‹ Fourier, sa vie et sa théorie (volume 2)Chapitre 31 sur 39 · DupUeiié d'aetion et ttéUmenU sociaux · texte numérisé non relu

DupUeiié d'aetion et ttéUmenU sociaux

L'église, le matin, où Ton prêche la mortification; le

théâti^e, le soir, où Ton prêche le plaisir. È sem]»re htm, A côté d'un temple où l'on enseigne l'horreur de la galanterie et de la volupté , on voit un cirque où l'on ne forme l'auditoire iqù'à l'exercice des ruses galantes et aox raffinements du plaisir. La jeune femme qui vient d'eo« tendre un sermon sur le respect dû aux époux et aux supérieurs ira, l'heure suivante , au théâtre y prendre une leçpn sur l'art de tromper un mari » un tuteur ou un aa« tre argus ; et Dieu sait laquelle des deux leçons fructifie le mieux! {fh. Jk l'UniU nnw., IlL, p. lOè.)

Les caractères dont nous avons parlé jusqu'ici, tant successifs que permanents , né forment que deux des huit ordres que Fourier établit parmi les éléments caractéristiques de la Civilisation. Après ces caractères de basb, viennent ceux qu'il nomme caractères de ues , les commerciaux en genres et en espèces ; puis ceux de fanal et d'ÉCART. Dans ces derniers , il distingue les caractères de ripereuuum, soit harmonique y soit mlmerme; ceux de réirogrmdaHon et de dégénération .

ÏHKORIK SOCHCTAIKË. im

Les caractères de répercussion^ ou récurrences ptfssionnelles , sont curieux en ce qu'ils offrent une image renver^ sée des efTetb que produiraient nos passions dans un mé* canisme social qui leur serait approprié.

I«es passions sont des forces incotnpresâbles; arrêtées dans leur essor naturel , qui serait harmonique énm «ne Société contenablement organisée, elles en prennent un autre qui est le plus souvent suherêif; Le jeu est une ré» currence de la Cabaiiste on passion de Tintrigue. Nos luttes politiques offrent une foule d'exemples des récurrences dé r Ambition, ou plutét elles sont en grande partie rœu* vre de ces récurrences, chet les' différentes classes eorame che£ les individus. Tel est entre autres hjànisiatiai paU^ tique; et Pourier comprend sous^ ee nom « toute eorpora* tion affiliée qui envahit le pouvoir, maitrise le gouvei^nement, et s'empare des fonctions prineipales ou les fait donner à ses agents dans toute l'étendue d*an empire, (H>mme faisaient les janissaires dans l'empire ottoman, oà ils Jouaient aux boules avec les tètes des ministres. » Exemple : le jacobinisme chez nous; et, sauf la violence des moyens , il a eu dçs successeurs.

Comme caractères de rétrogradation, Pouner cite la. double tendance, 1* de ceux qui, dépossédés de leurs pri-« vilégcs au nom de la liberté, voudraient greffer l'organisation sociale du xii* siècle sur les mceurs du xiX' ; 2^ de ces libéraux qui ne révent le progrès que. par les droits politiques , droits impuissants ou funestes en l'absence des garanties sociales ^ et n0^ Servant que d'aliments et d'inr struments nouveaux à la lutte entre les gouvernants at les gouvernés d'une part, entre les différenles classes d'autre part» Ge faux libéralisme 'tire la Civilisation en arrière,

* U civîiiMiWtt itW pti eOiBpatibi* nvm l«t ifMfatÎM r^lttrM! •uw! iMtea otU«s qn'o» tente A'j éhMw rmiMI«i eMnlMitmètif ëi«d^ H illMtf IresH (lS>»iiilti, Th. Jlt FA$t.,ininàd.)

* V.n |p réprouvant , jr «uîh loin ilf i«o iiflrUr<»r parliMtt Hi^ l'alMoIndtflle:

dtfO SECONDE P.WriE.

nous Tavens déjà 4itt de la 3' vers la 2^ phase; et cela produit un éisAnUùcte, cumulant les vices des deux phases» suivant la propriété générale des mixtes. Ces efforts des libéraux politiques ou simplistes ont divers résultats fâcheux, tels que « T effarouchement des cours devenues déraisonnables par hi frayeur que leur inspire ce faux libé* ralisme ; la discorde *entre les diverses classes de citoyens, par suite des brigues électorales; T accroissement des dépenses fiscales causj^es par cette lutte des gouvernements contre les peuples, » — lutte dans laquelle la corruption joue un réle proportionné à la force de résistance que les institutions donnent aux peuples contre les gouvernements. Ce que Ton fait ûnsi pour la liberté tourne contre T égalité et la justice. Le cens reproduit une aristocratie dans Tétat, aristocratie d^autan^ plus préjudiciable à ceux qui n'eu font pas partie , qu'elle est plus nombreuse. Le droit de suffrage devient de plus en plus un moyen de monopoliser, au profit des familles qui le possèdent, les emplois et les faveurs de l'administration publique, obligée partout

l'absoluthme ne pent convenir qa'à ceux qoi l'excrcenL' (Fonucii. Jfomr. Monde iW.\ page 492.)

Les libéraux croient le j^atifier en disant : a Ne voyei- vous pas que , sans le système représentatif et les efforts de l'opposition , l'on tomberait aons le plnt pesant despotisme ?» Je le sais ; mais il n'est pas moins certain qne lew tactique de heurter de front les rétrogradateurs ne sert qu'à les exaq>érer. les pousser de pins en pins à l'obscurantisme. Dès lors le parti même qui vent la liberté travaille indireotemoit contre elle ; c'est opérer comme l'ours qui d'na coup de pavé casse laiétQ à spn ami pour le dégager d'une moocbe. 11 est certain que ce régime, dit libéral, n'opère aucun bien positif, et qne l'esprit libéra! est «térile sur tous les grands problèmes d'amélioration sociale , cooubo l'affranchissement des nègres , etc. Il n'enfante qne des discours et jamais une idée neuve.

He diaserlei pés tant sur le progrès social , mais aacbet reffeclner ; saches inventer des moyens faciles. Le bel esprit court les ^nes , il surabonde; c'est de génie inventif qu'on a besoin , non de faconde oratoire. Si vous aviei quelques vues franchement libérales . vous aories pris des roemrea ponr inciter ans inventions vraiment^ libérales et leur assurer accès k leur apparition. Mais comme l'a dit M. de Pradt : La ekarU a fait perdre la tète à se» amants. Il* rroicnt avoir tout fait quand ils ont pécore sur la charte .vraie pomme âa discorde, édilioe chancdant qui ne pootra jamais se souteqjr. Intentes un oedre di> rboses qui plaise à toutes les castes, et qui .les rallie fooles au& toics de proarrsréel {iM.)

THEORIE SOCIETAIRE. 361

de capituler avec les individus que la loi investit du vote d où Texislence de radmiiiistration dépend ; c^est ainsi que ce quMls nomment le fays légal concentre sur lui seul les avantages de la cité , et que tout ce qui n*est pas lui se trouve de fait mis hors la loi d'égalité, malgré la promesse menteuse de la Charte ^

A quoi hon, va-t-on dire, tant de distinctions de caractères dans Fétude d'une forme ou d'un mécanisme de société quelconque ? — Mais sans ce triage, qui rapporte i\ chaque période d'abord, puis à chaque phase dans la période, ce qui leur appartient, on ne saurait juger de la marche progressive ou rétrograde d'une Société. C'est ce même classement qui permet de discerner ce qu'un état social a en propre , et ce qu'il emprunte à des états sociaux plus arriérés ou plus avancés. Ainsi notre Gvilisation (5*^ période) conserve en partie un des caractères de la période n*" 2 ou sauvage, V abandon du faible (chez nous abandon des infirmes, des vieillards et des pauvres) : uvice pardonnable aux Sauvages, dit Fouriér, parce que, dans les disettes , la horde n'a pas réellement de quoi alimenter celui qui ne chasse ni ne péçhe ; mais la Civilisation est* elle recevable à dire qu'elle manque d'approvisionnénients ?» Et puis n'a-t-elle pas enlevé à l'homme du peuple, au prolétaire, tous les droits qu'exerce librement le Sauvage ?

.... Qnod nalara rcmittit , Invida jura negant ^

Nous avons gardé en France, jusqu'à la révolution de 1789, et l'on a voulu nous restituer depuis , un caractère de la période 3 (Patriarcat) , le droit d'aînesse. Notre pénalité mihtaire tient à la période 4 (Barbarie). Enfin, tout ce que

' Ceci était écrit bien avant la conquête dn saffrage nnivanel. (Note de la 3<édit.)

^ Ce qne la nature accorde , lenrs lois jalouses le refusent

OviDKr Mitam,

36i SECONDE PARTIE.

notre Société a d'essentiellement bon , elle remprunte â des périodes supérieures quUl s^agit de constituer en généralisant ces précieuses institutions.

