‹ Fourier et NapoléonChapitre 14 sur 32 · KE · texte numérisé non relu

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Ce fait important, le cartouche vide, est rendu public aujourd'hui pour la première fois : et on comprendra mieux l’ensemble des données où il doit prendre une si grande place, au moyen du dessin que je joins à cet exposé.

Les lignes ondulées sur deux côtés du planisphère indiquent un espace occupé par les eaux ; c’est le symbole de l'Océan , qui, selon les anciens, environnait le monde matériel. La ligne brisée d'a en à marque la trace de la scie qui a détaché Je zodiaque ; d’a en c, et de & en c, c’est la portion qui a été laissée à sa place à Dendérah. La fin de l'inscription hiéroglyphique est transcrite dans notre dessin ; l'encadrement elliptique qui est vers le bas f, qu’on appelle un cartouche, est un signe honorifique constamment employé par les Égyptiens pour enfermer les noms de leurs souverains, et c'est dans ce cartouche qu'on a supposé qu’existaient les signes représentant les lettres grecques AOTKPATP qui forment le mot grec AYTOKPATOP, l'empereur.

Ces signes n’existaient donc pas dans le zodiaque; ils ont été ajoutés mal-à propos à la gravure publiée dans la Description de l'Égypte; et remarquons ici un singulier effet du hasard : si, au lieu du titre d’un empereur romain, on avait ajouté au zodiaque le nom d’un des rois de la xvni* ou de la xvi° dynastie égyptienne, l'application du principearchéologique par lequel

le zodiaque a été fait contemporain des premières années de l’ere chrétienne, l'aurait au coftraire porté à plus de deux mille ans avant cette ère, et l’époque du zodiaque, selon Fourier, eût été par là aussi certaine que l'existence de Newton, ou le règne de Louis XIVY.

Mais sur cette donnée toute nouvelle, l’absence d’un nom romain et de toute autre indication historique dans’ l'inscription du zodiaque, recommencera-t-on l'examen astronomique du monument ou des monuments du même ordre, aucun d'eux, comme il est prouvé aujourd’hui , ne portant de date spéciale et certaine? Toute controverse sur un tel sujet intéressera toujours les annales des sciences ; elle ne sera donc pas oïiseuse, et j'en ai l’intime conviction, puisqu’elle s’agite aujourd’hui même entre deux excellents esprits, M. Biot et M. Letronne, devant l'académie des inscriptions et belles-lettres. Le premier défend avec persévérance son ancienne opinion sur l’expression astronomique du planisphère de Dendérah, expression déduite de là projection qu’il reconnait avoir présidé à la construction de ce tableau. M. Letronne, au contraire, nie l’existence de la petisée même de cette projection : il déclare que les douze signes du zodiaque égyptien. ont été empruntés à celui des Grecs; et dans les autres figures, toutes de style égyptien, il voit non des constellations, comme le pense M. Biot, mais

| L'ÉGYPTE ET LES CENT JOURS. 6 bien des personnages mythologiques, qui donnent à l’ensemble du planisphère le caractère d’une composition astronomique et religieuse tout à la fois, astrologique même en partie.

Une grande érudition , une habileté de discussion plus grande peut-êtreencore, sont déployées dans cette savante controverse : les faits archéologiques me semblent devoir la dominer, même engendrer des doutes sur l'expression rigoureusement astronomique du planisphère; et comme l'astrologie n’est que l’abus de l'astronomie, il faut reconnaitre que les Égyptiens ne purent abuser de cette science que s'ils en connaissaient les éléments et les applications les plus utiles. Dans quelle proportion l'astronomie pure entret-elle dans la composition du planisphère et des autres tableaux astronomiques égyptiens? La réponse précise à cette question est peut-être un des secrets des temps à venir, et l’on ne peut dire de quelle part viendra la lumière sur un sujet qui doit être, longtemps encore, celui de bien des incertitudes et d’infructueuses recherches. |

Toutefois la haute antiquité de la civilisation égyptienne n’en peut rien craindre, n’en a rien à attendre. Les études astronomiques, et l’application de leurs principesles plus utiles aux usages et aux besoins de la société, lui sont aujourd’hui

concédées pour une époque sensiblement anté-

rieure à celle que Fourier ‘avait indiquée. Des monuments du xxi° siècle avant l’ère chrétienne portent des dates précises en jours, en mois et années, selon uncalendrier régulièrement institué. D’autres monuments, antérieurs encore, servent à démontrer que l'institution de ce calendrier n'était pas récente à cette époque éloignée, qui est celle des rois de la xvr° dynastie égyptienne. Des manuscrits funéraires de temps antérieurs indiquent aussi des phases lunaires par des dates précises exprimées selon ce même calendrier.

Les monuments subsistants ne laissent aucune lacune dans la succession des rois d'Égypte depuis Septime Sévère et Géta jusqu’à cette même xvir dynastie égyptienne, et cette succession d'hommes, soumis à la condition d'homme, remplit un espace historique de deux mille trois

cents ans.

Dans les ruines des édifices de la dix-huitième

dynastie, on découvre, employés comme matériaux provenant de la destruction de plus anciens monuments publics, des sculptures où se lisent les noms des rois des familles antérieures; et d'autres fragments isolés portent des noms de Pharaons de la xx° de ces races royales, qui vécut plusieurs siècles plus tard encore.

