‹ Fourier, sa vie et sa théorie (volume 3)Chapitre 3 sur 36 · LES ATTRACTIONS SONT PROPORTIONNELLES AUX DESTINÉES · texte numérisé non relu

LES ATTRACTIONS SONT PROPORTIONNELLES AUX DESTINÉES

Propositions qui peuvent sembler des énigmes à ceux qui ne connaissent pas la Théorie de Fourier; mais pour

ceux qui Tout comprise , eUes la résument tout entière et présentent comme les deux pôles du système.

Il nous reste à exposer aussi brièvement que possible cette Théorie sociétaire, objet de la découverte de Fourier et des méditations de toute sa vie, instrument le plus puis* sant d'amélioration et de progrès que le génie de Thomme ait jamais mis à la disposition de THumanité.

Ce sera le sujet de la seconde partie de cet écrit

ns DB LA PREMIERE PARTIS.

(Notei, page 31.)

Une confession de Fourier enfant racontée par bd-méme.

Voici le curieux passage auquel j'ai fait allusion; il se trouve dans les manuscrits encore inédits de Fourier :

c . . . L'éducation civilisée est remplie de ees préceptes nax^ grenus , pour lesquels on devrait donner les étrivières aux pé* dants et non aux enfants ; je m'en rapporte à tout homme sensé : quelle impertinence d'aller dans un catéchisme entretenir les enfants d*adultère, de fornication, de sodomie! Les plus curieux de ces enfants ne manqueront pas de prendre des informations sur ces mystiques énigmes, et malheur s'ils rencontrent des gens qui aient la sottise de leur en donner de trop exactes !

« En outre , on menace les enfants de hrûler éternellement s'ils déguisent quelque péché, on leur fait croire que le plus juste pèche sept fois par jour , on les désoriente à force de terreun. J'étais, à l'âge de sept ans, bien terrifié par la crainte de cet brasiers et de ces chaudières bouillantes ; on me promenait de sermon en sermon, de neuvaine en neuvaine, tant qu'enfin, épouvanté par les menaces des prédicateurs et les rêves de chaudières bottÛUntes qui m'assiégeaient toutes les nuits , je résolus de me confesser d'une foule de péchés auxquels je ne comprenais rien et que je craignais d'avoir commis sans le savoir ; je pensais qu'il valait mieux en confesser quelques-uns de trop que d'en omettre aucun. Là-dessus je classai en litanie tous ces péchés incompréhensibles pour moi , comme la fornication , et |e m'en

allai les débiter à l'abbé Gomier , vicaire de Saint-Pierre , église des Annonciades ; je récitai d'abord les menus péchés de compte courant , comme d'avoir manqué à ma prière , ensuite j'abordai la liste énigmatiqne pour moi, et m'accusai d'avoir fait de la luxure (j'avais sept ans). — Vous ne savez ce que vous dites, me répand le vicaire. — Je m'arrête un peu interdit. — Allons, voyons, achevons. — Je continue et lui dis : Je m'accuse d'avoir fait de la simonie. — Ah ! de la simonie ! allez , vous dites des bêtises. — Moi , fort embarrassé , je tâche de jeter la faute sur autrui , et je lui réponds : On m'a dit chez nous de me confesser de ça. — Nouveau mouvemeut d'impatience du pieux vicaire , nouvelle semonce. — Vous êtes un petit menteur , on ne vous a pas dit ça. — Je terminai là ma savante confession, et le vicaire, ce me semble , eut grand toii de se fâcher ; il n'y avait que de quoi rire. Un enfant de sept ans qui s'accuse de simonie! S'il m'eût laissé aller jusqu'au bout , je lui aurais débité toutes sortes de crimes , fornication , adultère , sodomie , enfin tout ce que j'avais trouvé d'incompréhensible dans le catéchisme ; j'étais résolu à m'accuser de tout plutôt que d'omettre quelque péché qui pût me faire plonger dans la géhenne. >

(Note 2, page 36.)

Parenté avec saint Pierre Fourier.

Pierre Fourier, dit de Mattaincourt , du nom d'un village dont il fut curé , réformateur et général des chanoines réguliers de Lorraine , fondateur de la congrégation des religieuses de Notre- Dame pour l'instruction des jeunes filles, né en 1565, mort à Gray en 1636 ou 1640 et béatifié par bulle du 29 janvier 1730. Quel était le degré de parenté du futur réformateur social avec le réformateur monastique? nous l'ignorons. Ce dernier était fils d'un bourgeois de Ilirecourt, en Lorraine, et l'aîné de deux frères qui laissèrent l'un et l'autre une postérité nombreuse. Le père de Fourier descendait-il de quelqu'un des rejetons de ceuxci? on a lieu de le présumer. Ce qu'il y a de sûr, c'est que les portraits qu'on a du Saint offrent une ressemblance frappante , surtout dans le front et dans les yeux, avec l'auteur de la Théo-

rie sociétaire. Cette remarque a été suggérée par un portrait dû au pinceau de Vanloo et qui se trouve dans Téglisc de Houdan (Seine-et-Oisc).

(Note 3, page 85.)

Le premier ouvrage de Muiron fut Toccasion de quelques observations pleines de jugement et de goût de la part de Fourier.

Avant de s'arrêter au dernier titre, Vices des procédés indus-' triels, etc,t qui eut toute Tapprobation du maître, on avait proposé de substituer à celui de Comptoir communal, qui avait été choisi d'abord , le titre suivant : Bcue sociale,

a Je ne sais, dit à ce propos Fourier, si ce titre de Base so^ eiale est provisoire ou définitif, mais il est certain qu'il n'est pas heureux. L'autre, le Comptoir communal, valait bien mieux p il présente une idée positivé et neuve , tandis que l'idée de base sociale est usée et profané depuis un siècle par les sophistes. Déjà Molière faisait comparaître, dans le Bourgeois gentilhomme, trois ou quatre maîtres disant tous à la file que leur enseignement, musique on danse, morale ou grammaire, est la base de l'édifice social. Il parait qu'alors on abusait déjà beaucoup de ce mot , puisque la comédie en badinait. »

a Paris. l«r aoàt 1824

s J'ai reçu les statuts du Comptoir communal que vous m'avez envoyés, et je les ai parcourus , mais trop superficiellement pour en juger : cet établissement ne se rattachant pas entièrement au régime d'attraction industrielle par séries de groupes , je serai obligé de relire attentivement l'exposé. J'y ai remarqué (pag. 32) une disposition relative aux courtes séances et fort bien conçue pour opérer en transition , en mode moyen entre la civilisation et le régime sociétaû'e des séries.

s Vous me dites que vous terminerez par un appel en faveur de mes plans ; mais il faudra , pour les faire goûter , un abrégé , selon tout ce qui m'a été dit ; et plus loin vous me blâmez de ce que , à la suite d'un Sommaire qui n'a pas réussi , je veux faire un Abrégé; il faut bien se résoudre à suivre la volonté des juges.

y Vous penser que j'aurais dû intriguer, me faufiler avec les rédacteurs de joumaui^ ou les architectes ; mais pour intriguer à Paris , 11 faut une voiture et beaucoup d'argent , puis des bassesses : tout cela me manque. »

Fourier se livre à Texamen du livre de Muiron, dans une lettre du 16 septembre 1824, dont nous citerons le passage suivant :

« On pouvait aussi s'abstenir de vanter dès la page 2 les

lumineuses vérités des Smith , des Say. Ces lumineuses vérités ne prêchent que le morcellement, et il semble que vous allej: Vous ranger très-humblement sous leur bannière.

