CHAPITRE X
Fourier à Paris, appelé à d’autres fonctions. Suite et fin des cent jours. Décret dictatorial non publié. Acte additionnel ; ses auteurs. Déclaration de Louis XVIII relative à la Vendée. Lucien Bonaparte député de l'Isère ; mécontement de l'Empereur. Lucien est fait prince malgré lui. Fouché. Champ de Mai. État des votes sur l’Acte additionnel. L’Empereur, Lanjuinais, et les chambres. Autres décrets impériaux non publiés. Deuxième restauration. Vicissitudes dans la position de Fourier. Sa mort. Documents inédits.
Arrivé à Paris, Fourier s’y trouvait dans la position tout équivoque qu’un singulier perfectionnement du langage administratif des temps incertains fait aux administrateurs qu'on prive de leur place et qu'on appelle à d’autres fonctions qu'on ne leur donne point. Il n’était plus qu’un savant, mais comme l'étaient Laplace, Lagrange, Berthollet, Monge et Legendre ses amis, hommes éminents dont l'affection et l'estime ne dépendaient point des passions haineuses de la politique et des révolutions qu’elles ne préviennent pas. Fourier reprit ses travaux scientifiques, ses anciennes habitudes dans les bibliothèques publiques, aux séances de l’Académie des sciences : de toute son ancienne existence , il ne lui restait que le fidèle Joseph, entré à son service à Grenoble, qui le suivit à Lyon, à Paris, lui ferma pieusement les yeux, et alla jeter une pellée de
terre sur sa tombe.
J'avais vu Fourier dans sa préfecture de Lyon; je le vis arriver à Paris dans toute sa simplicité de citoyen, et il ne tarda point d'apprécier tous les avantages de son indépendance.
Il me trouva un peu mêlé aux événements contemporains , et occupé en même temps de recherches difficiles, dont le sujet l’intéressait particulièrement ; il me permit de l’en entretenir fréquemment et de le consulter. J'avais entrepris de restituer les calendriers de tous les peuples de l'antiquité classique, afin d’arriver à dresser des tables de leur concordance mutuelle, celle de tous avec le calendrier Julien, et d’obtenir, au moyen de ces tables, l’exacte interprétation en styleromain des datesnombreuses et d'expressions si variées qui existent dans les monuments grecs ou latins. Malgré l’ardeur des passions politiques du moment, je lus ce long travail à l’Institut (Voyez la note K ci-après), corps assez vigoureux pour demeurer impassible à toutes les catastrophes; fonctionnant périodiquement et régulièérement en toute saison, en présence, mais à l’abri de tous les événements; et dont les membres nombreux, dispersés dans les camps les plus opposés en politique, se conciliaient à jour et heure fixes pour unir et diriger toutes les puissances de leur esprit vers un intérêt unique, celui de la science.
J'étais arrivé à Paris dans les premiers jours
d'avril. J'avais eu l'honneur d'approcher l’Empereur. Peu de jours après, je reçus du chambellan de service, le comte de Forbin Janson , une lettre de sa main par laquelle il voulait bien m'’informer «que, d'après les ordres de l’Empereur, je serais admis au lever deS. M. au palais de l'Élysée. »
Je demanderais grâce pour les détails qui vont suivre, si j'étais porté à les consigner ici par les inspirations d’une oiseuse personnalité ; mais les faits que je rappelle, comme témoin, touchent aux plus grands événements publics des temps modernes, aux dernières infortunes de ma patrie ; ils appartiennent à l’histoire aussi bien que les documenis inédits que je transcrirai textuellement dans ma narration.
Le 19 avril, j'assistai pour la premiere fois au lever de l'Empereur. La guerre civile du Midi était terminée ; il en exprima une vive satisfaction, et me demanda si le général Chabert était arrivé à Paris. (Il l'était de la dernière nuit.) L'Empe-
, reur me chargea de lui annoncer qu’il venait de
le faire lieutenant-généraï (1). Après l’audience, j'entrai dans son cabinet, dont la porte était gardée par le duc de Rovigo. L’archevéque de Tours, M. de Barral, de Grenoble, en sortait. Il s’agissait de faire cesser l'intérim de la préfecture de
l'Isère. Le choix d’un préfet n’était pas facile pour un tel département, qui était limitrophe de lIta-
Ca) Voyez la note L à la fin de ce volume.
lie,où de graves événements se dénouaient, et dont le passage de l'Empereur, l'accueil qu'il y avait reçu, pouvaient aussi rendre l’administration plus difficile, et l'opinion dominante plus exigeante. Le choix de l'Empereur s'arrêta sur M. Bourdon de Vatry, que bientôt après Rœderer vint seconder sans efficacité.
La guerre du Midi avait quelque temps préoccupé l'Empereur : elle secondait les désirs des étrangers; les volontaires royaux formaient, au cœur de la France, l’avant-garde des armées ennemies; l’opinion de quelques provinces méridionales favorisait leur entreprise par des offres de chevaux, d'argent, par des impositions extraordinaires et le concours d'officiers de divers grades tirés de l’armée. Cette guerre intestine venait de finir par la capitulation de M. le duc d’Angoulème et par l’embarquement de ce prince pour l'Espagne ; mais ses partisans, le matériel de guerre et l'argent qu’ilsavaient réunis, demeuraient également sans emploi. L'Empereur confisqua au profit de sa cause, et les volontaires royaux, et les chevaux, etl’argent qui leur avaient été offerts, et les officiers généraux qui avaient servi sous | même drapeau. Un décret impérial, rendu l'Élysée, le 19 avril, renfermait toutes ces m sures ensemble; mais ce décret ne fut point p blié : j'en insére ici le texte inédit, d’après u expédition originale :
L'ÉGYPTE ET LES CENT JOURS. 261 « Au palais de PÉlysée, le 19 avril 1815. »
« Napoléon, par la grâce de Dieu et les cons- « titutions de l'empire, Empereur des Français. +« Nous avons decrété et décrétons ce qui suit : » Art. 1° « Les bataillons et compagnies de vo- « lontaires dits royaux, levés dans les différentes « villes du Midi, seront désarmés par les soins « des préfets, des officiers municipaux et des of- « ficiers de gendarmerie. Les armes seront trans- « portées dans la place forte ou dans l'arsenal le « plus voisin du lieu de désarmement. »
« Les capitaines de gendarmerie donneront des « ordres pour que les armes des hommes isolés « soient envoyées au chef-lieu du département « où le recensement en sera fait, et d’où l’on « fera le transport dans la place forte ou dans « l’arsenal ou elles doivent être réunies. »
Art. 2. « Les volontaires royaux levés depuis « le premier mars 1815, dans les différentes villes « des 8°, 9°, 10° et 11° divisions, sont mis en « réquisition pour servir dans nos armées. »
« L'état nominatif en sera dressé par chaque « préfet et remis aux officiers de gendarmerie « qui veilleront à ce que ces hommes soient di- « rigés sur les dépôts de Dijon, de Grenoble, Bé- « fort, Strasbourg , Metz et Meziéres. »
Art. 3. « Les généraux commandant les 2°, 3’, « b°, 7° et 18° divisions en feront la répartition « entreles différents dépôts des régiments établis
« dans leurs divisions. Les préfets instruiront « notre ministre de la guerre du départ de ces « hommes et de leur nombre. »
Art. 4. « Les offres de chevaux qui ont été « faites pour les volontaires royaux seront rem- « plies. Les personnes qui les ont faites seront « tenues d'envoyer sans délai lesdits chevaux « harnachés au chef-lieu du département, d’où «ils seront conduits au dépôt du corps de trou- « pes à cheval le plus voisin. »
Art. 5. « Les impositions extraordinaires mises « sur les départements ou les arrondissements o par les conseils de département ou d’arrondis- « sement, continueront à être perçues. »
Art. 6. « Les offres faites en argent par les « particuliers seront remplies, et les fonds versés « dans les caisses de nos receveurs. A cet effet, « les préfets feront dresser l’état desdites offres « et en rendront le rôle exécutoire. »
Art.7. « L'état des généraux, colonels, chefs « de bataillon et capitaines qui ont été employés « dans les corps de volontaires dits royaux, sera « dressé, et les officiers seront mis sous la sur- « veillance spéciale des généraux commandant « les divisions, des généraux commandant les dé- « partements, et de la gendarmerie. »
Art. 8. « Ces états seront transmis, sans dé- « lai, à notre ministre dela police générale qui, «selon les circonstances, éloignera ceux de ces
« officiers qui seraient dangereux, des lieux où « ils se trouvent , ou décernera des mandats con- « tre eux. »
Art. 9. « Nos ministres sont chargés de l’exé.- « cution du présent décret. »
« Signé : NAPOLÉON. » « Par l'Empereur, le ministre secrétairé d'État,
« Signé : le duc de Bassano. »
Entaché, je crois, de violence et d’illégalité, cet acte de l'autorité impériale devait être défavorablement accueilli, dans un moment surtout où une commission dont lopinion publique avait, en grande partie, désigné les membres au choix de l'Empereur , préparait pour la France une nouvelle constitution, fondée sur des principes plus libéraux que ceux des actes, de natures si diverses, qui composaient les constitutons de l'empire.
