans le thème des zodiaques et dans l’ordre de leurs signes, au phénomène astronomique désigné par le nom de précession des équinoxes; et considérant le premier signe de chaque zodiaque comme celui du solstice au temps où les deux temples qui les renferment furent construits, on disait : le temple de Dendérah, où le solstice est dans le signe du Lion, date de quatre mille ans avant notre époque, et le temple d’'Esnéh, de sept mille ans, le solstice y étant indiqué dans le signe de la Vierge (1).

Un écrit officiel accréditait ces opinions ; on lisait dans le journal du gouvernement (2) que ces zodiaques portaient dans l’ordre de leurs signes, une date de cinq à six mille ans, et que

(1) Corabeuf et Burkhardt dans le Mémoire de Grosbert sur les Pyramides ; vendémiaire au IX, (septembre 1800).

(2) Moniteur du 30 messidor an VIII (18 août 1800) et jours suivants.

les temples qui recélaient ces tableaux célestes étaient des plus modernes parmi ceux de l’Égypte. Cet écrit était un rapport au Premier Consul; l’auteur de ce rapport était son bibliothécaire, et cet auteur, feu Ripault, disait dans une déclaration écrite que j'ai sous les yeux : « Le « Premier Consul a donné à l’imprimeur la des- « cription que nous avons faite à la quarantaine. « Dites bien à mes camarades (encore en Égypte) « que c’est par sa volonté formelle et irrésistible « que cela a été publié. Le général Bonaparte, « ainsi que je le tiens de sa propre bouche, les « a fait imprimer pour préparer l'opinion sur le « travail de la Gommission, dont il paraît extré- « mement satisfait. » (Le 3 thermidor an VIII, 22 juillet 1800. )

Dans le temps où ces idées si nouvelles furent rendues publiques en France, toutes les opinions avaient un libre cours; il y eut donc des écrivains qui applaudirent à ces nouveautés, d’autres qui s’en alarmèrent dans l'intérêt de la chronologie sacrée; enfin les savants géomètres les plus haut placés ne recevaient point sans répugnance cet enseignement inattendu, retrouvé par leurs élèves dans les ruines égyptiennes. Les contradicteurs ne firent donc point faute à ces zodiaques; mais il est juste de dire qu’il n'existe de Fourier aucun écrit qui puisse le rendre responsable des opinions exagérées qui eurent cours

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dans ces premiers temps au sujet des zodiaques égyptiens. Il repoussait publiquement ce qu’on lui en attribuait; et il ne ménageait point ses protestations, souvent renouvelées, contre l’intention qu'on lui supposait, bien gratuitement en effet, de rattacher ses opinions aux conjectures ingénieuses que Dupuis avait publiées en 1781 sur l'origine des constellations : mémoire de quelque célébrité, et dans lequel l’auteur supposant que la succession des signes du zodiaque représente les phases de l’année agricole en Égypte, et remettant chaque signe à la place que lui donne son expression symbolique par rapport aux saisons, il retrouvait que l'institution et l’origine de ce zodiaque, ramené par ce procédé à sa forme primitive, remontaient à douze ou quinze mille ans avant l’ère chrétienne. Pour attaquer Dupuis, qui avait attaqué fous les cultes, on leva la sape contre les zodiaques à Rome, en Allemagne , en Angleterre; l’antiquaire Visconti les discrédita en France, et j'ai sous les yeux une note autographe de l'astronome Lalande qui, quoique enclin à découvrir avec la même joie et les athées et les corps célestes, se prononça néanmoins contre les zodiaques égyptiens. Il dit dans cette note : « Le 4 décembre 1804, M. Fourier « a enfin consenti à me laisser voir les dessins « (des zodiaques), mais à condition que je n’en « ferais aucun usage avant lui. Je les ai vus le

