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Complément sur V Education. — Adolescence»
Il n'y a pas d'antre morale pour nons que celle dn cœnr de l'honinie.
AiusTtrPB.
L* aspect utilitaire de la question d'éducation est celui dont certaines gens nous reprocheront peut-être de nous laisser trop exclusivement préoccuper. C'est par là surtout que nous avons opposé l'éducation phalanstérienne à l'éducation civilisée : l'une, on ne saurait trop le redire, obtenant dès le bas âge le concours spontané de l'individu à l'œuvre de la production, et cela sans négliger le développement d'aucune de ses facultés, sans que jamais le présent dérobe rien à l'avenir; l'autre, au mépris de ce vieil axiome du bon sens qui dit que c'est en forgeant qu'on devient forgeron^ conduisant toute cette partie de la jeunesse, objet de ses soins privilégiés, la jeunesse des collèges et des hautes écoles, jusque par delà les deux tiers de la durée moyenne de l'existence, sans lui faire prendre une part quelconque aux travaux par lesquels la Société subsiste. Écoutez Victor Considérant exprimer cette vue d'une manière saisissante , avec sa verve caractéristique : « Médecins, légistes, élèves des écoles ci- » viles et militaires, nous enfin qui sommes les gens éle- » vés, lien élevés , comme on dit, n'aurions-nous pas eu, » en mourant à vingt-deux, vingt-quatre, vingt-cinq ans, » à nous rendre ce témoignage : que nous avions heaucoiup » mangé, absorbé, consommé, coûté, sans avoir produit la » valeur d'une obole^'î »
Mais si le côté de la question qui répond à Futilité matérielle est celui sur lequel nous avons plus particulière-
^ Extrait dn 3* volnme do D^^hUê tociaU,
ment insisté, nous pourrions montrer également que, sous tous les autres rapports, pour tout ce qui tient aux sentiments religieux et moraux , Féducation sociétaire ne remporte pas moins sur Tédi^cation actuelle. Sans élever de controverses au sujet des choses saintes et des croyances, sans s'immiscer dans les affaires du culte qu'il laisse à qui de droit le soin d'enseigner et de régler , Fourier cependant n'a laissé , on peut le dire , en dehors du cadre qu'il trace h l'éducation aucune de ces grandes idées relatives 4 la destinée ultérieure de l'homme : Dieu, la religion. Seiilemept, en sa qualité de réformateur industriel, et procédant dtt point de vue purement humain, il a dû s'attacher à signaler Hniluence heureuse du milieu dans lequel il plaçait llmmoiA, quant k la religiosité et à la moraUtô, quant aux ^entiments de celui^i, eu un mot, soit envers la Divinité, soit envers ses semblahles.
L'influence du milieu civilisé, au oontrMre, obscurcit ou efface toutes l«s notions du juste qu'on s'efforce d'incuU quer à la jeunesse. En présence des faits que leur met continuellement sous les yeux la Société actuelle, comment pourrait-on faire entrer dans la tête des enfants et y entretenir, vive et pure, l'idée de la justice? Ils voient d'une part l'oisif dans l'opulence , d*autre part le travailleur utile dans la détresse. Là, on regorge de tout sans mériter; ici, l'on ne jouit de rien, quoique produisant tout. La richesse est dévolue aux frelons de la ruche sociale, Pour donner aux enfants des leçons fructueuses de morale , il faut d'abord leur offrir 1$ speotaçle et l'exemple d'une société où règne la justice distributive (qui est \sl Jus tiei * mère) ^ et où les bonnes mœurs soient observées. C'est l'opposé de la pratique d'aujourd'hui} c'est une condition que pourra seul réaliser l'Ordre sociétaire.
Nous avons vu les principale! causes , tirées de la méthode d'initiation aux fonctions industrielles et du mode d'exercice du travail, qui enflammeront de aèle et d'ar-
THÉORIE SOCIÉTAmE. Î87
deur Icâ enfants de la Phalange. DWtres causes influeront non moins beurëusement pour développer chez eux Famour et Hiabitiide de toutes les vertus. Et dans ce but, ce n^est pas aux leçons d^une morale verbeuse qu'on aura recours. On poùrrA dire des moeurs phalanstériennes ce que dit, dans un drame de Gesner, une jeune princesse élevée au village où elle sé trouve libre et heureuse : « Nos mœurs }) sont simples, Naturelles et s'apprennent toutes seulel n Parmi nous on né voit personne en donner des leçons \ » on s* en moquerait côiâme de quelqu'un qui voudrait ap- » prendre â un oiseau un autre chant que le sien. »
Ce qui nou^ rappelle encore ces vers de M. de Lamartine dans Jocelyn :
• J'étau libre avec lai commo l'oiseaa des champs , ■ a Et toutes mes vertas n'ëtaieot que mes penchants. >
An Phalanstère^ on se garde bien de fatiguer l'en fan t de sermons , de lui b^nirrer la tête de préceptes , qui ne servent la plupart du temps qu'à l'hébétersans profit pour la morale ^. C'est pst l'exemple surtout qu'on y parle aux enfants.