Ce difficile travail de la commission fut terminé le samedi 22 avril, et dans la soirée on connut les dispositions importantes de ce nouvel établissement politique : c'était une constitu- #ion, une et complète : la représentation nationale y était notablement élargie ; les représentants du commerce et de l’université y étaient appelés; la discussion des lois était libre et publique dans le sein des deux chambres; satisfaction en-
tière était donnée au vœu national sur toutes les libertés publiques ; les chambres étaient appelées à prendre une plus grande part au gouvernement de l’État; l'Empereur se dépouillait de toute dictature légale. Les membres de cette commision étaient heureux de leur ouvrage; j’entendis un sénateur s’en féliciter toute la soirée. Ce prodige devait se révéler dans le Moniteur du lendemain matin, dimanche 23 avril; mais ce dimanche arriva, et le Moniteur ne parut point à l’heure ordinaire ; il fallut, malgré l’empressement universel , l’attendre jusqu’à quatre heures du soir, et pour y lire, au lieu du prodige universellement attendu, P Acte Addirionnel aux constitutions de l'Empire.
Cette malheureuse substitution causa une affliction générale; une réprobation toute nationale frappa cette triste invention, dans tous les points de l'Empire; et à Paris on sut bientôt que, la commission ayant terminé-son travail, avait laissé aux ministres de l'Empereur lobligation d'envoyer immédiatement au Moniteur une copie de la nouvelle constitution; que l’Empereur, resté seul avec le duc de Bassano et le comte Regnault de Saint-Jean d’'Angély, avait passé une partie de la nuit à refaire ou plutôt à défaire la constitution unanimement arrêtée par la commission, lui substituant l’Acte additionnel qui n'avait pu être remis au Moniteur qu’à la
pointe du jour. Malgré les habiles commentaires approbatifs du docte Sismondi, et ceux de Benjamin Constant de Rebecque, fraichement nommé conseiller d’État ‘par l'Empereur, cet acte affligea et refroidit la nation. Soumis à l’approbation des citoyens, il fut accepté comme une nécessité; mais les registres, encore existants, des votes de la France entière, nous apprennent qu'un grand nombre de ces suffrages étaient suivis de la formule restrictive sauf révision.
Au 1° mai, l'Europe entière se préparait à la guerre : le Moniteur révélait publiquement le traité de Vienne du 25 mars, conséquence immédiate de la déclaration donnée par le congrès le 13 du même mois. Par ce traité les quatre grandes puissances étrangères armaient six cent mille hommes contre la France. L'état de la défense générale de l’Empire était exposé dans la même feuille : on y oubliait la Vendée, dans la liste des ennemis. Il est vrai que, dans ce moment , l'insurrection royaliste ne faisait pas beaucoup de fracas; à Gand même, la cour en entendait fort peu parler, malgré la présence du duc de Bourbon dans la Bretagne; et le roi Louis XVIII donna, à ce sujet, la déclaration suivante :
« Le Rot ne connaissant pas dans ce moment a d’une manière exacte la véritable position de « S. A.S. monseigneur le dnc de Bourbon, dans
« le gouvernement que Sa Majesté lui a confié, « et Sa Majesté voulant pourvoir, autant qu'il « est en elle, à tout ce quiintéresse son service et « le bien de l’État en Bretagne, a jugé convena- « ble denommer son commissaire extraordinaire « dans les différents départements qui en font « partie, M. le marquis de Marigny, maréchal de « camp, et Sa Majesté place sous les ordres de « M. de Marigny, premièrement M. le comte de « Floirac, maréchal de camp, préfet du Morbi- « han; et en second lieu M. le marquis de la Bois- « sière, qui remplira sous les ordres de M. de « Marigny les fonctions de chef d’état major et « de commissaire extraordinaire adjoint. »
« Des instructions générales ayant déjà été don- « nées par le roi à monseigneur le duc de Bour- «a bon, MM. de Marigny, de Floirac et de la « Boissière sont tenus de déférer à tous ordres « qu'ils recevront de S. À. Sérénissime. »
« À Gand, le 1° mai 1815. »
« Approuvé « Signé : Lours.
« Par le roi, le ministre secrétaire d’État de la guerre,
« Sioné : duc de FELTRE. »
À l’intérieur toutes les communes étaient en mouvement. Les colléges électoraux avaient été convoqués par un décret du 30 avril. A l’exception de Paris, partout les votes désignèrent des
députés d’une opinion très-prononcée, les uns voulant le régime nouveau avec la dynastie impériale, et d’autres un peu plus que cela peutêtre. Plusieurs conventionnels siégérent dans la nouvelle chambre ; ils ne figurérent point parmi les moins modérés, et il est certain, soit dit à la décharge de ces temps qu’on a trop bénévolement assimilés à ceux de la terreur, que la première fois qu'un de ces conventionnels demanda la parole, un murmure répulsif éclata sur tous les points de la salle; mais l’orateur, qui avait affronté de plus grands tumultes, c'était Barrère, ne se laissa pas imposer, monta à la tribune, et après ses premières phrases, obtint, par l’élégance de son langage et la bonne logique de ses avis, toute l'attention de l’assemblée.
Les élections de Grenoble furent désagréables à l'Empereur. Sans qu’il en füt prévenu, sans son assentiment connu, son frère Lucien avait été nommé député de l'Isère. Prince romain, il n’était peut-être plus Français; la conservation de ses droits politiques était au moins problématique. Arrivé à Paris, le 9 mai, il fut traité par l’'Empereur avec la plus grande distinction; le Palais Royal, garni de tout le mobilier du duc d’Orléans et à ses armes, argenterie et cristaux, fut donné à Lucien pour sa résidence ; les ministres et les officiers de la maison impériale allérent officiellement lui rendre visite; un des officiers généraux de la garde nationale fut attaché à sa
personne avec le titre d’écuyer : c'était le comte Alexandre de la Borde, qui vient d’être récemment enlevé à son pays.
Tant de faveurs excitait quelque surprise. On savait qu’il y avait entre Napoléon et Lucien des incompatibilités d'opinion et de caractère; on répétait le mot de Lucien qui avait dit, il y avait quelques années, qu'il tâchait de faire des économies parce qu’il aurait un jour trois ou quatre rois sur les bras; enfin personne n’ignorait que Lucien Bonaparte était exclu, par les constitutions, de la dynastie impériale, et l’Acte additionnel n’avait apporté à son état aucune modification. Toutefois on expliquait par la réputation d'homme du progrès, qu’on avait faite à Lucien, les attentions de l'Empereur.
Mais le prince de Canino s'était proposé de ne pas dépendre entièrement des bons sentiments, peut-être passagers, de Napoléon; il accepta le titre de député de l'Isère, et il lobtint par l'in fluence de M. Sapey, qui possédait depuis longtemps sa confiance et son affection. Par l'effet de sa nouvelle ou de son ancienne position en France, distinction fort difficile à préciser, le prince Lucien reprit sa place à l’Institut et lut, dans la séance publique du 18 mai, l’ode qu'il avait composée pour la défense d’Homère contre les systèmes négatifs d’outre-Rhin, et intitulée l'Odyssée.
En ce même temps, les fédérations se formaient =
dans tous les départements de la France, à l'imitation de ceux de la Bretagne et du Dauphiné. L’excitation de l'opinion nationale était une nécessité; c'en était une aussi de la porter jusqu'aux limites extrêmes de la légalité, car depuis les événements de 1792, la France n'avait pas été si universellement menacée.
Mais l'Empereur ne poussa jamais à cette excitation ; aux yeux de ses frères et cousins assis sur les trônes de l’Europe, il voulait se garder de mériter le reproche de gâter le métier de roi. Né d’une famille noble (1), ayant assez longtemps manifesté par ses actes ses préférences et ses affections pour toutes les aristocraties, le concours populaire répugnait à ses mœurs comme au caractère de son autorité. D'ailleurs le temps était venu pour lui d’être trompé par les hommes habiles de qui il devait attendre les meilleurs services, et les probes serviteurs qui l’entouraient ne savaient rien. Un de ses principaux ministres, habitué à la baratterie des hommes, était chargé de la partie la plus importante de l’administration publique, de celle dont l’action et la marche toutes mystérieuses ne se manifestent, dans les moments solennels pour les nations, comme les grands travaux de la nature , que par des bou-
(x) Une décision du conseil supérieur de la Corse, en date
du 13 septembre r771, a reconnu la noblesse de la famille Bo-
paparte de Corse. .
leversements.Ce ministre, en acceptant le premier rang parmi les dévoués de Napoléon, en défendant ouvertement sa cause (1), avait néanmoins promis de conserver le trône à Louis XVIIT, et il tint parole cette fois. Son exil et sa mort, œuvres de ses protégés, ont terminé dignement l’histoire de sa vie.
Les faubourgs de Paris furent armés ; l’'Empereur les passa en revue, et cria au milieu d’eux vive la nation! Les partisans de la maison royale s’éloignèrent de la capitale, inquiets sur leur sort, effrayés par des démonstrations où ils se complaisaient à reconnaitre les présages certains du retour des cruautés de 1793. L’insurrection vendéenne répandait une terreur plus réelle dans les districts où elle s'était manifestée. Le gouvernement en était journellement préoccupé. Par un
(1) Voici un des actes patents de son autorité : « Miuistère de la police générale. « Paris le 7 avril 1815.» « À M. le préfet du département de. . . . ..
« Je suis informé, monsieur le préfet , que le journal de. . . « dans son numéro du 23 mars dernier, fait figurer les procla- « mations de Louis XVIII à côté de celle de l'Empereur. Cette « inconvenance n'aura sans doute pas échappé à votre attention. « Je vous prie de mander le rédacteur et de lui témoigner tout « mon mécontentement. Je désire savoir quelle a pu être son inten- « tion en faisant un amalgame aussi étrange, et je vous recom- « mande de me transmettre les renseignements que vous pourrez « recueillir à ce sujet. »
« Agréez, monsieur le préfet, l'assurance de .ma haute con-
« sidération. »
« Signe : le duc D'OrranTe. »
décret du 10 mai, les compagnies d'élite des gardes nationales de six départements avaient été mises en activité deservice. Sur la proposition du ministre de la police générale, un autre décret, en date du 19 mai, ordonna d’autres mesures.
