‹ Fourier, sa vie et sa théorie (volume 3)Chapitre 29 sur 36 · Duplicité d'action et d'éléments sociaux · texte numérisé non relu

Duplicité d'action et d'éléments sociaux

L'église, le matin, où l'on prêche la mortification; le théâtre, le soir, où l'on prêche le plaisir. È sempre bene.

A côté d'un temple où l'on enseigne l'horreur de la galanterie et de la volupté, on voit un cirque où l'on ne forme F auditoire qu'à l'exercice des ruses galantes et aux raffinements du plaisir. La jeune femme qui vient d'entendre un sermon sur le respect dû aux époux et aux supérieurs ira, l'heure suivante, au théâtre y prendre une leçon sur l'art de tromper un mari, un tuteur ou un autre argus ; et Dieu sait laquelle des deux leçons fructifie le mieux! (Th. de l'Unité wnîv., IlL, p. 108.)

Les caractères dont nous avons parlé jusqu'ici, tant successifs que permanents , ne forment que deux des huit ordres que Fourier établit parmi les éléments caractéristiques de la Civilisation. Après ces caractères de base, viennent ceux qu'il nomme caractères de lien , les commerciaux en* (genres et eu espèces ; puis ceux de fanal et d'ÉCART. Dans ces derniers , il distingue les caractères de répercussion, soit harmonique , soit subversive ; ceux de rétrogradation et de dégénérât ion.

TlIKORlK SOClCTAÏRh:. :i39

Les caractères de répercussion^ ou récurrences passionnelles , sont curieux eu ce quMls offrent une image renversée des effets que produiraient nos passions dans un mécanisme social qui leur serait approprié.

Les passions sont des forces incompressibles; arrêtées dans leur essor naturel , qui serait harmonique dans une Société convenablement organisée, elles en prennent un autre qui est le plus souvent subversif. Le jeu est une récurrence de laCabaliste on passion de Fintrigue. Nos luttes politiques offrent une foule d'exemples des récurrences de FAmbition, ou plutôt elles sont en grande partie l'œuvre de ces récurrences , chez les différentes classes comme chez les individus. Tel est entre autres le janissariat poli'tique; et Fourîcr comprend sous ce nom « toute corporation affiliée qui envahit le pouvoir, maîtrise le gouvernement, et s'empare des fonctions principales ou les fait donner â ses agents dans toute Fétendue d'un empire, comme faisaient les janissaires dans l'empire ottoman , où ils jouaient aux boules avec les têtes des ministres. » Exemple : le jacobinisme chez nous; et, sauf la violence des moyens , il a eu des successeurs.

Comme caractères de rétrogradation, Fourier cite la double tendance, 1 ^ de ceux qui , dépossédés de leurs privilèges au nom de la liberté, voudraient greffer l'organisation sociale du xit* siècle sur les mœurs du xix*" ; 2^ de ces libéraux qui ne révent le progrès que par les droits politiques , droits impuissants ou funestes en l'absence des garanties sociales^, et ne servant que d'aliments et d'instruments nouveaux. à la lutte entre les gouvernants et les gouvernés d'une part, entre les différentes classes d'autre part. Ce faux libéralisme ^ tire la Civilisation en arrière ,

* La eivilisalioB n'est pu compatible avec les garanties r^li^r«9: aassi tontes celles qn'on tente d*y ëfablir .>ont-elles constamment ëlndées et illnaoirei^ (Fourier, Th. de TAn., inifod.)

- Ko le répronvanf , ]« sais loin de me déclarer partlsmi de f ftlMAW&««A\

360 SIlCOMDK partie.

nous TavoDs déjà dit, de la 3* vers la 2^ phase; et cela produit un éiai mixte, cumulant les vices des deux phases» suivant la propriété générale des mixtes. Ces efforts des Whèvaux politiques ou simplistes* ont divers résultats fâcheux, tels que « Feffarouchement des cours devenues déraisonnables par la frayeur que leur inspire ce faux libé* ralisme ; la discorde entre les diverses classes de citoyens » par suite des brigues électorales; T accroissement des dépenses fiscales causées par cette lutte des gouvernements contre les peuples, » — lutte dans laquelle la corruption joue un rôle proportionné à la force de résistance que les institutions donnent aux peuples contre les gouvernements. Ce que Ton fait ainsi pour la liberté tourne contre Tégalité et la justice. Le cens reproduit une aristocratie dans Tétat, aristocratie d*autant plus préjudiciable à ceux qui n'en font pas partie , qu'elle est plus nombreuse. Le droit de suffrage devient de plus en plus un moyen de monopoliser, au profit des familles qui le possèdent , les emplois et les faveurs de l'administration publique, obligée partout

l'absolatisine ne peut convenir qu'à ceux qui l'exerrent. (Foviukr. Xouv, Monde ind. , page 492. )

Les libéraux croient se justifier en disant : « Ne voyei-vous pas que, sans le syslème représentatif et les efforts de l'opposition , l'on tomberait sous le plus pesant despotisme? » Je le sais ; mais il n'est pas moins certain que leur tactique de heurter de front les rétrogradateurs ne sert qu'à les exaspérer, les pousser de plus en plus a l'obscurantisme. Dès lors le parti même qui veut la liberté travaille indirectement contre elle ; c'est opérer comme l'ours qui d'un coup de pavé casse la léte à son ami pour le dégager d'une mouche. 11 est certain que ce régime , dit libéral , n'opère aucun bien positif, et que l'esprit libéral est stérile sur tous les grands problèmes d'amélioration sociale , comme l'affranchissement des nègres , etc. Il n'enfante que des discours et jamais une idée neuve.

Ne dissertes pas tant sur le progrès social , mais saches l'effectuer ; saches inventer des moyens faciles. Le bel esprit court les rues, il sui abonde; c'est de génie inventif qu'on a besoin , non de faconde oratoire. Si vous aviez quelques vues franchement libérales , vous auries pris ^ mesures pour inciter aux inventions vraiment libérales et leur assurer accès à leur apparition. Mais comme l'a dit M. de Pradt : La charte a fait perdre la léte à ses amants, lis rroient avoir tout fait quand ils ont péroré sur la charte , vraie pomme de disrordr , édifice chancelant qui ne pourra jamais se soutenir. Inventes un ordre He rhoses qui plaise à toutes les castes , et qui les rallie toutes aux voies de progrès réel. ( /Wrf. )

THEORIE SOCIETAIRE. 36i

de capituler avec les individus que la loi investit du vote d*où riexistence de Tadministration dépend ; c'est ainsi que ce qu'ils nomment le pays légal concentre sur lui seul les avantages de la cité, et que tout ce qui n'est pas lui se trouve de fait mis hors la loi d'égalité, malgré la promesse menteuse de la Charte *.

A quoi bon, va-t-on dire, tant de distinctions de caractères dans l'étude d'une forme ou d'un mécanisme de société quelconque ? — Mais sans ce triage, qui rapporte à chaque période d'abord , puis à chaque phase dans la période, ce qui leur appartient, on ne saurait juger de la marche progressive ou rétrograde d'une Société. C'est ce même classement qui permet de discerner ce qu'un état social a en propre, et ce qu'il emprunte à des états sociaux plus arriérés ou plus avancés. Ainsi notre Civilisation (5* période) conserve en partie un des caractères de la période Tk^ 2 ou sauvage, X abandon du faible (chez nous abandon des infirmes, des vieillards et des pauvres) : «vice pardonnable aux Sauvages, dit Fourier, parce que, dans les disettes , la horde n'a pas réellement de quoi alimenter celui qui ne chasse ni ne pêche ; mais la Civilisation estelle recevable à dire qu'elle manque d'approvisionnements ?» Et puis n'a-t-elle pas enlevé à l'homme du peuple , au prolétaire , tous les droits qu'exerce librement le Sauvage ?

.... Quod natnra rcmittit , luvida jura oegant '.

Nous avons gardé en France, jusqu'à la révolution de 1789, et l'on a voulu nous restituer depuis , un caractère de la période 3 (Patriarcat) , le droit d'aînesse. Notre pénalité militaire tient à la période 4 (Barbarie). Enfin, tout ce que

' Ceci ^tait écrit bien avant la conquête du inffrage univerael. (Note de la 3«ëdit.)

* Ce que la nature accorde , leurs lois jalouses le refusent

OviDB, Métam,

notre Société s d'essenlielleiffefft bon , elle Vempttitiie k des périodes stipèrienfes qn'ïï s'agit de constituer en géiiérafisant ces (FTédetises institaticms.

Voici ({ueK{nes«nnes de celles sur lesquelles Fottfier iffStste :

Notre système monétaire, institution garantiste, A double «mtr««{icHds, le cbatrge et rorfétferie. — La rèrgle citiHséê toôdraH que cbacttir pût battre tnoniiaie. L*ab- Éttrâiiè des Conséquences a entpécfaé cette applrcatioft du ptinâpé de liberté anarchique du comniere et de flndttsfrie.

Les assuriaifces muttielles et indiridneHes ; les retenues éc véténlflcé; les caisses d^épargne et de Coopération pafcellaife; lés prtfd'bottttnes et arbitres; les défenseurs d^offic^, etc., etc., iovti ceta appartient an Gatântiime ( e* péri<yde) '.