Des manuscrits authentiques, en caractères égyptiens, sauvés par hasard de la destruction

des anciennes archives sacerdotales et retrouvés dans des tombeaux (r), contiennent des listes de rois, dont les noms et la succession sont conformes aux notions que les monuments publics nous avaient déjà révélées avant la découverte de ces manuscrits. Ces mêmes manuscrits prouvent aussi que Manéthon, aujourd'hui reconnu pour le plus exact des annalistes anciens, avait réellement tiré des archives des temples les listes royales que ses antagonistes nous ont heureusement conservées en les critiquant ; et les analogies de ces textes égyptiens avec leur traduction grecque par Manéthon, est un fait auquel les règles dela bonne et impartiale critique donnent ‘une valeur tout historique.

Les pyramides de Memphis ont aussi fait leurs révélations : le secret de la sépulture des rois qu’elles renfermaient vient enfin d’être pénétré ; les restes de la momie, du cercueil en bois peint, et le sarcophage en basalte du souverain enfermé dans la troisième pyramide, ont été découverts et recueillis par de savants explorateurs : le nom du roi existe sur ces précieux monuments; il y est plusieurs fois répété; ce nom se lit Menkaré par l'alphabet de mon frère :

(x) C'était l’usage parmi les peuples de l'Orient , et la Bible en fait foi, d’enfermer les écrits. dans des vases de grès hermétiquement bouchés. La plupart des manuscrits égyptiens proviennent de pareils vases déposés dans les tombeaux,

et par Érathostène ce roi est nommé Meschérès, et Manchéres par Manéthon (1).

Dans la grande pyramide un autre nom s’est trouvé plusieurs fois écrit sur les pierres d’une chambre jusqw’ici inaccessible : par le même alphabet ce nom pharaonique se lit Schoufou, et les mêmes écrivains grecs, Mañéthon et Érathostène, nomment ce roi Souphi et Saophés (2).

Ce mème nom se lit dans les inscriptions sculptées sur un rocher à Magara, où il est suivi des titres de roi de la Hauteet dela Basse-Égypte; on le trouve sur quelques stèles transportées en Europe, dans le tombeau d’un architecte au

(z) On a une orthographe da nom de Menchérès qui est plus conforme à la prononciation de Manéthon, dans le grand Rituel hiéroglyphique de Turin, et dans le papyrus hiératique et chronologique qui existait autrefois au même musée. Ces deux manuscrits donnent la ligne droite ou ondulée N comme troisième signe ; et à côté de ce nom dans le manuscrit hiératique transcrit en hiéroglyphes par mon frère, il en a écrit la lecture, Henchérès. Le dernier signe, les bras levés, n’y est figuré qu’une fois. Dans d’autres cartouches du même nom, ce signe unique est suivi des marques du pluriel : c’est comme s’il était figuré trois fois. C’est donc toujours le même nom de Menchérès conforme, à la fois, à son orthographe selon Manéthon et à son expression Heliodotos selon Érasthotènes. Le troisième signe, la ligne, manque dans ce nom selon les dessins déjà publiés du cercueil en bois peint tiré de la 3° pyramide, et transporté à Londres. Il faudrait peut-être examiner encore l'inscription originale.

(2) Sur ces admirables découvertes dans les pyramides , voyez les notices publiées par MM. Birch et Vyse, en Angleterre, etles Éclaircissements, etc., par MM. Ch. Lenormant et Lepsins. Paris, Leleu, 1839, in-4°.

L'ÉGYPTE ET LES CENT JOURS. 71 service du roi Souphi, et inhumé près de sa pyramide (1); enfin sur un cachet nouvellement découvert.

Or ces deux rois, Souphi et Menchérès, appartiennent, selon les listes de Manéthon , à la quatrième dynastie des rois primitifs de l'Égypte, et la supputation la plus modérée porte l’époque de leur règne à plus de quatre mille ans avant l'ère chrétienne.

A cette époque donc l'Égypte élevait ses pyramides, merveilles de l’ancien et du nouveau monde; ces pyramides sont exactement orientées ; elles renferment les témoignages irrécusables de l'existence d’une religion nationale, du gouvernement monarchique, des lois, des arts et de l'écriture, même a/phabétique. Les opinions de Fourier demeurent donc fort à l’aise dans cet intervalle, dont le point initial est si éloigné de notre temps : et si le destin a privé Fourier de la satisfaction de connaitre les heureux résultats des recherches les plus récentes, proclamons-les comme un hommage à sa mémoire, à l'étendue, à la pénétration, à la supériorité de son esprit; car si le génie de l'antique Égypte ne lui a pas apparu dans tout l’éclat de ses créations immortelles, ce génie du moins l’a bien heureusement inspiré.

Et si la voix de Fourier pouvait se faire entendre de nos jours; si, vivant quelque temps

(x) Note manuscrite de mon frère.

encore, il avait enfin pris son-rang parmi les promoteurs de l’enseignement public, n’en doutons point, il aurait hautement recommandé comme des sujets dignes des plus utiles méditations de la philosophie moderne, les débris mêmes de cette école féconde, où se forma la civilisation grecque mère de la nôtre, et qui mérite, dans le seul intérêt de ces mémorables origines, la place que le temps lui donnera, malgré les répugnances ou les incrédulités classiques, dans . l'étude rationnelle des arts et des annales de la pensée.

Dans un autre ouvrage, dont je dois aussi dire quelques mots, Fourier a réuni les principaux rudiments et les principaux résultats de ces belles études.

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