Voici le texte de ce décret inédit :
« Palais de l'Élysée, le 19 mai 1815.
« Napolon, Empereur des Français. Sur le « rapport de notre ministre de la police générale, « nous avons décrété et décrétons ce qui suit : »
Art. 1%. « Notre décret du 10 de ce mois, qui « met en activité de service les compagnies d’é- « lite de la garde nationale, dans les départe- « ments de la Sarthe, de la Mayenne, de la Loire- « Inférieure, de Maine-et-Loire, de la Vendée et « des Deux-Sèvres, est rapporté. »
Art. a. « La garde des côtes des 12° et 13° « divisions est confiée aux fédérés de la Loire-In- « férieure, Ile-et-Vilaine, Côtes-du-Nord, Finis- « tère, Morbihan, et Maine-et-Loire, sans qu'il « soit rien changé au service ordinaire des canon- « niers.gardes-côtes. »
Art. 3. « Les garnisons des ports seront formées « par des détachements des compagnies d'élite « de la garde nationale des villes dans les 12°, « 13°, et 22° divisions. »
Art. 4. « Le lieutenant général gouverneur des « 12°, 13° et 22° divisions est chargé de la haute
« police dans l’étendue de son gouvernement. Il « correspondra, pour cet effet, avec notre mi- « nistre de la police générale et les lieutenants « des 2° et 3° arrondissements. »
Art. 5. « Nos ministres de la guerre, de l’inté- « rieur et de la police générale sont chargés cha- « cun en ce qui le concerne de l’exécution du « présent décret. »
« Sioné : NAPOLÉON. »
« Par l'Empereur, le ministre secrétaire d’État, « Signé : le duc de Bassano. »
Troisjours après, un acte semblable, également inédit, et rendu sur le rapport du ministre de la guerre, compléta ces premières mesures de défense contre l'insurrection de l'Ouest, et ordonna l'envoi des tronpes en poste. Ce décret est ainsi CONÇU.
« Au palais de l'Élysée, le 22 mai 1815.
« Napoléon, Empereur des Français. Sur le « rapport de notre ministre de la guerre, nous « avons décrété et décrétons ce qui suit : »
Art. 1°. « I] sera formé trois colonnes de gen- « darmerie destinées à opérer dans les départe- « ments de l'Ouest; elles seront commandées par” «trois maréchaux de camp, qui auront chacurm— «sous leurs ordres un colonel de gendarme—— «rie. » |
Art. 2. « La 1° colonne sera composée d'urÆ
escadron de gendarmes à cheval de 300 hom- « mes, et de 3 bataillons de gendarmes à pied, « faisant 1800 hommes : elle se rendra à An- « gers. » |
« La 2°° se rendra à Poitiers, et sera composée « d’un escadron de 2150 chevaux et de 5oo gen- « darmes à pied. »
« La 3°* se rendra à Niort et se composera de « meme. »
Art. 3. « Le 1° escadron de gendarmes sera « de 300 hommes, les deux autres de 250 hom- « mes, etc. »
Art. 4. « Chaque bataillon de gendarmerie à « pied sera fort de 500 hommes, formant 4 com- « pagnies de 125 hommes chaque, etc. »
Art. 5. « Le bataillon de gendarmes à pied, « organisé en exécution de notre décret du 13 « avril dernier, et qui a été dirigé sur Angers, « formera le 1° bataillon ; il sera porté au com- « plet d'hommes de chaque grade ci-dessus fixé « et fera partie de la 1° colonne; le 2° sera for- « mé également des compagnies qui se forment à « Versailles et fera partie de la 1° colonne; le 3° « le sera des dix lieutenances de gendarmerie et «< fera partie de la 1° colonne. »
Art, 6. « Les hommes destinés à la formation « de ces bataillons seront envoyés en poste sur « les points de réunion de Poitiers et de Niort. ».
An. 7. « Les préfets, conjointement avec les
« officiers de gendarmerie, sont chargés de rem- « plir les vides que la formation des colonnes « ci-dessus citées occasionnera dans les brigades, « par l'admission des hommes qui leur paraïîtront « les plus propres à ce service. »
« Ils sont autorisés à prendre parmi les mili- « taires rappelés par notre décret du 28 mars, « pourvu toutefois qu'ils puissent se monter, « s'habiller et s'équipper à leurs frais. »
Art. 8. « Notre ministre de la guerre est chargé « de l'exécution du présent décret. »
« Signé : NAPOLÉON. »
« Par l'Empereur, le ministre secrétaire d'État, Signé : le duc de Bassano. »
À cette date le jour des cérémonies du Champ de Mai approchait. Les députés des départements étaient nommés et les registres des votes sur l Acte additionnel étaient réunis à Paris; les électeurs, comme autrefois au sacre de l'Empereur, s'y rendaient en grand nombre. Un lieu de réunion avait été ‘assigné à chaque département : l’hôtel Montalivet, ile Saint-Louis, devait être celui des colléges électoraux de l'Isère; mais le prince Lucien désira les avoir au Palais Royal, et trois salons furent laissés à l'entière disposition du département. Le prince reçut habituellement chez lui ceux des électeurs qui lui furent présentés. Il s’attachait davantage chaque jour à sos
titre de député. On verra bientôt que ce titre ne le préserva pas de la position extraordinaire que lui fit l’invincible volonté de l'Empereur. L'assemblée des colléges de l'Isère se constitua sous la présidence de M. Sapey, député; on me remit les fonctions de secrétaire; on y parlait avec chaleur de l’état bien sombre des affaires publiques. L’infortuné Didier, dont l’histoire est inconnue malgré qu’elle ait fait récemment quelque bruit, y venait comme dans une réunion de compatriotes; mais il ne délibérait point avec nous, appartenant au gouvernement royal par son titre de maître des requêtes (x). Fourier y fut accueilli avec un empressement ‘ dont il se montra heureux; mais il demeura en dehors des affaires, ne se croyant plus lié que par des souvenirs qu'il chérissait, avec le département dont il avait abandonné l’administration. L'assemblée accomplit sa mission; elle fit le dépouillement officiel des 640 registres ouverts dans le département au sujet de l’Acte
(r) M. Didier avait publié, en l’année 1800 ou 18or, un écrit iotitulé : Du retour à la religion. La 2° édition, 75 pages in-8°, porte la date de 1802; elle est dédiée à Bonaparte. Une troi- Sième édition, publiée en l’année 1810 et un peu augmentée, fut retenue par la censure et attentivement supprimée, L’exemplaire que je possède est vraisemblablement unique. On trouve dansl'un des premiers n°’ de l’Indépendant, fondé en 1815, et qui vécut peu die temps sous ce titre, un article de plusieurs colonnes et d’une Bolitique fort modérée; cetarticle signé D. est du même personnage.
La]
additionnel, et constata 27,851 votes, dont 4 étaient de désapprobation.
Cinq commissaires furent nommés pour porter ce résultat à l'assemblée centrale des colléges électoraux, indiquée pour le 31 mai dans la salle des séances du corps législatif, et sous la présidence du prince archichancelier de l'Empire. Je fus un des commissaires de mon département; je fus aussi un des secrétaires de l’assemblée générale; j'y tins la plume, et ces circonstances me mirent à même de recueillir des notes et des pièces qui me permettent de consigner ici des détails utiles à l’histoire, et que la brieveté bien extraordinaire du Moniteur (1), où l’on ne trouve pas même le chiffre général des votes sur l’Acte additionnel, rendra tout à fait nouveaux, quoiqu’ils datent aujourd'hui de vingt sept années révolues.
Le 31 mai, à quatreheures, le prin ce Cambacéres ouvrit la séance, enex posant trés-sommairement le but de la réunion. Chaque département déposa sur le bureau, et on lut à haute voix le résultat de ses votes. L'assemblée se montra diversement émue selon que le chiffre des votes affirmatifs ou des votes négatifs était plus considérable. Le vote fort minime du département de la Seine excita des murmures.
(1) Moniteur du jeudi r* juin, page 616, colonne médiale.
J'avais relevé exactement ces chiffres sur un tableau à trois colonnes, et pendant que je les additionnais, l’assemblée délibérait sur un projet d'adresse à l'Empereur, contenant l'expression des vœux et des sentiments de la nation représentée par les colléges électoraux composés de ses élus. La proposition de l’adresse fut faite par le président de la députation de la Somme, qui lut en même temps le projet qu'il avait rédigé.
M. Gohier, de Seine et Oise, communiqua aussi un autre projet.
Carion de Nizas, qui avait mission à cet effet, prit la parole et s’efforça de prévenir l’adoption de l’un des projets déjà communiqués. La discussion s’engagea avec assez d'ordre sur ce sujet, mais elle s’échauffait ; elle inquiétait visiblement le président de l’assemblée, qui craignait , avec quelque raison, de ne pas réussir à la diriger; on proposait une commission, on priait l’Archichancelier de parler au nom de l'assemblée, Enfin Carion de Nizas parvint à lire un truisième projet pour lequel M. Gérante demanda la priorité. Elle fut admise presque unanimement, et M. Dubois d'Angers fut prié de prêter son puissant organe à cette expression du vœu général porté à l’'Empereur au Champ de Mai.