Mafs trdci tiné anticiptftiotf plus remarquable encore : notre société emprunte i la 7* période [Association siràpte) la cmitume ingénieuse des postes en relais, qui est une véritable série iridustrieHe sinfple , opérant 1* en courtes séattces; f* en etercîce parcellaire; 3° en échelle compacte. La ntéthode c^rilrsée consisterait à se toiturer avec tes inérrres cbetaux , qui eitipfoieraîetit quatre^ fois plus de temps (dïx fois, vingt fois pl6s même, s'il s^agît d^aiî ?ong trajet), indépendamment d^uue foule de chances accrden> telles de retards que prévient la série d* attelages disposes

* 9r «ouf pouvMM ompruntter , ot m^me avee btaii€oii]i' d'avaulage , les caraetèreii cités plus ïiatit , et appartenant i une période supérieure , il n'en scraM pêê âé t i ét a q d^ê q«vlqa<ev aofres , itotannmmt 4e ceut qui tienneAf anx libevttfs anioaniuaes Ainai la libr« faculté d» divofea ( 6« période ) ne iaorait titre accor^éa anx chtiUés, sans graves inconvénients, pour la femme et les eufaiMw aarfMf , «îust tftttf pour les ttrapoti. — Ceci n'est pas eti contradîefîon, (aut s'en faut , avec le principe général établi par Fourier , que i- tes progrès sociaux s'ojfèrent an r-aisoH dm j»rofrà# déê femmes vers hs lUberté, et iei tUeadences d'ordre social en raison du décroissement de la liberté des femmes. » ( Tk, êm tfualre mouv.) Mais cette liberté a des conditions qu'il faut d abord remplir, en assurant anx femmes <fcs fonefiorts iisét îùcralîves prtur feur donner l'Indépendance réelle.

le Um^ de la fou^ie, —^ C'est la proprié^ qfmit^ àe^ S^i" rîe$ industrielles à» ^ooner quadruple InMéfia^, #9 tOM^ parallHe avec Finduslf ie morcelée 04 piiriU^ée.

Nous voilà doue mis sur la voie du progrès /H>eial pdf des faits qu'une heureuse ioeoQséqneuce a iutroduîis ^bw U Sociéli^ aetuctUe. Ou arriverait t^iûqmniUme pw 4i^ vef$e9 mesures, ayaiit toutes pour e(bt oommuo de MbiU^ tuer h U ooucurreuice individuelle ei meusoog^, qui rè^N aujourd'hui dej^s (e isommerçe, to eoncurreoee «oeiétwrUi^ véridii|ue, L'établisseoieiit des grandes fermef» fii04lAl 4oflil nou^ avons parlé» renvabissemeut suecefiif des 4iviMfs#e branehes de eommeree par radmiolstraiiouV uonduirateiil au résultat. Mais Tune et l'autre opérations seriaieiii htt» gués.

Un moyeu de progrès plus rapide , plus faoile ei pbie sûr, eonsiste A faire un essai de rorganisatioa des Sérim industrielles ou Procédé sociétaire. Ainsi, gréée à riie»>rense découverte due au génie de Fourier, nous pourmM nous élerer d* emblée à la 7' période (Assoeiatioii simple, essai rédoit ), ou à la 8^ (Association composée , essai e« grande échelle). Des 18 degrés ou échelons de progrès in^ diqués par Fourier comme abordables atec nos mofen« actuels, à partir de la 4* phase de Civilisation jusqu*à la I"* phase de T Association composée, celui qu'il propo* sait, en 1832 notamment, pour la fiendation d*éprettve, correspond à la t* phase du SocmnlUme ou Associatiou simple. Celle-ci, au début, n'opérait en général, il est vrai, que sur la dasse pauvre ou peu aisée ; mais elle eo»- (luiraît très-rapidement à la période supérieure, qui doli eu traîner toutes les classes dans ses combinaisons séduisantes et les passionner à l'envi pour le travail AmAVAinr.

Essaierai-je ici de décrire les magniGques résultats de la Iransformation sociale dont le signal et le moyen se^ raient ainsi donnés ? Quadruplemeot subit de la production par le travail attrayant ; bien-éire graduel >à%vxs^ V

touteâ les classes; aboUtion de toutes les servitudes; union, concorde et sécurité remplaçant partout les soucis cruels, les divisions, les haines, les luttes désastreuses et tons les fléaux sans nombre auxquels F Humanité est en proie sous le régime incohérent et morcelé ! Mais il faudrait passer en revoe, d'une part, toutes les causes de malheur qui se rencontrent pour rhooime sur la terre, et montrer comment elles se trouvent anéanties ou neutralisées par la combinaison harmonique des éléments sociaux : il faudrait en appeler, d* autre part, à tous les désirs de bonheur qui sont dans le cceur- de chaque homme , et montrer comment il n*est pas un de ces désirs que le nouvel ordre ne satisfasse pleinement , sans jamais entraîner ni satiété ni désordre.

J^aime mieux insister sur les motifs d*une prompte adhésion à nos projets d*une épreuve sociétaire , sur Turgente nécessité d'adopter nos plans de réforme méthodique el prudente, si Ton veut échapper aux nouvelles catastrophes que la Civilisation nous prépare.

u Laisserons-nous , n dirai-je avec une des plus déplorables victimes de Tincohérence industrielle , « laisseronsn nous longtemps encore tout livré au hasard ? N^allons- » nous pas enfin créer, organiser, assurer toutes les » positions , toutes les existences ? De grâce dépêchons- • nous, car chaque jour, chaque heure de retard sont » autant de jours et d'heures de souffrance pour des mil- » tiers de travailleurs qui attendent et génÉssent en silence, n

Qui attendent,. Hélas! tous n'ont pas même les moyens d'attendre. Témoin l'infortuné de qui sont ces lignes, et dont chacun sait la fin prématurée et funeste ^

* Adolphe BoTBR, auteor d'an lifre plein d'excellentes vues, intitulé : De l'état des ouvriers et de so* am^ionUion par l'organisation du travail.

Simple ouvrier typographe , Boyer , pour la publication de son écrit , avait contracté des engagements qu'il ne fut pas en mesure d'acquitter à l'échéiÉwe , et il se donna la mort le 17 octobre 1841. C'était un homme laborieux , d'une conduite régulière et jouissant de l'estime des chefs d'établissements ches lesquels il avait été employé. 11 avait femme et enfants.

Eh bien ! il esl une vérité trop obscurcie , qu'il convient de rappeler en finissant , vérité à Fusage des particuliers comme des États : c* est que les hommes sont tous vr/iim^'T SOLIDAIRES LES UNS DES AUTRES, c'cst que le bonheur ne peut être atteint par quelques-uns, tandis que les autres, tandis que la masse souffre. En quelque position que vous vous trouviez, quelque favorisés que vous puissiez être par le sort, il y aura toujours une somme considérable de choses que vous sentirez vous manquer.

SoUdarité entre tous les individus, entre toutes les classes , entre tous les peuples, voilà ce que crie incessamment la grande voix de Thistoire. Voilà renseignement que révèlent ces grands fléaux qui moissonnent les populations (le choléra, par exemple), et ces révolutions qui bouleversent les fortunes et les existences (7).

Sachez-le donc bien , quelque rang que vous occupiez dans la Société, tant que Fabîme de la mîsore ne sera pas comblé , vous serez exposés à y tomber vous-mêmes ; tant que cette lèpre de la misère pourra ronger à côté de vous quelques-uns de vos frères, vous ne serez jamais tout à fait à Fabri de sa dent cruelle : le monstre pourra s'élancer d*un instant à Fautre sur vous et les vôtres, riches et heureux du jour! il pourra dès demain ronger votre chair, sucer votre sang dans vos enfants, dans les plus chers objets de vos* affections.

Quel père, en effet, pourrait être entièrement rassuré pour ses enfants, pour leur avenir, lorsque telle ou telle disposition de caractère qu'il ne lui est pas donné de prévenir ni de corriger les voue à une ruine à peu près infaillible dans le monde actuel, et à toutes les souffrances, à toutes les humiliations qui en dérivent, à Fopprobre peut-être et à Finfamie qui en sont bien souvent la conséquence ?...

Ce n'est pas d'ailleurs par ce côté seulement, et sous le rapport de Finstabilité des positions sociales, que nous

M6 iiBCONDR PARTIR.

sommes vulnérables. Qui donc, même au milieu des bienfaits de la fortune, se trouve heureux de tout point? A qui ne reste-t-il alors rien à désirer «ous le rapport de sfcs affections, rien à souffrir de ses relations obligées d'intérêt, de famille ou d'amitié?

Qui que vous soyez , et surtout si les besoins du cœur sont chei vous prédominants, si chez vous le foyer des sentiments est actif, un mur d'airain s'âlèIb, en civiLisATioir ,

KNTRE vous ET LE BONHEUR !

Ce n'est point enûn par rapport aux affections privées seulement qu'il faut apprécier les inconvénients de la Société actuelle. Il y a un immense danger pour les intérêts publics, pour les droits et les pouvoirs publics, à laisser subsister plus longtemps Fincohérence industrielle et sociale.

Les chances de révolutions désastreuses ne sont pas épuisées...