« Sans doute on peut se compromettre en heurtant ces personnages comme je l'ai fait; mais les cajoler, ce n'est pas inspi- ÀBI* confiance*..

« Vous conclurez de ceci ce que je vous ai dit dans le temps, c'est qu'on n'écrirait jamais rien si l'on prenait l'avb de tout le monde»..

s Le bon début, celui qui va au fait et qui expose franchement le sujet, c'est la ligne 13, page 2, qui dit : Partout^ tnalgré r accroissement des richesses, la misère du cultivateur et de fouvrier est extrême; début qui prouve à mots couverts que les lumières de Smith et des Say ne sont que ténèbres, s

Fourier avait aussi fait des critiques qui portaient sur le style de l'ouvrage; il y avait remarqué, disait -il, quelques phrases à prétention , l'emploi de quelques mots peu connus ou peu usités.

« Vous me dites, répliquait-il à ce sujet, que M. Désiré * a souri de ce que l'auteur le plus accusé de néologie vous a repris de néologie. A cela je peux répondre que j'ai hasardé une technologie en ce qui concerne ma science, mais hors de là point de néologie. Par exemple , dans les deux morceaux sur Fénelon et Delille , je me suis tenu autant que possible au style usité. Au reste , brisons là-dessus. L'important est de trouver des fondateurs. »

* M. Désire Ordinaire , dont il est parlé k la page 34.

i)E LA PREMUERE partie. 167

(Note 4, page 104.)

Lettre d'Enfantin à Fourier (1829).

La pièce suivante, qui n a jamais été publiée, que je sache, ne sera pas sans intérêt , surtout pour les lecteurs qui ont suivi le mouvement des écoles saint-simonienne et phalanatérienne. Cette réponse de M. Enfantin à une communication de Fourier accuse nettement les dispositions d'esprit des chefs de Tune et de l'autre école. Des premières lignes de la polém^ue, il ressort ceci : c'est que ni le père suprême de la nouvelle secte reli-* gieuse , ni l'inventeur de l'organisation sériaire de l'industrie ne se plaçaient au point de vue qui leur eût permis de se compreiH dre mutuellement.

Ainsi, M. Enfantin néglige tout à fait l'idée d'une épreuve ]ù* cale , susceptible d'être accomplie avec des gens étrangers à la théorie sociétaire, pourvu qu'ils soient mis dans les oonditioiii qui entraînent l'organisation des travailleurs par groupes et par séries, suivant la méthode de Fourier; celui-ci de son cdté, n'apercevant rien en dehors de l'essai qu'il propose, traite cava* lièrement les doctrines économiques et religieuses des disciple , de Saint-Simon, qui prétendaient convertir le monde par la pré^» dication et l'amener à recevoir la loi des nouveaux pontifes, comme les grossiers contemporains de Moïse ou les peuples crédules du moyen âge l'avaient reçue des théocrates de ces épo^ qnes si différentes de la nôtre.

Fourier raisonne toujours dans l'hypothèse de son essai local d'organisation sériaire, qui doit suppléer à tout, tenir lien de tout, l'exemple étant cent fois plus puissant que les paroles ; Enfantiil n'a en vue qu'une propagande apostolique, destinée à rallier successivement les honunes sous la bannière de Saint-Simon. -«liais place d'abord à la lettre annoncée, les réflexions viendroBt naturellement à la suite :

K Monsieur ,

t Je m'emprasse de vous accuser réception de la note que vous m'avez fait remettre à la rue Taranne mercredi dernier , et de vous remercier de la promptitude que vous avez mise à lire

168 XOTËS

les ouvrages que je vous ai envoyés et que je vous prie de vouloir bien garder. J*ai encore d'autres remercîments à vous faire pour la francliise que vous mettez à critiquer des idées qui, pour nous avoir été données pai* Saint- Simon ^ n*en sont pas moins nôtres aujourd'hui. En les traitant comme vous le faites , vous allez droit au but , sans vous laisser arrêter par les entraves que Yétat civiUsé (je prends ces mots dans l'acception qu'ils ont pour vous) oppose si souvent aux discussions. Cette méthode nous mettra plus à Taise pour discuter, s'il y a lieu, plus profondement que je ne me propose de le faire aujourd'hui. Mon intention est simplement de répondre à quelques passages de votre lettre.

» Et d'abord, pourquoi existence physique et morale? Parce que , dites- vous , c'est par le physique qu'il faut conunencer. II me semble que pour que l'on commence à faire une réunion sociétaire , il a fallu nécessairement qu'un homme en ait eu l'idée , se soit passionné pour elle , l'ait examinée sous toutes ses faces , s'en soit nourri moralement pendant trente années. Je dis plus , cet homme lui-même , pour déterminer le mouvement physique , cherche à agir sur des esprits; il cherche à communiquer à d'autres les désirs qu'il éprouve de voir Vétat civilisé disparaître , sinon immédiatement, du moins peu à peu : il veut, en un mot, faire l'éducation morale d'une première série fondatrice de la société décivilisée : et je pense que cet homme, que vous. Monsieur , avez raison de commencer par le moral ; car c'est dans Xétat civilisé, barbare et sauvage qu'on voit les hommes agir sans savoir, sans aimer ce qu'Us veulent faire.