Cette discusion était terminée ; il n’en était pas de même de mes additions. Je continuais ce travail tout en écoutant ce qui se passait : il se pro- ”
longeait, et les motions, quelques-unes intempestives, se succédaient dans l'assemblée. L’inquiétude de lArchichancelier s’accrut jusqu'à la mauvaise humeur; il me pressait d’en finir, et je Jui donnai un résultat total ainsi conçu :
Nombre total des votes constatés, y compris
l’armée et°la marine. . . . .. , 1,302,56a Votes négatifs à distraire. . , . . 4,206 Total des votes affirmatifs. . . . 1,298,356
Ce résultat fut annoncé par l’Archichancelier, qui déclara aussitôt la clôture de cette pénible séance.
Je transcrivis ensuite ces chiffres sous forme de procès-verbal authentique que je signai, et il fut proclamé au Champ de Mai par l'Empereur. Je n’ai pu, malgré de soigneuses recherches, retrouver dans aucun dépôt public des traces de cette pièce historique.
L'empressement avec lequel le prince président quitta le bureau, me laissa le maitre des notes et papiers qui sy trouvaient réunis. Je n'étais pas bien certain que les chiffres que je lui avais donnés fussent exacts; je désirais de les vérifier, et j'en ai eu depuis bien le loisir. Je dépose ici l’état sincère des votes par département, en tout conforme au dépouillement original que j'ai écrit séance tenante, le 31 mai 1815.
Départ. Totaldes votes.
Ain. 20,912 Aisne. 23,542 Allier, 10,904 Alpes (Hautes-) 2,712 Alpes (Busses-) »
Ardèche. 5,a0t Ardennes. 14,117 Ariége. 9,065 Aube. | »
Aude. »
Aveyron. 5,499 Bouch.-du-Rhône 2,560 Calvados. 7,231 Cantal. »
Charente. 26,291 Charente-Infér. 24,422 Cher. 14,657 Corrèze. 22,540 Corse. » .
Côte-d’Or. 41,737 Côtes-du-Nord. 5,669 Creuze. 11,168 Dordogne. 29:594 Doubs. 12,299 Drôme. , Eure. 7,128 Eure-et-Loire. 14,15r
Finistere.
Oui.
Non. Observations.
ÂT
» Les registres n'étaient pas arrivés.
dden.
» Idem.
» idem.
[Les arrondissements de 21! dla Rochelleet Roche.
| fort manquent.
» Les registres n'étaient | pas arrivés.
1,058 4* *Conditionnels.
» Lesregistresnon arrivés.
{ Manque tu registres de : | Louviers et Évreux.
+ Les registres n'étaient pas arrivés.
A reporter. 311,389 309,554 1,835
Départ. Totaldesvotes. Oui. Non. Observations.
Report. 311,389 309,554 1,835
Gard. . » Les registr. non arrivés.
Garonne(Haute-) 16,634 16,596 38
Gers. » , » Idem.
Gironde, 5,792 5,716 76 Bazaset Blayes n’ont pas fourni.
Hérault. » » » Les registres n'étaient pas arrivés.
Ille-et-Vilaine. 5,576 5,446. 136
| a communes n'ont pas
Indre. 10,382 10,361 21 qui es Le rence de 13 voix.
Indre-et-Loire. 19,818 19,813 6
Isère. 27,851 27,810 41 39 registres de Vienne
| manquent.
Jura. 22,496 322,414 82
Landes. 9:29 9,278 13
Loir-et-Cher. 13,143 13,143 I
Loire. » . » Les registres n'étaient pas arrivés.
Loire (Haute-). 5,094 5,085 9
Loire-Inférieure. 1,338 1,323 15
Loiret. 13,147 12,107 40
Lot. 6,400 6,390 10 Figeac (arrondissement) manque.
Lot-et-Garonne. » » Les registres n'étaient pas arrivés.
Lozère. 4,152 4,147
Maine-et-Loire. » . Idem.
Manche. 12,170 13,149 37
Marne. 18,843 18,816 27
Marne (Haute-). 26,028 36,005 33
Mayenne. » » x Idem.
Meurthe. 43,243 43,218 25
Meuse. 23,834 23,816 18
A reporter... 595,630
Départ. Total des votes. Oui.
Report... 595,630 593,172 3,458
Mont-Blanc. 3,554 Morbihan. 1,487 Moselle. 33,997 Nièvre. 23,487 Nord. 16,462 Oise. 14,302 Orne. 7,342 Pas-de-Calais 4,983 Puy-de-Dôme. 16,623
Pyrénées (Bass.) .
Pyrénées (Haut.) »
Pyrénées-Orient. x
Rhin (Bas-). 26,505 Rhin (Haut-). 25,614 Rhône. 17,364 Saône (Haute-). 21,016 Saône-et-Loire. 38,093 Sarthe. 12,930 Seine. 24,204 Seine-Inférieure. 10.836 Seine-et-Marne. 27,940 Seine-et-Oise. 29,257 Sèvres (Deux-). 12,094 Somme. 8,395 Tarn. ,
Tarn-et-Garonn. 3,202
Var. »
Non. Observations.
* Conditionnels.
Les registres de quelques cantons manquent.
17 Boulogne (arrondissement) manque.
13 Plusieurs cantons n'ont pas envoyé.
Les registres n'étaient pas arrivés.
Ce département a perdu deuxarrondissements par les événements.
5gt 7 Bressuire manque.
» Les registres n'étaient pas arrivés.
» Idem.
A reporter... 975,217 971,410 3,807
Départ. Totaldes votes. Oui. Non. Observations. Report... 975,217 971,410 3,807
Vaucluse. 3,005 3,000 5 L’arrond'. de Carpentras manque.
Vendée. 2,493 2,487 6 Il manque les votes des trois quarts des.communes.
Vienne. 15,692 15,672 20
Vienne(Haute-). 14,550 14,543 7
Vosges. 30,571 30,514 57
Yonne. 34,882 34,880 2
Total... 1,076,410.1,072,506 3,904
On constata par ce dépouillement que les registres des votes de 18 départements n'étant point parvenus à Paris, ni ceux d’un grand nombre de communes de départements qui figurent dans ce tableau , ces registres n’avaient point concouru au total général des votes exprimés, qui s'élèvent exactement à . . 1,076,410
Les votes de l’armée furent indiqués à . . . . 205,168
Les votes de la marine,à............ 21,034 Le total générel des votes s’éleva ainsia . . . . . 1,302,60a Dont il faut déduire les votes négatifs :
Des*citoyens . . . .. ns... 3,904 4,206 (1) De l’armée... . . . ... ss... 302
Il reste, en votes approbatifs constatés. . . . . 1,398,396
J'étais ainsi resté, dans les nombres officiellement proclamés, de quelques votes affirmatifs audessous de la réalité; et ces détails numériques, inconnus jusqu'ici, doivent remplir une lacune importante dans l’histoire des dernières années de l'Empereur , de l'opinion nationale à son sujet, de la destinée de nos constitutions successives,
(1) Ce nombre est donné dans la relation de la séance du Champ de Mai ; Moniteur du 2 juin, page 1, colonne 3, à la note : ce nombreïest exact.
La
et de ce Champ de Mai renouvelé des Gaulois, innové en France dans des circonstances que l’imminence d’une guerre acharnée rendait en quelque sorte plus solennelles.
C’est pourquoi l'Empereur multipliait ses rapports avec les députations envoyées des départements; ils’efforçait d’y entretenir l'enthousiasme qui l'avait accueilli, et qui, malgré l’Acte additionnel , subsistait encore, pur d’intrigues et d’arrière-pensées dans les provinces, pendant que les partis, à Paris, prévoyants ou projetants, cherchaient à pénétrer l'avenir et à le plier au succes et au profit de leurs vues. Les forces nationales s’affaiblissaient : en dehors du peuple et des fonctionnaires, on regrettait à Paris les quiétudes et les façons de cour de la restauration ; la garde nationale, qui n’allait plus diner chez le roi, faisait son service tout juste, et dans le seul intérêt de l’ordre et des propriétés; la chambre des pairs, renouvelée, suivait le mouvement avec la lenteur inhérente à sa constitution; et la chambre desreprésentants, possédée de l'esprit constituant , ne devait pas être modérée par la parole et le geste, également pétulants, de Pillustre Lanjuinais qui la présidait : l'Empereur ne pouvait plus, que par de nouvelles victoires, rendre à son nom et à son autorité leur splendeur et leur force.
Membre de plusieurs députations, j’eus plusieurs fois l’occasion de l'entendre; dans ces
circonstances j'avais l'honneur d’être choisi pour son interlocuteur, et je dis choisi, parce qu’en recevant ces députations Napoléon m’interrogeait aussitôt sur les services des personnes qui les composaient, sur le lieu de leur habitation; et si ce lieu lui était connu, il rappelait avec un empressement marqué comment il y avait été reçu à son passage. Je puis me rendre cette justice que, dans aucune de ces occasions, je n’ai parlé que pour répondre, ou pour recommander selon leur nature les demandes qui étaient présentées. A l’assemblée générale dans la galerie du Louvre, le 4 juin, l'Empereur nous diten nous approchant : « Donnez donc un peu de votre pa- « triotisme à vos voisins que Je quitte, ils en ont « bien besoin. Les députations des départements étaient rangées dans l’ordre alphabétique. Il s'arrêta longtemps avec celle de l'Isère, et je profitai de cette occasion pour rappeler la demande déjà faite d’une école de médecine à Grenoble. « Je ne l'ai point oublié, » me dit-il ; « vous vous trouvez entre Montpellier et Paris, « et voisins de la Suisse » ; et aussitôt il fit approcher le ministre de l'Intérieur, M. le général Carnot, et lui dit: « Enrtendez M. C. pour cette « affaire de l'école de médecine de Grenoble. — « Il nous faudra, sire, lui dis-je, comme base « essentielle, une dotation annuelle de vingt mille « francs au moins. — Vous trouverons bien vingt
« mille francs, » répondit-il aussitôt, avec un « gracieux mouvement de tête, « n'est-ce pas M. « Carnot? Je ne finirai pas cette affaire avant de « partir, mais vous me l’enverrez si je reste « longtemps. » Je redemandai la Description de l'Égypte pour la bibliothèque de Grenoble.