Si Ton pouvait croire que, grâce à quelques améliorations de détail dans Tordre politique, — améliorations contestées, et contestables en effet, — on a établi enfin des garanties de calme, de stabilité, de progrès pacifique, on serait bientôt cruellement détrompé de cette dangereuse illusion. A voir toutes ces convoitises qu'ont excitées quelques grandes fortunes politiques; à voir toute cette cohne qui se précipite dans Farènc politique, qui demande à Tordre politique gloire et richesse, et qui, ne pouvant atteindre ces objets de ses vœux, se jette sur toutes les institutions qui y font obstacle , la hache et la torche à la main; à voir comme le parti qui triomphe se divise, se fractionne successivement dès qu^ll est maître du pouvoir, jusqu^à laisser .uu parti rival triompher à son tour, — qui done pourrait compter sur le lendemain en politique? qui donc, au milieu de ces complications, de ces impossibililés que créent, chez nous, à mesure qu^elles surgissent, toutes les grandes questions d'intérêt matériel; au milieu de eette

THEORIK SllCIKTAIftK. 3117

eoniîisioM de toutes les îdé^s du passé, vaines idoles ^ui ont encore aujourd'hui leurs prêtres diins ie monde officiel, mais qui n'ont plus de croyants nulle part?...

^e voy^is-^vous pa$ Teffet de notrf! mécanisme politique , agissant sur un état social qui maintient Tiiostilité entre tous les intérêts, intérêts d'ambition comme intérêts d*ar«gent? Dès qu'une opinion, dès qu'un homme quelconque, pour ainsi dire , ne se trouvent plus au pouvoir , ils deviennent par cela même et immédiatement révolutionnaires sous une forme ou sous une autre. Entre le parti du passé et celui qui se dit le parti de l'avenir, entre M. de Villèle et M. Thiers, entre M. Guizot et M. Dupont (de l'Eure), il n'y a d'autre différence sous ce rapport que dans la manière d'être révolutionnaire. C'est-à-dire qu'en poursuivant leurs vues propres, et de la nouvelle position où les place un changement de gouvernement ou de ministère , ils travaillent avec ou sans intention au renversement du pouvoir. Et cela, chose plaisante! sous prétexte ordinairement de le restaurer ou de le raffermir. Toujours est-il que le pouvoir ne marche jamais bien chez nous qu'au gré de ceux qui l'ont en main. Conséquence naturelle de la folle prétention de chacun à établir l'ordre et la liberté par les moyens exclusivement politiques. ^

Comment voulez-vous, avec de tels éléments, avec une disposition générale des esprits vis-à-vis du pouvoir quel qu'il soit, tout à fait comparable à celles d'écoliers vis-àvis du maître, auquel les plus sages mêmes sont toujours prêts à faire niche à l'occasion ; comment voulez-vous« dis-je, parvenir à fonder quelque chose de durable, à donner quelque repos à la Société , travaillée du faîte à la base par mille causes actives de décomposition !

Hâtez-vous , dans cette situation critique , hâtez-vous d'employer l'instrument de salut qui vous est offert, l'accord des intérêts et des passions , par la série appliquée aux travaux productifs : en un mot, fondez l'Associatioti

agricole. C'est la voie, et il n'y en a point d'autre, du salut et du bonheur pour tous *.

* J'ai Umi cetto conclnfion de mou livre telle que je l'avaii ^erit en 1839, ■•ni y ajouter, sans y retrancher une syllabe. Les grands changements survenus dans l'ëtat de la France et de l'Europe sont la confirmation Àslatante des avertissements que je me permettais de donner dans ces dernières pages. (Note de la»* «(dit.)

(Note i, page 216.)

Que le désir du bonheur est le mobile de totUes les acHons

de l'homme.

A Tappui de ropinion qui attribue au désîr du bonheur tous les actes humains , je pourrais citer le témoignage d'une foule de grands esprits.

Aristote, an commencement de ses Politiques, reconnaît que ft c*est pour leur bien ou ce qui leur semble tel que les honunes » font ce qu'ils font, s

Le Trahit sua quemque voluptas de Virgile (par son plaisir ehacon est entraîné) , autrement : chacun cède à son attrait, à raUntii qui a sur lui puissance , est une observation profonde «Ijnrètne de Texpression la plus gracieuse.

Vivere omnes béate volunt (Tout le monde veut vivre heureux) , dit à son tour Sénèque.

' Les anciens , au surplus, chez qui les notions les plus simples n'avaient pas encore été cmbrouillors rt obscurcies comme elles Tout été depuis par les subtilités de diverses sectes mystiques, les anciens proclament presque tous ingénument cette vérité; seulement ils ne savaient pas y joindre l'idée de la SoLiDARirli de tous les hommes , qui en est le complément nécessaire.

La même opinion de la légitime et naturelle tendance au bonheur fut professée ouvertement aussi par les penseurs du dixhuitième siècle. Celui qui les résumait d'une façon si brillante , Voltaire, en parlant du désir du bonheur, l'appelle « ce grand * présent de Dieu , ce premier ressort du monde moral. » Remarques sur les Pensées de Pascal,

370 \OTKS

Ailleurs, il dit encore :

La nature , attentive à rMn|lif v«f détir* ,

< Vuus appelle à ce Dieu par la voix des plaisirs ,

» Nul encor n'a chante sa bonté tout entière :

• C'est p|r le fxto^vem^ni ^u'i) coodait I9 uit^àrç»

- Mais c'est par le plaisir qn'il conduit les imoMiM.

a Partout d'un Dieu clément la bonté salutaire

> Attache à nos besoins on plaisir nécessaire ;

x Les mortels eu un mot n'ont point d'autre moteur.

» ^h ! dans tous vos états , en tout temps , en tout lieu , » Mortels , à vos plaisirs reconnaisseï un Dieu. ->

A Tarticle Philosophie 4e YEncychpédie, qui est, je crois, de Diderot , on lit : a Dans toutes les actions que les hompaes font, > ils ne cherchent que leur propre satisfaction actuelle : c'est le f bien ou plutôt Tattrait présent qui les fait agir. »

L^ PMi aeSueilê att de trop : on ^gil en vit» «f pae 9^|^|^f^u$don future fit m^e bfiitMffe , coiiibi# en vm d'uœ nnfy^àç^on m^

médiate. Le mobile est toujours de la même natnrp,

Ahmî las diseipliBi des philMophat, qaî firent 1^ févMaUon ffMfalie , pUtt^rBatrib to téta dû leur Déelaratioa det DriMte de l'Homme cette maxime incontestable :

t Le but de la société est le bonheur commun s

Paps son Sfiffi fur le gouvernement, le 4opteur Prte|0f|f ii* signe le plus grand bonheur du plus grand non^e rirffiittjg seul but juste pt jtplioppable d'un 000 gouirerpeipeQL ^

IL C'est le bonheur dans toutes les cooditipps que \b légisLlIlHir 1 doit ftvoir ep vi^p. 1 (S. d$ Sismppdi. Noue, fr. décon* /tt., f. I, liv. V', cbap. î.)

f [i^ bot d|i rbomme d'État, tel qu'il esl universell^m^ot av^ii^ > est le bonheur, le bonheur de Tfâtat, U plu* grande êomme dp s boBheur possible pour les iodividus d'uo Etat dans le cours d^ r> leur vie mortelle. 1 (Jérémie Qentham. Déontologie^ t. I, ch. ^)

Mais Voltaini et les encyclopédistes sont aujourd'hui tombés en diserédit ; laissons donc leur téaioignago , bien qu'à nos ifooK il en vaille d'autres assurément. Eh biop ! voici leur plus illustre advortaire, Phomaie qui a donné avoe tant d'éelat le signal de la réaction eontre le dix-huitième sièele, voici ranteur du Génie dv Christianixtne , qui exprime la même vue d'une destination heu-

1)K LA SECOXDR PARTI K. :J7l

retne : « Jimxè mvoé» , f dît M. de Chtffenolyrîtfùd , i (|ue tfôtrc i hatihëtlr est ïci-tMts coorâohaè k nû bontieii^ général datfs tific

V thiltië dtèftei et dé thmtâeê qni se dérobeù^ à Hoité vue ; ^tiè t rhomtiie , en liârtff<mîe itéc lés globe* , fiforebe d'an pkÉ ^al

V avec eux A fttétStftttplîSÈeméni d'une rétolotiori ^aé Dieu c«6bc « dan» sotf éternité. « ((7f^6 <^» ChHsHanime, 2^ part. , lit. iV, cbaprfre %.)

L'àlfirtnatîûù dtt bonbéaf est ici fonbelfé el claire , malgré te v6?Ie de Myâtieisme dont â^énverôppé là pensée du eétébre écrivain, C|ûi a d'aiflenrs lé mérite de rattacher la destinée beureose de rbôm'me à celle des antres êtres de la série universelle et à la destinée des grobes sidératix enx-mémes. (C^esi une vue dont nonS tfe toifdrions pas gàranfîr f ôrtbodoxie catbolique, mais qui est vraiment catholique dans fàeception ta pTitS bante et la p'ttfs comprébensrre de ce Arrot ; é?fe est entièrement conforme à la coneeptioit de FonrièT sin* les destkrées générales.)

t'n autre étotftierit apoTtfgiSté du catbolicisme , qui , dans ses variations , est aeméui^é fîdélé au spiritnabsme cbréiien , tf. de Ltfmemiars , dit de s<yfl c6té :

• Il (Fbomme) veut être béureux, il le veut, ne peut pas ne » le pohft tonloir. t> (Esquisse (Time philosophie, t. II, p. 11.)