Ne rencontrant autour d'eux que bienveillance et affection ^ ils sont èux-mémes animés de ces sentiments , soit
X L'institutetti* d'itieu&df e-lo-Grand , Aristotë, avait bien remarqué a que > les jeunes gens n'ont point d'aptitude pour la morale et sont do mauvais dis- » ciples en ce genre. » {Uor. iVicom. , liv. J^ chap. 1.)
Dans le même écrit, 6e philosophe disait (liv. ÏI , chap'. 1.) , pour montrer que l'habitude ne peut rien contre les penchants naturels : « On a beau jeter » une pierre en haut mille fois de suite , elle n'en acquiert pas plus de tendance à monter d'elle-même, a
Aristotë toudiait ici du doigt à la déconvtrit de Fonrier ( analogie de l'Attraction matérielle et de l'Attraction passionnelle). Pourquoi ces grands esprits, qui ont brillé dans tons les âges, se sont- ils montrés si timides ou bien ont-ils apporté tant d'hisoncîanco et d'inattention à déduire les conséquences de leurs observations les plus justes, qui auraient pu devenir si fécondes pour le progrès social , pour le bonheur des hommes ? 11 serait aisé d'en donner la raison principale, raison qui n'est guère à l'honneur des morales et des religions civilisées, tontes Bjmi tolératifefl à ^it près les u<ies qoe les antres. Disons toutefois, k leur décharge , que cette intolérance est pour elles une nécessité de position , une condition d'existence.
les uns à Fégard des autres, soit pour tout ce qui les entoure. Si déjà il suffît d*être compagnons d'étude, pendant une ou deux années, dans un établissement tel queTÉcoIe polytechnique, pour contracter des liens qui résistent ensuite dans le monde aux divergences d'intérêt, aux rivalités d'ambition , combien ne doit-on pas attendre des liens beaucoup plus forts et plus intimes qui uniront les jeunes Harmoniens , coopérateurs depuis l'enfance dans les mêmes Groupes et dans les mêmes Séries ! Sans cesse encouragés et stimulés à bien faire, n'ayant devant les yeux que des exemples de loyauté, de concorde et de dévouement, sentant l'harmonie en eux-mêmes et hors d'eux par l'accord de leurs impulsions entre elles et avec tout ce qu'on exige d'eux, n'ayant jamais aucun intérêt à dissimuler, à feindre ni à mentir, ils seront droits, francs, ouverts, ils parleront toujours selon leur pensée et leur cœur.
C'en est fait de toutes ces qualités morales ; elles feront place à autant de vices , si les impulsions que l'enfant reçoit de ce qui l'environne sont en désaccord les unes avec les autres, comme il arrive dans l'état présent Sur ce point, laissons parler Fourier lui-même, lorsqu'il analyse avec tant de sagacité et qu'il met en saillie d'une manière si piquante les enseignements contradictoires dont l'éducation civilisée se compose. » Le tableau en serait plaisant, dit-il , si les résultats n*en étaient déplorables. »
tt QUADRILLE DB CONFLITS BUT lÊDUCATION CIVILISÉE.
t Nos politiques, si exigeants sur Funité d'action, n'ont pas observé que l'éducation civilisée, quel que soit le système adopté à l'égard d'un élève , entremet pour l'endoctriner quatre agences hétérogènes en principes et en intérêts ; qu'elles sont toutes quatre en conflit pour lui donner, durant son enfance, autant d'impubions contradictoires, lesquelles, à l'âge de puberté, sont absorbées par une impulsion pivotale, qni est V esprit du monde , Yimmoralité fardée et souvent affichée. Analysons ce bizarre mécanisme.
THÉORIE S0GIÉ1'AIK£. f89
I D'ordinaire, un enfant de la classe aisée reçoit, dans son bas âge, quatre sortes d'éducation :
i^ La Dogmatique ; S'* L'Insurgente;
2° La Cupide; 4» VEvasive.