L'Empereur dit aussitôt au ministre : « Ceci est « entendu ; ne l’oubliez pas comme moi. » L’ouvrage me fut en effet remis peu de jours après. | L'assemblée du Champ de Mai avait été tenue le 1* juin; elle fut imposante et solennelle : rien de pareil ne s'était vu en France depuis la fédération nationale de 1790; l’une et l’autre se sont passées sur le même terrain. A la fédération de 1815, l'assistance fut plus nombreuse, le temps très-favorable, et l'ordre parfait. Le procès-verbal en fut inséré au Moniteur; mais il est muet sur une circonstance importante pour l’histoire , et je puis dire ce qui l’amena.
Plusieurs fois dans ses colonnes officielles le même journal avait gratifié Lucien Bonaparte, député de l'Isère, du titre trés-gracieux d'Altesse Impériale; or, sa principauté romaine de Canino n’emportait pas le titre d’altesse , et la constitution Napoléonienne avait exclu Lucien de toutes les dignités impériales. Ces honneurs l’embarrassaient singulièrement, lui qui n'avait jamais pris en France le nom de sa princerie papale, et qui avait constamment usé pour sa signature du seul
prénom de Lucien, toutefois avec le protocole princier : votre affectionné.
En contradiction avec ces bonnes résolutions, Lucien Bonaparte, tout au plus citoyen français, siégea néanmoins comme prince et altesse impériale au Champ de Mai, assis à la gauche du trône de l'Empereur ; et étonnement public fut trés-grand.
Le 3r'mai au soir, Lucien fut appelé, et l’Empereur lui fit connaître son désir , sa volonté de le voir à côté de lui à la gauche du trône, dont le roi ou prince Joseph occuperait la droite. Les observations, les excuses, les refus de Lucien furent inutilement et plusieurs fois renouvelés : l'Empereur insista, et pour des raisons d’État. En vain Lucien voulut en appeler hautement à son indépendance, déclarant son intention de sortir de Paris sur l’heure même : l'Empereur fut aussitôt hors de lui, menaça de sa colère, de résolutions désespérées , et Lucien fut contraint de se rendre. Il rentra fort tard, abimé de chagrin, au Palais Royal. On n'avait que quelques heures pour confectionner de toutes pièces le costume qui lui était imposé; et le lendemain il fut prince impérial pendant quelques heures , pour la première et la dernière fois, devant la nation assemblée, et surprise d'un événement dont elle ignorait la cause que je viens de révéler.
Par l'effet de ce même événement, Lucien Bo-
naparte siégeait comme pair au banc des princes, mais il n'était que pair nommé, quoique venant de jouir du rang de prince et quoique frère de l'Empereur : le roi Joseph n’omit pas de faire constater la différence des deux titres, au premier procès-verbal des séances de la pairie.
La session des deux chambres avait été ouverte en personne par l'Empereur , le mercredi 7 juin : le dimanche suivant, il reçut les adresses en réponse au discours du trône. On voit dominer dans celle de la chambre des représentants , cette préoccupation constituante que j'ai déjà indiquée : «Tandis que l'Empereur combattra l'ennemi, la chambre travaillera sans reläche au pacte qui doitfaméliorer nos institutions...! » Etl’Empereur répond « qu'il verra avec plaisir que, pendant son absence, deux commissions prises dans les deux chambres mneditent sur nos constitutions. Toute discussion publique qui pourrait diminuer la confiance qu’on leur doit, serait, selon lui, un malheur pour l’État. La crise présente est forte : il ne faut'pas imiter le Bas-Empire, livré àides discussions abstraites pendant que le bélier ennemi sapait les portes de la capitale ».
Une‘tradition'digne de foi dit que le président Lanjuinais répliqua en persistant dans les termes de l'adresse :/ce n’est pas d’un tel homme, ni sur un tel'sujet fque l'Empereur pouvait attendre le moindre amendement.
La chambre, ilest vrai, professait les mêmes principes, et l’histoire dans son impartialité examinera si les inspirations de son patriotisme ne la trompèrent point, et si son ‘premier devoir était de défendre , de sauver les principes libéraux du gouvernement du pays, ou bien le pays lui-même. Sa défiance manifeste à l'égard des ine tentions de Napoléon revenant vainqueur de l’étranger, nuisit à l'autorité suprême. A des hommes observateurs oculaires des phases diverses de notre révolution, ou qui avaient vieilli dans le maniement des affaires publiques , s’unissait d’intention, dans cette chambre, une majorité de jeunes députés , privés des avantages de la même expérience , imbus des meilleurs principes sans doute, mais qui ne se souvinrent pas que, dans les grandes crises des États, c’est de la juste appréciation des circonstances dominantes et de leur accord possible avec ces mêmes principes, que doivent sortir les résolutions utiles; en un mot qu'il faut faire tout ce qu'on peut, et que c’est remplir dignement son devoir, que de sauver d’un naufrage imminent le vaisseau d’abord, et ce qu’il est possible ensuite des meilleures parties de sa charge. En exigeant, avec une insistance irrespectueuse, l’abdication de l’'Empereur, en ne faisant aucun compte des négociations ouvertes à Bâle, secrètes il est vrai, mais non pas de tous ignorées; en n’espérant rien de
la possibilité de diviser les alliés, même après la victoire, car les Autrichiens, ni les Wurtembergeois n'étaient pas en ligne à Waterloo , et ils ne passérent le Rhin que quelques jours après; en osant mêler le mot de déchéance à ses murmures contre l'Empereur (1), la chambre abolit tout centre d'action, d'exécution, de gouvernement , dépouilla l’armée de son chef et de sa puissance morale , dispersa leséléments de toute défense , ne mit rien sur le trône, ouvrit la voie libre à tous les partis, prépara la seconde restauration, qui certes valait mieux que rien; et ellecompléta l’ensemble de ses singulières résolutions en commettant provisoirement le salut de la France impériale à la conscience de l’homme le plus engagé pour le rétablissement des Bourbons, car Fouché, l’un des votants de la Convention et l’un de ses membresles plus trempés dansses sanglantes orgies, parut à cette chambre être une colossale garantie contre le retour du roi : on ne se méfia pas des résolutions d’un tel homme placé entre son devoir et son salut , eton sait que le roi Louis XVIII remonta les degrés de son trône, soutenu d’un bras par Talleyrand et de l’autre par Fouché. Enfin la chambre des représentants s'était peut-être trop facilement considérée
(1) Un billet écrit au crayon et envoyé à la hâte et tout ouvert à Lucien à l'Élysée, avertit Napoléon de l'état de la Chambre; et l’ahdication fut apportée une heure après.
comme appelée à tout sauver, toute seule , le trône et l’État. Mais un jour, c'était le 5 juillet, trois semaines après son grand discours à l’Empereur, il se rencontra à la porte de son palais, un caporal prussien qui dit à la chambre : « On n'entre pas, » et la chambre n’entra plus.
Je n’exprime ici que l'effet des impressions que j'éprouvai au spectacle de ces solennels moments : elles ne se sont jamais effacées de mon esprit et je n’ai rien lu qui les condamne.
Au jour même de ces mémorables discours, l'Empereur partit pour l’armée; les journées qui avaient précédé son départ avaient été fort laborieuses ; des conseils multipliés furent tenus et il les présida ; les hommes dès longtemps habitués à sa parole, secondaient ses vues d’un zèle infatigable, afin de pourvoir au présent et à l’avenir. Quelques actes de ces derniers temps du règne de l'Empereur sont restés ignorés jusqu'ici aux historiens de ces moments presque posthumes de sa vie politique, de ses grandeurs, de ses prospérités, inouies comme ses infortunes ; moments glorieux aussi, car la coalition armée de l’Europe entière (1) pour arracher Napoléon
(x) Je trouve dans une note officielle , mais d’une écriture inconnue , les chiffres suivants :
« Note sur une partie des forces des armées alliées.
‘-! Infanterie. Cavalerie.
«1** corps d’arméerusse. Général Ruewsky. 25,600 2,500
du trône où la France l’avait élevé (1) de nouveau fut encore un hommage à son génie.
Avant de quitter Paris, il avait consulté le conseil d’État sur le sort et l'emplacement des prisonniers de guerre qu’il allait faire sur l'ennemi,
«2° corps d'armée russe. G*! Winzigerode.
«3° Id. Id. de Saken. .: .
«4° Id. Id. ctedeLangeron
« Gardes et réserves à Paris et dans Îles æENVITONS. . se
«Il s’y trouvait en outre pour les Autri- «chiens, 6 bataillons de grenadiers, le 1°" ré- «giment de hussards, un régiment d’infan- «terie, de l'artillerie et le quartier général de «l'Empereur formant. ....,........
« Pour les Prussiens :
« Les 1°° et 29 régiments de la garde, les « chasseurs et la cavalerie de la garde. . . .
« Et en troupes de Bade. ..., .. ...