Déjà Bossuet, tout en soutenant la tbèse du libre arbitre, avait éciit : f Kfous sentons que trous sotnmes nécessairement déter- » minés par notre nature même à désirer d^^tre beureux. *

fl est ^ral que Bossuet ajoute : « Nous sentons aussi que nous « sommes libres de cboisir les moyens de Fêtre. » Mais ce n est là qà^itn sopbisme , une pure gasconnade , dirions-nous , sauf le rèspeét dû au grand écrivain. En effet, l'individu qui éprouve le besoin de la faim, ceTtfi qui est possédé de la passion de f amour, n^ont pas la liberté de choisir leurs moyens de satisfaction , et par conséquent de bonheur, en dehors des objets qui sont eii rapport avec les impressions qu'ils ressentent en ce moment Fun ef 1 ant're. Et il en est de même de fout désir éveillé en nous sOns finflnence d'une passion quelconque : ce désir a une tendance déterminée par sa nature propre ; il ne peut être sérieu*semenf question de foi proposer mr but chitfiéi^qtté^ otr saAS convevtftce avec s* tfatàré. Quel père âoftnéroH à son fiU uiir piètre lorsqu'il lui efeiiV/rude dtt pdlftT — 6V, ^ botvfc^WrpoAr

:J72 \OTKS

chacun consiste dans le libre essor de ses passions contre-balaocées les unes par les autres , ainsi que le veut la nature pour le bien même et pour la conservation de Fhomme, comme pour son agrément. Et , d'un commun aveu , on le voit par nos citations , c'est au bonheur que l'humanité aspire invinciblement.

La philosophie universitaire moderne n'est pas moins explicite sur cette vérité fondamentale. Nous citerons aussi ses organes , dût-on trouver qnelque monotonie dans cette répétition de propositions identiques jusque dans les termes ; car dès que nous proclamons comme Tidée mère de la théorie de Fourier , comme l'idée d'où elle se déduit invinciblement tout entière , cet axiome du sens conunon que le bonheur est la obstinéb vraie de l'hommb, il n'y a sorte de mauvaises chicanes qui ne nous soient faites, même par les épicuriens pratiques.

(t L'homme, i dit M. Laromiguière, « est né pour être heatt reux ; ou si c'est présomption de vouloir pénétrer le mystère » des causes finales , l'homme veut être heureux ; il lui est im- » possible de ne pas le vouloir, et dans tous les moments de son T> existence il tend vers le bonheur de toutes les puissances de t son être, t (Cours de philosophie, 4« leçon.)

Se plaçant à un point de vue plus général , M. Th. Joufiroy raisonne ainsi qu'il suit :

V La fin d'un être est ce qu'on appelle le bien de cet être. Il V y a donc identité absolue entre le bien d'un être et sa fin. Le

ii bien pour lui , c'est d'accomplir sa fin , d'aller au but pour le^ . t quel il a été organisé.

V Par cela que l'homme existe , il se passe en lui ce qoi se D passe au sein de tous les êtres possibles; c'est-à-dire qu'en I vertu de son organisation, sa nature aspire à sa fin par des » mouvements qu'on appelle plus tard des passions, et qui- le 1 portent irrésistiblement vers cette fin. » ( Cours de Droit na^ tnrvî , 2<* Irçon.)

c Le plaisir est la conséquence et le signe de la réalisation du « bien en nous; la douleur, la conséquence et le signe de la « privation du bien.

i> Cette satisfaction de notre nature, qui est la somme et comme « la résultante de la satisfaction de toutes ses tendances, est donc « sa véritable fin , son véritable bien. « (Ibid,)

Il est vrai qu'après avoir ainsi posé le principe, tous ces auteurs n ont guère eu souci d*en tirer les conséquences, ou plutôt qu'ils se montrent tous ensuite illogiques , comoie il ne peut manquer d'arriver à quiconque admet que l'humanité est faite pour le bonheur , et ne conçoit pas la possibilité d'une forme sociale supérieure à la civilisation , société qui ne peut faire le bien d'un petit nombre de privilégiés qu'aux dépens de celui des masses : encore ce bien-être que la civilisation procure à une minorité seulement, est -il mêlé de beaucoup d'amertumes et empoisonné par des craintes continuelles. C'est que tout est lié dans le destin des hommes, et qu'il ne saurait y avoir de vrai et solide bonheur pour les uns qu'à la condition de faire participer aux avantages dont ce bonheur se compose tous leurs frères de la grande famille. Voilà aussi ce qui fait la moralité de notre doctrine.

Au surplus , en établissant le droit de l'homme au bonheur, nous n'entendons nullement que les satisfactions sensuelles soient recherchées au détriment des nobles satisfactions du cœur et de l'esprit, ni que le bonheur de la vie présente doive être le but exclusif des désirs et des efforts de l'homme. Nous disons, au contraire , que les affections de l'âme doivent toujours dominer les appétits des sens , non pas pour proscrire les jouissances matérielles , mais pour les épurer , pour les ennoblir toujours en s'y associant. Nous savons que l'homme a raison d'aspirer à des félicités ultérieures que lui réserve , dans le cours d'autres existences, la munificence infinie de Dieu. Seulement nous ne croyons pas qu'il y ait incompatibilité entre les deux ordres de satisfactions, entre les deux termes du bonheur que l'homme peut se proposer. Nous ne saurions admettre qu'une antinomie réelle existe entre le monde matériel et le monde moral , œuvres l'un comme l'autre de la suprême «agesse.

(Note 2, page 236).

Echelle des caractères; et à ce propos , de la fnéthode de

traitement des passions.

L'échelle des caractères est analogue à la gamme musicale , conformément au tableau ci-après. Elle comprend en ordre domestique, c'est-à-dire borné à une seule phalange, 8i0 tih*es

XiïttB

pleins et iOS ambigus. Les cariidères mlilès tôfreèpàhient aux ctéînMoAs, ëni nôfes dîéiées où bémolisées, qui né se proîiOBcenf poijii ^aàs fa gamme. Ctiaqae inâHîdn à lés douze passions ; mais c'esf par (a éominàiicè de feffes passions qu'on ^tinguc oh ca-> radère.

Vtfici (fatiord la désignation et (a distribution des 810 caractères pleins que comporte Tharmonie domestique, et auxquels il feutrait ajouter, pour avoir la représentation caractérfelle du personnel d'une phalitnge, les 40$ caractères ambigus qu'elle emploie pareinenient I^onrier n'a pas d'ailleurs expliqué comment il obtenait ces résultats.

1 dominante queleoaqae.

I animique, 1 sensveile.

S dominantes animiques.

1 animique, S sensuelles.

3 animiques.

4 animiques.

2 animiques, 5 sensuelles.

5 animiques.

En coflfthHHWt depuis Sot, en a les caractère^ ^érteurs cf«i président à k régie d'un nombre p\M on moins gttLttê de f^tt-^ lan^s et qui sont agents d'Iiarmonie externe :

Vt SolîtoBes

dièse bém. mixtes

oM,

Rit Bitones

d. b. himixte*

ifi . Tritones

Fa Tétratones

d. b. trimxtes

Sol Pentatones

d. t. tétramixtes

itx ÎTexàtones

(f. h. pentamixtes

Si Heptatones tr Omoitones

â animiques, V sensueUéi.

6 animiques.

i aninriques, 5 sensuelles.

6 animiquer, 1 sensuefle.

7 animiques, i sensuelle.

Les solitones , ou caractères à une seule passion dominante ^forment le très-grand nombre des humains. Les degrés qui dépassent le cinquième ne se bornent plus aux soins de la régie interne d'une Phalange ; il leur faut une action qui s'étende au dehors, daiM ht mesnre de l'élévation de leof titre passionnel.

Un cinquième degré, on petitaione ^ eênmie J^-J. Rousseau , Fox, etc. , se trouve déjà, dit Fourier, dépaysé en Civilisation ; un hexatonCy comme Ronapiarte ou Frédéric, a besoin de bouleverser le monde : un hepéatone, comme Joies César ou Alcfbiadc, a Ta m^mo andkîtîon pluH raffinée, mais plus ffcxiWe; on^rt fr

I)E LA 8F;t^!^0f«: PARTIR. «r^

i\\Ae i^vt» Y^B^ de Uajt» /lopial fit irkfM^fti^ h pn ôàfQ^vntfi^T stinct les j&ilfes.

hfi litre éfiê ci^êcikfeê e«4 ^xnydU fiti^rp Fpfiiw» et 9*ih tpnt comprimé*, lis se fiuis^esl ^t le iév^i^^ei^ h iMNilf«^«0M. S^ nèqiie et Qoirrbii« «'pal pai i)fa«Agié, mm finisse le e»r»clàiie ik IJéron, tiétretooe à quelm daii^iiiMitef Uen'dMlMe* , eéiMi4Û, composite, ambition^ amour, Hewri IV ^Iftit eemnie Virpii «« . tétratone, nuis qui ik%ywà pas ét^ fiuMsé par me idiifl«tî#B ma^r raie. (Noup, Mond^ ind,, p. 404 et soir.)