Voici quelques-unes de celles sur lesquelles Fourier insiste :

Notre système monétaire, institution garantiste, à double contre-pdids , le change et Forfévrerie. — La règle civilisée voudrait que chacun pût battre monnaie. L^al^surdité des conséquences a empêché cette application du principe de liberté anarchique du commère et de Yin^ dustrie.

Les assurances mutuelles et individuelles ; les retenues de vétérance; les caisses d'épargne et de coopération parcellaire; les prud^ hommes et arbitres; les défenseurs d*o(fîce, etc., etc., tout cela appartient au Garantisme (6» période) *.

Mais voici une anticipation plus remarquable encore : notre société emprunte à la 1* période (Association simpU) In coutume ingénieuse des postes en relais, qui est une véritable série industrielle simple , opérant 1* en courtes séances ; 2° en exercice parcellaire ; 3** en échelle com* pacte. La méthode civilisée consisterait à se voiturer avec les mêmes chevaux , qui emploieraient quatre fois plus de temps (dix fois, vingt fois plus méme^ s'il s*agit d'un long trajet), indépendamment d*une foule de chances aceidenleiles de retards que prévient la série d'attelages disposés

' Si nofu ponviNM empniatw , et m^me avec bMaooqi d'svuitag* , )m ra-

ractàres cites plos haut , et appartenant à nne période supérieure , il n'en terah pas île mdoie de quelques autres , notamment de ceus qui tiennent «n liiierlés amnuranses Ainsi la libn faeultd de divi»ree (6e période) n« nnrail i-tre accordée aux civUùi», sans graves inconvénients, pour la femme et lea enfants purlout , ainsi que pour les mœurs. — Ceci n'est pas en contradidioa, iant s'en faut , avec le principe général établi par Fourier . qee •> l*$ profrh »o€ènux «'^prrrnl m fwjton dm prêfrit dta fwmmêê «ara Im. lilmréi, <l Ut éicmitnces d'ordre sociat «n raison du dëcroissement de la liberté de$ /émîmes. > ( TA. dis» quatre tnouv.) Mais cette liberté a des conditions qu'il faot d abord renqdir. en aasurant aux femmes dm fonctions asseï lucratives pour leur donner l'indépendance récUfi.

THEORIK SOClfcTAlRE. ;M»

le long de la route. — C'est la propriété générale dea Sé« ries iodustrielles de donner quadruple bénéfice, en tout parallèle avec Tinduatrie morcelée ou civilisée.

Xous voilà donc mis sur la voie du progrès social par des faits qu'une heureuse inconséquence a introduits dans la Société actuelle. On arriverait au Qarantùnu par di* verses mesures, ayant toutes pour effet commun de substituer à la concurrence individuelle et mensongère, qui règne aujourd'hui dans le commerce, la concurrence sociétaire et véridiquê. L'établissement des grandes fermes fiscales dont nous avons parlé, l'envahissement successif des diverses branches de commerce par l'administration, conduiraient au résultat. Mais l'une et l'autre opérations seraient lob* gués.

Un moyen de progrès plus rapide, plus facile et pluft sûr, consiste à faire un essai de l'organisation des Séries industrielles' ou Procédé sociétaire. Ainsi, grâce à l'hen» reuse découverte due au génie de Fourler, nous pouvons nous élever d'emblée à la 7* période (Association simple, essai réduit ), ou à la 8* (Association composée , essai en grande échelle). Des 18 degrés ou échelons de progrès indiqués par Fourier comme abordables avec nos moyens actuels, à partir de la 4' phase de Civilisation jusqu'à la l'" phase de l'Association composée, cdui qu'il proposait, en 1832 notamment, pour la fondation d'épreuve, correspond à la â« phase du SocianiùtM ou Association simple. Celle-ci, au début, n'opérait en général, il est vrai, que sur la classe pauvre ou peu aisée ; mais elle conduirait très-rapidement à la période supérieure , qui doit entraîner toutes les classes dans ses combinaisons séduisantes et les passionner à l'envi pour le travail athiayant.

Essaierai-je ici de décrire les magnifiques résultats de la transformation sociale dont le signal et le moyen se^ raient ainsi donnés ? Quadruplement subit de la production par le travail attrayant ; bien-éti*e graduel assuré à

a«4 SECONDE PARTIE.

toutes les classes; abolition de toutes les servitudes; union, concorde et sécurité remplaçant partout les soucis cruels, les divisions, les haines, les luttes désastreuses et tous les fléaux sans nombre auxquels THumanité est en proie sous le régime incohérent et morcelé ! Mais il faudrait passer en revue, d*une part, toutes les causes de malheur qui se rencontrent pour rhonune sur la terre, et montrer comment elles se trouvent anéanties ou neutralisées par la combinaison harmonique des éléments sociaux : il faudrait en appeler, d^ autre part, à tous les désirs de bonheur qui sont dans le cœur de chaque homme , et montrer comment il n^est pas un de ces désirs que le nouvel ordre ne satisfasse pleinement , sans jamais entraîner ni satiété ni désordre.

J^aime mieux insister sur les motifs d*une prompte adhésion à nos projets d*une épreuve sociétaire , sur Turgente nécessité d'adopter nos plans de réforme méthodique et prudente, si Ton veut échapper aux nouvelles catastrophes que la Civilisation nous prépare.

« Laisserons-nous , n dirai-je avec une des plus déplorables victimes de Fincohêrence industrielle, u laisserons- » nous longtemps encore tout livré au hasard ? N'allons- » nous pas enfin créer, organiser, assurer toutes les » positions, toutes les existences? De grâce dépéchons- • nous, car chaque jour, chaque heure de retard sont n autant de jours et d'heures de souffrance pour des mil- » liers de travailleurs qui attendent et gémissent en silence. «

Qui attendent,. Hélas ! tous n'ont pas même les moyens d'attendre. Témoin l'infortuné de qui sont ces lignes, et dont chacun sait la fin prématurée et funeste ^.

^ Adolphe 3oTCR, auteor d'an livre plein d'excellentes vnes, intitolë : Dt l'état des ouvriers et de son amélioration par l'organisation du travail.

Simple ouvrier typographe , Boyer , ponr la publication de ton écrit , avait contracté def engagements qu'il ne fut pas 'en mesure d'acquitter è l'échéance , et il se donna la mort le 17 octobre 1841. C'était un homme laborieux , d'an» condiiiCe régulière et jouissant de l'estime des chefs d'établissements chct lesquels il avait été employé. 11 avait femme et enfants.

Eh bien ! il est une vérité trop obscurcie, qu'il convient de rappeler en finissant, vérité à F usage des particuliers comme des Etats : c'est que les hommes sont tous vr/hhext SOLIDAIRES LES UNS DES AUTRES, c'cst que le boubcur ne peut être atteint par quelques-uns, tapdis que les autres, tandis que la masse souffre. En quelque position que vous vous trouviez, quelque favorisés que vous puissiez être par le sort, il y aura toujours une somme considérable de choses que vous sentirez vous manquer. '

Solidarité entre tous les individus, entre toutes les classes , entre tous les peuples, voilà ce que crie incessamment la grande voix de Thistoire. Voilà renseignement que révèlent ces grands fléaux qui moissonnent les populations (le choléra, par exemple), et ces révolutions qui bouleversent les fortunes et les existences (7).

Sachez-le donc bien , quelque rang que vous occupiez dans la Société, tant que Tabîme de la misère ne sera pas comblé, vous serez exposés à y tomber vous-mêmes; tant que cette lèpre de la misère pourra ronger à côté de vous quelques-uns de vos frères, vous ne serez jamais tout à fait à Tabri de sa dent cruelle ; le monstre pourra s'élancer d'un instant à l'autre sur vous et les vôtres, riches et heureux du jour ! il pourra dès demain ronger votre chair , sucer votre sang dans vos enfants, dans les plus chèrs objets de vos affections.

Quel père, en effet, pourrait être entièrement rassuré pour ses enfants, pour leur avenir, lorsque telle ou telle disposition de caractère qu'il ne lui est pas donné de prévenir ni de corriger les voue à une ruine à peu près infaillible dans le monde actuel, et à toutes les. souffrances , à toutes les humiliations qui en dérivent, à l'opprobre peut-être et à l'infamie qui en sont bien souvent la conséquence ?..,

Ce n'est pas d'ailleurs par ce côté seulement, et sous le rapport de l'instabilité des positions sociales, que nous

366 SKCOXDR PARUR.

sommes vulnérables. Qui donc, même au milieu des biea^ fâils de la fortune, se trouve hetireux de tout point? A qui ne reite^t-*!! alors rien & désirer sous le rapport de se« ilf^ féctions, rien à souffrir de ^es relations obligées d'intérêt, de famille ou d'amitié? •

Qui que vous soyes , et surtout si \ei besoins du cœur sont chec vous prêdomtnauls, si ehez vous lé foyer des sen*> timeAts est actif, m iiua n'Ainâtit ^'élève, m cmusATtoU,

ENTBE vous ET LE BONHEUR !