« Il y aurait encore à ajouter à cette force «les corps prussiens de Kleitz, Blucher, « Bulow, Yorck, et sur lesquels il n’a jamais « été envoyé de renseignements, sauf néan- « moins le corps du général Kleitz pour le- « quel il en a été adressé un qui portait sa «force à. ..........
Infanterie.
Cavalerie.
«Aucuns renseignements ne sont parvenus sur la force des corps « autrichiens qui étaient, soit à Lyon, soit sur les autres parties
« du territoire français. »
(1) Madame de Staël dit que la révolution de 1815 fut une n0ble étourderie. La France en a fait une semblable en 1830 : il pa-
raîtrait que la France est incorrigible.
et le conseil d’État avait décidé ce qui suit : « Au Palais de l'Élysée, le 4 juin 1815. »
ConwsEIL D'ETAT.
« Extrait du registre des délibérations , séance du 2 juin 1815.
Avis.
« Le conseil d’État qui, d’après le renvoi or- « donné par S. M., a entendu le rapport de la « section de la guerte sur celui du ministre de ce département ayant pour objet d'arrêter à « l'avance les mesures qu’il serait convenable de prendre à l'égard des prisonniers de guerre « étrangers, dans le cas où les hostilités viendraient à commencer, « ÆEst d'avis, x° qu'il est avantageux que « les échanges se fassent, autant que possible, homme par homme, et grade pour grade , ou « même par compensation de grade et dans le délai le plus court.»
« 2° Que les prisonniers de guerre anglais ne « doivent pas être traités plus favorablement, « quant au traitement à leur accorder, que les « prisonniers des autres nations. »
« 3° Que les dépôts de prisonniers de guerre « doivent être établis dans les lieux désignés par « le ministre de la guerre,
« Savoir :
{ Officiers a Chartres.
Sous-officiers et soldats à Clermont-Ferrant.
CS
« Les Prussiens.
« Autrichiens. . Officiers à Gueret, ° Sous-officiers et soldats à Rouen.
« Anglais . . Officiers à Blois.
Sous-officiers et soldats à Montbrison.
« Descerclesd’Al-
Officiers à Alençon.
lemagne et des vil- . x “ ô Sous-officiers et soldats à Bourges.
« les anséatiques.
Officiers à Evreux.
« Des Russes. . . . , à Sous-officiers et soldats à Moulins. »
« 4° Qu'il est d’une bonne police de ne point « faire passer à Paris ou dans les environs les « prisonniers qui seraient envoyés dans les dé- « pôts. »
« Pour extrait conforme, le secrétaire général « du conseil d’État,
« Signé : le baron Locré. »
« Approuvé au palais de l'Élysée, le 4 juin « 1815, « Signé : NAPOLÉON. »
« Par l'Empereur, le ministre secrétaire d’É- « tat,
« Signé : le duc de Bassano. »
Un autre décret changea sensiblement les attributions du ministre secrétaire d’État, duc de Bassano. Ce ministre contre-signait tous les décrets de l'Empereur, et la secrétairerie d’État en donnaitles expéditions officielles aux autres ministères compétents. Ainsi l'Empereur et le ministre secrétaire d’État suffisaient à tous les services ; les autres ministres, exécuteurs secondaires sur ex-
pédition, ne pouvaient pas être responsables. I] fut réglé au contraire, le 5 juin 1815, que les actes impériaux seraient contre-signés par le ministre compétent , et déposés en original au ministère de la secrétairerie d’État d’où les expéditions continueraient d’être délivrées. Voici le texte de ce décret important pour l’histoire de la haute administration de l’Empire :
« Au palais de l'Élysée, le 5 juin 1815.
« NaPorÉON, Empereur des Français,
«« Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
« Art. 1°. Tous nos actes, contre-signés par « nos ministres, seront déposés, en original, à « notre secrétairerie d’État. »
« Art, 2. Notre secrétaire d’État ne pourra « expédier aucuns denos actes qu'après qu’ils au- « ront été contre-signés. »
« Art. 3. Le ministre de la justice ne pourra « ordonner l'insertion au Bulletin des lois des ac- « tes qui en sont susceptibles que sur une copie « certifiée par notre secrétaire d’État. »
« Art. 4. Tous nos ministres sont chargés de « l'exécution du présent décret. »
« Signé : NAPOLÉON. »
« Par l'Empereur, le ministre secrétaire d’État,
« Signé : le duc de Bassano. »
Ce n’est pas le même esprit qui se manifeste dans un autre décret rendu la veille même du dé-
part de l'Empereur pour l’armée : c’est une interprétation des articles 18 et 19 de l’Acte additionnel au sujet de la forme de la discussion des lois dans les deux chambres : il y a toujours dix commissaires impériaux présents à la chambre des représentants pour soutenir les projets présentés par le gouvernement; les plus qualifiés de ces commissaires ne sont plus que des membres de la chambre, s'ils prennent part à la discussion des propositions dont la chambre s’est donné l'initiative : le gouvernement restreignait tant qu'il le pouvait l’action de la chambre, qui devait bientôt passer outre et labolir. Voici le texte de ce décret, l’un des derniers actes de l’autorité de Napoléon, Empereur des Français.
« Au palais de l'Élysée, le 11 juin 1815. »
« NaPorÉéoON , Empereur des Français, nos mi- « nistres entendus, nous avons décrété et décré- « tons ce qui suit :
« Art.1*. Toutes les affaires relatives à la pro- « position des lois et à leur délibération dans les « chambres seront portées au conseil des mi- « nistres. »
« Art. à. Quatre ministres d'État, membres de « la chambre des représentants, seront membres « de ce conseil. »
« Art.3. Six conseillers d’État seront membres « de la chambre, soit qu’étant conseillers d’É- « tat ils aient été élus par le peuple, soit qu’ils
« aient été choisis par nous parmi les membres « de la chambre. »
« Art, 4. Les quatre ministres d’État et les « six conseillers d’État, membres de la chambre « des représentants, seront les intermédiaires du « gouvernement avec la chambre, ils donneront « les explications et produiront les pièces qui se- « ront demandées. »
« Art. 5. Lorsqu'il sera proposé à la chambre « des représentants des amendements à une loi, « les ministres d’État en feront le rapport au « conseil des ministres; et sur l’avis de ce con- « seil, ou l’approbation des amendements sera « donnée par l’un des ministres d’État au nom du « gouvernement, ouilen proposera la modifica- « tion oule rejet. »
« Art. 6. Les ministres d’État ne prendront « part dans les chambres, aux discussions qui « auront lieu sur les demandes de proposition « de loi sur un objet déterminé, que comme « membres de la chambre. »
« Lorsque ces demandes rédigées dans une « chambre, et approuvées par l’autre, auront « été portées à l'Empereur, elles seront mises en « délibération dans le conseil des ministres. »
« Art. 7. Nos ministres, membres de la cham- « bre des pairs, sont les intermédiaires du gou- « vernement avec la chambre. »
« Art. 8. Le conseil d’État sera présidé par le
« prince archichancelier faisant fonctions de « ministre de la justice. Dans tous les cas d’ab- « sence du ministre de la justice, un ministre « d’État, nommé à cet effet , chaque année , pré- « sidera le conseil. Dans le cas où le ministre d’É- « tat ainsi désigné se trouverait empêché, il sera « remplacé par le plus ancien des trois autres « ministres d’État présents. »
« Signé : NAPOLÉON. »
__« Par l'Empereur, le prince archichancelier « de l'Empire chargé du portefeuille du minis- « tère de la justice,
« Signé : CAMBACÉRES. »
Terminons l’énumération de ces actes par une observation tirée de leur texte même, observation de pur protocole, il est vrai, mais néanmoins, ce me semble, éminemment historique, interprétative au moins des pensées de Napoléon qui, successivement, se laissa aller à le modifier par l'effet des événements. Dans ses décrets de Grenoble et de Lyon, il s’intitulait « Par la grâce « de Dieu etles constitutions de l’Esnpire, Empe- « reur des Français, etc., etc., etc. », abréviations significatives pour indiquer au moins une sorte d'adhésion aux traités de 1814 qui l'avaient dépouillé de son royaume d'Italie, du protectorat de la Suisse et de la confédération du Rhin. A la fin du mois d'avril les etc., etc., etc., étaient sup-
primés ; au mois de mai, l'intitulé des actes était réduit à ces quatre mots : Napoléon, Empereur des Français; et ce fut là la derniere formule impériale.
Huit jours après la date du décret du 1x juin, tout avait péri à Waterloo, et l’Empire, et l’indépendance nationale française : ils restaient à la merci de la générosité de vainqueurs profondément itrités. |
L'Empereur était arrivé au palais de l'Élysée le 20 juin à onze heures du soir ; son retour était ignoré le 21 au matin, et ne fut soupçonné qu’à la vue des factionnaires de la garde impériale qui avaient repris le service aux portes de ce palais. Mais les partisans des Bourbons avaient déjà à dix heures du matin un bulletin exact des événements. Le lendemain 22, les chambres veulent entamer des négociations avec les ennemis et demandent le consentement de l'Empereur à cette exorbitante et oiseuse résolution. Napoléon répond par son abdication et proclame son fils son successeur. La chambre reprend au nom de Ia nation les pouvoirs délégués à l'Empereur ; on ne tient compte de son fils; un conseil exécutif provisoire est nommé; il siége aux Tuileries ; il manifeste ses actes et il rend la justice, az nom du peuple français, c’est-à-dire , au nom de personne ; le duc d’Otrante le préside, et de ce moment doit dater la seconderestauration.