M. iules LedieYelier eommeote ainsi le caradère du Béareals j^ c Henri IV avait en dorainaeee toutes les pa s si e ns affeetivet , aussi son earecière e«tH) un des type» iiuineûi» ^ ent eheou le plus de gloire et d'admiration ; ambition, %m^Wf^ am'Méf Feeiiile, toutes les grande* aiTectien* evaient trmiyé plaee deii* eette MHe Âme. Far son ambition Hepri ypulnt constituer Xvmtà ewrop^ne { son amonr sédui#it Gabrielle et^lnea d'autres \ rembafsedemr if^ pagne, troufant le roi de Fram^e occupé à jener avee êeê enCMits qu'il portait à caUfonrahon sur son dos, a pu voir qne le valnr queur d'Arqués et d*Iyr|r, que le père du peuple, était aiiial m tendre père de (amiMe ; le prince dont le nom est demeuré te»jours uni à celui de Sully sut méfitei et sentif ramitié. • (Khidêis sur la Science sociale, p. \7%»)

J'avoue que le contenu de eette note laisse beaucoup k désirer sur la Tbéorie des caraetères , qui n'a été qu'indiquée par Fourrier dans ses publications diverses. Voici quelquesHines des ebr servations qu'on y rencontre :

Les solilones, gens à une seule passion dominante, ne sont pas en égal nombre sur chacune des douze passions : la distribution est progressive. On trouvera beaucoup plus de solitones à dominante d'ambition, ou d'amour, ou de gourmandise, qu'à dominante de la passion des plaisirs de Touïe, par exemple. Les solitones rapportent tout à leur unique dominante ; Ib variest peu dans leurs go&ts et ont de l'aptitude aux ouvrages de longue durée ; ils sont dans l'échelle des caractères ce que sont les simples soldats dans un régiment. Au contraire, les deux peotafenes, homme et femme, que présente en moyenne chaque population de 1,620 ou 1,800 personnes, sont l'équivalent des colonels : iU

doivent à eux deux intervenir activement dans toutes les séries de la Phalange. Il faut donc pour pentatones des esprili actifs , subtils et très-étendus, comme Voltaire, Leibnitz, etc.

Remarquons, poursuit Fourier, que la morale déclare vicieux les caractères les plus distingués, les hauts titres passionnels. Elle les tolère parmi les monarques ou les gens puissants ; mais chez la masse des citoyens elle ne veut que des solitones, limités à nne seule passion. Or la nature ne place pas les caractères de préférence parmi les hauts personnages, elle les sème au hasard. Les êtres doués de ces grands caractères sont politiquement étoolTés par l'éducation, ils s'irritent contre les coutumes et sont surnom-^, mes mauvais sujets, ennemis de la morale.

Dans Tordre sociétaire chacun d'eux, homme ou femme, trouve son rang et s'y place du consentement de tout le monde, car celui que la nature a fait solitone n'a aucune envie de la présidence caractérielle d'niie phalange, fonction qui Tobligerait à une prodigieuse variété de travaux : il n'y trouverait pas son bonheur ; d'ailleurs on a toujours mauvaise grflce à sortir de son caractère, dès lors personne n'est jaloux en voyant à la présidence caractérielle, au poste de Roi de passions et Reine de passions^ deux êtres qui sont, par leur naissance, les plus pauvres peut-être de tout le canton. Malgré leur humble condition, ils s'élèveront sans faute au poste que la nature leur assigne. . . .

L'éducation a pour tâche de développer ces caractères et de plus les tempéraments, qui sont en même échelle que les caractères, mais non pas en assortiment : un pentatone, qui est du cinquième degré en caractère , n'est point certain d'avoir un tempérament de cinquième degré. (A^. Mon^e.)

Je donne ici, d'après un passage des manuscrits de Fourier, quelques traits du caractère de plus haut, titre, ïomnitone.

tt Le plus élevé en degré des caractères, Tomnitone, quoique supérieur à tous les autres, n'est pas le plus beau , mais seulement le plus- précieux. La nature aime à diviser ses faveurs ; elle donne l'utile aux uns et l'agréable aux antres.

« L'omnitone , qui est la touche la plus utile , est comme le rayon blanc comparé aux rayons de couleur. Assurément la blanche n'est pas si belle que Técarlate ni l'azur ; mais elle a des propriétés plus utiles et des emplois plus étendus.

t Les omoitones sont, en certains détails, bizarres à leurs propres yeux antant qu'à ceux d*antrui. Les qualités aimables sont entièrement du côté des heptatones, coâme César et Alcibiade. Les omnitones étant bornés à Futile qu'ils possèdent au suprême degré, on ne peut pas tirer vanité de ce èaractère. Je débute par les critiques, parce que je serai obligé de me citer pour exemple, ne connaissant pas d*autre omnitone que moi. J*ai trouvé facilement des modèles dans tous les autres titres, mais je ne découvre aucun omnitone parmi les hommes qui ont joué un rôle. Je ne trouve pas dans mes souvenirs d*histoire un seul omnitone et je remercierai Térudit qui m'en indiquera. (La gamme infinitésimale composée est leur attribut essentiel). Leur rareté n'est pas excessive, puisque la nature en produit une couple sur 300,000 personnes environ ; mais ils sont en rareté factice, ayant contre eux l'impossibilité d'essor que n'ont pas les heptatones. Un caractère comme Alcibiade est dès l'enfance encouragé par tout le monde ; son développement est plus facile"* que celui d'aucun autre degré. Ainsi, quoique l'essor soit difûcile et très-entravé dans les degrés supérieurs , il faut accepter l'heptatone qui se meut facilement. Quant à l'omnitone, beaucoup plus rare , il est pour les civilisés ce qu'est le chat-huant parmi les oiseaux : tout est ligué pour le honnir et le conspuer. De là vient que ceux qui ont existé dans les classes moyennes de la société n'ont pu se mouvoir (caractériellement), et s'il s'en est trouvé sur les trônes, ils auront pris l'essor subversif, qui n'est pas malfaisant dans ce degré et qui les aura rédnits à être des originaux peu dignes d'attention.

» Lorsque j'ignorais la théorie , je m'étonnais des penchaafs contrastés qu'on me reprochait. Quoique très-ennemi de la parcimonie et incapable de soins minutieux, j'avais et j,'ai encore sur une foule de détails des manies d'avarice bien plus fortes que celles d'Harpagon. Celui-ci se croira en superlatif d'économie loi*sque ayant iisé une allumette d'un bout, il la conserve ponr la faire servir de l'autre bout. Moi, involontairement et sans calcul , je divise par une pression des doigts l'allumette en quatre morceaux dont je fais huit allumettes servant pour huit jours.

1 Je pourrais citer une foule d'autres bagatelles nir lesquelles je fais , sans réflexion et par instinct irrésistible , des économies dont je plaisante moi-même sans pouvoir m'en corriger et devant

lesquelles Harpagon «e reoonaaitpait popr «■ ehaiii|iiMi tnlMHenie aiiMÎ iaflûnear à moi que le einquième degré Teit an luûtièiiM| qui eat le mien. r*epeiidant, je ne suis rien moini^ qa'étomimA •! je nai jamais pa me façonner en ce geni« anx soins les p|iis inr dispensables pour nu homme sans fortune.

t D'autre part, j'ai un tel goAt pour le faste con^oé, qu'à t'Igf de dix-huit ans fêtais déjà fatigué de la laideur des vUIm qum admire, comme Paris, et j'inventai 1a distrihntien des irUlea dp sixième période. Quoi de plus opposé au (ktle qu'un pulliis eplmuié de masures? Ces bizarreries m'avaient déjà frappé à dix^hnît tue asses vivement pour que j'en étudiasse le remède« J*étnis dmit, en fait de faste, beaucoup plus raffiné qite les sybarites et «ffîntM de la civilisation.

t Dans les deux sortes de penohMts que je viens de clt«|i, ]$ cootraste est bien marqué au huitième degré , ^ui est l'inûuÂlMmal. Ces prétendues bisarreries, dépourvues d*utililé e« «îwilip sation, deviennent des manies'.

t En régime harmonien , il faut qu'en paroourant IreiitQTÎBW i quarante tourbillons (phalanges) euxquels s'étend la régin paa<* sionnelle d'un omnitonCf il donne à la fois des leçons d^éeonml» aux Harpagon et de faste aux Mondor; il faut enfin qu'il fonetî^nne sur les deux contraires au huitième degré, tandis que Harpagon et Mondor ne portent Téconomie et le faste qu'au cinquième, n

Dans une de ces conversations écrites avec M. 4ust Muiran, que nous avons mentionnées dans sa biographie, Fourier esqnisat le portrait d'un solitone très-plaisant qu'il avait, dit-il, oonnu }

, ft C'était un homfne doué d'un art iqerveilleux pour rappoi^r au vin tous les événements de la vie i toutes les fictions , tontes If s spéculations. Il m'amusait beaucoup par U manière dunt II rameuait tout à son goût favori. £in sortant d'auprès de lui , op aurait volontiers cru que l'homme n'était créé que pour boire , qu'il n'y avait dans la vie qu'une ectioo importante, celle do boire ; et il parlait «An* exagération , sans emphase , toutes ses raisons étaient persuasives et très-|idroiteSi mais surtout d'une promp|in> lu de qui ne laissait p4s à d'autres le \emp$ de mettre en parallèle leur opinion,

« Par exemple , on attendait quelqu'un à la voiture ; chacun (lisait : Qqe diable fait-il donc? Le solitone trencbe la difficulté pl dit : //w'« j)fiuf~c'tre ^?flr.v encore bu sa roqtiille.

