‹ Fourier, sa vie et sa théorie (volume 3)Chapitre 17 sur 36 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

Trmfuformaiion de la Société par l'application du procédé

sériaire ou phalanstérien,

\oa» intOË pêf iiuc fondation infiniment pflit« à une métamoi'phoge inBniment grande.

Koi'RIBlL'

Ce que demandait Kourier, ce que demandent pour sa Théorie ceux qui en poursuivent la réalisation, c^est une épreuve locale dont nous avons fait connaître les conditions : personne, cependant , n'aura Tidée qu'il s'agisse uniquement pour eux de monter quelque part, à laide de procédés plus ou moins ingénieux, une bonne entreprise industrielle, ne devant avoir d'ailleurs aucune influence sur le milieu social ambiant. Cette possibilité d'entre essayée en

I Fouricr appelle Tb^ie directes la partie organique de u dortrinc, celir dans laquelle il décrit les dispositions de l'ordre sociptaire ; cl Théorie indirecte. la partie critique , celle on il analyse les dispoiitioBS des sof-iétés snbrersivpK. Bien que, dans le cours de l'exposition qui précède, j'aie déjà opposé fréquemment Ips usages de la ciillisalion n ceux du plialanstcrc , el fait par ronséqiicnl de la Théorie indirecte , cependant je donne ce titre gi-uéral de Théorie mlvir et indirecte à la portion de mon travail qui reste à traiter , parce qu'il y sei fi spécialement question , el de l'influence des fondations sociétaires sur les sociétés actuelles , et de la constitution même de ces sociétés.

Je suis loin de me dissimuler tout ce qu'il y a d'imparfait et d'irrégulier dans la distribution de cet opuscule; mais l'essentiel, pour le moment, u'e.ol pas tant de produire des œuvres irréprochables sous le rapport di' la méthode , que de flxer l'attention sur la conception scientifique qui peut tirer l'humanilé do chaos de misères où elle demeure trop longtemps plongée, et de &'appliquer à faire saiiiir l'importance et la valeur do celte conception de salut socinl pour tous.

THKORIE SOCIETAIRE. 315

petit, sur moins d*une lieue carrée de terrain (la quarante-* millième partie de la France environ), sépare tranchément la Théorie sociétaire de toutes ces constitutions politiques qui s^'mposent d'emblée à tout un peuple; elle ouvre aussi à la science sociale une voie nouvelle , la même qui a si bien réussi aux sciences physiques , la voie expérimentale. Mais si prudente et si modeste que se montre la Théorie sociétaire, quant à son mode de première application , elle n*en aspire pas moins, je Tavoue, à la conquête du monde entier, et cela sans violence, sans contrainte d'aucune espèce envers qui que ce soit, mais toujours par le moyen de son grand principe, rAiTRACTiox.

Le succès d'une fondation sociétaire devant donner la preuve expérimentale de ces trois choses: !• travail attrayant; 2° quadruple produit; 3" répartition proportibnnelle au Capital, au Travail et au Talent; — ces résultats sont trop évidemment conformes au vœu et à l'intérêt de toutes les classes, de celle des propriétaires en premier lieu, pour que l'on pût ne point se mettre en souci d'Imiter de proche en proche la combinaison que l'on verrait produire de tels avantages.

Sans admetli'e que ce mouvement d'imitation dût marcher avec toute la rapidité qu'augurait Fourier lui-même; sans croire avec lui qu'il suffirait de cinq ou six années pour que l'organisation phalanstérienne eût remplacé, sur toute la surface du Globe, les diverses formes de sociétés incohérentes qui se partagent l'Humanité, on est du moins fondé à dire que jamais innovation ne présenta les mêmes chances que celle-ci d'une prompte et universelle adoption. C'est qu'effectivement, passions et intérêts, tout ce qui fait d'ordinaire obstacle aux réformes, viendrait en aide à Tinstitulion sociétaire, dès qu'une fois elle aurait pu être appréciée par la pratique. Non-seulement les populations civilisées l'adopteraient par calcul, mais à la vue du bonheur qu'elle donnerait A l'homme, 1rs 'peuplades^ 1\î^vW\^'^

;VI6 SECOXDE PARTIE.

el sauvages renonceraient par instinct au farouche genre de vie qu'elles mènent, pour se ranger à la loi du travail attrayant. Car s'il est besoin du secours des sciences et dos arts pour constituer le régime sociétaire^ il n'y a pas nécessité que toute la masse des individus qui entrent dans ce mécanisme ait préalablement participé au développement intellectuel que crée la Civilisation, ni qu'elle ait été en aucune manière théoriquement préparée à la pratique de la doctrine phalanstérienne. Etant établi un milieu convenant, cette pratique résulte de l'abandon de l'homme à ses dispositions naturelles.

Je ne fais qu'indiquer en passant cette considération, ot je reviens aux conséquences de l'établissement sociétaire au milieu de nous autres Civilisés.