Ce n'e^t point éofin par rapport aux affections pi*ivées seulement qu'il faut apprécier les inconvéuieuts de la Société actuelle. Il y a un immense danger pour lui intéfétj publics, pour les droits et les pou^ir^ publics, à laisser subsister plus longtemps rîncdhêrenee industrielle et sociale.

Les cbances de révolutions désastreuses ne sont pas épuisée»...

Si Ton pouvait croire que, grâce à quelques améliora^lions de détail dans Tordre politique, ^^ améliorationâ contestées, et contestables en effet, '^^ on a établi enfin des garanties.de calmé, dé stabilité, de progrès pacifique, on serait biéntdt cruellement détrompé de cette dangereuse illusion. A voir toutes ces convoitises qu'ont excitées quel*^ ques grandes fortunes politiques; à Voir toute cette cohue qui se précipité dans l'arène politique, qui demande à l'ordre politique gloire et richesse, et qui, ne pouvant atteindre ces objets de ses vc&uic. Se jette sur toutes les însti^ tntions qui y font obstacle , la hache et la torche à la main; à voir comme lé parti qui triomphe se divise, se fractioniiè successivement dès qu'il est maître du pouvoir, jusqu'à laisser un parti rival triompher à son -tour, ^- qui dooê pourrait compter sur le lendemain en politique? qui donc, au milieu de ces complications , de ces impouibilités que créent, ehe2 nous, à mesure qu'elles Surgissent, toutes les grandes questions d'intérêt matériel; *u milieu dé c«tlé

TUfiORIE SUCUfiTAlRii:. 36r

eofilbiioti delGilUi les idées du passé, vaines idoles qui ont encore aujourd'hui leurs prêtres dans le monde officiel, mais qui n'ont plus de croyants nulle part?...

Ne voyez-vous pas Teffet de noire mécanisme politique , agissant sur un état social qui tnaintlent rhôstillté entre tous les intérêts, intérêts d^ambition comme intérêts d'argent? Dès quune opinion, dès qu'un homme quelconque, pour ainsi dire, ne se trouvent plus au pouvoir, ils deviennent par cela même et immédiatement révolutiormaireM sous une forme ou sous une autre. Entre le parti du passé et celui qui se dit le parti de l'avenir , entre M. de Villèle et M. Thiers, entre M. Guizot et M. Dupont (de l'Eure), il n'y a d'autre différence sous ce rapport que dans la manière d'être révolutionnaire. C'est-à-dire qu'en poursuivant leurs vues propres, et de la nouvelle position où les place un changement de gouvernement ou de ministère, ils travaillent avec ou sans intention au renversement du pouvoir. Et cela, chose plaisante! sous prétexte ordinairement de le restaurer ou de le raffermir. Toujours est-il que le pouvoir ne marche jamais bien chez nous qu'an gré de ceux qui l'ont en main. Conséquence naturelle de la folle prétention de chacun à établir l'ordre et la liberté par les moyens exclusivemeni politiques.

Comment voulez-vous, avpc de tels éléments, avec une disposition générale des esprits vis-à-vis du pouvoir quel (ju'il soit, tout à fait comparable à celles d'écoliers vis-àvis du maître, auquel les plus sages mêmes sont toujours prêts à faire niche à l'occasion; comment voulez-vous, dis-je, parvenir à fonder quelque chose de durable, à donner quelque repos à la Société , travaillée du faite à U base par mille causes actives de décomposition !

Hâtez-vous ,. dans cette situation critique , hâtez-vous d'employer l'instrument de salut qui vous est offert, l'accord des intérêts et des passions, par la série appliquée aux travaux productifs : en un mot, fondez l'Association

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agricole. Cesi la voie, et il n'y en a point d*autre, du salut. et du bonheur pour tous ^.

* J'ai laisse cette conclation de mon livre telle que je l'avais ëerit en 1839, saiii y ajouter, sans y retrancher une syllabe. Les grands changements survenus dans l'ëtat de la France et- de l'Europe sont la confirmation éclatante des avertissements que je me permettais de donner dans ces dernières pages. (Note de U3*ëdit.)

(Note!, page 216.)*

Que le désir du bonheur est le mobile de toutes les actions

de l'homme.

A Tappui de Tophiion qui attribue au désir du bonheur tous les actes humains , je pourrais citer lé témoignage d'une foule de grands esprits.

Aristote , au commencement de ses Politiques , reconnaît que « c'est pour leur bien ou ce qui leur semble tel que les hommes « font ce qu'ils font, v

XjB Trahit sua quemque voluptas de Virgile (par son plaisir chacun est entraîné) , autrement : chacun cède à son attrait, à r attrait qui a sur lui puissance , est une observation profonde revêtue de l'expression la plus' gracieuse.

Vivere omnes beatè volunt (Tout le monde veut vivre heureux )y dit à son tour Sénèqae.

Les anciens , an surplus, chez qui les notions les plus simples n'avaient pas encore été cmbroniUrr*; o\ obscurcies comme elles l'ont été depuis par les subtilités de diverses sectes mystiques, les anciens proclament presque tous ingénument cette vérité; seulement ils ne savaient pas y joindre l'idée de la Solid.iriti^ dp tous les hommes , qui en est le complément nécessaire.

La même opinion de la légitime et naturelle tendance au bonheur fut professée ouvertement aussi par les penseurs du dixhuitième siècle. Celui qui les résumait d'une façon si brillante , Voltaire , en parlant du désir du bonheur , l'appelle v ce grand « présent de Dieu, ce premier ressort du monde moral. » Bemarques sur les Pensées de Pascal.

Ailleurs, il dit encore :

« La nature , attentive à remplir vot désirs .

" Vuns appelle à ce Dieu par la voix des plaisirs .

■• Nui encor n'a chanté sa bonté toat entière :

• C'est par le mouvement qu'il conduit la matière «

" Mais c'est par le plaisir qu'il conduit les humains.

» Partout d'un Dieu clément la bonté salutaire

a Attache à nos besoins un plaisir nécessaire .

a Les mortels en un mot n'ont point d'autre moteur.

B Ah ! dans tous vos états , en tout temps , en tout lieu , " Morteb , à vos plaisirs reconnaisses nn Dieu. »

A Tarticle Philosophie de X Encyclopédie, qui est, je crois, de Diderof , on lit : « Dans toutes les actions que les hommes font, s ils ne cherchent qoe leur propre satisfaction actuelle : cVst le > bien ou plutôt l'attrait présent qui les fait agir. »

Le mot actueile est de trop : on agit en vue d'ime satis&etion future et même lointaine , comme en vue d'une satisfaction immédiate. Le mobile est toujours de la même nature.

Aussi les disciples des philosophes, qui firent la révolatioa française , placèrent*iis en tête de leur Déclaration des Droits de l'Homme cette maxime incontestable :

* Le but' de la société est le bonheur commun t

Dans son Essai sur le gouvernement, le docteur Priestley désigne le plus grand bonheur du plus grand nombre comme le seul but juste et raisonnable d'un bon gouvernement.

s C'est le bonheur dans toutes les conditions que le législateur ? doit avoir en vue. i (S. de Sismondi. iVoM?. Pr. décon. pr.^t 1, liv. I«% chap. 2.)

s Le but de l'homme d'État, tel qu'il est universellement avoué, « est le bonheur, le bonheur de FEtat, la plus grande somme de » bonheur possible pour les individus d'un Etat dans le cours de y> leur vie mortelle, s (Jérémie Bentham. Déontologie^ t I,ch.2é)

Hab Voltaire et les encyclopédistes sont aujourd'hui tombés en discrédit : laissons donc leur témoignage, bien qu'à nos yeux il en vaille d'autres assurément. Eh bien ! voici leur plus illnstre adversaire, l'homme qui a donné avec tant d'éclat le signal de la réaction contre le dix-huitiéme siècle, voici l'auteur du Génie du Christianisfne , qui exprime la même vue d'une destination heu-

DE LA SECOXDE PARTIR. •tTl

rease : a Nous savons , i dit M. de Ghateaubriaad , « que noire t bonheur est ici -bas coordonné à on bonheur général dans une 9 cfaatne d'êtres et de mondes qui se dérobent à notre vue ; que » rhomme , en harmonie avec les globes , marche Jun pas égal 1 avec eux à Taccomplissement d'une révolution que Dieu cache « dans son éternité. i (Génie du Christianisme, 2« purt. , liv. IV, chapitre 2.)

L'affirmation du bonheur est ici formelle et claire, malgré le voile de mysticisme dont s'enveloppe la pensée du célèbre écri* vain, qui a d'ailleurs le mérite de rattacher la destinée heureuse de l'homme à celle des autres êtres de la série universelle et à la destinée des globes sidéraux eux-mêmes. (C'est une vue dont nous lie voudrions pas garantir Forthodoxie catholique, mais qui est vraiment catholique dans l'acception la plus haute et la plus compréhensive de ce mot ; elle est entièrement conforme à la conception de Fourier sur les destinées générales.)

Un autre éloquent apologiste du catholicisme , qui , dans ses variations , est demeuré fidèle au spiritualisme chrétien , M. de Lamennais , dit de son cAté :

ft II (l'homme) veut être heureux, il le veut, ne peut pas ne V le point vouloir. « (Esquisse et une philosophie, t. II, p. 11.)