» Ce raisonnement s'applique également à la critique que vous faites de l'entreprise gigantesque de Saint-Simon , comparée avec la petite entreprise qui n'exige qu'un tiers de lieue carrée, etc.

s Vous pensez sons doute que votre premier essai d'application de la doctrine sociétaire ne resterait pas longtemps unique , qu'il servirait d'exemple entraînant pour les voisins , puis ensuite pour toute la société civilisée barbare, qui trouverait un pareil spectacle fort agréable , et voudrait à son tour monter sur la scène. C'est-à-dire que , suivant vous , une doctrine , quand elle peut se réaliser et donner en miniature l'image de la société entière , doit être immédiatement appliquée dans tous ses détails :

DE LA PREMlËjlË PARTIE. 169

ce qui suppose que l'hoinme qui Ta conçue sait pai*faitement tous les moindres détails d'exécution ; or ceci est une prétention bien plus gigantesque que celle de Saint-Simon. Avant qu*une docti'ine puisse se réaliser , avant , par exeihple , que le christianisme ait pu recevoir une application politique ou sociale un peu large , il faut que cette doctrine soit élaborée par toutes les intelligences supérieures de la société, qui disposent, par contre-coup, celles qui sont moins fortes à Tadopter et à en favoriser Texécution. Vous direz peut-être que TEglise s*est bien vite constituée dans les premiers temps du cliristianisme , mais ceci confirme préci» sèment ce que je vous ai dit tout -à Theure ; car sa constitution ava|t complètement d'abord le caractère moral ou spirituel , qui a toujours prédominé depuis dans son sein. Remarquez que je n'examine pas ici si la morale des premiers chrétiens était bonne ou mauvaise , je réponds seulement à votre opinion snr Tordre dans lequel ces mots, physique et moral, doivent être employés. Et j'ajouterai encore sm* ce sujet une preuve qui me parait et qui vous paraîtra surtout très -convaincante. Ne vous occupezvous pas, Monsieur, de former des séries passionnées, et ne critiquez-vous pas les hommes qui croient que la morale consiste à maîtriser les passions des enfants , tandis que vous dites qu'il ne s'agit que de leur donner les moyens de les développer? Si je ne me trompe , tout le mécanisme de votre éducation consiste à étudier les dispositions, les goilts , les passions des enfants, et à leur fournir les éléments d'activité de ces passions. Or cette étude est la science de la tnorale tout entière , soit pour celui qui surveille l'enfance , soit pour l'enfance même , puisque celleci apprend, par la manière dont on se conduit avec elle, comment elle devi*a se conduire elle-même quand elle aura atteint l'âge de virilité. Vous commencez donc par l'enseignement de votre morale et vous vous servez pour cela de pois, de laitues et de poires, comme les chrétiens se servaient des tableaux de Raphaël , des chants de l'église , de la pompe du culte , et si vous voulez aussi du fouet. Que vos moyens matériels vaillent mieux ou moins que les leurs , c'est ce que je n'examine pas ; je veux seulement vous faire voir que vous procédez en observant la même filiation du moral dJi physique. On a cru autrefois qu'il n'était pas bien qtae l'homme mangeât toutes les pommes qui se

présentaient à loi , on a pensé qu'il devait se rendre , de bonne heure , maître de ses appétits , on lui donnait en conséquence le fouet quand il avait une indigestion. Vous , Monsieur , vous profitez de son goût pour les pommes pour les lui faire cultiver. C'est très-bien, mais vous voyez que le goût, la passion précède Facte ; et de plus , que , si Von veut que cette passion soit satisfaite, il faut Téclairer et lui apprendre comment elle doit agir. Cest-à-dire , en deux mots , qu'il faut étudier les goûts ou le inoral de l'enfant, éclairer ensuite son intelligence en lui évitant les longues et funestes expériences dont on connaît les dangers, ce qui constitue son éducation intellectuelle ou instruction, et lorsque tout cela est fait , son éducation est achevée , il peut agir physiquement en connaissance de cause et de but,

s Je me suis servi de quelques mots , pois , laitues , poires et pommes qui sont venus involontairement sous ma plume, et que je vous prie de ne pas regarder comme des plaisanteries déplacées dans une discussion sérieuse. Ma critique de l'ouVrage des séries passionnées ne portera pas sur de pareils mots, que je n'envisage que comme des moyens que vous avez jugés plus populaires et d'une compréhension plus facile. Je crois devoir Voué dire ceci , Monsieur , parce que j'ai éprouvé en lisant votre note le sentiment que je réclame de vous quand vous lirez cette lettre. Quand je vous ai vu vous servir avec quelque plaisir de ces mots, boutiquiers, rues Saint-Denis et des Bourdonnais, etc. , je n'y ai vu qu'une erreur , forte il est vrai , mais non une plaisanterie de votre part, et si j'ai trouvé tous les légumes et tons les fruits dans votre ouvrage , vous avez pu et dû voir des épices dans ceux de Saînt-Simoué

t Arrivons à choses plus importantes \ plaisanteries ou non , laissons le jardinage et la boutique , parlons de Thumanité.

» Vous soufitrez , Monsieur; la société où vous vivez votiApue^ la position relative des oisifs et des travailleurs vous irrite ; c'en est assez pour que , de grand cœur , les élèves de Saint-Simon vous donnent la main. Mais vous leur demandez une chose qu'il n est pas en leur pouvoir de donner , vous voulez qu'ils professent dubitativement la doctrine sociétaire. Eh bien , Monsieur, je Irons le répète, rien de plus impossible : les élèves de Saint-Simon ne sont pas plus que vous ne l'êtes certainement dans le doute

•or U doctrine qu'ils doivent professer, et c'est par de longs travaux qa*ils sont arrivés à cette conviction , car Saint-Simon noos a trouvés dans un siècle qui lui prodiguait h lui-^mâme trop de dégoûts poui* que nous o*ayons pas été obligés de vaincre de grlUides répugnances avant d'arriver à lui,

> Notre choix est fait, et la lecture de vos ouvrages n'est pas de nature h changer notre conviction. Pour vous, Monsieur (per* mettes^nous la même franchise que vous avez montrée en par* lant de Saint^imon et de nous-mêmes), vous nous paraissez avoir lu avec une légèreté inconcevable les ouvrages que vous avez en mains : tantôt vous raisonnez comme si nous voulions faire en un jour tout ce que nous annonçons, tantôt, au contraire, comme si noos négligions le temps actuel pour nous repaître d'utopies dans un avenir fort éloigné. Qui vous a dit que nous voulussions mettre le ministère dans la rue des Bourdonnais? Vous dites que les in* dustrieb ont montré leur savoir-faire ; qu'ils ne s'occupent qu'à tromper l'acheteur, etc. Mais de quels industriels parlez-vous? entendez-vous par lÀ ceux des séries passionnées ou ceux d'à présent? car vous aurez aussi des industriels dans le régime sociétaire , un industriel n'étant que l'homme qui modifie la matière pour l'approprier aux besoins de l'homme. Et ces industriels, dont vous vous moquez parce qu'ils prétendent qu'un jour leurs successeurs dirigeront les finances , veulent-ils dire par là que M. Roy , ministre des finances de 1829 , doit se faire remplacer par son épicier et alleif faire des cornets dans le comptoir à la plaee du nouveau ministre? Non, Monsieur, cela veut dire sim« plement que les finances sont administrées d'une manière des» tmetive, quand elles sont réglées, dirigées, exploitées par les hommes qui ne savent que détruire et n'ont jamais rien produit. La parabole n'est pas assez grossière pour qu'un esprit comme le vAtre me parût exiger que j'enlevasse cette enveloppe légère qui couvre notre idée.