Dans le choix de ce conseil exécutif, divers partis se révélèrent : depuis l'ouverture de la chambre on croyait au parti orléaniste; on lui donnait pour chef Fouché ou Lafayette. Celuici avait été désigné pour la commission de gouvernement par 142 suffrages; mais Fouché l’emporta. On lui donna pour acolytes deux illustres généraux, Carnot et Grenier; mais c'étaient deux hommes éminemment incapables dans la science des intrigues, et les circonstances exigeaient deux habiles politiques, deux roués si l'on veut, capables au moins de quelque surveillance et de se préserver de toute mystification : on sait que Carnot, proscrit par les ordonnances du 24 juillet, ayant dit à son collegue Fouché qui venait de les signer : « Où veuxtu que j'aille, sraître? » Fouché lui répondit : « Où tu voudras, imbécile! »
La commission, par un arrêté en date du 25 juin 1815, ordonna ce qui suit :
« Extrait des minutes de la secrétairerie d’État. »
« Paris, le 25 juin 1815.
« La commission de gouvernement charge les « ministres de lui soumettre de nouveau, le plus « promptement possible, les propositions qu'ils « avaient faites à l'Empereur , et dont les pièces « sont tombées entre les mains de l’ennemi. »
« Signé : le duc D'OTRANTE, président ; Cav-
« LAINCOURT duc de Vicence, CARNoT, Qui- « NETTE, et comte GRENIER. »
« Pour expédition conforme , le secrétaire ad- « joint au ministre secrétaire d’État,
« Signé : F. BERLIER. »
Mais cette action légale du gouvernement provisoire de 1815 était primée par les œuvres occultes de son président, et l’on sait que l’une des premières résolutions de Fouché fut de faire appeler M. le baron de Vitrolles, arrêté à Toulouse comme commissaire du roi, emprisonné à Paris, et de l'envoyer immédiatement de sa part au quartier général des princes français.
J'avais connu M. le baron de Vitrolles en Dauphiné, avant la premiere restauration, lorsqu'il était chargé d’inspecter les bergeries impériales de mérinos. Je le revis à Paris en 1814, lorsque ses services pour la cause royale l'avaient élevé au poste de secrétaire d’État; sa bienveillance pour moi fut alors la même, et j'aurais pu user à mon profit du crédit que son rare dévouement lui avait donné dans le gouvernement royal. On sait que ce dévouement ne se démentit point pour hâter et consolider selon ses vues la seconde restauration des Bourbons.
Elle s’opérait verbalement et sans secret dans la chambre même des représentants : c'est de la bouche du président Lanjuinais que j'entendis
pour la premiére fois prononcer le nom des Bourbons à rappeler au trône, et le député Malleville passa pour l’auteur d’une brochure en leur faveur, qui fut répandue par paquets sur les bancs mêmes de la chambre. Les bruits de cette restauration s’accréditaient plus librement dans Paris à mesure que les troupes alliées s’en approchaient. D’autres bruits, plus adroits seulement, et dont les auteurs mettaient en pratique le précepte de police générale inventé et recommandé par Fouché dans ses circulaires : faire espérer, d’autres bruits , dis-je , annonçaient de la part des souverains étrangers, les meilleures intentions au sujet de la libre désignation du monarque français par le vœu national.
Une capitulation militaire livra Paris aux alliés le 4 juillet. La commission de gouvernement fonctionnait malgré son agonie; j'en trouve la preuve dans la pièce suivante :
« Paris, 4 juillet 1815.
« Monsieur le maréchal, comme en vertu de « la convention conclue avec les généraux en chef « des armées alliées, la tranquillité de Paris est « spécialement confiée à la garde nationale et à la « gendarmerie municipale, il est essentiel que « vous ne souffriez pas qu’aussitôt après le dé- « part de l'armée , il existe dans Paris ou s’y « forme aucun corps militaire sous quelque dé-
« nomination que ce puisse être, ni sous quel- « que prétexte qu’il puisse s'offrir, attendu que « ce serait contrevenir aux stipulations et four- « nir aux malveillants l’occasion de troubler la « tranquillité publique , même en paraissant vouloir la protéger. »
« Il est bien important aussi que le siége du « gouvernement, qui est aux Tuileries, soit envi- « ronné d’une garde suffisante pour être hors « d'atteinte de toute entreprise; en conséquence,
« vous ajouterez à la réserve de la garde nationale un piquet de gendarmerie municipale de cinquante hommes. »
« Signé : le duc D'OTRANTE, CaRNoT, Cav- « LAINCOURT duc de Vicence , QUINETTE, et comte « GRENIER. »
Cette lettre fut l’occasion d’un ordre du jour du général Donzelot , dans lequel, après avoir proclamé les dispositions essentielles de cette lettre, il recommande aussi la conservation des couleurs nationales. (Voyez le document M à la fin du volume.) .
Les premières lignes de cette proclamation sont curieuses ; la minute portait : « une conven- «tion a été faite avec les généraux ennemis : » on substitua : avec les généraux des puissances alliées. C’était le mot à la mode.
Mais les alliés entrèrent dans Paris sans con-
ditions politiques; les Écossais campèrent sur la place du Carrousel, dans la cour même des Tuileries, et j'ai vu que le roi, pour y rentrer, nese fraya que difficilement un passage à travers ces bivouacs immobiles en sa présence. Cela dura quelquetemps encore. Je ne dirai point pour quel usage l'arc de triomphe fut agencé. La pluie tomba par torrents quelques jours de suite; la paille à moitié pourrie des bivouacs était recouverte de paille fraiche plusieurs fois par jour ; le Carrousel tout entier avaitété métamorphosé par les alliés du roi, et sous les fenêtres mêmes de ses appartements, en voirie plus immonde que celle de Montfaucon... Tout ce que je raconte dans ces notes , je l'ai vu!
Je vis encore quelque chose après le retour du roi et le rétablissement de son autorité dans toute la France : je demande la permission de le dire aussi.
Fouché ne quitta point le portefeuille de la police générale ; il le tenait de l'Empereur, il l'exploita pour le roi, et c'est au nom du roi que, dés le 8 juillet, déjà il faisait abolir les ordres de passe exigés aux barrières de Paris par les postes de la garde nationale.
Les alliés gouvernaient et les autorités royales n’existaient que pour leur bon plaisir : elles ne pouvaient prévenir ni réprimer aucun des attentats de l'anarchie militaire; J'ai vu enlever, un
dimanche matin, tous les chevaux du maréchal Ney, des écuries de son hôtel, par un détachement prussien commandé par des officiers.
Fouché venait de signer les proscriptions du 24 juillet : personne ne pouvait mieux que lui dénoncer à la vengeance des vainqueurs les confidents de Napoléon, les fauteurs de son retour en France. Fouché s'était mis du côté de ces vainqueurs; le conventionnel qui, en 1793, frappait de mort les émigrés , s’était fait leur espion en 1815, et ministre de la police générale ilen était devenu le mouton, descendant ainsi du premier grade au plus abject. On sait qu'il ne retira pas de ce nouvel emploi de grands profits: il mourut dans l'exil.
Fourier que je n'avais point cessé de voir, presque indifférent, par fatigue et non par dépit, aux événements politiques qui se passaient sous ses yeux, et après avoir vu deux fois mourir et renaître les gouvernements qu'il avait servis, ne s’occupait plus que de ses travaux scientifiques, bien déterminé de s’abstenir dans toute autre carrière que celle qu'ils luiavaient ouverte depuis longtemps. Il pensa à une place à l’Institut, et dans nos projets familiers, il nous parut qu’il pouvait facilement succéder à Napoléon qui n’était pas encore rayé de la section de mécanique de l’Académie des sciences : dans nos crédules spéculations nous n'avions pas prévu que la réac-.
tion n’épargnerait pas plus les illustrations savantes que les illustrations militaires, et un décret du 10 juin, qui avait accordé à Fourier une pension de retraite fixée à 6,000 fr., fut annulé dès le mois de juillet suivant (1).
Dans les premiers jours du mois d'août, je retournai à Grenoble. Quoique le spectacle qui frappa mes yeux ne füt qu’une répétition de la comédie qui se jouait alors simultanément dans toutes les villes de France, je ne m'abstiendrai pas de rappeler ici quelques faits, qui sont des traits caractéristiques, quoique fort communs dans l'histoire de toutes nos révolutions intérieures. De mes amis politiques impériaux du mois de juin, de mes complices des cent jours (si crime ou délit il y eut pour les simples citoyens qui ne vont pas chercher les gouvernements nouveaux , qui les acceptent tels que la Providence les leur envoie), quelques-uns avaient déjà pris leurs précautions contre l'avenir : une large cocarde blanche ornait leur coiffure; d’autres portaient les épaulettes d’officier dans la garde nationale épurée, renouvelée, ou bien s'étaient fait admettre au Casino, cloaque de dénonciations, mené par un prêtre marié et deux ou trois maratistes de 1793, gens à toute main, à qui
(1) Fourier avait perdu, dès la première restauration, la dotation de 4,000 fr. que l'Empereur lui avait accordée, le 15 août 1809, sur les biens réservés en Hanovre,
toutes les terreurs convenaient également, la blanche comme la rouge , et qui se chargeaient par caractère de toutes les turpitudes favorables aux intérêts d’une caste qui n’était point la leur , comme les valets dans les comédies se chargent de mentir pour leurs maitres. Pour moi, j'acceptai purement et simplement les conséquences de mes actes et je me claquemurai dans mon service de bibliothécaire et de professeur, charges que bien des symptômes m’annonçaient devoir bientôt mourir en moi, ou moi dans elles.