Déjà. Bossuet, tout en soutenant la thèse du libre arbitre, avait écrit : « Nous sentons que nous sommes nécessairement déterf> minés par notre nature même à désirer d'être heureux. «

11 est vrai que Bossuet ajoute : i Nous sentons aussi que nous « sommes libres de choisir les moyens de l'être. » Mais ce n'est là qu'un sophisme , une pure gasconnade , dirions-nous , sauf le respect dû au grand écrivain. En effet, l'individu qui éprouve le besoin de la faim, celui qui est possédé de la passion de l'amour^ n'ont pas la liberté de -choisir leurs moyena ie satisfaction , et par conséquent de bonheur, en dehors des objets qui sont en rapport avec les impressions, qu'ils ressentent en ce moment l'un et l'antre. Et il en est de même de tout désir éveillé en nous sous l'influence d'une passion quelconque : ce désir a une tendance déterminée par sa nature propre ; il ne peut être sérieusement question de lui proposer un but chimérique oif sans convenance avec sa nature. Quel père donnerait à son fils une pierre lorsqu'il ht demande du pain? — Or, !c bonheur pour

chacun consiste dans le libre essor de ses passions contre-balancées les unes par les autres , ainsi que le veut la nature pour le bien mâme et pour la conservation de Thomme, comme pour son agrément. Et , d'un commun aveu , on le voit par nos citations , c'est au bonheur que Thumanité aspire invinciblement.

La philosophie universitaire moderne n est pas moins explicite sur cette vérité fondamentale. Nous citerons aussi ses organes, dût-on trouver quelque monotonie dans cette répétition de propositions identiques jusque dans les termes ; car dès que nous proclamons comme l'idée mère de la théorie de Fourier , comme l'idée d*où elle se déduit invinciblement tout entière, cet axiome du sens commun que le bonheur est la destinée vraie de l'homue, il n*y a sorte de mauvaises chicanes qui ne nous soient faites, même par les épicuriens pratiques.

a L'homme , v dit M. Laromiguière , « est né pour être hea- » reux ; ou si c'est .présomption de vouloir pénétrer le mystère

V des causes finales , l'homme veut être heureux ; il lui est im- » possible de ne pas le vouloir, et dans tous les moments de son T> existence il tend vers le bonheur de toutes les puissances de ■ son être. ■ (Cours ele philosophie, 4« leçon.)

Se plaçant à un point de vue plus général , M. Th. Jouffroy raisonne ainsi qu'il suit :

V La fin d'un être est ce qu'on appelle le bien de cet être. II

V y a donc identité absolue entre le bien d'un être et sa fin. Le D bien pour lui, c'est d'accomplir sa fin, d'aller au but pour le- • quel il a été organisé.

V Par cela que l'homme existe , il se passe en lui ce qui se s passe au sein de tous les êtres possibles; c'est-à-dire qu'en t vertu de son organisation, sa nature aspire à sa fin par des

V mouvements qu'on appelle plus tard des posions , et qui le « portent irrésistiblement vers cette fin. » ( Cours de Droit na- UutI , 2'" îrron.)

K Le plaisir est la conséquence et le signe de la réalisation du « bien en nous; la douleur, la conséquence et le signe de la « privation du bien.

» Cette satisfaction de notre nature, qui est la somme et comme « la résultante de la satisfaclion de toutes ses tendances, est donc T sa véritable fin , son véritable bien, t {Ibid.)

D£ LA SËGONDIi! PARTIE. 373

H est vrai qu'après avoir ainsi posé le principe, tons ces autearsn*ont guère en souci d*en tirer les conséquences, ou plutôt qu'ils se montrent tons ensnite illogiques , comme il ne peut manquer d*arriver à quiconque admet que Thumanité est faite pour le bonheur , et ne conçoit pas la possibilité d'une forme sociale supérieure à la civilisation, société qui.nc peut faire le bien d'un petit nombre de privilégiés qu'aux dépens de celui des masses : encore ce bien-élre que la civilisation procure à une minorité seulement, est -il mêlé de beaucoup d'amertumes et empoisonné par des craintes continuelles. C'rst que tout est lié dans le destin des hommes, et qu'il ne s^iiruit y avoir de vrai et solide bonheur pour les uns qu'à la condition de faire participer aux avantages dont ce bonheur se compose tous leurs frères de la grande famille. Voilà aussi ce qui fait la moralité de notre doctrine.

Au surpins , en établissant le droit de l'homme au bonheur, nous n'entendons nullement que les satisfactions sensuelles soient recherchées au détriment des nobles satisfactions du cœur et de l'esprit, ni que le bonheur de la vie présente doive être le but exclusif des désirs et des efforts de l'homme. \^ous disons, au contraire , que les affections de l'âme doivent toujours dominer les appétits des sens « non pas pour proscrire les jouissances matérielles, mais pour les épurer, pour les ennoblir toujours en s'y associant. Nous savons que l'homme a raison d'aspirer à des félicités ultérieures que lui réserve , dans le cours d'autres existences, la munificence infinie de Dieu. Seulement nous ne croyons pas qu'il y ait incompatibilité entre les deux ordres de satisfactions, entre les deux termes du bonheur que l'homme peut se proposer. Noos ne saurions admettre qu'une antinomie réelle existe entre le monde matériel et le monde moral , œuvres l'an comme l'autre de la suprême sagesse.

(Xote 2, page 236).

Echelle des caractères; et à ce propos, de la tnéthode de

traitement des passions.

L'échelle des caractères est analogue à la gamme musicale , conformément au tableau ci-après. Elle comprend en ordre domestique , c'est-à-dire borné à une seule phalange, 810 titres

374 XOTES

pleins et 405 ambigus. Les caractères mixtes correspondent aax demi-tons, aux notes diésées ou bëmolisées, qui ne se prononcent point dans la gamme. Chaque individu a les douze passions ; mais c'est par la dominance de telles passions qu'on distingue nn caractère.

Voici d'abord la désignation et la distribution des 810 caractères pleins que comporte Tharmonie domestique, et auxquels il faudrait ajouter, pour avoir la représentation caractérielle du personnel d'une phalange, les 405 caractères ambigus qu'elle emploie pareillement Fourier n'a pas d'ailleurs expliqué comment H obtenait ces résultats.

Ut Solitones 576, 1 dominante quelconque.

dièse bém. mixtes 80, 1 animiquet i sensuelle.

Ri Bitones 96, 2 dominantes animiques.

d. b. bmixtes i6, 1 aaimique, 2 sensuelles.

Ml Tritones jE4, 3 animiques.

Fa Tétratones 8, 4 animiques.

d. b. trimixtes 8, 2 animiques, 5 sensuelles.

S0I4 Pentatones 2, 5 animiques.

En continuant depuis Sol, on a les caractères supérieurs qui président à la régie d*un nombre plus on moins grand de phalanges et qui sont agents d'harmonie externe :

d. b. tètramixtes . 2 animiques, 4 sensuelles.

La Hexatones 6 animiques,

d. b. pentamixtes 2 animiques, 5 sensuelles.

$1 Heptatones 6 animiques, 1 sensuelle.

Ut Omnitones 7 animiques, 1 sensuelle.

Les solitones, ou caractères à 191e seule passion domiuaute, forment le très-grand nombre des humains. Les degrés qui dépassent le cinquième ne se bornent plus aux soins de la régie interne d'une Phalange ; il leur faut une action qui s'étende an dehors, dans la teesure de Télévatlon de leur titre pasaioanel.

Un cinquième degré, Wkpeniatone, comme J<-J. Rousseau, Fox, etc. , se trouve déjà, dit Fourier, dépaysé en Civilisation ; un hexatone, comme Bouapai'tc ou Frédéric, a besoin de bouleverser le monde : un heplatone^ comme Joies Cé^ar on Alcibiadc, a la mèmr . ambition plus raffinée ^ mats plus flexible ; rnfin ir

m LA SECONDE PARTIR. 375

degré omniUàney le plus rare de Foctave, est tout à fût incompatible airec Tétat de limbe aocial et trèa^pte à en découvrir d'instinct les issues.

Le titre des caractères est ûne^ dit encore Fourier, et s'ils sont comprimés, ils se iaussent et se développent à contre-sens. Senèque et Burrbos n*ont pas ebangé, mais faussé le earadéve de Néron, létratone à quatre dominantes bien distinctes, cabaUiie, composite, ambition , amour. Henri IV était comme Néron un tétratooe, mais qui n'avait pas été faussé par une éducation morale. (Xouv, Monde ituL, p. 404et8uiv.)