» Eh quoi I vous voyez que l'on combat les hommes qui , d'après un principe absurde de petite ou de grande culture , te félicitent ou se désolent de la division du sol , et vous plaisantez ceux qui disent que cette question est subordonnée à la nature des objets et du sol cultivés, et, de plus, à certaines considérations d'ordre social ! Votre intention serait-elle, par exemple, que

tous les travaux de la terre se fissent iDdifTéremment , dans tous les cas; que Ton semât le blé dans des pAts à tulipes, qu'un fleuriste occupât le même terrain qu*un bûcheron? il y a donc, telles circonstances locales étant données , nécessité de choisir entre de grandes et de petites cultures.

* Mais, Monsieur, ce qui nous prouve surtout la légèreté dont j'ose me plaindre, c'est que vous avez laissé passer dans ces ouvrages à peu près toutes les idées capitales d'organisation sociale. En voici une, par exemple, sur laquelle je suis d'autant plus surpris que vous ayez gardé le silence qu'elle choque tout à fait des principes professés fréquemment par vous dans votre ouvrage. Ainsi, Monsieur, vous parlez souvent dans votre ouvrage des riches et des pauvres, des héritages directs ou par adoption, et enfin de tout ce qui constitue l'idée qu'on se fait à notre époque du mot propriété. Les membres de vos séries , les fondateurs , ont des actions qui acquièrent dans leurs mains une plusvalue indépendante, dans le plus grand nombre des cas, de leurs travaux personnels ; ils les transmettent par héritage , ils en disposent comme la société civilisée barbare le fait. Nous, au contraire, nous pensons que la constitution de la propriété d'une nation civilisée barbare ne saurait être semblable à celle d'une société divisée en séries passionnées sociétaires; je prends vos termes, car ils peuvent, à la rigueur, fort bien rendre nos idées , et que l'association ne peut exister entre ces séries que dans le cas où l'on n'a de jouissances que celles qu'on obtient par son travail personnel; ainsi plus de transmission par droit de conquête militaire, mais par droit de conquête pacifique; plus d'héritage par droit de naissance, mais par droit de capacité,

« Que cette idée vous choque , c'est ce dont je ne doute pas , puisque vous ne l'avez pas encore examinée ; mais que vous ayez pu passer cent fois à côté d'elle (si vous avez lu cent pages saintsimoniennes) sans vous en apercevoir, c'est ce que je ne conçois point'

» An reste votre méthode opérera , dites-vous , sans chicaner ni ministres ni prêtres , sans s'emparer des finances de France , sans persécution contre ceux qui l'emploieront, sans irriter la cour ot sa garde , etc. , etc.

« Mais, Monsieur, vous qui étudiez les penchants humains , o&*avez-vous vu que les hommes, intéressés à soutenir la barbarie civilisée , n'ont pas un penchant très-prononcé à se mettre en colère quand on leur reproche leurs méfaits ? Je suis convaincu que vous-même , Monsieur , vous serez obligé d*ezercer quelque empire sur certains penchants que tous les hommes éprouvent quand vous verrez la manière dont je combats ce que vous appelez sans doute le comble des découvertes humaines. Certes je suis loin de dire que vous puissiez en ressentir de la haine ou de la colère contre Saint-Simon e( contre sa doctrine ; mais avouez que vous serez et que vous êtes déjà disposé à les traiter avec le dédain et le mépris que vous lancez snr Qwen. Et vous voulez que les ministres , les prêtres , la cour et sa garde vous remercient ! Vous ne venez donc pas détruire la barbarie dont ils vivent? Si la vérité peut éprouver contre Terreur les sentimenU que vous avez manifestés à Fégard d*Owen , qne doit donc faire Terreur en présence de la vérité ?

1 Je finis , Monsieur , en vous priant de recevoir mes excuses pour tout ce que vous pourrez juger inconvenant dans cette lettre. Je vous avoue que moi aussi j'ai eu besoin d*un jour de repos , et ce n'était peut-être pas assez , pour répondre à ce qne je regarde comme le jugement précipité , comme Texpression hasardée d'un homme que j'estime, mais qui attaquait ce que je trouve de plus grand, ce que j'admire, ce que j'aime le plus au monde, la doctrine de Saint-Simon. Mallieureusement cette doctrine ne me donne pas, comme aux ministres, connue à la cour et à sa garde, le moyen de vivre grassement sans rien faire ; peut-être , s'il en était ainsi , aurais-je défendu avec plus de chaleur çncore ma bourse attaquée. Que cette considération me serve aussi d'excuse auprès de vous, Monsieur, qui savez combien on pept s'attacher à des idées qu'on croit utiles au bonheur de Thumanité.

« Vous verrez, Monsieur, par cette lettre que j'avais sujet de vous engager à remettre jusqu'à plus ample informé Tentreyue que vous aviez bien voulu me proposer. Je vous le répète , le sentiment dont vous êtes animé , le dévouement auquel vous vous abandonnez établit inévitablement un lien ei^tre les élèves de Saint-Simon et vous ; mais ce n'est pas une raison pour que nous vous proposions d'adopter dubitativement la doctrine de

in NOTES

Saint-SiflAon, Quant à la vAtre, nous adoptoni positivement le sentiment qui vous y a conduit, nous adoptons encore positive^ ment une grande partie de la critique que vous faites de ces agglomérations d'êtres hétérogènes, hostiles, qu'on ose appeler fociétés aujourd'hui; mais nous rejetons tout aussi /7oW(ivMiiefi^ la presque totalité de vos vues sur l'avenir destiné à l'humanité ; nous ne les voyons appuyées sur aucune tendance indiquée par Fétndfi des UÎU humains; nous ne voyons pas, en d'autres tprmes, que le passé annonce cet avenir, ou enfin que l'un soit le came ou le gxri», de V effet ou du niurr que vous attendes, t

liée obiervationa contenues dans cette lettre se résument en quelques objections dont je vais successivement examiner la valeur ;

l^ H, Enfantin soutient que , dans FcBiivre de la réforme soci<|le , U faut procéder du moral au physique , et non pas en suivant la marche inverse , conmie le voulait Fourier, dont la conduite enrait d'ailleurs démenti à cet égard la prétention théorique.

L'objection repose sur la confusion de trois choses bien dis* tinctes : VinventUm, Ia prqpag/Uion et Y application d'une doc* trine d'organisation sociale.

