‹ Fourier, sa vie et sa théorie (volume 2)Chapitre 20 sur 39 · XV · texte numérisé non relu

XV

Ralliements , ou Accords affectueux.

Ainsi Fourier s^est attaché à montrer comment Tégoïsme et la cupidité peuvent devenir eux-mêmes des moyens d'accord. Mais ce n*est pas qu'il renonce pour autant â remploi des ressorts plus nobles- que Dieu a mis dans nos cœurs. Il fait voir aussi le concours de toutes les affections généreuses que développe au plus haut point lX)rdre sociétaire, Tintervention toute-puissante de Famitié, de Tamour, des sentiments de famille et d'honneur, du dévouement passionné à la masse et au bien public , de Fesprit religieux enfin, pour assurer de plus en plus' ces heureux résultats de libre accord et cimenter Tœuvre de Tharmonie sociale. Chacune de ces passions fournit de précieux moyens de ralliement entre les classes et les âges aujourd'hui les plus antipathiques.

Citons pour exemple les quatre ralliements d'amitié.

Le premier est dû à la corporation des Petites Hordes, qui prévient la ^scission du riche et du pauvre , qui fait naître chez celui-ci Tamitié pour le riche, dont il voit les enfants intervenir afin de lui épa^ner les .travaux humiliants . et de rendrç honorables toutes les fonctions industrielles.

.Le second rallieqaent d'amitié a- sa source dans la divi^ sUm sériaire, qui entraînera le riche à prendre part à différenteâ branches de travail, parce qu'il n'aura point à s'orruper de toutes les nuances de chacune d'elles, maïs seulement de ce qui sera le plus conforme A ses goûts. Dè« lors il devient bienveillant pour les industrieux aoxqoels il

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8*a890cie, et qui Ini évitent une multitude de soins pour lesquels il éprouve de Télolgnement. Eux, de leur côté, s'attacheront à un homme qui , malgré sa grande fortune , ne dédaigne pas de coopérer activement à leurs travaux, de se faire leur compagnon de culture ou d*alelier. De là une double source d*accord par générosité, lors.de la répartition.

3" Ralliement. Les intrigues de Séries, Riches et pauvres seront 'endore puissamment rapprochés par les rivalités industrielles qu'ils auront soutenues ensemble. Dès que le levier de Fintrigne est mis en jeu, Tinégalité de fortune et de rang disparaît, a On a vu en affaires de révoluy> tion les gtands s'abaisser à des cajoleries envers lesdern.niers plébéiens. Gaton et Scipion, en un jour d'élection, » serrent la main aux petits électeurs de campagne. » (FouRiER, Assoc. dùm^-agr,, 1 IV, p. 384.)

4^ Ralliement. La dotnesticité passionnée. Dans l'état actuel la dignité humaine est évidemment sacrifiée aux néce.s5ités du service personnel. Le salaire transforme ceux qui sont chargés de ce service en mercenaires dédaignés, mécontents et jaloux. Voltaire :ra dit avec raison : « Nul homme n'était fait pour servir continuellement un autre homme. » Le mécanisme sociétaire assure à chacun des serviteurs affectueux. {Traité de t Association ^ t. IV, p. 385. ) tt Si les relations sociales, » fait ailleurs observer Fourier, u sont chez nous ( Civilisés ) un sujet de discorde générale, c'est qu'elles vexent partout la majorité pour les plaisirs de la minorité. Cent personnes s'amusent dans un bal, mais cent cochers et valets se gèlent en plein air! n Nou». Monde , p. 330.

Ijes quatre ralliements qui viennent d'ôtre indiqués et ceux qui seront fournis par les trois autres passions affectives, impliquent la nécessité de quatre conditions inhérentes aussi aux Séries passionnelles , et que Founer désigne sous le nom de Colonnes de ralliement :

Attraction industrielle ; Éducation unilaire ; Minimum intégral; Équilil^re de population. '

Sans TAttraetion industridle, c'est-à-dire si Ton ne par» vient il donner aux séanees de trawaîl autant de charme qu'en peuvent présenter aujonrd'bui les réunions de pl|ii« sir, les riches ne participeront point aux travaux des masses; Toisivelé» vainement réprouvée par la morale et la religion, subsistera 'toujours.

Tant qu'un Minimum répondant aux premières néeessites de la vie ne sera pas garanti au peuple, comment les riches se lieraient-ils volontiers, par une collaboration aniicale, avec des gens exposés à tomber d'un jour à l'autre dans l'indigence , «t dont ils auraient à redouter les sollicitations importunes ? Mais , sans l'industrie attrayante, pas de minimum possible, car le pànvre qui en serait pourvu abandonnerait le travail resté répugnant. Sans l'industrie attrayante, il faut même renoncer à tout espoir d'une amélioration notable du sort des masses; car augmentes le profit du travail ou abaisses le prix des objets de consommation, et l'ouvrier, en général, fera mu oy deux dimanches de plus par. semaine : voilà tont ce que vous aures obtenu.

A défaut d'une éducation unitaire et collective, l'inoonipatibilité des classes serait entretenue par la duplicité de ton et de langage.