DK LA SECONDE PARTIE. 9f9

f II eomptoit le temps, non par heures ni par llenes, mtis par houtfilt^s. On demandait : Combien y art*>il dMoi à te| lieiif ^-r Vous auriei le temps de boire quatre bouteilles. *— r La vèHiMi s'arpÂte-t-elle longtemps ici 9 — Ld temps de boire une bouteille en l'air; c'est moitié du temps de la bouteille bue en assis t c'est 5 minutes.

« iJn solitoae, devant aiqsi tout rapporter à sa domipante, de*» vient très«précieux dans l'Harmonie , parce qu'il est inimtigable sur le soin dont il se charge. Un tel homme sera le Silène, le clief des cavistes, et jour et nuit il songera aux besoins et ouvrages éë sa cave ; jamais rien d'utile en ce genre ne pourra être oublié ni négligé. Up caractère de cette tren^pe est sans emploi, en civilisation. Il y est voué à Fabrutisseraent. «

Ainsi, toujours guidé par sa eonfianee sans bornes dans la dl» vine intelligenee qui a toift ordonné et tant distribué avep une sagesse si supérieure à la nôtre , Fourler ne manque jamais de chercher le |>ut social de chacun des penchants qu^il déeonwe. chei les hommes. Ailleurs il nous montrera comment un Havptr gon, caractère à bon droit ridicule et odieux aujourd'hui, sera «i sujet très-utile à la masse ei| aasoeiation, sans que s(i roanlp puisât y être vexatoire pour personne. Autant on en peut dire d'une feule d'autres goûts plus ou moins biiarres, tels, par exemple, que ceux def caractères ambigus cités dfins la note suivante (3).

Dans l'appréciation des caraetèrev, Fonrier se dirigeait surtout d'après le nombre des passions domiiiantM. Se laisser maîtriser par upc seule à l'exclusion de toutes les autres , quelque noble qu'elle soit de sa nature, est à ses yeux l'î^diee d'un titre peu élevé. A propos d'un jeune homme que la mort d'une personne chérie portait à vouloir s^éloigner momentfinément d'un haut établissement scientiiique où il venait d'être admis, Pourier écrivait :

t C'est rarement une impulsion généreuse que celle qui excitf à déserter son poste ; c'est plutêt une extrême faiblesse voilée d'illusions sentimentales, et ee n'est point là le cachet des grands caractères. Ils savent développer de front et par conséquent tenir en balance toutes leurs dominantes. Antoine , sacrifiant le trâat du monde à Cléopâtre, n'est qu'un sùlitane e«o|usivemeiit dominé par l'amour. César aussi aima Cléopâtre, mais il ne donna pas (ont è l'amour et sut mener de front ('awiiition ot tQqtes let autres passions. Voilà les grands oaraetères. Quant aux petite^ ««.

vain s'excasent-ilft sur leur essor véhément Cette véhémeDce prouve que les autres passions n*ont pas d'influence et que l'individu n'a que trés-peu de dominantes. Car un grand caractère ne se livre à l'essor véhément qu'autant que cet essor se concilie avec les autres dominantes, t

La leçon s'adressait à un cœur assez richement doté pour en faire son profit, et l'avis de Fourier prévalut contre les suggestions àe la douleur et du découragement. J'ai cité ces parolea, non-seulement à cause de leur valeur doctrinale , mais encore parce qu'elles m'ont semblé propres à exercer une influence morale des plus salutaires.

Les caractères de haut degré ayant une sensibilité plus vive et plus délicate, la natare devait leur ménager aussi plus de moyens de diversion à une affection devenue doulourense. C'est ce qui a lieu par la pluralité des dominantes, par la disposition à contracter des liens divers, à s'exalter à la fois de plusieurs sentinâents, . amour, amitié, désir de la gloire , à se passionner pour les arts, pour les sciences , pour les grandes entreprises. Ainsi la sagease ne consiste nullement à suivre ce conseil, d'ailleurs impraticable, de la philosophie : f Garde^toi de jouir, de pettr de désirer; I garde-toi de désirer, de peur de craindre; t elle consiste, au contraire, à employer activement tous les ressorts qui sont dans nos âmes et qui sont disposés de manière à se servir de contrepoids les uns aux autres et à procurer cet heureux équilibre, vainement cherché dans les doctrines d'abstinence et de modération, t L'accomplissement de nos désirs, « dit un philosophe qui est toujours dans le vrai quand il n'écoute que les inspirations de son génie, t l'accomplissement de nos désirs, dit quelque part Bacon, semble perfectionner peu à peu notre nature, i

C'est le cas de dire un mot de la méthode qu'indique Fourier pour le traitement des passions, pour \a,purgation des passions, suivant l'expression de Corneille par lui citée.

Il n'y a, d'après l'auteur de la Théorie sociétaire, qu'un moyen noble et sûr à la fois de réprimer les passions ; c'est le procédé de substitution absorbante, ou art de remplacer sans violence une passion nuisible par une passion utile et agréable qui absorbe pif intf>fnent la première *.

* La in^hode des tubsHtutiùtu e»t d'un umg« très-gënérai. On l'emploie, en mëdocine , dans le traitoment des affections du corps , comme en morale et eu

Et comment, ajoute-t-il, s'approvisionner de charmes assez nombreux poor avoir sans cesse des compensations à offrir à Tin* dividu lésé et chagrin? compensations senties et avouées^ car tel est le caractère qu'elles doivent présenter.

C'est, répond Fourier, le secret qu'on va découvrir dans l'étude des passions opérant par Séries contrastées, rhxdisées, engrenées. Ce procédé ofTredes moyens d'absorption subite ou graduée pour tous les cas où il y a conflit de passions. ( Th. de tUn, univ. , t. III, p. 353.)

En fait de compensations, comme en fait de talliements sociaux, tout est subordonné aux quatre conditions qui sont inhérentes au régime des séries passionnelles, savoir :

Attraction iadustrielle ; Education unitaire; /^

Minimum intégral ; Population proportionnelle.

ft Sans la deuxième de ces bases , fait observer notre auteur, quelle compensation assigner aux malheurs du pauvre entouré d'enfants affamés! Il n'y a point de compensation là où il n'y a point de minimum garanti.

V Même obstacle «ux compensations par le défaut ^éducation unitaire. Il est difficile de concilier nos réunions sur la nature des conversations, les femmes surtout, qui sont très-peu initiées aux sciences, aux arts, et qui s'ennuient dès que la conversation sort du cercle des futilités. Beaucoup d'hommes sont dans le même cas. Cet obstacle aux liens accidentels se trouve levé par l'éducation harmonienne qui , du plus au moins, initie chacun à toutes les branches de sciences, arts, cultures, fabriques, « etc.

En parlant des garanties que l'Attraction établit entre Dieu et l'homme, Fourier dit ailleurs :

t II ne conviendrait pas à la dignité de l'Être-Suprême de tirer une vengeance directe des globes ou individus rebelles.

Dieu, pour nous laisser le libre arbitre, n'a eu d'autre parti

politique dans le traitement des affections de l'àme. La chimie y a souvent recours, ainsi qu'une foule d'autres sciences et arts. C'est, en un mot, un des moyens les plus précieux que la nature ait mis à notre disposition pour agir sur nous-mêmes et sur tout ce qui nous entoure. Pour ce qui concerne les passions, d^jà Bacon avait signalé « comme étant la question dont la solution est du plus grand nsage en morale et en politique , celle de savoir comment on peut ré(f 1er une affection par une affection . et omployer l'une pour subjuguer l'autre. ^ tif t'nrr. tif» jrr. . 1. 7, r X

que de m désuter de sa fêcuUà de punir «ctivemeiii, e| «'ifittjger qo'uqe peioe passive , celle du défir pu impvliHoii ; peinA étpfiT table en ce qu'elle se proportipime daof tous les cai à )a p Mêi tance du rebielle, et qu elle n'eatremet aucun pbâtinieut tpM^ , aucun eflet de colère divine.

« La téa«cité de l'AUraction, la pemumpncp d^ ses miffMmt est un mal Mger an premier mAmenl.

I On réussbrait peut-^lre k s'étourdir lur )ef pnvatjpiiSi mm ne voyait pas l'objet désiré, si les richesses perfides nf^t^ie^ paf étalées partout anr yeux du malheureux pressé par le {MMifi- Qb voit toujours, même au village, un petit nombre de rîplief dppf l'aspect irrite les désirs de la multitude, pt la réunit %^ lorillf Tantale. Ainsi Tattraction dégénère en supplice par des privations longtemps prolongées, et ce mal-étre n*est point vengeance directe de la part de Dieu ; car les globes sont toujours libres de venir à résipisçpnce , de quitter Ips bannières de |a plii)ps^p)iie, du travail morcelé et de la pauvreté, pour se rallier à la rîclui«aiB, à la vérité, en organisant l'état sociétaire.