La première (l'invention) est une tâche purement intellec* tuelle ; c'est un coup de génie , fécondé par le persévérant eHbrt de la méditation et de l'étude ;

La seconde (la propagation) est intellectuelle et morale; c'est affau«e de talent d'exposition plus ou moins méthodique et de fa* culte de persuasion ;

La troisième (l'application) a aussi à certains égards le double caractère intellectuel et moral , surtout chez ceux qui dirigent l'entreprise et qui ont besoin spécialement d'habileté pratique. Mais elle doit procéder du physique au moral , en ce sens qu'il faut assurer d'abord l'existence du personnel employé à l'opération et organiser les travaux de base , travaux manuels en majeure partie. C'est le Primo vivere, deinde philosophan. Voilà comment Fourier entend qu'il faut commencer par le physique.

Assurément il ne lui est jamais venu dans l'idée de prétendre que ce fût avec autre chose que son intelligence qu'il avait

conçu , élaboré sa Théorie ^ ni qu'il y eût été poussé par une autre cause que ses aUracHons, l'attraction passionnelle étant le mobile unique , suivant lui , de toute l'activité humaine.

Pour mieuK différencier encore les fonctions diverses qui se groupent autour d'une découverte , j'ajouterai :

Oui sans doute , quand il s'agit de faire des partisans à une idée , c'est en premier lieu aux intelligences qu'il faut s'adresser; quand on veut déterminer des actes de dévouement à une cause, à une doctrine , c'est au cœur qu'il faut parier. M. Enfantin dans ce sens a parfutement raison.

Mais pour donner la démonstration pratique d'une invention , d'une théorie, même d'organisation industrielle et sociale, c'est tout autre chose. Il y a ici une expérience à instituer : il s'agit de placer les éléments sur lesquels on opère dans les circonstances exigées par la théorie en question, de les disposer suivant les règles qu'elle indique; et si la théorie est vraie, les résultats prévus par elle devront se produire ; si elle est fausse , les faits viendront démentir ses prévisions , et tout sera dit.

Or quel est le but que poursuivait Fourier? Tout simplement une expérience de son procédé d'organisation du travail par groupes et séries de groupes. Ce but est bien distinct de celui qui consisti^ait à catéchiser les hommes pour leur inculquer tels ou tels dogmes, telle ou telle morale. Jamais Fourier n'a eu la pensée que luf attribue M. Enfantin de « faire l'éducation morale d'une première Série, b Ce qui ressort, au contraire, de sa Théorie, de tout son enseignement, c'est qu'une semblable préparation est absolument impossible. L'état actuel , état de morcellement agricole et domestique , ne comporte pas la distribution sériaire; de plus, former une série ne signifierait rien, puisque, seule, elle ne saurait fonctionner attractionnellement ; ce qui exige la réunion d'un certain n(mibre de Séries. {Voir la deuxième partie de l'ouvrage.)

Pour prouver à Fourier que lui-même suit la marche qu'il blâme chez les disciples de Saint-Simon : a Vous commencez , 1 lui fait observer M. Enfantin , par l'enseignement de votre mo- 1 raie, et vous vous servez pour cela de petits pois, de fruits, de « légumes. «

En occupant les enfants de ces menus travaux qui leur ^lai-

sent, ce n*est pas leur éducation morale que Fonrier a en vue , c*est leur éducation comme travailleurs. Si , grâce à ces exercices corporels , ils sont mieux préservés d'une corruption précoce que la majorité des enfanfs qu'on tient huit et dix heures par jour, cloués sur les bancs d'une classe, d'une salle d'étude , à traduire do latin et du grec, ou bien à entendre et à marmotter euxmêmes de beaux préceptes de morale, tant mieux; ce sera un avantage d'assez grand prix pour recomhiander puissamment la méthode de Fonrier. Mais on n'est point pour cela fondé à dire qu'il enseigne une morale , encore moins la sienne qu'aucune auti*e; car si l'auteur de la Théorie attractionnelle a beaucoup raillé les moralistes sur l'inanité et les contradictions de leurs doctrines diverses , il ne lui est du moins jamais arrivé de leur faire concurrence.

H. Enfantin, qui , en 1829, badinait Fourier sur l'emploi des légomes dans l'éducation de l'enfance , ne s'avisait -il pas deux années plus tard de compléter l'éducation de la famille saint-simonienne , c'est-à-dire d'hommes de vingt-cinq à quarante-cinq ans , avocats , médecins , ingénieurs , capitaines d'artillerie , en leur faisant bêcher, sarcler, arroser son jardin de Ménilmontant, balayer les escaliers, frotter les parquets , cirer les bottes, etc. ?

Le Père suprême ne dédaignait pas, conmie on voit, d'emprunter à l'occasion quelques-uns des moyens préconisés par l'inventeur du phalanstère ; quant à l'application qu'il en faisait , elle lui appartenait en propre. Ceci soit dit sans préjudice pour la bonne opinion qu'on doit avoir de l'intelligence et du mérite de M. Enfantin. Celui qui , dans quelques conditions que ce fût , s'était fait accepter pour chef par des hommes tels que Jean Raynaud, Pierre Leroux, Michel Chevalier, Henri Foumel, Charles Duveyrier, Jules Lechevalier, Abel Transon et autres, n'a pas à craindre qu'on veuille le faire passer jamais pour un homme sans valeur.

L'opposition des tableaux de Raphaël et des chants de l'église aux petits pois de Fourier est une antithèse à effet plutôt qu'une raison exacte et sérieuse. Où M. Enfantin a-t-il vu que l'influence des arts et des pompes religieuses soit bannie du Phalanstère ? Ce n'est certes point dans les écrits de Fourier. On y lit au contraire que chaque Phalange aura son Musée ; qu'il sera fait grand

usage des tableaax dans renseignement et dans l'édocation ; que les cérémonies du culte divin seront célébrées avec plus d'ordre, de magnificence et d*éclat qu'elles n'en présentèrent jamais dans le passé. Au surplus , je doute fort que les ravissantes créations du pinceau des grands maîtres aient beaucoup contribué à développer l'ascétisme chrétien et la foi aux terribles mystères de la déchéance et de la damnation étemelles. Les beaux -arts sont des séducteurs qui entraînent l'humanité sur la route du Phalanstère plutôt que sur celle de la Trappe. — Mais c'est là un point de vue qui ne doit pas nous occuper ici. Je passe à une seconde objection.

9p L'idée de fonder on premier établissement sociétaire qui serait imité de proche en proche , accuse une prétention bien plus gigantesque que celle de Saint-Simon. Elle suppose une connaissance parfaite de tous les détails d'exécution, connaissance qui dépasse la prévision humaine.

En dépit de toute assertion contraire , instituer une commune associée, comme le voulait Fourier, nous paraît chose plus praticable et plus facile que de convertir, comme le voulaient Saint- Simon et ses continuateurs, la génération actuelle, les hommes du dix-neuvième siècle à des dogmes et à un culte nouveau.