H. iules Lecbevalfer commente aiàsi le caractère du Béarnais : « Henri IV avait en dominance toutes les passions affeethes , aussi son caractère est-il un des types humains qui ont obtenu le plus de gloire et d'admiration ; ambition, amour, amitié, famille, toutes les grandes afTecfions avaient trouvé place dans cette belle âme. Par son ambition Henri voulut constituer l'unité européenne; son amour séduisit Gabriellc et bien d'autres ; Fambassadeur d'Espagne, Irouvant le roi de France occupé à jouer avec ses enfants qu'il portait 4 califourchon sur son dos, a pu voir que le vainqueur d'Arqués et d'Ivry, que le père du peuple, était aussi un tendre père de famille ; le prince dont le nom est demeuré toujours uni à celui de Sully sut mériter et sentir l'amitié. « (Etudes sur la Science sociale, p. 172.)

J'avoue que le contenu de cette note laisse beaucoup a désirer sur la Théorie des caractères , qui n'a été qu'indiquée par Fonrier.dans ses publioatioos diverses. Voici quelques-unes des observations qu'on y reftcontre :

Les solilones, gens à une seule passion dominante, ne sont pas en égal nombre sur chacune des douze passions : la distribution est progressive. On trouvera beaucoup plus de solttones à dominante d'ambition, ou d'amour, ou de gourmandise, qu'à dominante de la passion des plaisirs de l'ouïe, par exemple. Les solitones rapportent tout à leur unique dominante ; ils varient peu dans leurs goàts et ont de l'aptitude aux ouvrages de longue durée ; Us sont dans l'échelle des caractères ce que sont les simples soldats dans un régiment. Au contraire, les deux pentatones, iiomme et femme, que présente en moyenne chaque population de 1,620 ou 1,800 personnes, sont l'équivalent des ipolonels : ils

n76 NOTES

doivent à eni deux intervenir activement dans tontes les séries de la Phalange. Il faut donc pour pentatones des esprits actifs , subtils et très-étend us, comme Voltaire, Leibnitz, etc.

Remarquons, poursuit. Foorier, que la morale déclare vicieux les caractères les plus distingués, les hauts titres passionnels. Elle les tolère parmi les monarques ou lés gens puissants ; mais cbet la masse des citoyens elle ne veut que deï solitones, limités à une seule passion. Or la nature ne place pas les caractères de préférence parmi les hauts, personnages, elle les sème au hasard. Les êtres doués de ces grands caractères sont politiquement éioattès par l'éducation, ils s'irritent contre les coutumes et sont surnommes mauvais sujets, ennemis de la morale.

Dans l'ordre sociétaire chacun d'eux, homme ou femme, trouve son rang et s'y place du consentement de tout le monde, car celui que la nature a fait solitone n'a aucune envie de la présidence caractérielle d'une phalange, fonction qui l'obligerait à une prodigieuse variété de travaux : il n'y trouverait pas son bonheur; d'ailleurs on a toujours mauvaise grâce à sortir de son caractère, dès lors personne n'est jaloux en voyant à la présidence caractérielle, au poste de Rvi de passions et Jïeine de passions, deux êtres qui sont, par leur naissance,' les plus pauvres peut-être de tout le canton. Malgré leur humble condition, ils s'élèveront sans faute au poste que la nature leur assigne....

L'éducation a pour tâche de développer ces caractères et de plus les tempéraments, qui sont en même échelle que les caractères, mais non pas en assortiment : un pentatone, qui est du cinquième degré en caractère , n'est point certain d'avoir un tempérament de cinqurème degré. (N. Monde.)

Je donne ici, d'après ud passage des- manuscrits de Foorier, quelques traits du caractère de plus haut, titre, ïomnitone.

c Le plus élevé en degré des caractères ,■ l'omnitone , quoique supérieur à tous les autres, n'est pas le plus hesLU , mais sealement le prus précieux. La nature aime à 4iviser ses faveurs ; elle donne l'utile aux uns et l'agréable aux autres.

« L'omnitone, qui est la touche la plus utHe, est cémme le rayon blanc comparé aux rayons de couleur. Assurément la blanche n'est pas si belle que Técarlate ni l'azur ; mats elle a des propriétés plus utiles et des emplois plus étendus.

« Lés omnifones sont, en certains détails, bizarres à leurs propres yeux autant qu'à ceux d'aatrui. Les qualités aimables sont entièrement du côté des heptatones, comme César et Alcibiadp. Les omnitones étant bornés à Futile qu'ils possèdent an suprême degré, on ne peut pas tirer vanité de ce caractère. Je débute par les critiqueSf parce que je serai obligé de me citer pour exemple, ne connaissant pas d'autre omnitone que moi. J'ai trouvé facilement des modèles dans tous les autres titres, mais je ne découvre aucun omnitone parmi les hommes qui ont joué un rôle. Je ne trouve pas dans mes sonvenirs d'histoire un seul omnitone et je remercierai Térudit qui m'en indiquera. (La gamme infinitésimale composée est leur attribut essentiel). Leur rareté n'est pas excessive, puisque la nature en produit une couple sur 300,000 personnes environ ; mais ils sopt en rareté factice, ayant contre eux l'impossibilité d'essor que n'ont pas les heptatones. Un caractèî^e comme Alcibiade est dès l'enfance encouragé par tout le monde ; son développement est plus facile que celui d'ancon autre degré. Ainsi, quoique l'essor soit difficile et très-entravé dans les degrés supérieurs , il faut ^accepter Theptatone qui se meut facilement. Quant à l'omnitone, beaucoup plus rare , if est pour les civilisés ce qu'est le chat-huant parmi lés oiseaux : tout est Kgué pour le honnir et le conspuer. De là vient que ceux qui ont existé dans les classes moyennes de la société n'ont pu se raonvoir (caractériellement), et s'il s'en est trouvé sur les trônes, ils auront pris l'essor subversif, qui n'est pas hnalfaisant dans ce degré et qui les aura rédoits à être des originaux peu dignes d'attention.

« Lorsqae j'ignorais la théorie , je m'étonnais des penchants contrastés qu'on me reprochait. Quoique très-ennemi de la parcimonie et incapable de soins minutieux, j*avais et j'ai encore sur une foule de détails des manies d'avarice bien plus fortes que celles d'Harpagon. Celui-ci se croira en superlatif d'économie lorsque ayant usé une allumette d'un bout, il la conserve pour la faire servir de l'autre bont. Moi, involontairement et sans calent, je divise par une pression des doigts l'allumette en quatrr morceaux dont je fais huit allumettes servant pour huit jours.

t Je pourrais citer une foule d'autres bagatelles sur lesquelles je faîs , sans réflexion et par instinct irrésistible , des économies dont je plaisante moi-même sans pouvotr m en corriger et devant

378 XOTËS

lesquelles Harpagon se reconoattrait poar un champioo suliaFtenie aussi inférieur à moi que le cinquième degré Test au huitième, qui est le mien. Téependant, je ne sois rien moins qu'écondme et je nai jamais pu me façonner en ce genre aux soins les plus indispensables pour un liomme sans fortune.

* D'autre part, j'ai un tel goftt pour le faste combiné, qa*à VAge de dix-huit ans j'étais déjà fatigué de la laideur des villes qu'on admire, comme Paris, et j'inventai la distribniîon des villes de sixième période. Quoi de plus opposé au faste qu'un palais entouré de masures? Ces bizarreries m'avaient déjà frappé à dix-huit «as asse's vivement pour que j'en étudiasse le remède. J'étais donc , en fait de faste, beaucoup plus raffiné que les sybarites et artistes de la civilisation.

t Dans les deux sortes de penchants que je viens de citeri le contraste est bien marqué au huitième degré, qui est Finfinitéalmal. €es prétendues bisarreries, dépourvues d'utilité en civilisation, deviennent des manies.

« En régime harmonien , il faut qu'en parcourant trente-six à quarante tourbillons (phalanges) auxquels s'étend la régie passionnelle d'un omaifone, il donne à la fois des leçons d'économie aux Harpagon et de faste aux Ifondor; il faut enfin qu'il fonelionne sur les deux contraires au huitième degré, tandis que Harpagon et ]IIondor ne portent Téconomie et le faste qu'au cinquième. ■

Dans une de ces conversations écrites avec 11. Just Muiroa , que nous avons mentionnées dans sa biographie, Fonrier esqniaat le portrait d'un solitone très-plaisant qu'il avait , ditwl , connu :

<i C'était un homme doué d'un art merveilleux pour rapporter au vin tous les événements de la vie , toutes les aetions , tontes les spéculations. Il m'amusait beaucoup par la manière dont îl ramenait tout à son goût favori. En sortant d'auprès de lui , on aurait volontiers cru que l'homme n'était créé que pour boira , qu'il n'y avait dans la vie qu'une action importante, celle de boire ; et il parlait sans exagération , sans emphase , toutes ses raisont étaient persuasives et très-adroites , mais surtout d'une promptitude qui ne laissait pas à d'autres le temps de mettre en parallèle leur opinion.

» Par exemple , on attendait quelqu'un à la voiture ; chacun (lisait : Que diable fait-il donc? Le solitone tranche la difficnllé et dit : If n'a peut-être pas encore bu sa roquille.