J'en fus distrait par un événement inattendu. Vers la fin du mois d'août, une personne qui m'était inconnue et qui me dit se nommer M. Ravier, me remit une lettre d’un de mes amis de Lyon, qui me la recommandait. M. Ravier ajouta qu’il était négociant à Clermont-Ferrand, ‘qu’il avait éprouvé des malheurs dans ses affaires, qu'il désirait se rendre à Aix en Savoie pour y prendre les eaux, mais qu’il n’avait de passeport que pour l’intérieur. M. Berlié, qui vient de mourir sous-intendant militaire à Alger, accompagnait M. Ravier. Je lui promis de seconder ses désirs, en ajoutant que par l'effet des circonstances politiques mon crédit auprès des autorités locales était fort mince. En conversant nous visitions les diverses collections de la bibliothèque ; et après une heure d’entretien', M. Ravier crut devoir se faire mieux connaître : c’é-
tait le comte d’Erlon, proscrit par les ordonnances du 24 juillet.
Ce n’était donc plus M. Ravier, négociant en faillite, mais je n’hésitai pas à m'occuper de lui ; avec son agrément , j'associai mon frère et quelques amis à mes arrangements. Le comte d’'Erlon passa le reste de l’été dans les environs de la ville, et l’hiver dans une honorable famille; je retirai, imprudemment sans doute, toutes les lettres adressées à M. Ravier poste restante ; plus imprudemment encore, il me fit adresser de Paris, par les messageries , et sans m'en avertir, une valise renfermant une somme considérable en or; et à la fin de l'hiver, quand ses médecins lui écrivaient qu’il fallait se couvrir plus que jamais, car la saison devenait de plus en plus fàcheuse pour son rhumatisme, on le fit sortir en plein jour de la ville, dans un char-àbanc, et il fut descendu le soir même à Chambéry, d’où il se rendit très-vite à Munich auprès du prince Eugène; il était sauvé. Tout ceci se passait à quatre pas de la préfecture : MM. de Montlivault et Donadieu ne surent que le comte d'Erlon avait paru un instant à Grenoble, disaient-ils, que lorsque le général était depuis longtemps à Munich. Je pense qu’il y mourut, n'en ayant eu depuis aucune nouvelle.
Je clos ici mes notes de 1815; j'affirme que je vécus, durant toute cette mémorable période
des cent jours, saisi par la plus vive curiosité, et qu'aucune idée d’ambition ne m'en détourna; que j'étais glorieux d'approcher personnellement de l'Empereur, d’être interrogé de sa bouche, et que ces souvenirs me seront toujours religieusement présents et sacrés.
J'affirme que ce quime sembla alors de ce grand homme, et que je vais dire vingt ans après sa mort, me parait être encore la vérité même.
Son attention au travail était robuste, toutepuissante, et son regard saisissant ; l’éclair vous frappe moins promptement. De tous les points de sa physionomie vivement animée s’élançaient en même temps des signes expressifs et lisibles : ils s'unissaient, par une subite attraction, en un seul jet qui vous pénétrait jusqu’au fond de lâme et la déployait toute visible à ses yeux. On se sentait irrésistiblement étreint, mais sans trouble ni terreur, car il écoutait à son tour, et ce qu'il y avait de très-sérieux, de très-pressant dans sa parole, ne dépouillait pas son entretien d’une habituelle bienveillance : il ne commandait qu'à ceux qu’il avait placés pour lui obéir. Napoléon parlait des petites choses comme tout le monde, et des grandes selon lui-même, presque toujours autrement que ses interlocuteurs, et comme sil avait eu, sur toutes, d'importants secrets en réserve. On a cité ses ardentes colères; je n’en ai pas vu, un peu d'humeur tout au plus, et je me
défie à tous égards des historiens qu’il a grondés, blâmés ou dédaignés. Il affecta constamment le langage et les manières de la haute société, les accrédita par son exemple, et il se montra toujours, parmi les hommes de son rang, au nombre des mieux élevés. La trivialité familière lui déplaisait autant au moins que les importuns, il tolérait plus aisément les rauques allures de ses grenadiers. À ses levers, l'uniforme de garde national et la culotte blanche révélaient l’élégance et les justes proportions de ses formes corporelles, et on dit qu’il savait que sa main et son pied étaient des modèles. Sa tenue en public était parfaite ; il l’exigeait telle des personnes admises partout où il se trouvait, et je me suis laissé prendre quelquefois de dépit ou de rire en lisant, dans des feuilletons récents, des récits de délibérations présidées par l'Empereur, dans lesquelles ses conseillers, parlant non plus l’un aprés l’autre ou chacun à son tour, mais presque tous à la fois et devant l'Empereur trèspatient, luttaient entre eux de petits mots et de sottes paroles. Napoléon eüût-il souffert une telle irrévérence? Je ne le crois pas; car, après la capacité et la probité, une réserve digne et respectueuse tout à la fois, et la pratique attentive des convenances sociales, étaient auprès de lui les plus hautes recommandations. On aura beau l'inqurier, on ne fera jamais de M. Buonaparte
un homme de mauvaise compagnie... un Ogre?
passe encore!
J'affirme enfin que je ne lui demandai rien : et sije rappelle que, durant les mêmes cent jours, je composai à Paris et je lus à l’Institut mes Recherches, fort étendues, sur les calendriers des peuples anciens (1), c’est afin de pouvoir dire aussi que, comme Fourier, je demeurai fidèle à mes habitudes littéraires, au sein des plus graves tribulations de la politique.
Enfin si je devais jamais, après un exposé plus développé des événements dont je fus le témoin, après avoir mis au jour d’autres documents d’un intérêt réel pour nos annales nationales modernes, résumer en quelques mots les avantages que je retirai de ma curiosité, car dans ce siècle de spéculations tout se réduit à un mercantile bilan, je dirais qu'il m'en est revenu :
1° La décoration de la Légion d'honneur; je la portai un mois où deux au plus; mais j'ai toujours conservé le brevet impérial, et l’étoile à l'effigie de Napoléon;
2° La suppression par l’Université de mes emplois de professeur de littérature grecque et de doyen de la faculté des lettres de Grenoble, à la condition, il est vrai, d’une pension; mais cette pension fut aussi supprimée à son tour par l’Université qui me l'avait officiellement assignée;
(r) Suprà, page 258 ; et Documents et Additions, n° XVIL.
3° Ma destitution de bibliothécaire de la ville de Grenoble;
4° Dix-huit mois d’exil dans le midi de la France , dans mon département du Lot, où je fis la recherche et la découverte de là ville gauloise d'Uxellodunum assiégée par César en personne; où aussi, et comme par la plus innocente des représailles, j’implantai l’enseignement mutuel.
Je dois ajouter que, après treize années employées à de nombreux ouvrages, la restauration voulut bien me rendre à Paris (en 1828) une partie des avantages dont elle m'avait dépouillé à Grenoble.
Fourier dans la capitale n’y avait pas été plus heureux : son succèsseur dans les difficiles fonctions de secrétaire perpétuel de l’Académie a no: blement raconté les vicissitudes de sa carrière scientifique. Appelé par l’Académie, il fut repoussé par le pouvoir ; c’est un grand malheur pout lui de figurer pour une mauvaise action dans l'histoire d'un homme illustre : les lettres sont les auxiliaires naturels de la morale; elles lui suggèrent parfois de légitimes rancunes. |
Fourier mourut au mois de mai 1830. Peu de jours auparavant, il avait curieusement interrogé mon frère, arrivé récemment d'Égypte et de Nubie. Les résultats de ce voyage, sommairement exposés, l'avaient intéressé au plus haut degré.
« On a beau faire, » lui disait-il à cette occasion, « les fruits de l'expédition française en Égypte « sont une des plus précieuses conquêtes de la phi- « losophie, et vous en affermirez les résultats; l’É- « gypte sera longtemps l’école des sages : quel « privilége singulier pour son génie! ses ruines, « même dispersées , renferment encore une ins- « truction inépuisable. »
On comprend la prédilection de Fourier pour l'Égypte, qui l’aida à faire distinguer son nom parmi tous les noms à jamais illustrés dans l'histoire par les événements presque fabuleux de l'époque moderne (r).
Il répétait souvent cette pensée tirée de Platon : scientia amica omnibus ; il disait aussi : « La « science inspire une bienveillance universelle. »
Tout cela était peut-être vrai au temps du philosophe grec.
Un monument public à la mémoire de Fourier s'élève dans sa ville natale; un disciple reconnaissant a voulu consacrer sa gratitude par
(x) Fourier a aussi écrit quelques discours pour honorer la mémoire des hommes utiles à leur pays. Outre les éloges historiques des membres de l’Académie qu’il a célébrés comme secrétaire perpétuel , Fourier a publié aussi, en 1820, deux MWotices dans le recueil intitulé Galerie historque, l’une sur George d’Amboise, cardinal et premier ministre de Louis XIIT; l’autre sur F. Viete, l’un des fondateurs de l’analyse mathématique, et qui mourut en 1603.
une statue. Le conseil municipal, le département de l'Yonne et les amis du maître ont ambitionné l'honneur de s'associer à ce pieux souvenir (1).
(r) Une commission établie à Paris, d’après le vœu du conseil municipal de la ville d'Auxerre, prépare et dirige l’exécution de ce monument, d'accord avec M. le maire et le conseil. Cette commission est composée de MM. Jomard, président; Roux, Larabit, Champollion-Figeac, Châtelet et Mauger. M. le ministre de l’Intérieur a accordé à la commission une souscription et les marbres nécessaires à la construction du piédestal qui doit porter la statue de bronze.