l.UAl'lillK A M
témoin L'Angleterre , qui figure au premier rang des pays cultives ; sur les lieux même où elle brille par des travaux d'Hercule , tels que le canal Calédonien , on voit régner le vice destructeur des climatures , la dévastation des forets ; il n'y a pas un arbre sur les montagnes d'Ecosse qui devraient être couvertes de sapins et bouleaux. En Russie même, pays neuf, on se plaint déjà du tarissement.
» Dans le système sociétaire , ou le globe entier sera régi comme domaine d'un seul homme , on obtiendra le double bénéfice d'une culture générale et parfaitement distribuée . ce qui procurera un adoucissement de climature de trente degrés , comparativement aux atmosphères brutes , comme celles de Sibérie , Haut- Canada, Australie; on y gagnera la fusion des trois quarts des glaces du Nord, ce qui livrera au commerce général deux passes pleinement praticables par la mer Glaciale et le détroit de Behring ; on y gagnera de plus une garantie de températures nuancées , mitigées en froid et en chaud , exemptes d'excès et de transitions subites , et comportant au quarante-cinquième degré trois
RESTAUK \TIO\ DES CLIM.VTÏ RES. 339
récoltes habituelles ; au soixantième, deux au moins; les trois récoltes du quarante-cinquième réparties comme il suit :
» Première : semailles de novembre , recueillies en courant de mai.
>. Deuxième : menus légumes, semés (in mai, recueillis lin juillet.
LAEOUK E>- DEFONCEMEKT.
» Troisième : semailles d'août , recueillies en novembre.
» La triple récolte ne sera pas due à un accroissement de chaleur , ce moyen serait trèsillusoire ; l'excès de chaleur, et sa continuité paralysent la végétation , le bénéfice tient à obtenir des températures bien nuancées par des zéphyrs et des pluies fécondantes. Une pluie d'un mois , une chaleur d'un mois sont également le fléau des cultures.
» Il est connu que , si l'on pouvait jouir d'une température à commande ou variante régulière de pluies et chaleurs san-s excès , les végétaux croîtraient presque à vue d'œil; on obtiendrait les trois réc jltes plus facilement que la simple, si souvent contrariée par les excès,
surtout par celui de la lune rousse , funeste à la France.
>» Tel sera le fruit de la culture universelle aidée du mécanisme sociétaire ; on en verra naître une climature méthodiquement raffinée dans toute l'échelle atmosphérique.
» Il est plus qu'avéré que les défrichements peuvent modifier la température ; qu'elle est , comme les terres , un champ livré à l'industrie humaine ; que nos cultures, si elles sont exercées avec intelligence, peuvent tempérer de douze degrés une atmosphère , et faire jouir le cinquantième degré d'une climature de trentehuit , comme aussi réduire un trente-huitième, s'il est mal cultivé, à la climature d'un cinquantième bien cultivé.
» Par exemple , Paris et Tours , situés au quarante-septième degré, jouissent d'un climat tempéré où les froids annuels n'excèdent guère dix à douze degrés de Réaumur ; tandis que les villes de Québec et d'Astrakhan , situées sur la même ligne, éprouvent des froids égaux à celui de Pétersbourg : le thermomètre y descend communément à trente degrés, et on l'a vu à Astrakhan descendre à trente-sept degrés, froid
RI M Al RATION DES CUMATLRES. ?A 1
plus vif que celui de Saint-Pétersbourg. La cause eu est que l'une et l'autre villes sont continues à des déserts immenses et prolonges à l'infini ; elles participent nécessairement de la température des déserts qu'elles avoisinent, et cet incident réduit, en hiver, Astrakhan, ville du quarante-septième degré , au climat des villes du soixantième et même du soixante-troisième degré, comme \ asa et Drontheim.
» Il en est de même de Philadelphie et Péking , situées au quarantième degré , même latitude que Naples , et qui peuvent , quant à l'hiver, être assimilées à Berlin , latitude cinquante-troisième degré , sinon pour la durée, au moins pour l'intensité du froid. La cause en est également dans le voisinage de grandes régions incultes.
» La vigne ne peut pas croître sur les coteaux de la Pensylvanie, située également à la même latitude que tapies; tandis qu'elle prospère à Mayence, ville située à dix degrés plus haut, mais sous une atmosphère déjà raffinée qu'on appelle climat fait ou formé, c'est-à-dire où la terre est en pleine culture.
» Parle seul procédé de raffinage simple, on
obtient déjà, comme on voit, environ quatorze degrés d'adoucissement de climature. Par le raffinage intégral et composé, on peut en obtenir jusqu'à trente-six.
» Par raffinage simple, Fouiier entend un radoucissement opéré par des cultures locales et bornées comme celle de l'Italie. Sa pleine culture , jointe à celle des régions voisines, Allemagne et France, est le ressort qui produit déjà le bénéfice de treize à quatorze degrés, comparativement à une température brute, comme celle de l'Australie. Mais l'Italie est avoisinée de régions mal cultivées, telles que l'Afrique, la Grèce, la Hongrie et même l'Espagne, où Madrid est sujet à des froids meurtriers, par l'effet du déboisement, de l'effritement et des landes.
» L'influence de nos cultures est donc contrecarrée par celle d'une masse de terres voisines encore incultes ou mal exploitées; tandis que l'Italie raffine son atmosphère, la Grèce et l'Afrique travaillent à la vicier ; leur voisinage ne peut manquer d'exercer une fâcheuse influence pour outrer les intempéries en chaud en en froid.
RESTAI NATION DES CLIMATl RES. 343
» Ces influences vicinales ne s'exerceraient qu'en bien si la terre entière était pleinement cultivée, comme les s:x régions dites Allemagne, Italie, France, Hollande, Belgique, Angleterre, car si l'on suppose que tout le globe terrestre pût opérer de même et qu'il fût assez peuplé pour élever partout ses cultures à la perfection de celles de l'Europe occidentale, il résulterait, du concours bienfaisant des atmosphères de tous les continents, que le raffinage, devenu général ou simple intégral, gagnerait au moins dix degrés sur les raffinages partiels et locaux.
» Xous avons vu qu'ils sont de quatorze degrés en culture simple, et qu'on peut les estimer en moyen terme à douze degrés, lesquels seront augmentés de dix degrés par effet de culture générale. On aura donc, au total, vingt-deux degrés de raffinage atmosphérique pour toutes les régions actuellement incultes et formant au moins les quatre cinquièmes du globe.