DK LA SKGONDE PARTIR. ïm

« It comptaiC le tonpî, non par httaMs ni par li«ii«fi, inftis ptr bodftrîllêa. On daniindalt : Gomblen y a^Ml d'im à tri Ilen?-^ Vont ftttriêK le teinp« de boire qnatrtf bonteiUes. •*» La foitnre •*Arréte-t'?eUe longtenpR id ? '-^ Lé temps de boire nna bouteille en l'air; c'est moitié du temps de la bonteilIcL bn« en asiit; c'est 5 minutés.

« Un soiîtone, dorant ainsi tont rapporter à sa dominante, de** vient très-préciedx dans rHarmonie ; paroe qn'il est infktigablo sur le soin dont il se charge. Un tel homme sera le Silèno, le ohaf des cavistes, et Jour et nuit il songera au besoins et ouvrages do sa cave ; jamais rien d'utile en ce genre ne pourra être oublié ni négligé. Un oaractère de cotte trompe est sans emploi en civili* sation» Il y est voné à rabrutlssement. »

Ainsi, toujours guidé par sa confiance sans bornes ^lans la dl^ vine intelligence qui a tont ordonné et tout distribué avec une sagesse si supérieure à la nôtre, Fomier ne manque jamais de chercher le but social do chacun dos ponchants qu'il découvre ch4s les hommes. Ailleurs il nous montrera oommeni on Harpfti* gon, oaraotére à Jion droit ridicule ot odiaux aujourd*hni| sera m sujet trèsHittle à la masse en assoelatlon, sans que sa manie pbisée y être vetatoire pour personne. Autant on en peut dira d*nno foule d'autm goûts plus ou moins blaanres^ telS| par exemple, que ceux des caractères ambigus cités dans la note sdivanie (3)»

Dans Tappréoiation des canustêros, Feurior se dirigeait suHont d'après le nombre des passions dominantes* Se laisser maitrisor par une seule à l'exolui^on de tontes les antres, quelque noble qu'elle soit de sa nature , est à ses yeux l'indice d'nn titre peu élevé. A propos d'un jeune homme qne la mort d'une personne chérie portait à vouloir s'éloigner momentanément d'un haut établissement scientifique où il venait d'être admis, Pourier écrivait :

t C'est rarement une impulsion généreosi que celle qui exoitp à déserter son poste; c'ost plutêt une extrême faiblesse tolléo d'illusions sentimentales, ot ee n'est point là le oaohot des grands caractères. Ils savent développer de front et par eonséqoent tenir en balance toutes leurs- dominantes. Antoine, sacrifiant le trône du monde à Giéopâtre, n'est qu un soUtone exelosivement dominé par l'amour. César aussi aima Cléopàtre , mais il ne donna pas ' tout à l'amour et sut mener de front l'ambition et toutes les autres passions. Voilà les grands caractères. Quant aux petits, en

vain s*excuseiit-ils sur leur essor véhément. Cette véhémeoce prouve que les autres passions n ont pas dUnfluence et que l'individu n a que très-peu de dominantes. Car un grand caractère ne se livre à l'essor véhément qu'autant que cet essor se concilie avec les autres dominantes. »

La leçon s'adressait à un cœur assez richement doté pour pu faire son profit , et l'avis dé Fourler prévalut contre les suggestions de la douleur et du découragement. J'ai cité ces paroles^ non-seulement à cause de leur valeur doctrinale, mais encore parce qu'elles m'ont semblé propres à exercer une influence morale des plus salutaires.

Les caractères de haut degré ayant une sensibilité plus vive et plus délicate, la nature devait leur ménager aussi plus de moyens de diversion ^ une affection devenue douloureuse. C'est ce qui a lieu par la pluralité des dominantes, par la disposition à contracter des liens divers, à s'exalter à la fois de plusieurs sentiments, amour, amitié, désir de la gloire, à se passionner pour les arts, pour les sciences , pour les grandes entreprises. Ainsi la sagesse ne consiste nullement à suivre ce conseil, d'ailleurs impraticable, de la philosophie': s Garde-toi de. jouir, de peur de désirer: « garde-toi de désirer, de peur de craindre; « elle consiste, au contraire, à employer activement tous les ressorts qui sont dans nos âmes et qui sont disposés de manière à. se servir de contrepoids, les. uns aux autres et à procurer cet heureux équilibre, vainement cherché dans les doctrines d'abstinence et de modération, c L'accomplissement de nos désirs, « dit un philosophe qoi -est toujours dans le vrai quand il n'écoute que les inspirations de son génie, c l'accomplissement de nos désirs, dit quelque part Bacon, semble perfectionner peu à peu notre nature, i •

C'est le cas de dire un mot de la méthode qu'indique Fonrier pour le traitement des passions, pour la. purgatioH des passons, suivant l'expression de Corneille par lui citée.

Il n'y a, d'après l'auteur de la Théorie sociétaire, qu'an moyen noble et sAr à la fois de réprimer les passions ; c'est le procédé de substitution absorbante, ou art de remplacer sans violence une passion nuisible par une passion utile et agréable qui absorbe pit iiirment la première '.

* La méthode des ituhttitntions eat d'un uaage trés-gén^ral. On l'emploie, en mëdeciue, dans le irai((*men( deit affectiong dn corps, comme en monde et f*ii

Et comment , ajonte-t-il , s'approvisiomier de charmes assez nombreux pour avoir saas cesse des compensations à offrir à Tiodividu lésé et chagrin? compensations senties et avouées, car tel est le caractère qu'elles doivent présenter.

C'est, répond Fonrier, le secret qu'on va découvrir dans Fétnde des passions opérant par Séries contrastées^ rivaUsées^ engrenées. Ce procédé offre des moyens d'absorption subite on graduée pour tous les cas où il y a conflit de passions. {Hi. de i'Un. univ,^ t. III, p. 353.)

En fait de compensations, comme en fait de ralliements sociaux, tout est subordonné aux quatre conditions qui sont inhérentes au régime des séries passionnelles, savoir :

Attraction industrielle; Education unitaire; Minimum intégral ; Population proportionnelle.

a Sans iâ deuxième de ces bases ,. fait observer notre auteur, quelle compensation assigner aux malheur^ du pauvre entouré d'enfants affamés! Il n'y a point de compensation là oà il n'y a point de minimum garanti.

9 Même obstacle aux compensations par le défaut d'éducation unitaire. Il est difûcile de concilier nos réunions sur la nature des conversations, les femmes surtout, qui sont très-peu initiées aux sciences, aux arts, et qui s'ennuient dès que la conversation sort du cercle des futilités. Beaucoup d'hommes sont dans le même cas. Cet obstacle aux liens accidentels se trouve levé par Tédocafion harmonienne. qui , du plus au moins, initie chacun à toutes les branches de sciences, arts, cultures, fabriques, « etc.

En parlant des garanties que FAttraction établit entre Dieu et rhomme, Fourier dit ailleurs :

c II ne Conviendrait pas à la digitlté de l'Ktre-Supréme de tirer une vengeance directe des globes ou individus rebelles.

Dieu , pour nous laisser le libre arbitre , n*a eu d'autre parti

politique dans le traitement des arfections de Tàmo. La chimie j a souvent recours , ainsi qu'une foule d'antres sciences et arts. C'est, en un mot, un des moyens les plus précieux que la nature ait mis à notre disposition pour agir sur nous-mêmes et.sur tout ce qui nous entoure Pour ce qui concerne les passions, déjà Kacon avait signalé « comme étant la question dont la solution est du plus grand usage en morale et en politique , celle de saypir comment on peut ré<]ler une affection par une affection . et employer l'une pour subjuguer l'antre. •' Oc f'nrc. r/*« .«r. , I. 7, r .1.

Z$t NOTES

qiM da M détbter de-t» iMuité de punir afitivomeiit, «t o*iafliger qu'nne peine pueive, celle du déiir on impnltion; peine équitable en ce qu'elle te proportionne dans tout les cas à la rétioi* tance dn rebelle, et qu elle n'entremet aucun cbàtiment ipéclAl , aucun effet de colère divine.

• La ténacité de TAttraotion, la pennanenco de ses iDkpuklona, est un mal léger au premier moment.

• On. réussirait pent«-étre à s'étourdir sur les privations, si on ue voyait pas l'objet désiré, si les richesses perfides n'étaient pas étalées partout aux jeux du malheureux prmé par le besoin. On voit toujours, même au village, un petit nombre de riches dont l'aspect irrite les désirs de la multitude, et la réduit au sort de Tantale. Ainsi rattraction dégénère en supplice par des privations longtemps prolongées, et ce mal-èfre n est point vengeance directe de la part de Dieu ; car les globes sont toujours libres de venir à résipiscenee , de quitter les bannières de la philosophie, du travail morcelé et de la pauvreté, pour se rallier à la richesse, à la vérité, en organisant l'état sociétaire.