» Remarquons que le martyre d'Attractipp pèse sur les riches comme sur les pauvre^, et qu'où voit dan^ la pla«sç rjclic dont le bonheur est envié, une foule de gpps rongés d'eupuif et d^Fprib de désirs, i

Fouriar cite, à ce sm'et, le témpîgpage de madame (\e MiUntpnon, qui s'écrie en gémissant : I^e voyez^ou^ pas que je meur^f de tristesse dans unefortMue qu'on aurait eu peine à in^aginer,»* Je vous proteste que tous les états laissent m vide ^reux^ mtf inquiétude i une lassitude, une envie de connaître autre chofe?'*.

ft Tous les pl>8ervatcurs de l'homme ont déploré pe marl|rre d'Attraction , atra cura , qui règne principalement chez les savants, tous confus du vide que leur laisse la science. Théorie de r Unité universelle, 2*" édition, tome I, page 396. (Voyez plu9 loin la note 4 , page 385 )

(X'ote3, page 831.) Transition. — Ambigu,

Ce qui concerne les Transitions ou le genre ambigu est up des points les plus difficiles et les plus délicats de l'étude scientifique

DE LA SFX:0\tfK PARTIK. :W:J

du MOU VEMKXT ci de tvNiri ùnivbAskllk. (^oùriér s^esl boniéy âur ce sujet, à donner des indications, à citer quelques exemples de cette niodafatiori antbîgnê qiie la nature emploie partout pour servir de lieii entre ses oifTéreiifea productions. « L'âmbîgù, dit-il, ou lien mixie, iién de transition, est un genre déshonoré par nos préjugés , et pourtant âà ne peut pas former ié séHe réjjulière sans y introduire aux derix exirêmés des grôtipés atftrioigù et nt^me ae sous-ambigu. Il taûi que là riitture tiâiê gfaiid cas de l'aintiign , puisqù'eflé fà prodigué dans tentés »éÉ créations , comme on le voit, par les amphibies : Torang-oittâng , le poisson volant, la cnàùve-sbiiris , fanguillé éi tant a autres, y {^ôixteau Monde, pages t5, 76.)

f L'ambigu, fàh encore observer ji'dtfriér, ne doit pà9 être c6ri« fondu avec le' neutre : tous ieiii font partie du mônvement Mxfê; mais le neitrb est un des trois modes ; FAMBiGfJ s'entend des tràn^ sîtions au nombre cle quatre, t {TR. de rÙhitétinw,, t. tV. p. ^^. )

Fourîér né sp^ifîè pas Rameurs ces qùàéft tàfiHéÈ dé transitions. — Je pense qu'on peut distinguer d'abord fecl fràû^tiotis en deux genres, suivant qu on les envisagé retàfivé'îtféfàt t, un tnouvement pàrticiifîér dont eflès occu|fént tëê teut phàiéi extrêmes, ou bien relativement à dès séries de monvéifients oYi d*êtré'# que Ton compare entre eux.

La naissance et la nwrty tAtfà qve let p ér i odes de la vie de chaque être qui se rapprochiAii le phlê de teÉ âttix termes, sont des cas du premier genre de transition ; les espèces ambiguës qui figurent aux extrémités de cdaque série naturefle, animale, végétale ou minérale, fournissent des exem|^fes du second genre '.

Ces produits ambigus sont la pier^ d^aèfioppement de ious les systèmes de classification, l^'aufe d^y avoir assigné une place à ces créations mixtes , qui tiennent à la fois de( deux classes d'êtres , les naturalistes sont restés Idùgtemps sans pouvoir s'accorder ; et c'est de là encore que viennent aujourd'hui beaucoup de dissidences entre les savants, obstinés à faire des catégories bien closes, sans qu'il y ait d'engrenage entre elles. Il y a longtempH cependant que 6acon , ce grand esprit qu'on retrouve si souvent à rentrée des voies qui ont été explorées jusqu'au bout par Fou-

* La riratotogie, leienco des AiomtrttMitds , hfancfcd de l'hiitoire naturelli* rrèèe de nais joun par tieoffroy-Saiat-lliiairc , rentre aussi dann le domaine de l'amlngii el y con^fit^le p4>nt-éfr(> nn genre à part.

:WV XOTES

rier ; il y a, dis-je, longtemps que Bacon signalait cette iiiadvertance dans Fétude de la nature.

c II est ]>eu d'auteurs aussi ( fait-il remarquer) qui, en parlant de la similitude et de la diversité des choses, nous aient dit pourquoi Ton trouve toujours, entre les -diverses espèces, certains êtres mi-partis, qui sont d'une espèce équicoque, comme la rnoosse entre la matière en putréfaction et la plante , les chauves-souris entre les oiseaux et les quadrupèdes, les phoques entre les poissons et les quadrupèdes, » etc. (De F accroissement des sciences, iiv. m, chap. 1.)

Fourier, transportant Tobservation du domaine organique dans le domaine social, conformément au principe de Tunité de système, montre « qu'il existe des groupes ambigus en passionnel, ainsi que des caractères, i Gomme exemples de ces caractères ambigus, il cite :

« Les Initiateurs, gens qui commencent tout et ne finissent rien.

? Les Finiteurs^ gens qui finissent tout et ne commencent rien.

« Les Occasionnels, adhérant à Tavis du dernier venu.

i> Les Ambiants, qui ne savent jamais se tenir à un poste.

T> Les Caméléons ou prêtées, si connus et si nombreux en civilisation : leur fortune y est assurée ; on leur défère même le titre de sages, selon ce distique de La Fontaine ;

Le 88ge dit, selon les gens :

Vive le Roi, vive la Ligue !

V On voit, ajoute-t-il, non-seulement des individus, mais des nations atteintes de quelqu'une de ces manies : par exemple, on peut citer la nation française pour type du caractère ambiant ; car elle ne peut, ni en matériel, ni en passionnel, s'en tenir fixement à un goût, à une opinion. *

Fourier indique encore, comme types d'ambigu, les Impossi-^ hilistes, Flâneurs, Nouvellistes, Entremetteurs, Factotums, etc.

( En général, fait-il observer à la suite de cette énomération , ces caractères sont dédaignés en civilisation, comme gens peu sûrs et dangereux. On peut répoudre que si Dieu ne les avait pas juges utiles en mécanique sociale , il ne les aurait pas créés. Les ambigus sont infiniment précieux en harmonie. Ils sont les pièces de transition en toutes relations. Mais la transition n'est utile à rien dans Tordre civilisé , où rien n'est lié en système d'<i#.rocta-

lion dotnestique-indiutrielle. Or les ambigus n'étant créés que pour les liens de série, on ne doit pas s*étonner qu'ils soient nuisibles hors de l'état sociétaire, ne pouvant raoduler qu'en faux essor. s On ne saurait trop répéter à cet égard que l'Etre qui a créé nos 12 passions et nos 810 caractères est exercé depuis une éternité à créer des hommes et des passions dans des milliards de mondes. Il a bien eu le temps d'apprendre par expérience quelles proportions distributives on doit observer en pareille œuvre. Il a sans doute assez de lumières pour se passer des conseils de quelques orateurs de notre globule, gens qui, n'ayant pas le pouvoir de détruire ni changer une seule de nos passions, auraient dû, au lieu de déclamer contre elles, s'étudier à découvrir le mécanisme auquel Dieu les destine. * (Théorie de t Unité universelle, t IV, p. 328 et suivantes.)

(Note 4, page 323.) Extrait de la Théorie de l'Unité universelle.

THÂSE DE L'IMMORTALiré BI-GOMPOSÉB,

ou DIS ATTRâCTIONS PKOPOKTIONKILLCS âVX DISTlNlhlS BSSBHTIBLLES.

Le sort futur et passé des âmes est un de ces grands problèmes qu'éclaircira la théorie de l'Attraction. Il n'est pas de question plus rebattue et pourtant plus neuve que celle de l'immortalité de l'âme ; c'est le principal écueil des lumières scientifiques. Nous avons sur ce point une conviction suffisante, fournie par la religion ; mais les dogmes religieux n'étant pas de mon ressort, je ne puis disserter ici que sur la valeur des notions obtenues de la science. Examinons donc si elle nous a fourni quelques doctrines recevables sur le sort extra-mondain de nos âmes.

La théorie de l'immortalité de l'âme embrasse le passé comme l'avenir. Si l'âme est immortelle au futur, elle l'a été au passé. Dieu ne créant rien de rien , n'a pu former nos âmes de rien. Si l'on croit qu'elles n'existaient pas avant les corps, on est bien près de croire qu'elles retourneront au néant d'où nos préjugés les font sortir.

Les barbares et sauvages , dans leurs fables grossières de métempsycose, ont été par instinct plus judicieux que nous. Ce

dogme approche en donble sens de !a vérité : 1*^ èh ce Htfïl ne NH pas nattré nos âmes de rien ; 2 > en ce qo'il tr*faol6 pas nos àtù€B de la madère^ nî avant, ni après cette vie....

Nfons avons h disserter ou pliitôt préluder snr les modifications qifm subies et que sobira l'âme pendant Téteràité composée , ou déérienre j^ et ultérieure Y. C'est une question du domaine de la cOiMiogonie et non (Je la psychoIo(|ic.

Hien n'est plus abondant aujourd'hui que les cosraogcWies; on ett eit prodigue autant que de constitutions ; et tont aatear de sjëtèmes de la nature se croit obligé , en conscience , de domier sa coimogottie en mode simple ^ selon l'usage civilisé.

Kfos cosmogones considèrent sans dontc l'âme comme ne faistûi pas partie de TUnivers, puisqu'ils ne donnent, sar le sort passé et futur des âmes, aucune théorie combinée avec celle du sort de la matière. Peut-être font-ils prudemment de ne pas s'écarter du matériel où ils ne brillent déjà guère.