» Cet état de choses ne sera encore qu'un raffinage très-incomplet, car nous avons raisonné jusqu'ici sur l'hypothèse d'une pleine culture du globe en mode morcelé et vicieux
comme celui de la civilisation. Cette société, tant vantée , n'élève pas son atmosphère à moitié du raffinage possible. L'Italie est pleine de landes et de marécages ; les chaînes de l'Apennin sont effritées, ravagées depuis Gênes jusqu'en Calabre ; la France est dans un désordre pire encore ; la destruction de ses forêts détériore à vue d'oeil les climatures ; elle bannit de Provence l'oranger, elle chasse à grands pas l'olivier et bientôt la vigne.
» Ce n'est pas ainsi que cultive l'ordre sociétaire ; il distribue l'universalité des cultures, comme si le globe entier appartenait à une seule compagnie d'actionnaires ; il élève chaque canton , chaque province , chaque région à un état de perfection combinée : il entreprend toutes les opérations générales de reboisement, irrigation et dessèchement ; tous les travaux qui peuvent assainir , adoucir et raffiner l'atmosphère, soit locale, soit générale.
» Dans cet état de choses, les régions, au lieu de se communiquer des germes d'ouragans, n'échangent que des germes de zéphyrs : lès eaux et forêts sagement distribués préviennent à la fois les excès de chaud et de
RESTAU1 VTION DES Cï.WATUlîES. 34')
froid, et le radoucissement généra) de température devient le fruit de cette perfection universelle de culture. L'atmosphère, dans ce cas, se trouve raffinée au de^ré composé intégral, qui exi^je deux ressorts de perfectionnement : celui de culture générale et celui de distribution judicieuse de culture.
» Nous ne connaissons en civilisation qu'un de ces deux moyens ; nous savons cultiver , mais non pas distribuer les cultures que chaque province et chaque particulier répartissent confusément et sans aucun rapport avec les convenances de température. On place des champs sur des sommets où conviendraient les forêts ; puis des forêts dans une plaine apte à la culture des céréales ; les trois quarts des sommets de chaînes sont dégarnis de bois , quoiqu'on sache fort bien qu'ils ont la propriété de carder les vents , d'en amortir les malignes influences.
» La distribution méthodique des cultures n'a jamais pu devenir objet de spéculation , parce qu'elle n'existe nulle part et qu'elle n'est pas compatible avec l'état morcelé ou civilisé. Nous avons donc à évaluer l'effet que produirait cette distribution méthodique , dans le cas où elle
346 fH MITRE XVI.
serait introduite localement et généralement , ce qui aura lieu dans l'état sociétaire. J'évalue que cette chance élèvera le bénéfice climatérique de quatorze degrés en sus du résultat du raffinage simple intégral qui donne vingt-deux degrés : les climatures gagneront donc trentesix degrés.
» Il faut observer que le bénéfice , qui est presque partout en chaleur dans le cas de raffinage simple, devient mi-parti de chaleur et de fraîcheur quand le raffinage est composé. Dans ce cas , la répartition judicieuse des forêts et hauts bassins d'irrigation crée partout ce qui manque , en été , à nos campagnes , les germes des zéphyrs , de pluies' douces, périodiques , de sources intarissables , etc.
» La triple récolte ne pourra naître que de ce raffinage composé intégral, ou étendu à tout l'ensemble des terres ; et dans ce cas , le bénéfice de trente degrés sera général sur tous les continents , même sur les deux points polaires , dont le boréal sera restreint au quart de sa congélation et l'austral diminué de moitié seulement.
» Le restant des glaces boréales ne causera
RESTAURATION DL» CJLUfATURES. 347
plus qu'un refroidissement de cinq degrés , à rabattre sur les trente de bénéfice ; reste vingtcinq degrés à répartir par vingt degrés en chaleur et vingt-cinq en fraîcheur. Un vaisseau naviguant par le soixante-quinzième degré dans les mers glaciales y jouira de la température du cinquante-cinquième degré, celle d'Edimbourg, pendant les mois de chaleur polaire , mai , juin , juillet , août , septembre.
» Pour se convaincre qu'il a dû être dans les intentions du Créateur que les mers entourant le pôle boréal devinssent un jour navigables , par l'adoucissement général des températures et la naissance d'une couronne de lumière et de chaleur qui doit contribuer à cet adoucissement en se fixant au pôle (*)■, il ne faut que considérer le contraste déforme entre les terres voisines du pôle austral et celles voisines du pôle boréal : les trois continents méridionaux sont aiguisés en pointe et de manière à éloigner les relations des latitudes polaires. On remarque une forme tout opposée dans les continents septentrionaux ; ils sont évasés en s'ap. rochant du pôle, ils sont
, Voyez le chapitre suivant, Cosmogonie.
groupés autour de lui, pour recueillir les rayons de l'anneau qui doit le couronner un jour; ils versent leurs grands fleuves dans cette direction , comme pour attirer les relations sur la mer Glaciale. Or, si Dieu n'avait pas projeté de donner la couronne fécondante au pôle boréal, il s'ensuivrait que la disposition des continents qui entourent ce pôle serait inexplicable, d'autant plus que, sur le point opposé, Dieu a donné aux continents méridionaux des dimensions parfaitement convenables autour d'un pôle qui n'aura jamais de couronne fécondante (* .
» Dans le cas de gestion unitaire du globe, le raffinage s'étendrait sur tous les produits de la terre et toutes les races d'animaux. Déjà nous pouvons apprécier combien la culture et la domesticité élèvent les végétaux et les animaux au-dessus de leur valeur brute ou sauvage ; témoins nos bœufs et moutons , nos fleurs et fruits si supérieurs à ceux que donne la simple nature.
» La culture locale simple modifie déjà les toisons et enveloppes de l'animal , ainsi que
'*)Fouiïer, Théorie des quatre mouvements.
IltSl ALUAllOX DLS CLIMAT II R£S. 349
!a saveur des viandes et des végétaux. On en peut juger par la différence d'une laine de mouton à celle de mouflon, d'une chair de cochon à celle de sanglier.