Les grands propriétaires, dès qu'ils auraient acquis la conviction que, loin d'être hostile, l'Association domestique-agricole est au contraire favorable à leurs intérêts ot à leurs jouissances comme au bien-être du peuple, se liAteraient de la réaliser sur leurs domaines. Les petits propriétaires, qui ont tant à gagner avec elle, se concerteraient pour la substituer à leur système ingrat de culture morcelée. Voyant les bienfaits du nouveau régime industriel et combien il faciliterait pour lui toutes les mesures d'administration et d'ordre public, le Gouvernement serait lui-même le premier à favoriser les arrangements nécessaires à son installation.

A mesure de leur établissement, les Phalanstères so mettraient en rapport les uns avec les aulrcs. Les plus avancés en organisation sociétaire prêteraient assistance à ceux de leur voisinage qui le seraient moins. Ils se relieraient en outre, non-seulement par des systèmes d'échange ou de vente réciproques de leurs produits, mais surtout par la coopération à des travaux d'utilité commune. Voilà le premier élément des armées industrielles, qui devront plus tard exécuter les grandes entreprises do dessèchement

de marais f défrichement de déserts, reboisement de montagnes, encaissement de fleuves et rivières, constraction de routes et de canaux, — ou bien encore se porter rapidement sur quelque point pour la réparation d^une grande catastrophe, telle qu'incendie, inondation, tremblement de terre, etc.

Dès qu'il existe dans une contrée un certain nombre de Phalanges, il leur faut un point central de communication ; c^est la ville barmonienne , qui différera autant de nos villes actuelles que le Phalanstère lui-même différera de nos misérables et hideux villages. D'abord les populations n'y seront pas entassées sur quelques points , comme elles le sont aujourd'hui dans nos capitales et dans nos centres manufacturiers. Consacrées spécialement aux grands établissements scientifiques et artistiques, au raffinement de certaines industries délicates, les villes de l'avenir n'accumuleront pas dans leur sein tous ces vulgaires travaux de fabrique, qui seraient avec beaucoup plus d'avantage disséminés dans les campagnes, où ils pourraient, combinés aux travaux agricoles, se perfectionner tout aussi bien que dans les cités. Aussi l'un des premiers effets de l'Association sera de dégorger nos capitales , encombrées d'une population qui s'y flétrit et s'y perd au moral comme au physique.

En régime hannonien, les villes se classent entre elles suivant les circonscriptions auxquelles elles correspondent. Après les villes d'ordre inférieur, il y a les capitale^, celle de la province, celle de Tempire, celle d'un continent tout entier; enfin la Métropole universelle du Globe '^, où s'as-

1 Constaiitinoplc osl la ville qui , à raisou des avantages de sa position , semble destinëc à servir un jour de rentre aux relations unitaires da genre humain élevé à l'harmonie. Une prévision du même genre avait aussi frappé Napoléon. Mesurant des distances sur la carte , il disait : a Constantinople est » placée pour être le centre et le siège de la domination universelle. » ( JMrorial de Sainte- Hélène. ) Mais ce n'est guère, suivant Fourier, qu'à la troisième génération depuis l'établissement du régime sociétaire , que le coqgrt'S d'unité pourra se transporter dans cette capitale naturelle du globe.

la.

3iS 8RC0\DE PARTIE.

seoibleru le Congrès de toutes les nations désormais unies entre elles d'intérêt et de volonté , comme le sont les individus, les groupes, les séries dans la phalange, les phalanges dans le canton, et ainsi de suite, Cesi toujours et partout Fapplication de la môme loi sériaire , qui fait cesser Fopposition des intérêts sans pourtant les confondre. Aussi les sentiments de famille, de patriotisme, de nationalité, ne doivent nullement s'effacer au milieu de Faccord général qu'établira dans F Humanité l'organisation phalanstérienne ou harmonienne.

Lorsque le nouvel ordre sera établi, ne fût-ce que sur un point limité du Globe, là ce ne sera plus la Civilisation qu'on aura comme forme sociale; car la Civilisation est une société qui a pour caractères essentiels l'insolidarité et l'opposition des intérêts ' ; mais une autre période sociale lui aura succédé, comme elle-même a succédé à Fétat barbare. Nous allons voir bientôt ce qu'il faut entendre par ces mots de période sociale, en nous servant, pour les expliquer , des données , des termes de comparaison que nous offre le passé de l'Humanité. Un caractère essentiel manquerait d'ailleurs à la Théorie que nous exposons^ si, alors qu'elle prétend donner au genre humain la clef de ses destinées futures, elle ne rendait pas raison de ses destinées passées et présentes; si, en un mot, elle n'expliquait pas les vicissitudes sociales par lesquelles le genre humain a passé pour arriver au point où il se trouve aujourd'hui.

> Si eo qn'M itoinDM Cirtfifotfoii était vraiment l'état social définitif de l' humanité , il faudrait le résigner à dire avec un spirituel conteur :

« Héla< ! c'est une loi , sur notre pauvre terre .

• Que toujours deux voisins auront entre eux la guerre. •:

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