Que vent dire , au surplus , M. Enfantin ? Serait-ce qu'en fait d'innovation l'on ne peut rien tenter sans avoir au préalable déterminé de la façon la plus rigoureuse jusqu'aux derniers détails d'exécution ? A ce compte , il n'aurait jamais été rien entrepris depuis que le monde est monde.

Entend-il plutôt reprocher à Fourier de s'être targué d'une puissance de prévision inadmissible en traçant à l'avigice des tableaux de l'ordre sociétaire qui le montrent jusque dans ses dispositions les plus minutieuses ? A la vérité l'inventeur du Phalanstère est allé fort loin sous ce rapport, et peut-être s'abusait-ii sur le degré auquel il est possible de pousser la prévision des détails dans une affaire aussi neuve qu'un, essai d'association. * Pourtant rien n'indique de sa part la prétention que lui attribue M. Enfantin d'avoir tout fixé à l'avance. Il s'en rapporte pour une foule de points aux hommes spéciaux, architectes, agro-

nomes, fabricanU ; il en laisse d'autres à régler, smTant les conjonctures, aux gérants et aux conseils de direction des pliaUnges. Seulement il établit, d'après Vétude approfondie de la nature passionnelle de Thomme , les conditions essentielles du régime sociétaire^ C'est ainsi que celui qui le premier conçoit l'emploi d'une force naturelle, de la vapeur, par exemple, peut fort bien affirmer qu'en dehors de telles et telles conditions il n'y a pas de mécanisme à vapeur possible. G^ qui «erait insenié de sa part, ce serait de vonloiir assigner àa prime abord toutes les applications dont sera susceptible la forcf nouvelle. Foorier n'est jamais tombé dans cet excès de présomption.

3<» L'auteur de la Théorie sociétaire aurait demandé aux Saint- Simoniens une chose qui semble asses étrange en «ffist; c'est de professer dvbitativemeni sa doctrine.

n y H certainement ici qnelque inexactitude dans les termes, Foorier ne demandait pas aux Saint ••Simoniens àeprqfesser sa doctrine. Ce qu'il voulait d'eux , c'est qu'ils l'aidass^t de leur crédit , de leurs moyens divers à monter une entreprise d'essai en assoeiation. Sans partager la confiance de l'inventeur dans son système , on pouvait raisonnablement lui prêter cette assiatanca. N*est-ce pas ainsi que, naguère^ H. Considérant souscrivait pour la banque d'échange de If. Proudhon , sans adopter pour autant les principes sur lesquels elle repose?

40 Une des opinions accréditées dans Técole saini^imonienne , c'était que tout irait pour le mieux si les rênes de l'administration, et particulièrement la gestion des finances de l'Etat , se trouvaient remises aux mains des banquiers, des négociants, des fabricants. A cette vue , dont l'expérience a montré depuis toute la vanité , Fourier opposait, entre autres raisons, les pratiques et mancenvres peu loyales qui sont trop communes ches les industriels. Sur ce , on lui demande à quels industriels il fait allusion et s'il entend parier de ceux des Séries passionnées. Inutile de ré» pondre à une pareille question, qui prouve asseï que l'auteur de la lettre n'avait pas encore étudié à fond les dispositions de ca régime sériabre où les tromperies oonuneroiales n'auraient plus ni motif ni possibilité de se commettre.

5» Pas n'est besoin davantage de défendre l'homme de la j^opiihnne et de la variété contre la supposition d'avoir voulu un

DE LA PREinÈRE PARTIE. 179

seul et même mode de culture sans égard pour la diversité des terroirs , des climats , des produits.

6® Mais voici Fénonnité, le côté vraiment rétrograde ehei Fourier. Il admet qu'au Phalanstère il y aura encore des Hchet et àei pauvres.

Richesse et pauvreté relatives , c'est-à-dire inégalité des foi^ tones, oui. Mais Fourier n'entend pas quil y aura, comme dan» la société actuelle, des indigents, des mendiants , des porte-hall-» Ions; le plus pauvre des phalanstériens aura toujours la garantie des premiers besoins de l'existence et d'un travail conforme à ses goAts et à ses aptitudes*

Vous admettez aussi, reproché-t-on à Fourier, la transmiiMoil héréditaire des biens et tout ce qui constitue l'idée de propriété.

Voilà un témoignage dont nous sommes heureux de prendre acte en faveur de Fourier. Oui, sa Hiéorie maintient la propriété individuelle et Fhéritage , dans ce qu'ils ont de légitime , en les dégageant de ce qu'ils offrent encore aujourd'hui d'abusif, de ce qui par conséquent soulève contre ces deux droits une hostilité redoutable.

Au reste, les anciens chefs de l'école saint -simonienne, si l'on en juge par l'attitude qu'ils ont prise depuis quelques années , sont bien revenus de leunf répugnances à l'endroit de la propriété individuelle et de l'hérédité. Combien d'antres institu-* tiens et coutumes, beaucoup moins justifiables, de la société civilisécf de cette Bocïéié fétùie qui leur soulevait le cœur autrefois, avec lesquelles ils se sont pourtant réconciliés depuis ! Gomment se fait-il que beaucoup d'entre eux adorent aujourd'hui ce qu'ils voulaient alors brûler? Les temps actuels sont-ils donc si diffé-^ rents de ceux-là? Les misères du peuple, dont les apôtres de la rue Taranne et de la rue Honsigny traçaieni des tableaux si pa<^ thétiques et si sombres, ont-elles donc disparu du monde où nous vivons? Cet antagonisme de tous les intérêts , ces désastres d'une concurrence sans règle et sans frein qu'ils signalaient, qu'Ile déploraient avec tant dWertume, ont- ils donc cessé d'afOiger leiurs regards, que les voilà devenus, quelques-uns du moins ^ les apologistes du Laissez /aire, laissez passer, contre lequel il» n'avaient point, dans les temps que nous rappebns, asses d'anathèmes?...

180 \OTES

Cette réflexion qui s'cièvc malgré moi dans mon esprit, quand je rapproche la politique du Globe de 1831 des doctrines économiques professées en 1849 au Collège de France, cette réflexion, il est juste de le dire, ne s'applique pas à tous les anciens membres de la famille saint -simonienne. On en pourrait citer plusieurs qui n'ont jamais mis en oubli la devise de leur maître : Toutes les institutions sociales doivent avoir pour but l'amélioration morale , intellectuelle et physique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, Genx-ci sont toujours dans les rangs des hommes de l'avenir ; les autres , conmie les apostats de tons les temps, sont retournés vers les hommes dn passé, et ils calomnient les continuateurs de l'œuvre généreuse qu'ils ont délaissée!

J'arrive à une autre observation de la lettre de H. Enfantin , observation mieux fondée que les précédentes , je suit tout disposé à en convenir.

M. Enfantin fait voir très-spirituellement à Fourier que c'est bien à tort qu'il se flatte d'opérer la rénovation sociale sans rencontrer d'obstacles de la part des privilégiés, gouvernants, prêtres, propriétaires, etc.