» La culture générale nous donnerait une foule de variétés inconnues. Si la cerise et le raisin étaient cultivés sur tous les points du globe, combien de nouvelles nuances n'obtiendrait-on pas , soit par l'influence des climatures de terres non exploitées , soit par les croisements de ces nouvelles sortes avec les nôtres? Nous savons déjà distinguer plus de cent variétés de roses ; on en aurait mille si tout le globe cultivait les roses.
» La culture générale composée serait celle qui combinerait et croiserait par toute la terre les produits perfectionnés déjà dans chaque localité. Par exemple , supposons le globe entier cultivé comme la Normandie; chaque région élevant, avec un soin infini, les plus belles races de chevaux qu'elle puisse comporter , et formant des haras et des établissements où l'on croiserait une centaine des plus fameuses races, normands , arabes, anglais, andalouset autres, que donneraient . dans l'ordre sociétaire , les
350 CUAl'l'lliL \VI.
contrées incultes , comme l'Australie qui n'a pas même de chevaux.
» En raffinant tous ces produits de culture locale composée , en les raffinant par des croisements de toutes les belles variétés du globe , on aurait l'échelle de beauté suprême en chevaux : la série des perfections possibles à la nature, aidée de l'industrie générale composée (*). »
En envisageant le magnifique développement que l'état unitaire imprimerait au globe et à toutes les choses créées , on ne peut douter que la race humaine ne serait susceptible d'égales améliorations et perfectionnements. Déjà, dans l'état actuel , nous pouvons apprécier la différence d'une race sauvage à une race civilisée , d'un homme brut à un homme cultivé. La différence et la graduation des races sont distinctes; la différence et la graduation des individus, même au berceau, sont également distinctes. La nécessité du croisement des races humaines est reconnue, chacun sait également l'influence des arts et de l'industrie sur les peuples , l'influence de
(*) Traité d'cmocialion.
RESTAURATION OFS CMMYTl'RES.
l'éducation sur les individus. En supposant donc 'unité et l'harmonie sur le globe, l'éducation intégrale ou développement physique , moral et intellectuel porté au plus haut degré , assuré à chaque individu, tous jouissant de la vigueur, de la santé et de la richesse , toutes les races du globe se croisant et se perfectionnant, qui pourrait poser des limites à la vigueur et la longévité (*) de la race humaine dans l'avenir, non plus qu'au bonheur dont elle jouira dans cet état de choses ? et qui pourrait dire qne l'état sociétaire qui doit amener et réaliser l'harmonie et l'unité du globe, capable d'enfanter ces merveilles , ne soit pas la destinée providentielle de l'humanité.
(*) Fourier assigne cent quarante-qualre ans pour terme moyen de longévité aux hommes dans l'état harmumen.
Cosmogonie. — Imniortali té de l'âme.
En admettant que Y état sociétaire, tel que nous le dépeint Fourier , soit la destinée ultérieure de l'humanité, qu'un jour l'unité régnera sur le globe , et que toutes nos passions , satisfaites et harmonisées , nous feront jouir d'un bonheur continu , il nous reste encore à élever deux objections : la première est pour la génération présente et pour les générations passées qui , ayant participé et participant encore aujourd'hui aux maux de l'état sauvage , barbare et civilisé , n'ont pas joui et ne joui-
COSMOGONIE, ôdà
ront pas des biens futurs de l'état harmonien ; la seconde est pour les harmoniens eux-mêmes qui , plus ils goûteront de joie en cette vie, plus ils éprouveront de peine à la quitter. Mais Fourier résout ces derniers doutes , console ceux qui n'assisteront point à l'avènement de l'état sociétaire . et nous fait comprendre comment la crainte de la mort n'altérera point le bonheur des générations harmoniennes , en nous donnant une sublime théorie de l'immortalité de L'âme , se rattachant au système de la création entière, et qui certes renferme ce que jamais l'homme a pu concevoir de plus digue du Créateur et de plus satisfaisant pour la raison humaine. Fourier a la conviction intime de la théorie nouvelle qu'il apporte sur ces immenses questions. Toutefois , comme il ne peut la démontrer par des preuves aussi palpables que celles du système sociétaire, il se hâte de l'en séparer, bien que sa doctrine soit une dans son esprit. Il se contente de dire : l'association triple le revenu , donne tous les biens terrestres ; l'association est un calcul d'arithmétique que chacun peut vérifier sur-le-champ par un essai. La théorie de l'immortalité de l'âme est un raison-
nement abstrait ; elle s'adresse à l'intelligence , au cœur, à l'esprit; elle est pour ceux qui ne peuvent se contenter du matériel et éprouvent le besoin passionné de croire au delà de ce qu'ils voient , de ce qu'ils touchent.
S'il est vrai que nos destinées soient proportionnelles à nos attractions, principe que l'on ne peut mettre en doute sans nier la sagesse du Créateur, nous en acquérons la certitude de l'immortalité de l'âme , car nous avons horreur du néant , et notre désir à tous est de continuer à exister, même quaud la mort dissout notre enveloppe matérielle. Ce désir se change même en une foi commune à tous les peuples de la terre , et ils la possèdent même d'autant plus vive , qu'ils sont restés plus proches de la nature. Il n'y a qu'une philosophie fausse, l'orgueil de la raison qui , niant tout ce qui ne tombe pas immédiatement sous les sens , a pu donner la croyance dérespérante que l'âme est matérielle, qu'elle ne survit pas au corps , et que tout finit avec nous : triste philosophie rendant les hommes ennemis d'eux-mêmes et de l'humanité! Tristesse du doute , horreur du néant! Naître dans les souffrances, vivre dans l'ignorance avec
« o-Mor.oNir. 355
des passions inassouvies , des désirs toujours trompés ; aspirer à tout et ne posséder rien ; agoniser et mourir, ce serait là toute l'existence humaine, ce serait là le but de la création? S'il n'y a pas d'âme , il n'y a pas de Dieu ; que nous importe un Dieu ! Mais ce quelque chose en nous qui s'élance vers une vie supérieure , où l'énigme de la création nous sera expliquée , où notre esprit pénétrera tous les mystères de la nature , sans bornes , ni limites , où nous posséderons l'infini qu'aujourd'hui nous ne pouvons même concevoir; cette puissante attraction vers un monde supérieur, qui rend notre vie comme un rêve dont nous cherchons à nous éveiller, nous trompe-t-elle? Rien ne meurt dans la nature , tout se modifie , change , se transforme; le sentiment qui nous anime seraitil seul périssable? Le sommeil, ou l'àme ne cesse d'exister tandis que le corps est inerte , n'est-il pas une image exacte de la mort? Notre vie n'est-elle pas un songe un peu plus distinct, un peu plus lucide que les songes réels , dont la mort sera un réveil éclatant , où , tout à coup illuminé d'un jour nouveau , notre esprit, plongeant dans des torrents de lnmière , prendra
pitié de son passé et des pauvres humains qui ne savent pas même s'élever au degré de lumière et de bonheur dont cette terre est déjà susceptible ?