Enfin l'on n'aurait rien fait encore a si le régime se» riaire avait, comme le régime morcelé, la propriété de* population illimitée, produisant des foormiUèires sans pro* portion avec les moyens d'aisance générale, » Se fondant sur une foule d'analogies que présente la natnre, et même sur quelques faits d'observation que présente la Société, l'auteur de la Théorie sociétaire fait entrevoir comment la fécondité de l'espèce humaine sera contenue dans de jastes bornes sans l'emploi d'aucun moyen coercilif, sans violation

THttOMIK SUdSIAlKK. :Ul

d'ft«QUDe loi littturelle. Cet équilibre s'éldblim précMéoient par TuftliMnice des plaittrsi sous Tempire de circonstanees qaî aaront ^valoppé de plut en plus k vigueur du corps et de Tesprii chei tous les humains , et Opéré ainsi le raj(J€- MMieiU composé iolégral de rdspëce. lodice aoalogique, U transfontiatioti des étamiuts et pistils en pétales da&t. les plantes, sous rinfluence de.cectaines conditiotts de culture. tVoyes le § âqUilibtê de po^ptdmthn, dans SolidàrUé^ par H. Renaud. )

On peut juger, d'après ces' indications somnkair^s , kî Fdurier a envisagé toutes les laces du problème socM.

Il s*agit pour lui d'accorder les passions et les camctères aussi bien que les intérêts.^ Tun de^œs aœords étant tout à fait impossible en Tabsenoe. de Tautre.

s XVI.

Coficluswn $ur taceord en répartition.

Pour eu revenir à cette redoutable épreuve de la répartition des bénéfices, disons, en terminant, que chacpie associé pbalapstérien s'y présente sous lempire de plusieurs afTectîons généreuses et avec des dispositions qu*il est permis dé présumer forl conciliantes.

D'ailleurs le charme de la vie sociétaire produira des Mccotds intentionnels très-puissânis. « En combinent avec toutes les jouissances de la vie matérielle l'absence de soins dont les pères et- mères seront délivrés , le contentement dai^ pères dégagés des frais de ménage « éducation et dotation; le contentement, des femmes délivrées de Tennuycux méfiage sans argent ^ lé contentement des enfants abandonnés à. l'Attraction^ excités aux ruffinaments de plaisir, même eii gourmandise; enfin le contentement des riches, tant sur raccroissament.de la fortune que sur la diaparition de tous les risques et pièges dont un Civilisé

ut SECONDE PARUE.

opulent esl entouré ; il est aisé de pressentir que La Phalange n'aura dVutre sollicitude que d<B maintenir un si bel ordre, et sachant que son maintien va dépendre defaccord en répartition, elle s'inquiétera des moyens d'opérer cet accord; on verra les séries, les groupes , les individus se concerter dans ce but , prendre à Tenvi les résolutions les plus généreuses.. Chacun , à Tidée de retomber en Civilisation , sera effrayé' comme à Tidée de tomber dans les brasiers de Tenfer. Dès lors le vœu d'unité, l'accord intentionnel sur Je maintien de F unité , s^élèvera au plus haut degré. » {Nouv. Mande industriel, p. 323^)

Dans ces aperçus sur la répartition , nous sommes loin d'avoir fait connaître toutes les précautions infinies dont Fourier a pris soin d^entourer cette opération capitale, afîn qu'elle ne pût donner lieu ni à la moindre injustice , ni à des mécontentements et à des dissensions quelconques entre les membres de l'Association, mais qu'elle devînt, au contraire, un nouveau gage d'union et de prospérité. Nous avons négligé de puissants moyens d'accord, tels que Yadoption industrielle, la participation d'hoirie, Vahandon de -lots de travail aux enfants pauvres, etc.; nous n^avons pas mentionné, l'intervention généreuse de la Petite Horde, soit pour prévenir les "réclamations, soit pour salisfaFre les exigences de telle ou telle Série, qui pourrait se croire lésée sur sa part de dividende , et qui témoignerait du mécontentement. Ce que nous avons dit doit cependant suffire, il nous semble, pour faire concevoir la possibilité d'une répartition équitable et satisfaisante pour chacun. L'on ne saurait, en tout cas, imputer à une doctrine qui proclame les droits du Capital aussi" bien que ceux du Travail et du Talent, qui fait de l'inégalité des fortunes un des éléments essentiels de t'harjnonie sociale, on ne saurait, dis-Je, imputer sans mauvaise foi à cette -doctrine de méconnaître le principe de la Propriété , et d'être une sorte de loi agraire , aboutissalit à la communauté des

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biens. C'est un point sur lequel les personnes mêmes les moins favorables à la Théorie sociétaire sont obligées désormais de lui rendre justice.

Un écrivain qui a jugé les fondateurs des trois Ecoles socialistes contemporaines^ en vue de suffrages qu'il savait leur être hostiles, beaucoup plutôt .que d'après les inspirations dune raison impartiale et éclairée, M. Louis Reybaud, qui, dans son livre sur Saint-Simon, Fourier et Owen , semble s'être proposé pour but de caresser les préjugés d'un certain monde, plutôt que de faire connaître le fond sérieux des doctrines de ces trois novateurs ; M. ReybauH, si léger et souvent si injuste dans ses imputations à leur égard, n'a pu cependant refuser à Fourier le témoignage suivant :

u Fourief,' dit-il , a fort 'ingénieusement analysé les éléments de l'activité humaine et les instruments de la production sociale. II accorde une place an capital... ; puis, ajoutant à cet élément indispensable de la production l'action des bras et l'action des intelligences, il propose d'associer les hommes en capital, travail et taknt. Comme point de départ, c'est là évidemment ce que l'on a trouvé de mieux, et né dût-on à Charles Fourier que cette définition simple et précise, il aurait encore la gloire d'avoir fourni le premier mot concluant pour l'organisation de l'avenir industriel, n (Louis Reybaud, Etudes 9ur les Réfor^ matetirs contemporains, 3' édition, pag. 335, 336.)

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THtORIE MIXTE Et INDillECTE *.

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