Hélas! il est trop vrai, l'expérience parle ici dans le même sens que le Père suprême. La Théorie sociétaire a beau garantir aux privilégiés , soit la conservation des avantages dont ils jouissent, soit un ensemble de compensations au moins équivalentes, cela n'empêche qu'ils ne la voient guère d'un meilleur oeil que les auti'es doctrines socialistes , moins soucieuses de concilier le respect des droits anciens avec la reconnaissance des droits nouveaux.

Parce que ses plans ne portent en réalité atteinte à aucun des intérêts existants à titre légitime dans la société actuelle , Fourier ne s'en faisait pas moins illusion , quand il croyait que ces mêmes intérêts ne se dresseraient pas contre lui. Les intérêts sont égoïstes et aveugles ; leur première tendance , surtout après des crises comme celles que nous avons traversées, est de traiter tout novateur en ennemi. Le réformateur phalanstérien n'échappe pas plus qu'un autre à cette proscription commune , en dépit de son équitable et impartiale devise : Répartition proportionnelle

1)K LA PKK.\liKRK VAIŒK, 18i

au capital f au (racail et au talent. Des temps plus calmes vicudronl, il fant Tespérer, où les possesseurs de la richesse, remis des frayeurs qui troublent aujourd'hui leur jugement , examine* ront avec plus de sang- froid et avec moins de préventions les diverses théories d'amélioration sociale qui se sont produites de nos jours.

Encore un point pour clore cette polémique rétrospective. — Serait-il vrai, comme le prétend M. Enfantin dans le dernier paragraphe de sa lettre, que les vues de Fourier, par rapport à l'avenir, ne fussent appuyées sur aucune tendance indiquée par Tétude des faits humains dvis le passé ?

Que Ton compare entre eux les systèmes historiques des deux écoles saint -simonienne et phalanstérienne , et Ton verra lequel est à la fois le plus complet et le plus conforme, soit aux trtdi-* tiens primitives de Thamanité et aux monuments authentiques de rhistoire, soit à l'observation elle-même.

D'abord, le système de Fourier embrasse toute la carrière so« ciale du genre humain , partagée en quatre grandes phases qui correspondent aux quatre phases ou âges principaux de la vie individuelle : enfance , jeunesse , virilité , déclin. Puis chacune de ces phases est elle-même divisée en périodes parfaitement distinctes dont chacune a son type , non-seulement dans les sociétés des temps antérieurs , mais encore dans les sociétés qui se partagent aujourd'hui même la surface du globe. C'est ainsi que i'érudit, en fouillant les annales dés peuples, et le voyageur, en fiarcourant les diverses contrées de la terre, peuvent reconnaître également l'un et l'autre des spécimens de tous ces états sociaux que Fourier a classés , depuis la Sauvagerie jusqu'à la Civilisa^ lion. Qu'est-ce , aupi*ès de cette analyse profonde qui dissèque ensuite chacune des périodes sociales et eu met à nu les éléments distinctifs, en signale méthodiquement les caractères soit permanents , soit transitoires ; qu'est-ce que la vague division de l'histoire en époques critiquées et en époques organiques, telle que l'avaient établie Saint-Simon et son Ecole ?

Si Fourier méconnaissait la tendance réelle de l'humanité , les Saint-Simoniens commettaient la même erreur. XMnscrivaicnt-ils pas, eu effet, à son exemple, sur leur drapeau, ces mots : AssociATiox UNIVERSELLE? La dissidence entre les apôti'cs de la rue

fit XOTëS

IfoiiMgiiy et rinventeur do Phalansière portait aBiquemeat sur lei moyens à mettre en usage pour réaliser rassociaitioii. Les premiers prétendaietit y arriver par la prëdicatioa d'une religioa WKiveUe; k second par la fondation d'établlsÉements agricoles •i iadnsiriek qui montreraient Faccord de tous les inténftts an* jourd'hui divergents , ainsi que la puissance féconde do travail sociétaire.

De quel eété se trouvait-on dans le vrai? Fourier, tant qu'il a vécu, et après lui' ses -disciples, ont toujours persévéré dans U wâme vom; les chefs du Saint-Simotiisaie, au contraire, et le contradicteur de Fourier en particulier, ont quelque peu abau* doBtté, ce me semble, TapoMolat refa'gieux pour s'occuper d'entreprises industrielies, dtose doiit je -suis loin, pour mafiart, de leur (aire un reproche; je les en féliciterais pjtutdt, et d'au* teBt plut volontiers qu'ik passent pour ^'y avoir pas mal réusii. Quoi qu'il en soit, il y a lieu de confttater que, ce faisant, lls^ se rapprochaient de la méthode par eux critiquée ches Fourier : priorité du phynqne sur le moral; ce qui , bien entendu, ne vent dire en aucune façon supériorité ou prédominance du physique. On commence on édifice par les fondations, en eni* ployant les matériaux les plus grossiers; on termine par les décorations, qui sont dues au concours de tons les arts les plus délicats et les plus sublimes.

Je ne veux pas ùair sans rendre hommage au ton de courtoisie qui règne dans la lettre de M. Enfiuitin et qui contraste , fl faut biea l'avouer, avec Tâpreté de quelcpies^unes des critiques de Fourier à l'encontre des Saint-SiiQoniens.

(Xotc5, page IM.)

Voici quelques autres portraits de Fourier qui suppléeront k l'insuffisance de celui que j*ai moi-niéme essayé de trac e r.

Le premier est de ta main d'une femme qne l'amitié unit à Fourier pendant les six dernières années de sa vie, et an sujet de laquelle il écrivut, le 9 février 1852 : a Tai fait connaissance 1» avant-hier d'nne très-aimable Ascîple , madame Lacombe, de- 't. moiselle €onrvoisier ; c'est une Bisontine. « Cette dame est en H!et la *ceor de feu M. Conrvoînîer, qui a été garde des sceaux sous