L'attraction de l'homme vers une vie nouvelle n'est pas simple , mais composée : il aspire non-seulement à revivre dans l'autre monde , mais il aspire également à revivre dans ce monde-ci. Cette vie n'est, après tout, qu'une expérience triste et pénible des choses. On la passe à acquérir quelque science , quelque fortune , quelque sagesse , et l'on vieillit , l'on meurt au moment de mettre à profit ce qu'on a acquis. Toujours on quitte cette vie avec quelque regret , soit de ne pouvoir terminer une œuvre entreprise , soit de quitter ceux qu'on aime , les biens dont on jouit , soit enfin , et c'est le regret le plus poignant , de n'avoir connu icibas que la misère et le chagrin. Chacun sent instinctivement que des liens nous attachent encore à cette terre , que nous avons tous une tâche à y accomplir. Chacun exprime vaguement le désir de revivre , de revenir en ce inonde et d'y recommencer une vie plus heureuse et plus sage : ce vœu est satisfait par la
métempsycose des âmes dans L'humanité. La théorie de Fourier nous explique comment nos âmes immortelles alterneront de cette vie-ci dans la vie ultramondaine , vie où l'âme est dégagée du corps , pour revenir de nouveau sur cette terre reprendre une nouvelle enveloppe et participer aux progrès et aux jouissances futures de l'humanité.
Tout est lié dans le système de l'univers ; tout être tient au prand tout; les règnes de la nature se touchent, se confondent ; toute substance s'alimente d'autres substances ; les êtres s'enchaînent , s'attirent , s'agglomèrent , vivent les uns par les autres ; cette loi, visible et palpable pour la matière, régit également les intelligences. Les âmes se touchent, se confondent ; nous nous transportons en autrui par la pensée et le sentiment qui , nous faisant imaginer ce que les autres pensent et sentent, nous font nous alimenter de leurs pensées, de leurs sentiments. Notre esprit franchit le temps et la distance pour nous identifier avec les absents, avec ceux qui ont vécu. Cette vie , à la fois commune et individuelle, appartient à tous les êtres doués de pensée et de sentiment, aux
358 < il U'ITKF xvn.
grandes urnes comme aux petites Aines ; car notre globe est doué , comme les créatures mêmes, d'une àme qui a sa vie propre et qui communique à la fois avec les âmes des humains et avec les âmes des planètes, pour se confondre toutes dans l'àme universelle, Dieu même, principe et moteur de tout mouvement, de toute pensée, de tout sentiment.
La nature , dit Fourier, est composée de trois principes éternels, incréés et indestructibles :
i° Dieu ou V esprit, principe actif et moteur ; 2° La matière ) principe passif et mû ; 3° La justice ou les mathématiques , principe régulateur du mouvement.
Dieu lui-même est asservi à la justice : il ne pourrait pas vouloir ce qui serait injuste, ce qui serait contradictoire avec les règles éternelles et immuables de la justice.
Quelles sont donc les lois éternelles de la nature ?
Toute chose créée naît, croît et meurt pour revivre et se transformer. La nature entière, dans ses trois règnes, nous donne exemple de
COSMOGOML. 3Ô9
cette croissance et décroissance des êtres, et se plaît aux images les plus sensibles de renaissance et de transformation, comme, par exemple, la chenille, le ver à soie, etc. Les êtres que L'humanité ne pourra voir ni naître, ni mourir, nous donnent symbole de leurs croissance et décroissance , comme le soleil qui, chaque jour, semble naître, croître et mourir sous nos yeux. C'est une révélation permanente et symbolique de toute la nature, que l'homme naît, croît et meurt pour se transformer et revivre, et que le globe même, la planète que nous habitons, ainsi que tous les mondes créés ou à créer, ont une existence propre et soumise au.\ mêmes lois, qui régissent la nature entière, naître, croître et décroître pour se transformer et revivre.
C'est d'après ce principe positif, tiré de la nature des choses, que Fourier élève une magnifique théorie de créations successives du globe , formant chacune une nouvelle période pour l'humanité , et de l'alternat ou transmigration des âmes dans l'autre vie et sur cette terre. Sa théorie embrasse le système entier de l'univers, les créations successives des
planètes et les transmigrations successives de nos âmes dans tous les mondes qui existent et existeront à l'infini. Pour ne parler que des créations successives sur notre globe , cette théorie si belle, si consolante, [vient, en quelque sorte, corroborer le pressentiment, l'intuition qu'en ont eu les plus grands esprits, notamment Bufton qui, à ce sujet, s'exprime de la sorte dans ses Epoques de la nature :
<( La création n'a pas été un fait instantané » et unique ; elle a eu ses diversités d'âges et de » phases ; elle a été et elle est encore incessante » et progressive. La nature agit d'après un des- » sein primitif et général qu'on peut suivre très- » loin. Mais, bien qu'elle se montre toujours 5> constamment la même, elle roule néanmoins » dans un mouvement continuel de variations » successives, d'altérations sensibles; elle se » prête à des combinaisons nouvelles, à des mu- » tations de matière et de formes, se trouvant » aujourd'hui différente de ce qu'elle était au » commencement et de ce qu'elle est devenue » dans la succession des temps. »
Il en est ainsi de toutes les idées principales deFoarier ; avant lui, elles existaient en germe.
Tous les grands hommes, tous les beaux génies ont pressenti l'harmonie et l'unité. Fourier est le premier qui ait essayé d'eu démontrer les lois découlant de l'analogie universelle, et rattachant les destinées humaines aux destinées de l'univers entier, des milliards de planètes lancées à toute éternité dans l'espace.