I Remarquons que le martyre d'Attraction pèse sur les riches comme sur les pauvres, et qu'on voit dans la classe riche dont le bonheur est envié, une foule de gens .rongés d'ennuis et dévorés de désirs. «

Fourier cite, à ce sujet, le témoignage de madame de Maintenon, qui s'écrie en gémissant : Ne voff estions pas que je mêws de tristesse dans une fortune qu'on aurait eu peine à imaginer.,. Je vous proteste que tous lesjtats laissent un vide affreux^ une inquiétude^ une lassitud*, une envie de connaître autre chose/»,,

« Tous les observateurs de l'homme ont déploré ce martyre d'Attraction , atra cura , qui règne principalement ohes les su» vants, tous conftis du vide que leur laisse la science. Théorie de l'Unité universelle, 2« édition, tome I, page S96. (Voyes plus loin la note .4 , page 385 )

(Note 3, pageaSi.) Transition. — Ambigu,

Ce qui concerne \e%^ransitions ou le genre amMgu est un des points les plos difficiles et les plus délicats de Tétudc scientifiqi

bE LA SKCOMJK PARTIE. 381

du MouvEMeNT* et de Tunité universelle. Fonrier s'ekt borné, sur ce sojet, à donner des indications, à citer quelques exemples de cette modulation ambiguë que la nature emploie partout pour servir de lien entre ses difTérentes productions. « L'ambigu, dit-il, on lien mixte, lien de transition, est on genre déshonoré par nos préjugés, et pourtant on ne peut pas former de sérié régulière sans y introduire aux denx extrêmes dés groupes d'ambigu et même de sous-ambtgu. Il faut que la nature fasse grand cas de Tambigu , puisqu'elle Fa prodigué dans tontes ses créations , comme on le voit, par les amphibies : Torang-outang, le poisson voFant, la chauve-souris, Fanguille et tant d'autres, v {Xotweatt Monde^ P^S^s 75, 76.)

I L'ambigu, fait encore observer Fourier, ne doit pas être confondu avec le neutre : tous deux font partie du mouvement mixte^ mais le neutbe est un des trois modes ; Fambigu s'enlend des transitions au nombi-e de quatre. •» {Th, de rUnitèunw,,t IV, p. 328.)

Fourier ne spécifie pas d'ailleurs ces quatre formes de transitions. — Je pense qu'on p^nt distinguer d'abord les tranntlons en deux genres, suivant qu'on les envisage relativement à un mouvement particulier dont elles occupent les denx phases extrêmes, ou bien relativement à des séries de mouvements on d'êtres que l'on compare entre eux.

La naissance et la mort , ainsi que les périodes de la vie de chaque être qui se rapprochent le plus de ces deux termes, sont des cas du premier genre de transition ; les espèces ambiguës qui figurent aux extrémités de chaque série naturelle, animale, végétale ou minérale, fournissent des exemples du second genre \

Ces produits ambigus sont la pierre d'achoppement de tous les systèmes de classification. Faute d'y avoir assigné une place à ces créations mixtes , qui tiennent à la fois des deux classes d'êtres , les naturalistes sont restés longtemps sans pouvoir s'accorder; et c'est de là encore que viennent aujourd'hui beaucoup de dissidences entre les savants, obstinés à faire des catégories bien closes, ^ns qu'il y ait d'engrenage entre elles. Il y a longtemps cependant que Bacon , ce grand esprit qu'on retrouve si souvent à l'entrée des voies qui ont été explorées jusqu'au bout par Fou-

* Ii« Tétatoloyie t aeieiiM des moiutraoritcc . brancht dfl rbi)toir« natmrelli* créée de nos jooni par (îeofrrojf-SiiiiMfiUire , ronirc aiuHÎ dara le domaine de l'ambign el y canftitne pent-étre un tjpiire k yurl.

384 XOTES

rier ; il y a, dis-je, longtemps que Bacon signalait cette inadvertance dans l'étude de la nature.

a II est peu d'auteurs aussi ( fait-il remarquer) qui, en parlant de la similitude et de la diversité des choses, nous aient dit pourquoi Ton trouve toujours, entre les diverses espèces, certains êtres mi'partis, qui sont d'une espèce équivoque , comme la mousse entre la matière en putréfaction et là plante , les chauves-souris entre les oiseaux et les quadrupèdes, les phoques entre les poissons et les quadrupèdes, v etc.. (De f accroissement des sciences, liv. m, chap. 1.)

Fourier, transportant l'observation du domaine organique dans le domaine social, conformément au principe de l'unité de système, montre t qu'il existe des groupes ambigus en passionnel , ainsi que des caractères, i Comme exemples de ces caractères ambigus, il cite :

« Les Initiateurs, gens qui commencent tout et ne finissent rien.

I Les Finiteurs, gens qui finissent tout et ne commencent rien.

V Les Occasionnels, adhérant à l'avis du dernier venu.

> Les Ambiants, qui ne savent jamais se tenir à un poste.

V Les Caméléons ou protées, si connus et si nombreux en civilisation : leur fortune y est assurée ; on leur défère môme le titre de sages, selon ce distique de La Fontaine ;

Le sage dit, selon les gens :

Vive le Roi, vive la Ligue !

i Ou voit, ajoute- t-il, non-seulement des individus, mais des nations atteintes de quelqu'une de ces manies : par exemple, oih peut citer la nation française pour type du caractère ambiant ; car elle ne peut, ni en matériel, ni en passionnel, s'en tenir fixement à un goût, à une opinion. *

Fourier indique encore, comme types d'ambigu, les Impossibilhtes. Flâneurs, Nouvellistes, Entremetteurs, Factotums, etc.

« En général, fait-il observer à la suite de cette énumération, ces caractères sont dédaignés en civilisation, comme gens peu sûrs et dangereux. On peut répondre que si Dieu ne les avait pas jugés utiles en mécanique sociale , il ne les aurait pas créés. Les ambigus sont infiniment précieux en harmonie. Ils sont les pièces de transition en toutes xelalioDS. Mais la transition n'est utile à rien dans Tordre civilisé , où rien n'est fié en système d'associO'

iioH dotnestique-indtutrielle. Or les ambigus n'étaut créés que pour les liens de série, ou ne doit pas s*étonner qu'ils soient nuisibles hors de l'état sociétaire, ne pouvant oooduler qu'en faux essor. » On ne saurait trop répéter à cet égard que l'Etre qui a créé nos 12 passions et nos 810 caractères est exercé depuis une éternité à créer des hommes et des passions dans des milliards de mondes. Il a bien eu le temps d'apprendre par expérience quelles proportions distributives nn doit observer en pareille œuvre. II a sans doute assez de lumières pour se passer des conseils de quelques orateurs de notre globule, gens qui, n'ayant pas le pouvoir de détruire ni changer une seule de nos passions, auraient dû, au litu de déclamer contre elles', s'étudier à découvrir le mécanisme auquel Dieu les destine. > (Théorie de F Unité universelle, t IV, p. 328 et suivantes.)

(Note 4, page 323.) Extrait de la Théorie de l'Unité universelle.

THÈSE DE L'IMMORTALITÉ BI-COMPOSéE ,

ou DES ATTRACTIONS PROPORTIOXXELLES Al'X DBSTIKÉXS ESSBXTtKLLES.

Le sort futur et passé des âmes est un de ces grands problèmes qu'éclaircira la théorie de l'AttracCiou. Il n'est pas de question plus rebattue et pourtant plus neuve que celle de l'immortalité de l'dme ; c'est le principal écueil des lumières scientifiques. Xous avons sur ce point une conviction suffisante, fournie par la religion ; mais les dogmes religieux n'étant pas de mon ressort, je ne puis disserter ici que sur la valeur des notions obtenues de la science. Examinons donc si elle nous a fourni quelques doctrines recevables sur le sort extra-mondain de nos âmes.

La théorie de l'immortalité de l'âme embrasse le passé comme l'avenir. Si l'âme est immortelle au futur, elle l'a été au passé. Dieu ne créant rien de rien , n'a pu former nos âmes de rien. Si l'on croit qu'elles n'existaient pas avant les corps, on est bien près de croire qu'elles retourneront au néant d'où nos préjugés les font sortir.

Les barbares et sauvages , dans leurs fables grossières de mé» tempsycose, ont été par instinct plus judicieux que nous. Ce

dogme approche en double sens de la vérité : i<^ en ce qu*il ne fait pas naître nos âmes de rien ; 2^ en ce qu'il n'isole pas nos âmes delà matière, ni avant, ni après cette vie....

Nous avons à disserter ou plutôt préluder sur les raodîQcations qu'a subies et que subira l'âme pendant rétemité composée , eu citérienre \ et ultérieure Y. C'est une question du domaine de la cosmogonie et non de la psychologie.

Rien n'est plus abondant aujourd'hui que les cosmogonies ; on en est prodigue autant que de constitutions ; et tout auteur de systèmes de la nature se croit obligé, en conscience, de donner sa cosmogonie en mode timpley selon l'usage civilisé.

Nos cosmogones considèrent sans doute l'âme comme ne faisant pas partie de l'Univers, puisqu'ils ne donnent, sur le sort passé et futur des âmes, aucune théorie combinée avec celle du sort de la matière. Peut-être font-ils prudemment de ne pas s'écarter du matériel où ils ne brillent déjà guère.