« 5 avec le cortége de empereur. Je suis à por- « tée de changer le calcul de M. Burkhardt. » Ce changement ne fut pas réellement très- - important, car Lalande admettant que les signes initiaux du zodiaque sont ceux du solstice, il efface Ha Vierge du zodiaque d’Esneh, place le solstice au milieu du Lion, ne donne à cette position que 3500 ans, et 2000 de moins au thème de Denderah : mais se rangeant aussitôt après à l'opinion de Visconti, Lalande considère les temples d’Esnèh etde Dendérah comme des ouvrages des Grecs contemporains ou successeurs d'Alexandre, et ne s’embarrasse plus du thème astronomique des zodiaques. Il y a toujours eu parmi les savants modernes des hommes très-difficiles au sujet des travaux philosophiques des anciens; en faisant à ceux-ci la part médiocre, celle de notre temps sera plus grande: misérable égoïsme condamné par les témoignages de l’histoire, et illusoire inspiration de la vanité qui essaye d’immoler à la satisfaction momentanée d’un individu, toutes les pensées, toutes les découvertes des antiques générations humaines!

* Il'arriva ensuite que le consulat, et l'empire surtout, exigèrent, quoique tacitement, une réserve annuellement croissante de la part des écrivains sur les antiquités de l'Orient; l’Église était rappelée au secours de la société civile. La restauration rétrécit encore ce terrain des libres

discussions, et c’est ainsi que pour Fourier, et par l'effet de ses temporisations, peut-être même de ses doutes, la question des zodiaques se compliquait de plus en plus de ces contradictions savantes et de ces difficultés politiques.

C'est par l'influence simultanée de ces causes diverses, que peut s'expliquer le silence absolu gardé par Fourier, au sujet des monuments astronomiques égyptiens , dans la première rédaction de sa Préface historique, terminée en l’année 1809. Plus tard , sans être plus libre, il fut plus résolu sur ce sujet qui lui était à la fois cher et redoutable , et il s’en expliqua enfin dans la rédaction officielle de ce discours, qui fut publiée en 1610. On y lit, en deux paragraphes, cette exposition à dessein inoffensive :

« Les conséquences qui résultent de l’étude « attentive des monuments ne permettront ja- « mais de comprendre l’histoire de l'Égypte entre « les limites d’une chronologie restreinte qui « n’était point suivie dans les premiers siècles du « l’ère chrétienne » [ voilà de l’espace à plaisir; mais il ajoute immédiatement : | « Elles ne sont « pas moins contraires au sentiment de ceux « qui fondent sur des conjectures l'antiquité « exagérée de la nation égyptienne, et ne dis- « tinguent point les époques vraiment ‘histori- « ques des supputations qui servaient à régler « le calendrier. » Et ceci est restrictif : d’où ré-

sulte entre ces deux passages, non pas un Juste milieu, mais une sorte de compensation qui pouvait plaire au caractère de l’auteur, mais dont il serait bien difficile d’énoncer exactement la véritable expression.

C’est dans ses mémoires sur les monuments astronomiques des Égyptiens que sa pensée devait être révélée et démontrée; il a consacré à ces recherches une infinité de temps et une infinité de calculs, mais il ne les a point mis au jour; ses manuscrits ont êté conservés, et Je ne saurais dire ce qu’ils deviendront, car leur contenu est encore un mystère pour la science qui n'enaretiréjusqu’ici aucun profit ; ces manuscrits sont la propriété de l’État; ils sont déposés à la bibliothèque royale, mais je ne les ai jamais vus.

Fourier a publié un résumé littéraire de ses recherches sur les antiquités astronomiques de l'Égypte; il a exprimé en çes termes ses convictions, et les conséquences les plus générales qu'il pensait pouvoir déduire de ses études : « La sphère égyptienne, telle qu’elle est re- « présentée dans tous les édifices existants, se rap- « porte au xxv° siècle avant l’ère chrétienne. À « cette époque, l'observation avait déjà fait con- « naître les premiers éléments de l'astronomie. « On les réunit alors, et l’on en forma une ins- « titution fixe qui servit à régler l’ordre civil « des temps et devint une partie de la doctrine

« sacrée....... L'époque de linstitution est « celle de la splendeur de Thèbes ; nous l’avons « vue écrite en caractères astronomiques dans « les plus beaux ouvrages de l'architecture des « Égyptiens. Ainsi l’origine de leurs lois et de « leurs arts est plus ancienne (1).