Ecoulons les calculs de Fourier sur la destinée de notre planète et les vies successives de nos âmes ; ne nous étonnons point des chiffres précis qu'il nous en donne. Pour lui , les destinées humaines sont un problème qu'il a résolu mathématiquement, d'après une hase probable, et il nous donne les chiffres , résultats de ses calculs :
« L'existence du genre humain , ou de la grande Ame du globe , doit s'étendre à quatrevingt mille ans, terme approximatif. Ce nombre est estimé à un huitième près , comme toutes les évaluations qui tiennent au mouvement social.
» La carrière sociale , évaluée à une durée d'environ quatre vingt mille ans , se divise en quatre phases et se subdivise en trente-deux périodes :
Phases.
» Il y a deux phases de vibration ascendante ou gradation , et deux phases de vibration descendante ou dégradation.
Vibration ascendante. — Première phase.
L'enfance ou incohérence ascendante ,
un seizième 5 ,000
Deuxième phase.
L'accroissement ou combinaison ascendante , sept seizièmes. . . . 35, 000
Vibration descendante. — Troisième phase.
Le déclin ou combinaison descendante,
sept seizièmes 35, 000
Quatrième phase.
La caducité ou incohérence descendante , un seizième. ..... 5, 000
Total. . . . 80,000
» Les deux phases d'incohérence, ou discorde sociale, comprennent les temps malheureux. » Les deu* phases de combinaison, ou unité
sociale, comprennent les âges de bonheur, dont la dm ée sera sept fois plus étendue que celle des âges malheureux.
» On voit, par ce tableau , que dans la carrière du genre humain , comme dans celle des individus, les temps de souffrance sont aux deux extrémités.
» iNous sommes, dans la première phase, dans l'âge à1 incohérence ascendante qui précède l'âge de combinaison ou association. Aussi sommesnous excessivement malheureux depuis cinq à six mille ans , dont nos chroniques nous ont transmis l'histoire. Il n'y a guère que sept mille ans depuis la création des hommes , et , depuis ce temps , nous n'avons marché que de tourments en tourments.
» Les quatre phases de mouvement social se subdivisent, comme nous l'avons dit, en trentedeux périodes ou sociétés graduées, sans compter les mixtes.
» Déjà l'humanité a passé par les périodes d'edenisme r*)t sauvagerie, patriarcat, barbarie ,
(*) Edenisme, lorsque les humains clair-semés dans es pays abondants et les climats favorisés vivaient en
civilisation ; elle touche aux périodes de garantismc , dont elle possède des germes nombreux , et peut même passer immédiatement en harmonie , où elle commencera à jouir d'un bonheur aussi grand que ses souffrances ont été immenses jusqu'aujourd'hui. Ce bonheur ne fera que croître en échelle ascendante , à l'aide de créations successives qui viendront enrichir et embellir le globe, jusqu'à l'apogée qui formera une période d'environ huit mille ans de bonheur plein , au delà desquels surviendront de nouvelles périodes sociales, toujours accompagnées de nouvelles créations bienfaisantes , jusqu'à une dernière création subversive qui replongera le monde dans l'incohérence et le morcellement , ce qui le conduira à sa fin après un déclin rapide de sept périodes malheureuses.
paix , sans soucis et presque sans travail ; mais , à mesure que le monde s'est peuplé , la discorde s'est introduite parmi les hommes avec les privations. Ils ont dû se disperser sur toute la terre, subir la loi du plus fort et s'adonner aux travaux pénibles de l'industrie et de l'agriculture. C'est de cette première période qu'est resté un souvenir confus d'âge d'or, A'éden ou paradis terrestre.
» Les trente-deux sociétés, dans leurs phases ascendantes et descendantes , éprouvent de grands changements ; par exemple , lorsque l'ordre incohérent renaîtra dans la vieillesse du globe , on verra la société aussi calme qu'elle est turbulente aujourd'hui où le genre humain a toute la longue de la jeunesse.
» La création dont nous voyons aujourd'hui les produits est la première des dix-huit qui doivent s'opérer successivement pendant la carrière sociale du genre humain.
»> Je ne parle ici que de la création des trois règnes, et non pas de la création du globe même.
» La terre employa environ quatre cent cinquante ans ii engendrer les productions des trois règnes sur l'ancien continent. Les créations d'Amérique n'eurent lieu que postérieurement et s'opérèrent sur un plan différent : dans l'un ou l'autre continent, elles causèrent de grands bouleversements.
» Toute création s'opère par la conjonction du fluide boréal, qui est mâle , avec le fluide austral , qui est femelle. Une planète est un être qui a deux âmes et deux sexes, et qui procrée, comme l'animal ou le végétal, par la
366 CIIAP1TRE XVII.
réunion des deux substances génératrices. Le procédé est le même dans toute la nature , à quelques variétés près, car les planètes ainsi que les végétaux réunissent les deux sexes dans un même individu.
» Croire que la terre ne fera pas de nouvelles créations et se bornera à celle que nous voyons -, ce serait croire qu'une femme qui a pu faire un enfant n'en pourra pas faire un deuxième, un troisième, un dixième. La terre fera de même des créations successives; mais les seize créations harmoniques s'opéreront avec autant de facilité que les deux subversives, la première et la dix-huitième, ont coûté et coûteront de fatigues.
» Sur chaque globe , les premières et dernières créations sont réglées sur un plan opposé à celui des créations moyennes, et donnent pour résultat une affluence de productions nuisibles avec un très-petit nombre d'utiles. Le contraire a lieu dans toutes les créations moyennes ou harmoniques; elles donnent une affluence de productions brillantes et utiles, puis un trèspetit nombre , un huitième d'inutiles et point de nuisibles.
cosMoeo.ME. 367
» Aussi la première création , dont nous voyons les produits , a-t-elle donné une immense quantité de bètes malfaisantes sur les terres et encore plus dans les mers. Ceux qui croient aux démons ne doivent-ils pas croire que l'enfer a présidé à cette création, quand ils voient, sous la forme du tigre et du singe, respirer Molocli et Bélial? Eh! qu'est-ce que l'enfer dans sa furie pouvait inventer de pire que le serpent à sonnettes , la punaise , les légions d'insectes et reptiles , les monstres marins, les poisons , la peste , la rage , la lèpre , la goutte et tant de venins morbifiques imaginés pour tourmenter l'homme et faire de ce globe un enfer anticipé?
