‹ Fourier, sa vie et sa théorie (volume 3)Chapitre 28 sur 36 · Entraînement forcé à la pratique du mal · texte numérisé non relu

Entraînement forcé à la pratique du mal

J'entreprends un commerce ; je veux l'exercer avec probité, ne pas même mentir, si la chose est possible. Mais autour de moi, j'ai des concurrents qui parviennent, k l'aide de falsifications et autres fourberies de pratique mercantile , à pouvoir vendre à meilleur compte au consommateur trompé. Mes pratiques me désertent si je n'imite les procédés de mes peu scrupuleux confrères.

Outre cette dépravation imitative , il y a celle qui est pour ainsi dire inhérente au métier lui-même (en Civilisation bien entendu). Elle résulte de la position dans laquelle chacun se trouve, quant à l'exercice de son métier, vis-Avis des autres membres de la Société qui ont affaire h lui. C'est un vice que Diderot a dépeint d'une façon très-piquante dans le Neveu de Rameau. Voici un passa<|[e du dialogue qui a lieu sur la morale sociale, entre le philosophe et ce garnement dans la bouche duquel l'écrivain a placé des critiques à la fois si profondes, si spirituelles et si hardies :

tt Lui. ... Je sais bien que, si vous allez appliquer à cela certains principes généraux de je ne sais quelle morale

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quMls ont tous à la bouche et qu'aucun d*eux ne pratique, il se trouvera que ce qui est blanc sera noir, et que ce qui est noir sera blanc ; mais , monsieur le philosophe , il y a une conscience générale , comme il y a une grammaire générale, et puis des exceptions dans chaque langue, que vous appelez, je crois, vous autres savants, des... aidesmoi donc, des...

» Moi. Idiotismes.

n Lui. Tout juste. Eh bien ! chaque état a ses exceptions de la conscience générale, auxquelles je donnerais volontiers les noms àHdiotismes de métier. Le souverain, . le ministre, le financier, le magistrat, le militaire, Thomme de lettres. Ta vocal, le procureur, le commerçant, le banquier, Partisan , etc. , sont de fort honnêtes gens , quoique leur conduite s'écarte en plusieurs points de la conscience générale et soit remplie d'idiotismes moraux. Plus Tinstitution des choses est ancienne, plus il y a d'idiotismes ; plus les temps sont malheureux, plus les idtotismes se multiplient. Tant vaut Thomme , tant vaut le métier, et réciproquement. A la fin , tant vaut le métier, tant vaut Thomme. On fait donc valoir le métier tant qu'on peut.

» Moi. Ce que je conçois à tout cet entortillage , c'est qu'il y a peu de métiers honnêtement exercés, ou peu d'honnêtes gens dans leur métier.

» Lui. Bon ! il n'y en a point ; mais en revanche il y a peu de fripons hors de leur boutique, et tout irait assez bien sans un certain nombre de gens qu'on appelle assidus, exacts, remplissant rigoureusem^nt leur devoir, stricts, ou , ce qui revient au même , toujours dans leur boutique, et faisant leur métier depuis le matin jusqu'au soir, et ne faisant que cela. Aussi sont-ils les seuls qui deviennent opulents et qui soient estimés.

» Moi. A force d'idiotismes ?

» Li 1. C'est cela, r

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7. Tyrannie de la propriété individuelle contre la niasse. Chaque propriétaire peut bâtir comme bon lui semble»

sauf un petit nombre d'exceptions , dans quelques villes et Muiement en ce qui concerne une ou deux dispositions extérieures. A cela près, libre à chacun de ne suivre d*au-> tro règle que celle de son propre intérêt et de son caprice, pour mettre ou non ses constructions en rapport avec ce qu'exige rhygicne publique , ainsi que la santé des personnes qui les habiteront. Cette tyrannie de la propriété individuelle s^exerce de mille autres manières. Il n'y a pas longtemps que nous avons pu obtenir une loi d'expropria« tion pour cause d'utilité publique, et Ton sait avec combien de peine.

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