« Une époque qui diffère peu de deux mille « cent ans avant l’ère chrétienne, a précédé la « construction du temple de Tentyra, et elle est « postérieure à celle des monuments de Latopo- « lis(Esnèh ; ) elle appartient donc, comme l’é- « poque de l'institution zodiacale (deux mille « cinq cents ans avant l’ère chrétienne), à l’his- « toire civile de l'Égypte. La monarchie subsis- « tait alors dans toute sa force; elle obéissait à des « lois sages et constantes. L'expérience avait fixé « les principes du gouvernement et des mœurs, «et les arts étaient cultivés depuis un- temps « immémorial; ils avaient produit les monu- « ments admirables de Latopolis (Esnèh }, et ils « devaient en produire de nouveaux, puisque « le temple d’Isis à Tentyra n’était pas cons- « truit (2). »

Et le texte de ces deux passages se résume en ces trois propositions :

Au vingt-cinquième siècle avant l’ére chré-

(1) Recherches sur les sciences et le gouvernement de l'Égypte, S 1°"; dans la Description de l'Égypte; antiquités, mémoires, tome II de l'édition in 8°. — (2) Idem, $ xxvrt.

tienne, la monarchie égyptienne était florissante par les lois, les mœurs et les arts. La sphère égyptienne et le calendrier furent inventés.

Au vingt-unième siècle, le temple d'Esnéh, qui est orné d’un zodiaque , était construit.

A la même époque, le temple de Dendérah n’existait pas, ni ses deux zodiaques : mais ils furent édifiés peu de temps après.

Ainsi les antiquités astronomiques donnaient aux institutions civiles de l'Égypte, qui étaient le fruit d’une longue expérience antérieure, vingtcinq siècles d'existence avant l’ère chrétienne. Cette opinion de Fourier n’obtint point l’approbation de tous les savants : on contesta les bases mêmes de ses recherches, on refusa obstinément et on refuse encore aux Égyptiens la connaissance de la précession des équinoxes. -

L'arrivée merveilleuse du zodiaque circulaire de Dendérah à Paris, en 1822, parut ranimer la discussion ; plusieurs écrivains luttèrent de science et de zèle pour rabaisser l’époque assignée à ce monument; pas un seul n’en défendit l’antiquité; M. Biot ayant cru y reconnaître quatre étoiles , y vit aussi une projection et en déduisit l'époque du zodiaque, qu’il fixa à sept cent seize années avant notre ère. Mon frère avança que les signes désignés par M. Biot n'étaient pas des étoiles (1). En même temps un respectable

(r) Revue Encyclopédique , août 1823.

ecclésiastique , ancien bibliothécaire de l’impératrice Joséphine, mathématicien et helléniste, vouait. À l’exécration des siècles la mémoire de l'homme pervers qui avait parlé de treize mille années révolues, et maudissait même ceux qui avaient apporté en France cette vilaine pierre noire. À la tribune nationale un zèle politique et religieux de nouvelle formation, tonnait contre ce monument d’athéisme et d'irréligion : ce fut alors que le roi Louis XVIII ordonna inopinément l'acquisition de ce monument dont la vivace célébrité semait dans les esprits tant de germes divers d’interminables controverses. L

Peu de jours après l’accomplissement de cet ordre du roi, la découverte de l'alphabet hiéroglyphique par mon frère (septembre 1822) leva bien des doutes; le temple d'Esnéh et celui de Dendérah, où sont les zodiaques, furent reconnus pour des édifices élevés et terminés du temps de la domination des Romains en Égypte. Avant de rendre public ce résultat bien inattendu, mon frère en fit part à Fourier, qui, après être revenu d’une profonde surprise, demeura dans ce doute de la bonne foi qui aspire après la révélation de la vérité : et lorsqu'il eut lu le travail complet de mon frère, la Lettre à M. Dacier, i lui dit en propres termes : « C’est de la géométrie, mais « les antiques institutions de l'Égypte sont écri- « tes ailleurs en signes ineffaçables ; vous nous le

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« démontrerez par la suite de vos recherches; « quant à celles-ci, c’est une découverte qui doit « vous surprendre autant que moi-même. Vous « êtes, je crois, dans une heureuse voie; persis- « tez, et tous nos rêves sur cette admirable ci- « vilisation se changeront en réalités. »