On ne peut pas expliquer les destinées matérielles du monde avant d'avoir expliqué les passionnelles ; le mouvement passion^» nel étant pivot des quatre autres , sa théorie peut seule nous initier à celle des quatre autres ; les cosmogones sont donc obligés de déterminer les trois destinées de l'âme en mode citra , intra et ti//r^»mondain avant de rien découvrir sur les trois destinées pa^ée, présente et future de Fl-nivcrs.

11 stdt de là que leur science, qu'ils ont crue simple et bornée atf passé, comprend six branches inséparables, savoir :

PsvcHOLO(jiK siR-coAiPosKK OU destliièe citer-passconnelle , inter-pass. et ulter-passionnçllc. Passé, présent, futur.

(ÎKOT.oiitE siR-coMPosKK OU desthiêc citer-matérieile , inter-mat et ulter-matcrielle» Passé, présent, futur.

Dans les détaifs nous supprimerons fréquemment le passé ; cat* SB théorie est, en sens inverse, à peu près la mémo que celle de l*atenîr. Je dis à peu pràs^ car il y a dans le parallèle de nom*' breuses différences, mais sur lesquelles on ne doit pas fixer Fatlétftiôn du comnfiençant : il sufRt de rhabifncr à spéculer, en thèse générale , saï* runité des deux éternités passée et future :

I)K \.A SECOXDK PARTIK. mj

qaan4 il sera exercé sur pe sujet, o^ seri^ à tempi d^ Vimiiwe «u» règles d'e^ ceptioQ, aux i^enues di^er^nc^s in pawé an fptffr.

Je comptais f dau^ ces prolégomènes, doiwer un^ ^oiiîènue partie h h cosmogpnie, il a convenu de restreindra \fi p)M>» fitifi me bornerai à deux articles sur ce sujet : ils ne tri^ti^ront du nMlériel qu accessoireiçenl et ppur explication de» deitins di9 Vàmê*

Y Pivot direct , Psychologie spéciale on immortalité composée en passé et futur \.

*^ Pivot inverse. Psychologie comparée pu analogie universelle da matériel an passionnel ^ .

Le pivot direct on imn^ort^lité de Vi^mfi est le svjet qui v^, npim occqp^r.

S'il est vrai qpe les luniières aillent croissant, non» devrions en savoir sur l'immortalité plus que noi devanciers, les Grecs ^t les l^omaios; loin de là, nous ne sommes parvenus qu'à mettra en problème ce qui était pertitudp ppur eux : les lumières modernes ont évidemment rétrogradé snr ce point, pQiDine sur nne foule d'autres où Tinstinct avait mieux gui4é les anciens.

L'esprit humain , au lieu de se rallier à Fespoir d'immortalité composée pp métempsycose, a voulu contester même sur la simple. Nos atbées et matérialistes, loin de soupçonner le retour périodique des âmes, ne veulent admettre ni âme ni autre vie.

Xous avons sur cp point des doctrines qu'on dit mffifçmh^^ mais qui ne sont que médiocreinent persuasives : si elles l'étfiient suffisamment, on n'aurait pas vu éclore des sectes de matérialisme. Leur seule existence prouve qu'il sera très-opportun d'ajouter ao^ preuves suffisantes dey preuves convaincantes et mathématiques. Je ne pourrai les fournir complètes qu'après avoir traité des transitions et de l'analogie universelle*

Tant de fois des qnestiops ni'ont été ^dressées sur les destinées ultrarmpndaines , que je dois eq donner dans les prolégomènes au moips un f^perçu qui devra être suivi d'un abrégé, puis d'nne théorie : elle est obligée dans un ouvrage où l'on s'pngage k dér montrer l'unité de l'Univers, dont aucun sophiste n'a pu nous fournir de preuves appliquées <iu mécanisme social des paMians et à l'immortalité de l'^me.

Toutefois , évitons sur ce si^jet 4e com^U<\VktT \«!^ ^«oé^^i^vsA'^ ^^

388 \OTES

l'Attraction avec les dogmes religieux. Supposons, sur toat ce qui tonche aux affaires nltra-mondaines , que je ne sois qu'an philosophe, qu'un faiseur de système ; je puis user du droit qu'ont eu avant moi cent mille philosophes qui ont fait des systèmes sur l'un ou l'autre monde. Si je me trompe, je répondrai : errare humanum est. Mais après avoir lu mes erreurs sur le sort futur des âmes, on avouera au moins que ce cadre de nos destinées ultramondaines est digne de la puissance de Dieu et du génie de l'homme.

CAter, — On a vu que les biens de ce monde, richesse, vigueur, longévité, ne seraient pour les Harmoniens qu'un sujet de regret si l'immortalité dualisée- ou métempsycose ne leur était garantie : en outre le but de Dieu serait manqué ; car en faisant beaucoup pour le bonheur intra-mondmn des humains , il n'en obtiendrait qu'une affection équivoque, un reproche continuel de n'avoir pas perpétué le bonheur de cette vie terrestre , et d'avoir inspiré à l'Homme un violent désir de retour en ce monde, sans avoir pris , aucune mesure pour le satisfaire.

L'immortalité composée ou métempsycose est donc un des pi* votsdu système de l'harmonie : il ne serait qu'avorton, sans la solution de ce problème dans lequel l'Attraction va nous servir de guide : il tomberait, quant au sort futur des âmes, dans le simplisme relatif, dans le vice que j'attaque sans cesse. Leur bonheur à venir sur ce globe serait imparfait, si elles ne rentraient pas en cette vie.

Examinons d'abord dans quel esprit ont été calculées nos théories actuelles d'inmiortalité.

Pendant le cours des lymbes sociales, où la vie n'est qu'un sen tier de ronces, il suffit à l'homme d'une perspective de vie future, dégagée des plaisirs sensuels, dont la civilisation jouit^peu en ce monde. Il n'y possède pas même le nécessaire ; il ne conviendrait pas qu'il espérât trop de bonheur sensuel dans l'autre monde , il deviendrait apathique ou séditieux en cette vie. Si notre populace, toujours famélique , pouvait espérer bonne table dans la vie future, elle serait trop empressée de s'y rendre et trop disposée à sacrifier sa vie dans les bandes de voleurs et les émeutes populaires où elle ne s'aventure déjà que trop.

D'après cette considération, l'on a dû restreindre beaucoup les

tableaux de bonheur ultra-mondain; les borner à des passe-temps insipides et mesquins ; des Champs-Elysées où les âmes des justes sont réduites à des promenades monotones , à de stériles entretiens sur la vertu ; un Olympe où les Dieux et demi-Dieux mangent toujours du même plat, toujours de Tamhroisie; d*autres séjours ascétiques où Ton n'a aucun usage des sens principaux , goût et tacty ni même des passions romantiques ; certaines demeores célestes où Tusage des sens est outré et sans diversion ; tels sont les deux paradis imaginés par Odin et Mahomet : dans le premier, le régal se bornera à boire du sang dans les crânes de ses ennemis ; dans Tautre , on sera conjoint pendant cinquante mille ans avec une des houris ou nymphes célestes, dont on pourra bien s* ennuyer au bout de cinquante jours, si rien ne fait diversion à cette uniformité.

Chacun de ces fabricants de paradis n a dépeint , dans ses tableaux, que son goût favori :

Tout a rhnmeor gaMOnue en un antenr gascon. >

Dans le paradis de Sommonakodom , Dieu des Siamois , on passera des milliers d'années en état d'absorption mentale, sans songer à rien. Un tel bonheur pourra plaire à certains oisifs d'Italie qui ont pour devise : bella cosafar niente. Bref, on ne saurait à qui donner la palme de déraison , parmi ces fabricateurs de séjours olympiques.

Ces pauvretés peuvent suffire à charmer des Civilisés et Bar^ bares, à qui il serait dangereux de promettre davantage ; elles ne seraient pas présentables à des Harmoniens qui seront insatiables de jouissances et qui, convaincus par leur état social de l'extrême sagacité de Dieu dans la distribution des plaisirs, verraient en lui une parcimonie méprisable , si l'immortalité ne leur garantissait pas dans l'autre vie une supériorité d'essor de chacune des douze passions , une perspective capable d'exciter la convoitise , même dès ce monde.

Jusqu'à présent , les tableaux de l'autre vie sont si peu satisfaisants, que les riches redoutent et diffèrent autant que possible d'aller en jouir. Quant aux pauvres, s'ils sont familiariaés avec la mort, ce n'est point par amorce de bien-être futur, nuôs par dégoût de l'existence présente ; ennui qu'ils expriment par ce re-

tm NOTES

fraia : ■ Noos ne pouvons pat être plut mal daat Faotre monde 9 que dans celui-ci. «

Poor ëclaircir le problème de notre sort dans faotre meiide, eoBStthoBS d*abord les indices que noua fournit l'Attraetion à titra d*agent de la Divinité.

J*aî suffisamment démontré que Dieu contreviendrait à tontes set propriétés , s'il employait d*aotre agent que 1* Attraetioo poor diriger l'Univers ; mais en quelle dose la distribne->t-il à ebaqae espèce d'êtres ; quelle règle suit-il dans cette distribotion ? Il eit hors de doute qu'il répartit l'Attraction conformément à tes traii propriétés primaires et H (pivotale) :

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