» Les nouvelles créations , qui toutes seront bienfaisantes jusqu'à la dernière, ne peuvent pas commencer avant que le genre humain n'ait Organisé la période sociale , le régime unitaire ou harmonien : jusque-là, tant que dureraient les sept premières sociétés, on ne verrait jamais commencer la deuxième création.
» Cependant la terre est violemment agitée du besoin de créer; on s'en aperçoit à la fréquence des aurores boréales . qui sont un
368 C.HAPiTRF. s.vn«
symptôme du rut de la planète , une effusion inutile de fluide prolifique; il ne peut former sa conjonction avec le (luide austral tant que le genre humain n'aura pas l'ait les travaux préparatoires : ces travaux ne sauraient être exécutés que par la huitième société qui va s'organiser. Il faudra d'abord porter le genre humain au petit complet de deux milliards, ce qui exigera au moins un siècle, parce que les femmes sont bien moins fécondes dans l'ordre combiné que dans la civilisation , où la vie de ménage leur fait procréer des légions d'enfants ; la misère en dévore un tiers , un autre tiers est emporté par les nombreuses maladies que l'ordre incohérent fait naître chez eux ; il vaudrait bien mieux en produire moins et les conserver. C'est ce qui est impossible aux civilisés ; aussi ne peuvent-ils mettre le globe en culture ; et, malgré leur effrayante pullulation , ils ne suffisent qu'à entretenir le terrain qu'ils occupent. » Lorsque les deux milliards d'habitants auront exploité le globe jusqu'au soixante-cinquième degré, on verra naître la couronne boréale qui donnera la chaleur et la lumière aux régions glaciales arctiques. Ces nouvelles terres.
offertes à l'industrie, permettront de porter le genre humain au grand complet de trois milliards. Alors les deux continents seraient mis en culture, et il n'y aura plus d'obstacles aux créations harmoniques, dont la première commencera environ quatre siècles après l'établissement de l'ordre combiné.
» Deux causes concourront donc simultanément à l'adoucissement général des climatures, la culture composée et intégrale du globe et l'aurore boréale qui, par l'effet même du raffinage générai de l'atmosphère, se fixera sur le pôle, évasée en forme d'anneau ou couronne, en acquérant une nouvelle propriété, celle de distribuer la chaleur avec la lumière.
» Venons au calcul approximatif de nos vies en ce monde et dans l'autre ; en les estimant une par siècle, nos âmes, à la fin de la carrière planétaire, auront alterné environ huit cent dix fois de l'un à l'autre monde, en aller et retour : total, mille six cent vingt existences, dont huit cent dix in.tramondain.es et huit cent dix extra*mondaines , existences dont il faut réduire le nombre, parce que, durant les soixante-douze mille ans d'harmonie, le ternie de la vie est plus
que double dans l'un et l'autre monde. Mais peu importe le nombre des migrations, puisqu'il s'agit, en dernière analyse, de quatre-vingtun mille ans, dont environ deux tiers, cinquante-quatre mille , à passer dans l'autre monde ; un tiers, vingt-sept mille, à passer dans celui-ci.
» De ces buit cent dix existences, il faut en compter sept cent vingt très-heureuses dans les deux phases d'harmonie et d'apogée, et quatrevingt-dix dans les deux phases de subversion, dont quarante-cinq de demi-bonheur dans la phase où nous allons entrer, et quarante-cinq de malheur gradué dans la phase par laquelle nous avons passé.
» La théorie d'immortalité de l'âme embrasse le passé comme l'avenir. Si l'âme est immortelle au futur, elle l'a été au passé. Dieu, ne créant rien de rien , n'a pu former nos âmes de rien ; si l'on croit qu'elles n'existaient pas avant le corps , on est bien pies de croire qu'elles retourneront au néant dont elles sont sorties.
h II est inutile de s'occuper de la vie passée, puisque ses développements ont été, en sens in-
COSMOGOML. 371
verse, les mêmes que ceux de la vie future, que je ne désigne pas, selon l'usage, par le nom de vie céleste ; car les âmes, dans l'autre vie, sont bien plus que dans celle-ci adhérentes au globe terrestre, dont elles parcourent l'intérieur, pour fonctionner en divers sens et en divers degrés.
» La vie transmondaine est à la présente ce qu'est la veille au sommeil. La veille est un état composé où nous combinons l'exercice des deux facultés corporelle et animique. Le sommeil est un état simple où le corps n'obéit pas à l'âme : c'est une scission entre le corps et l'âme; celle-ci, dans l'état de sommeil, tombe en déraison, et n'a communément que des pensées vagues dont elle reconnaît au réveil le ridicule.
» Par analogie, nos âmes en cette vie sont sujettes aux erreurs les plus grossières, et dans l'autre vie elles sont douées de sagesse et de haute intelligence.
» L'âme humaine, étant de nature harmonienne, est différente de celle des bètes ; elle ne peut stationner dans les corps des animaux, lli ue sont pas moules d'harmonie, mécaniques à
passions ; ils ne sont que moules partiels, touches disséminées, coffres d'àmes simples, réduites à certaines branches de passions. Si un corps animal pouvait les contenir, il se trouverait unitaire avec Dieu, dont les emplois sont interdits à l'animal, parce qu'il est hors d'unité divine; aussi ne lui est-il pardonné de connaître Dieu et se rallier intentionnellement à lui.
» La vie présente étant à l'autre vie ce qu'est le simple au composé , nous avons dans l'autre vie double exercice de mémoire , et dans celleci double lacune de mémoire. En conséquence, nous ne pouvons avoir souvenir en ce monde ni des existences mondaines passées , ni des transmondaines , tandis que , dans l'autre vie , nous aurons la mémoire des unes et des autres.
» Ainsi , dans un rêve , nous ne nous rappelons ni des songes passés , ni régulièrement des journées passées , car nous confondons en rêve les temps , les lieux et les choses ; tandis qu'en état de veille , nous nous rappelons distinctement et des songes et des veilles passés.
» Les âmes, dans l'autre vie, prennent un corps formé tle l'aliment que nous nommons arôme ;
qui est incombustible et homogène avec le feu ; il pénètre les solides avec rapidité , comme on le voit par l'arôme nommé fluide magnétique , circulant dans les roches intérieures et au centre des mines aussi rapidement qu'en plein air.
» L'effet est prouvé par l'aiguille aimantée , que le fluide magnétique dirige au sein des roches les plus épaisses.