Il est certain que les idées de Fourier perdirent quelque chose de leur autorité par les conséquences immédiates de la nouvelle découverte. Le temple d’Esnèh, qui existait, disait-on, plus de deux mille ans avant l’ère chrétienne, ne portait dans ses sculptures que des noms d’empereurs romains, Claude, Titus, Domitien, Trajan, Antonin et Septime Sévère. À Dendérah, on lisait sur la partie la plus ancienne je nom de la dernière Cléopâtre ; et tous les souverains qui , après cette reine, avaient concouru à la construction ou à l'achèvement de cet admirable et immense édifice, étaient également romains : c’étaient Auguste, Tibère, Caïus, Claude et Néron. Enfin le nom qui se trouvait sculptésur le zodiaque même selon le dessin publié par la Commission d’Égypte, était un titre impérial romain, celui de Claude ou de Néron.

La merveilleuse antiquité des zodiaques s’évanouïssait par la conséquence naturelle de ces observations, et par l'effet simultané des efforts renouvelés de l’érudition contemporaine (1); mais

(r) Observations sur l’objet des représentations zodiacales, ete,; par M. Letronne. Paris, 1824 , in-8°.

Pantiquité de la civilisation égyptienne, plus merveilleuse encore parcequ’elle était vraie, n’en souffrit point, on peut l’assurer; et Fourier qui suivit avec un si vif intérêt les travaux de mon frère qu’il avait connu et aimé dès sa première jeunesse, qu'il aurait vu avec attendrissement et orgueil assis à ses côtés sur les bancs de l’Iñstitut, Fourier, disons-nous, ne fut pas privé de la satisfaction d'apprendre de mon frère même que toutes ses opinions sur les origines, les époques et l'état avancé de la civilisation égyptienne, étaient confirmées ; et que si l’interprétation des zodiaques devait être distraite du nombre des témoignages sur lesquels ces opinions étaient fondées, les autres considérations qui avaient déterminé ses jugements tiraient de l’ensemble des travaux de mon frère et des documents qu’il avait recueillis en Égypte et en Nubie, les plus éclatantes confirmations.

Nous ne trouvons, dans le bel éloge de Fourier par M. Arago son successeur, aucune mention de ses mémoires sur l’ancienne Égypte.

Cetteomission, motivée sans doute, nous a porté à nous étendre un peu plus sur ce sujet auquel Fourier n’a pas cessé de penser, quoiqu'il n'en parlât plus. Je n’ai que peu de mots à ajouter à ce que je viens d’exposer sur cette époque si pénible et si occupée de sa vie; mais ce peu de mots renferment des considérations nouvelles qui l’auraient vivement intéressé, si le destin

moins rigoureux avait prolongé sa vie de quelques années encore.

Un homme qui, comme Fourier, est doué d’une portée d’esprit peu commune même parmi les savants d’un ordre supérieur, possède aussi pour Pappréciation des faits les plus importants de lhistoire philosophique des hommes, cette habileté d'examen qui donne aux conséquences adoptées l’autorité des documents les plus authentiques; et si dans cette appréciation, il entre parfois un peu de conjecture, on peut s’y fier néanmoins; l'instinct de ces sortes d’esprits se révèle par des divinations.

Ainsi, après la destruction de l'autorité chronologique des zodiaques, l’antiquité de la civilisation égyptienne; selon Fourier, est devenue plus manifeste encore par des monuments nouvellement rendus à la sciences il est même arrivé que des écrivains peu favorables d’abord aux opinions les plus hardies de Fourier, et qu'ils disaient être les plus hasardées, l'ont dépassé dans l’interprétation historique des monuments. Résumons, puisque l’occasion en est offerte, l’état actuel de la question, et tel qu’il résultera du concours d’un élément de critique jusqu'à ce Jour inconnu.