On ne peut pas expliquer les destinées matérielles du monde avant d'avoir expliqué les passionnelles ; le moovemcBt passionnel étant pivot des quatre autres , sa théorie peut seule nous initier à celle des quatre ai^tres ; tes cosmogones sont donc obligés de déterminer les trois destinées de l'âme en mode citfa, inira et ti/^o-mondain avant de rien découvrir sur les trois destinées passée, présente et future de l'Univers.

Il suit de là que leur science, qu'ils ont crue simple et bornée au passé, comprend six branches inséparables, savoir :

Psychologie SUR-couposéK on destinée citer-passioonelle , inter-pass. et dter-passionnelle. Passé, présent^ futur.

Gi^oLOGtE SUR-COMPOSÉE OU destinée citer-maférielle , inter-mat. et ulter-matérielle* Passé, présent^ fotun

bans les détails nous supprimerons fréquemment le passé ; car sa théorie est, en sens inverse, à peu près la même que celle de Tavenir. Je dis à peuprés^ car il y a dans le parallèle de nom* breuses différences, mais sur lesquelles on ne doit pas fixer Fat* fention du commençant : il su Rit de l'habituer à spéculer, en thèftc générale , sur runitc des deux éternités passée et foiarr :

DK LA SBCOIVDE PARTIK. 3«7

i|UADd il fera exercé sur ce sujet, on lera à temps de Tiiillier aut règles d'exception, aux menues différences du passé au futur.

Je comptais, dans ces prolégomènes, donner une troisième partie à la cosmogonie, il a convenu de restreindre le plan, et je me bornerai à deux articles sur ce sujet : ils ne traiteront du malériel qu'accessoirement et pour explication des destins de rame.

Y Pivot direct , Psychologie spéciale ou immortalité composée en passé et futur \.

*< Pivot inverse, Psychologie comparée ou analogie universelle du matériel an passionnel > .

Le pivot direct on immortalité de l'âme est le sujet qui va nous occuper.

S'û est vrai que les lumières aillent croissant, nous devrions en savoir sur l'immortalité plus que nos devanciers, les Grecs et les Romains; loin de là, nous ne sommes parvenus qu'à mettre en problème ce qui était certitude pour eux : les lumières modernes ont évidemment rétrogradé sur ce point, comme sur une foule d'autres où l'instinct avait mieux guidé les anciens.

L'esprit humain , au lieu de se rallier à l'espoir d'immortalité composée ou métempsycose, a voulu contester même sur la slm* pie. Nos athées et matérialistes, loin de soupçonner le retour périodique des âmes, ne veulent admettre ni âme ni autre vie.

Nous avons sur ce point des doctrines qu'on dit suffisanies^ mais qui ne sont que médiocrement persuasives : si elles l'étaient suffisamment, on n'aurait pas vu éclore des sectes de matérialisme. Leur seule existence prouve qu'il sera très-opporion d'ajouter aux preuves suffisantes des preuves convaincantes et mathématiques. Je ne pourrai les fournir complètes qu'après avoir traité des tra&» sitions et de l'analogie universelle.

Tant de fois des questions m'ont été adressées sur les destinées ttltra*mondaines , que je dois en donner dans les prolégomènes au moins un aperçu qui devra être suivi d'un abrégé, puis d'ufie théorie : elle est obligée dans un ouvrage où l'on s'engage à démontrer l'unité de l'Univeifs, dont aucun sophiste n'a pu nous fournir de preuves appliquées au mécinismc social des passions et à l'immortalité de l'âme.

Toutefois , évitons sur ce sujet de compliquer les doctrines de

r Attraction avec les dogmes religieux. Sapp osons, sor font ce qaî toQche aux affaires nltra-mondaines , que je ne sois qn*nn philosophe, qn'un faiseur de système ; je puis user du droit qn*ont eu avant moi cent mille philosophes qui ont fait des systèmes sur Fun on l'autre monde. Si je me trompe , je répondrai : errare humanum est. Mais après, avoir lu mes erreurs sur le sort fotnr des âmes, on avouera au moins que ce cadre de nos destinées ultramondaines est digne de la puissance de Dieu et du génie de l'homme.

Citer. — On a vu que les biens de ce monde, richesse, vigueur, longévité, ne seraient pour les Harmoniens qu'un sujet de regret si l'immortalité dualisée ou métempsycose ne leur était garantie *. en outre le bot de Dieu serait manqué ; car en faisant beaucoup pour le bonheur intra-mondain des humains , il n'en obtiendrait qu'une affection équivoque, un reproche continuel de n'avoir pas perpétué le bonheur de cette vie terrestre , et d'avoir inspiré à l'Homme un violent désir de retour en ce monde, sans avoir pris aucune mesure pour le satisfaire.

L'immortalité composée ou métempsycose est donc un des pivots du système de l'harmonie : il ne serait qu'avorton, sans la solution de ce problème dans lequel l'Attraction va nous servir de guide : il tomberait, quant au sort futur des âmes, dans le simplisme relatif, dans le vice que j'attaque sans cesse. Leur bonhenr à venir sur ce globe serait imparfait, si elles ne rentraient pas en cette vie.

Examinons d'abord dans quel esprit ont été calculées nos théories actuelles d'immortalité.

Pendant lé cours des lymbes sociales, où la vie n'est qu'un sen tier de ronces, il sufîQt à l'homme d'une perspective de vie future, dégagée des plaisirs sensuels, dont la civilisation jouit peu en ce monde. Il n'y possède pas même le nécessaire ; il ne conviendrait pas qu'il espérât trop de bonheur sensuel dans l'autre monde , il deviendrait apathique ou séditieux en cette vie. Si notre populace, toujours famélique , pouvait espérer bonne table dans la vie future, elle serait trop empressée de ^y rendre et trop disposée à sacriâer sa vie dans les bandes de voleurs et les émeutes populaires où elle ne s'aventure déjà que trop.

D'après cette considération, l'on a dû restreindre beaucoup les

tableftox de bonheur olfra-mondAin ; les borner à des paese-tempt insipides et mesquins ; des Champs-Elysées où les âmes des justes sont réduites à des promenades monotones , à de stériles entretiens sar la vertu ; un Olympe où les Dieux et demi-Dieux mangent toujours du même plat, toujours de lambroisie; d'autres séjours ascétiques où l'on n'a aucun usage des sens principaux , goût et iactf ni même des passions romantiques ; certaines demen*res célestes où l'usage des sens est outré et sans diversion ; tels sont les deux paradis iinaginés par Odin et Mahomet : dans le premier, le régal se bornera à boire du sang dans les crânes de ses ennemis ; dans l'autre , on sera conjoint pendant cinquante mille ans avec une des houris ou nymphes célestes, dont on pourra bien s'ennuyer au bout de chiquante jours, si rien ne fait diversion à cette uniformité.

Chacun de ces fabricants de paradis n'a dépeint , dans ses tableaux, que son goût favori :

c Tout a rhumflnr gafcoaiie qo uo auteur gascon. »

Dans le paradis de Sommonakodom, Dieu des Siamois, on passera des milliers d'années en état d'absorption mentale, sans souger à rien. Uo tel bonheur pourra plaire à certains oisifs d'Italie qui ont pour devise : bella cosa/ar niente. Bref, on ne saurait à qui donner la palme de déraison , parmi ces fabricateurs de séjours olympiques.

Ces pauvretés peuvent suffire à charmer des Civilisés et Barbares, à qui il serait dangereux de promettre davantage ; elles ne seraient pas présentables à des Harmoniens qui seront insatiables de jouissances et qui, convaincus par leur état social de l'extrême sagacité de Dieu dans U distribution des plaisirs, verri^ent en lui une parcimonie méprisable , si l'inmaortalité. œ leur garantissait pas dans l'autre vie une supériorité d'essor de chacune des douze passions , une perspective capable d'exciter la convoitise , mêmp dès ce monde.

Jusqu'à présent, les tableaux de l'autre vie sont si peu satisfaisants, que les riches redoutent et diffèrent autant que possible d'aller en jouir. Quant aux pauvres, s'ils sont familiarisés avec la mort, ce n'est point par amorce de bien-être futur, mats par dé* goût de l'existence présente; ennui qu'ils exoriraent par ce re-

aM Nom

firiin : • Nom se pMvam pu Âtre pluf mal ûêm Tattlrs noAde t qêê dftM «êlol-ei. i

P0ttr ëdairdr la pr»blèin« de notre tort dans Faotra moade, eMAultotti d'abord lei indlcet que nooi fournit J'AtIraetiofl à titra d'agent dé la Diviirité.

i*ai taffitamment démontré qoe Dlen contref lendrait à tontei «et pro|»riéléi , s'il «mpioyait d'antre agent que l'Attraction ponr diriger l'Unitert; mais en quelle dose la distrilnio-t^ii à ehaqna etpèoe d'éiret ; quelle règle snit^il dam cette dittrilnition? Il eit lion de doute qu'il répartit F Attraction eonrorménient à tes trois propriétés pfimairetf et x (pif étale) :

i. Economie do ressorts.

" 2. Justice distribntive.

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