» Le corps des défunts est aromal-éthéré , c'est-à-dire qu'à la substance aromale dont il est formé se joint une autre substance de l'élément nommé éther , qui est la portion subtile et supérieure de notre atmosphère.
Les corps mondains étant tous aqueux , formés des deux éléments terre et eau , il est dans l'ordre que les corps transmondains soient formés des deux autres éléments , arôme et air. Celui-ci , isolément , ne pourrait pas former le corps des transmondains , car l'air est combustible ; mais sa partie supérieure éther, plus dégagée d'oxygène et combinée avec l'arôme , forme des corps pleinement homogènes avec le feu et l'intérieur brûlant du globe , que parcourent dans leurs fonctions les ultramondains de divers degrés.
w Les tiansmondains sont de douze degrés , dont cinq mixtes , et ces degrés ne sont point grades de faveur , niais grades de fonctions. Le premier degré est occupé par nos âmes en ce monde ; suivent onze échelons d'âmes transmondaines ; l'octave est fermé en treizième degré par la planète même , la grande âme adhérente au corps de l'astre. En le quittant , elle est , comme nous , sujette à la mort et à la souffrance , parce que son corps est tout à la fois d'espèce terre aqueuse et élhcr aromal.
» Les âmes de tous degrés participent , dans l'autre vie, aux sensations corporelles de la planète; elle est languissante et presque malheureuse tant que dure l'état subversif , état commun à la grande âme comme aux âmes individuelles ; cet état réduit la grande âme , et , par unité y le grand corps planétaiie au rôle de lépreux , êtres infectés de contagion physique et morale , séquestrés du monde céleste , privés de commerce aromal avec les autres astres. Ceuxci risqueraient l'infection s'ils communiquaient en plein avec une planète en subversion ascendante ou descendante. Dans l'une et l'autre phases estimées à un neuvième de carrière , l'astre est
en état de contagion aromale, et les antres asti le tiennent en quarantaine quant aux communications. On se borne à lui fournir amplemei le nécessaire aromal comme un navire pestiféré à qui on donne , sans contact , ce dont il a besoin pour subsistance et traitement et mêrtM pour agrément.
n Les âmes des défunts (âmes plus vivantes que les nôtres ) sont aussi malheureuses qm; nous tant que dure l'état de gène et de quarantaine que je viens de décrire : ces âmes jouissent pourtant de divers plaisirs qui nous sont inconnus , entre autres le plaisir & exister et de se mouvoir. Nous n'avons pas connaissance de ce bien-être , comparable à celui d'un aigle qui plane sans agiter ses ailes. Tel est , dans l'autre inonde , l'état des défunts ou transmondains ; pourvus d'un corps aromal bien plus léger que l'air, ils planent dans l'air et, de plus, dans l'épaisseur de la terre , dont ils peuvent , sans obstacles , traverser les rochers les plus compactes.
» Il nous arrive parfois, pendant le sommeil , de goûter ce plaisir, ce bien-être du corps parcourant un espace immense avec
»76 CHAPITRE XVil.
)lus de rapidité que l'hirondelle et se détachant de la terre sans intervention : c'est une faculté dont jouissent constamment, dans l'autre vie, les Ames des défunts pouivus de corps aromaux. C'est dans ce plaisir, inconnu pour nous , que consiste le bonheur d'exister et jouir à chaque instant, par le seul avantage de se mouvoir sans fouler la terre , sans forcer de jambes , sans s'aider d'un porteur.
» Je pourrais décrire beaucoup d'autres jouissances des défunts., qui, en résumé, consistent en un essor beaucoup plus étendu des louze passions radicales qu'elles ne l'ont dans :ette vie. Par exemple, quant au sens de la vue, nous pouvons croire que, dans l'autre vie, .îous verrons très-distinctement ce qui se passe dans les diverses planètes, dans le soleil intéieur , et sur toute la surface de notre globe ; ce sera vision élevée en sens supérieur. Il en sera de même des autres sens, organes ou passions.
» Cela n'empêche pas que les ultramondains ne soient en état de malheur relatif, par la privation d'une infinité de biens dont ils jouiraient , si l'harmonie sociétaire était
établie, privation d'autant plus sensible eux qu'ils voient notre globe en état d'orgai l'harmonie dont il jouirait comme eux.
» Le meilleur service à rendre aux def comme aux vivants est donc d'établir, sans délai , l'harmonie sociétaire ; après quoi , 1' d'un roi, l'âme d'un César sera beaucoup [ heureuse, en renaissant dans le corps du me idre des humains , qu'elle ne l'a été dans ie corps de César même, qui, après une cari h pénible et agitée, où il ne trouva que le vide sur le trône du monde , a fait une fin tragiqi à la fleur de l'Age et se trouve peut-être aujourd'hui l'un de ces chrétiens vendus par Juifs et crucifiés par les Ottomans, qui i .<. brûler à ses pieds et à petit feu sa femme et îa.-.c enfants.
u Beaucoup de gens ont supposé des corn mu nications individuelles entre les mondains et les ultramondains. Rien n'est plus faux , car si le: ultrainondains ou défunts pouvaient conférei avec nous, ils débuteraient par nous informer que nous sommes dans l'erreur sur la destinée sociale; que l'état civilisé et barbare n'est point le sort que Dieu nous destine et que notre délai
378 ciiAriTRE xvii.
d'avènement à l'unité cause le mallieur des défunts et le nôtre. Il sufïit de notre ignorance à cet égard pour prouver que nous n'avons pas de communication personnelle avec les défunts.
» Cependant, comme il existe des liens dans tout le système de la nature , il faut bien que les vivants participent aux propriétés des ultramondains. En matériel , il se trouve certaines personnes douées de facultés sensuelles plus qu'humaines. Des gens trouvent des sources cachées , en étant affectés par l'arôme émané de la source; arôme qui n'a aucune action sensible sur le commun des hommes. On trouve également une faculté ultra-humaine chez quelques magnétisés et somnambules , qui voient sans le secour» des yeux et lisent un écrit malgré l'interposition d'un carton ou corps opaque entre les yeux et le livre. On assure aussi que certains magnétisés de haut degré voient des colonnes aromales de diverses couleurs , qui se croisent en tous sens. L'effet qu'ils affirment voir existe bien réellement, car les communications des corps ultramondains et des planètes s'opèrent par ces colonnes.