1° Fourier portait jusqu'au xxv* siècle avant l'ère chrétienne, l’époque de la grande splendeur de Thèbes et celle de l'institution du zodia-

Ga . L'ÉCYPYTE ET LES CENT JOURS.

que et du calendrier ; ce n’est plus assez aujouïs d’'hui. | | | M. Biot a exposé, dans un mémoire fort étendu, le résultat de l'étude qu'il a faite des sujets astronomiques, et qu'il considère comme tels, découverts par mon frère dans les tombeaux des rois égyptiens des anciennes dynasties thébaines, et il a conclu de ces documents, dont l’époque et l’authenticité sont certaines, que l’institution du calendrier égyptien, fondé sur la connaissance de la véritable longueur de l’année solaire, remontait à trois mille deux cents ans avant l’ère chrétienne : c’est déjà sept siècles plus haut que les temps indiqués par Fourier.

2° Tant qu’il n’exista aucun moyen matériel de connaître l’époque de la construction des zodiaques de Dendérah ou celle du temple dont ils ornent le portique et le plafond, la carrière des interprétations était large et libre aux astronomes comme aux antiquaires, et ils ne la laissèrent pas inoccupée. Mais quand l'alphabet des hiéroglyphes fut découvert, il fut immédiatement appliqué à l'examen de ces temples célèbres, et on trouva sur toutes leurs parties des noms d’empereurs romains. Le zodiaque rectangulaire sculpté sur les pierres du portique de cet édifice fut aussi déclaré romain, et le prestige d’une excessive antiquité s’évanouit devant ce moyen de critique infaillible et nouveau.

Les partisans de cette antiquité dirent que ce . kodiaque moderne devait être la copie d’un original plus ancien, aucun motif plausible n'aÿant pu porter des empereurs romaitis à faire composer, à grands frais, des tableaux représentant l’état du ciel pour une époque de longtemps antérieure à leur règne. Quant au zodiaque circulaire, ou planisphère, du même temple, zodiaque d’un volume qui le rendait facilement transportable, il avait pu être distrait ou sauvé d’anciennes ruines et employé comme plafond dans une construction plus récente.

A la première conjecture, on ne répondait rien, elle était du libre domaine de l’opinion, et lon pouvait aussi bien l’adopter ou la rejeter avec une égale raison. Quant à la seconde, au transport présumé du zodiaque circulaire, on objectait avec plus de succès, que l'inscription hiéroglyphique du zodiaque même , laquelle est gravée en relief sur une des deux pierres où ce tableau est sculplé, se termine par un cartouche qui renferme ie nom ou le prénom d’un souverain égyptien; que ce nom est le mot grec AYTOKPA- TQP (l’empereur), et que ce mot ne peut être que le titre impérial des empereurs Claude ou Néron, qualifiés bien des fois absolument de même et sur leurs médailles frappées en Égypte, et sur les bas-reliefs du temple même de Dendérah.

3° L'existence de ce mot gréco-romain dans

l'inscription hiéroglyphique du ‘zodiaque circulaire ne pouvait être contestée : le dessin du zodiaque publié par la Commission d'Égypte en était un témoignage public, d’une imposante autorité, et les conséquences déduites de la présence de ce mot étaient d’une rigoureuse exactitude; le zodiaque circulaire était donc aussi de l’époque romaine.

Quand le zodiaque fut transporté à Paris, on reconnut qu'il avait été détaché de telle manière que la partie de celle des deux pierres où existe son cartouche gréco-romain, sidécisifdans la question de l'antiquité, avait été laissée en Égypte, au plafond même où le zodiaque fut primitivement placé. La question restait donc dans les termes déjà énoncés, et l'existence du cartouche n’étaitcontestée par aucune des opinionsexistantes sur ce difficile sujet. Mais mon frère en Égypte a examiné attentivement les restes du zodiaque circulaire de Dendérah, et il a reconnu que le mot gréco-romain AYTOKPATOP n'existe pas dans linscription hiéroglyphique, et que le cartouche qui renfermait ce mot selon le dessin de la Commission d'Égypte, est au contraire absolument vide ; comme le sont tous ceux qui se voient dans les bas-reliefs de l’intérieur du temple et des chambres construites sur le temple même, là où existait le zodiaque (1).

(1) Champollion le j. note ms. et lett, écrites d'Égypte, p. 92.

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