» En spirituel , noire participation aux fa-
cultes animiqucs des ultramondains se borne une aptitude innée qu'ont certains caractère pour atteindre à des connaissances transcendan tes qui sont un apanage commun aiix âmes ul tramondaines , beaucoup plus éclairées qu nous. Certains individus ont un instinct parti culier pour pénétrer les mystères de la science Euclide , Archimède , Pascal sont géomètres d'instinct; ils sont, en ce genre, des esprits ultra-humains.
» Il nous reste à savoir quel sera le sort de notre planète, et par conséquent le nôtre, après son décès , qui doit avoir lieu au bout de quatrevingt mille ans , dont elle ne compte guère que six à sept mille.
>» Lorsqu'une âme planétaire se sépare de son globe défunt, elle s'adjoint à une jeune comète non encore iniplanée. C'est pour elle une décadence comparativement aux fonctions bien supérieures d'une planète. La durée de carrière cométaire n'est guère que d'un huitième en rapport de la carrière planétaire. Lorsque la comète est mûre et suffisamment raffinée , on l'implane, et son âme recommence une carrière d'harmonie sidérale.
380 CITAPITRE xvir.
>! La grande âme, après avoir fourni une échelle d'existences dans plusieurs planètes parcourues de la sorte , et dont elle a occupé successivement les corps, doit s'élever en degrés, c'est-à-dire que , si elle a été , pendant un temps suffisant , âme de satellite ,• elle devient âme de cardinale , puis âme de nébuleuse , puis âme de prosolaire , puis âme de soleil, et ainsi de suite : elle parcourt encore des degrés bien autrement élevés, car elle devient âme d'univers, de binivers , de trinivers , etc.
» Lorsqu'un univers est en vibration descendante , les âmes de ses astres vont en déclinant sur L'échelle des grades ; mais notre univers est eu vibration ascendante , état de jeunesse , et nos âmes croîtront en développements pendant plusieurs milliards d'années (*). »
Quand les esprits seront persuadés de cette théorie, la mort aura perdu toute sa terreur, les regrets mêmes de ceux qui survivent n'auront plus rien d'amer et de désespéré. En harmonie, la mort, physiquement, ne sera qu'un
(*) Théorie des quatre mouvement*; Traité d'association.
dernier sommeil ; on verra les vieillards s'éteindre lentement, sans souffrances, sans agonie, étendant les bras pour bénir leur phalange, regardant devant eux l'éternité où ils vont puiser une nouvelle vie dans l'âme universelle. La mort est un adieu pour se revoir ; les amis , les parents , les enfants recueillent les dernières paroles du mourant et lui ferment les yeux avec piété. Sa dépouille mortelle est portée dans une terre fleurie où les corps se transforment en sève vigoureuse, en fleurs, en parfums. Les abris des morts sont des endroits révérés , leurs dépouilles sont sacrées , leur souvenir est cher, mais l'idée de la mort, si terrible aujourd'hui , n'a plus rien d'effrayant ; le corps s'agglomère en millions de parcelles avec les productions de la nature ; il renaît dans la végétation , dans la fleur, dans l'insecte ; l'âme douée d'une vie plus intense , en même temps qu'elle se revêt d'une nouvelle enveloppe, acquérant des sens, des organes , plus riches, plus développés, une intelligence plus vive , plus pénétrante , réside encore dans le globe que nous habitons ; sa vie est la nôtre , elle nous voit, nous entend , s'arrête volontiers auprès de ceux qu'elle a aimés ,
assiste- aux événements d'ici-bas comme à des songes passagers qui nous charment ou nous tourmentent. Elle nous désire dans sa vie plus heureuse, et ne s'effraye point d'avoir à revenir sur cette terre; elle espère son amélioration, et sait d'ailleurs que l'alternat des vies mondaines et ultramondaines est une des conditions d'existence de tous les êtres et qui seule peut satisfaire le besoin de variété , qui est dans toute la nature. Merci donc , mon Dieu , de la mort qui commence pour nous une vie plus magnifique , au bout de laquelle nous reviendrons en ce inonde avec plus de sagesse , plus d'expérience et dans un temps plus calme, plus ordonné. Merci donc de la vie , mon Dieu , car désormais tout s'explique à nos yeux , les mystères de la création nous sont dévoilés , la mort n'est point le but de la vie , mais bien un passage , une transition; notre retour sur cette terre est assuré , nos efforts , nos maux , nos douleurs ne sont point stériles, nous posséderons le bonheur dans ce globe , dans l'infinité des mondes , dans l'éternité.
Ici je m'arrête et termine ma tache. C'est Fourier qui a parlé , je n'ai entrepris que de le
COSMOUO.MK. .3b J
résumer , le simplifier, le mettre à la portée de tous les esprits. Je ne suis que disciple , tout ce qu'il peut y avoir de bien dans ce livre appartient à Fourier, Heureuse si j'ai pu atteindre mon but , faire connaître sa doctrine , la répandre , lui donner des prosélytes : c'est la première tâche des disciples de Fourier, Reste celle de la réalisation de son système. Il appartient à tout le monde d'y coopérer selon ses forces. Qu'on le veuille fortement, qu'on se réunisse , qu'on s'associe , et le monde pourra encore se transformer aux yeux de la génération présente. Il a fallu que Fourier mourût pour qu'on rendit justice à son génie. Que ce ne soit pas un hommage vain et stérile. Les esprits grands et généreux pourraient-ils désormais n'accorder qu'une demi-attention au système qui promet d'effacer tout les maux , d'enfanter tous les biens? Pourrait-on désormais s'occuper de questions sociales et ne pas approfondir la théorie qui leur donne à toutes la plus satisfaisante solution? Pourrait-on rechercher des réformes", des améliorations ailleurs que dans le ménage sociétaire qui doit toutes les réaliser ? Pour un essai , il ne s'agit point de bouleverser les empires , de ré-
forme* ni l'administration , ni les gouvernements; il ne faut qu'associer économiquement et productivement une centaine de familles; il ne faut que s'écarter de la routine , en regardant comme toutes les autres routes jusqu'aujourd'hui ont été stériles; il ne faut qu'avoir des entrailles > voir comme le monde souffre , comme il a toujours souffert; et puis entendre de Fourier combien le remède est aisé et prompt. Que les bénédictions du genre humain appartiennent à ceux qui en prendront l'initiative!