DE LA PREmèRE PARTIE. ilS

ClMrlM X. Usa lettre qu elle a pubUée dutt la Phoiattge d» i«' juillet 1838 dépeint ainû Fonrier :

tt Son extérieur était empreint d'une ineffable bonté : «n emm tbousiaime tout divii^ animait spontanément eette attitade freide et méditative de i'bomme qae rien n'étonne , parce qo'U a tott prévu; qui ne redoute rien, parce que kon de lui il ne vit qu'en Dieu; et chacun des traits de sa personne répondait à la dignité et k la simplicité de l'ensemble. A son âge de soisante^^nctr» ans, Sjçs cheveux blancs , légèrement ondulés, formaient eomme une claire couronne sur sa tête large et d'une harmonie parfaite; son œil bleu, perçant et profond, lançait; parfois un regard doal la sévérité d'énergie devançait celle de la parole. Son nei im peu arqué complétait l'expi^ssion de ses lèvres fines et la coupe d'une bouche annonçant des passions diverses et fortement pro* Boneéea! Toute sa physionomie tranchée et saisissante , où l'activité de l'âme et la puissance du génie resplendissaient tour à tour à travers l'irritation profonde et le calme imposant, révélait au premier "abord l'homme en lutte avec son siècle, mais.marqué du doigt de Dieu pour les siècles à venir. C'est sous ce dernier aspect, y joignant tout ce que le caractère de l'homme de bîeft peut offrir d'aSmable, que Fonner se manifestait à ceux qui le comprenaient et l'aimaient. Sa conversi^on vive et animée» qm répondait à tout et expliquait tout; cette afTabilité, expressioa toujours vraie de ses sentiments; cette large bienveillance, cette indulgence qui avait sa source à la hauteur même de son génie, reflétaient en mille traits' lumineux ses iftfinies perfections t

Dans le Siècie du 16 octobre 1837, M. André Delrieu dit au sujet de l'auteur de la théorie sociétaire :

a Fourier était un vieillard petit, maigre, au front de Socrate ; toutes les facultés supérieures de l'esprit et de l'âme se trouvaient accusées dans les lignes de sa physionomie par les coa* tours irréprochables de sa tête. Si le portrait de Gigoux est «le totie irrésistible et fière devant laquelle, au dernier saleo, les plus railleurs s'arrêtaient avec enthousiasme, qu'auraient-ils donc fait à l'aspect du modèle , type singulier et fort dont la reproduction manque à l'œuvre de Léopold Robert? Dans les yeux de Fourier , où brillait incessamment un feu fixe et abstrait , où le désespoir du penseur inconnu perçait à travers les continuelles

tR« \OTES

prIoiGCiipalions de réconomisle, on lisait tant de niallieur, tan^ de persévérance, tant d'éJcvation^ qôe hien avant de le connaî(i*c^ on se doatait de son génie. » -

' M. X. Marmîer raconte de* la manière saivantc nne visite qo*it fit à Fourier^ peu de temps après la révolution de juillet :

« Eu ln*étayant du nom dé M. Considérant , je fis demander à 11. Fourier^nn moment d'entretien; il vint lui-même le lendemm m'apporter une lettre' pour m'assigner Theurc à laquelle il serait chez loi. Je fus exact au rendez -vous. J'entrai rue hichelien, n» 43 bis.,. Je montai cinq étages; c'était peu pour moi, mais c'est bien haut pour le vieillard. II. Fourier était assis de-» Vaiit sa cheminée, en cravate Llanche, en petite redingote hleue; ^a mise est celle de l'homme qui a peu de souci de ce que prescrit la mode , jnais qui a cependant une ouvrière pour blanchir son linge et un domestique pour brosser ses habits. La figure de H. Fourier est belle et intéressante; des cheveux d'uu blanc d'argent tombent sur son front et l'encadrent sans le voiler; ses grands yeux bleus possèdent nne vivacité et une expression de regard conune j'en ai peu vu ; le caractère distinct de sa physionomie est celui de la méditation. Sans le ccyinaitre , on pourrait dire, en rapcrce.vai^t, qu'il ne doit pas être confondu dans le vulgaire, et l'œil de l'observateur n'a pas de peine à découvrir, sur ce visage fin ct:spirîtuèl, sur ce front large et bien arrondi, le reflet d'une âme peu commune.

« J'expliquai à If. Fourier l'objet de ma visite ,* et il se hâta de me parler de l'ensemble de son système.... «

(France IHtêrfnre, tom. II, 5^ liv. (1832).)

[ (Xote 6, page 143.)

Répugnance de Fourier pour les rapprochements entre sa ' Théorie et d autres doctrines. Son opinion sur la scier ce des Anciens, Citation de Bacon sur le même sujet.

u Pelley, 10 février 1817.

«... Vous jnë parlez des moyens de concilier, ma Théorie avec celles de divei*ses sectes sans compromettre leurs doctrines, sans. supposer une rétractation de leur pari. Toutes ces que-

m LA PRRMIKRK PARTIE. 185

relies de dogmes ne sont pas le point essentiel. Laissons la forme et occupons -nous du fond. Qnek sont les résultats de leurs sciences depuis trois mille ans? L*indigcnce , la fourberie , l'oppression et le carnage : dès lOrs ^ si je me concilie avec ces doctrines , je donnerai donc les mômes résultats. Il n'en sera rien..... »

tt Quand vous voudrez analyser brièvement la coïncidence des auteurs anciens ou modernes avecla Théorie des destinées, appliquez-leur la pierre de touche (|ul décide subitement si Far est bon ou faux»; examinez -les d'abÔrd sur Taccord avec Dieu dont^vous connaissez les propriétés- :

! L'Universalité de providence ; La Répartition proportionnelle ; L'Économie de ressorts ; Propriété collective: — L'Unité de système.

1» Admettent- ils l'Universalité de providence? Non, ils ne croient en Dieu qu'à demi, puisqu'ils ne cherchent pi|s le eode social qu'il a dû nous donner > et qu'ils. croient cette fonction réservée aux hommes^ à l'exclusion de Dieu.

âo Admettent-ils la Répartition proportionnelle? Non, car ils veulent entretenir la Civilisation , qui n'observe en aucun sens l'équilibre de répartition selon les trois facultés, travail, capital et talent , et qui n'admet pas même la concession du minimum.

3'^ Admettent-ils l'Économie de ressorts? Non, car i]& vantent comme industrie louable l'état civilisé et barbare qui fait travailler par contrainte ou crainte de famine, ci ils vantent comme nature l'état sauvage qui .ramène à l'inertie. Ils n'ont donc aucune notion du ressoi't économique et divin, l'Attraction qui entraînerait au ti'avail le riche comme le pauvre, l'esclave comme le libre, le ^sauvage comme le civilisé.

4" Enfin se rallient-ils à l'Unité de système? Nullement, puisqnc , voyant l'Attraction suffire à diriger les mondes en hariQO* nie , ils ne songent pas à jncttre en jeu le même agent pour harmoniser le monde social et coordonner le matériel et le passionnel à un même système.

Voilà donc des.gen^ hétérodoxes avec Dieu sur toutes les propriétés fondamentales dont l'admission conduit aux études utiles. Qu'importe après cela qu'ils soient orthodoxes sur quelques

poinlf aceêssoirei de doctrine, sar la partie 4»traite qni, ne t'appliqaant pas à rindnttrie, ne «ert à rien pour condoire rbonmie à. sa destinée et devient notion inutile, même en cas de snccès , si on ne sait pas la rallier aux trois propriétés de I>iett appliquées à Tordre industriel î

Ce n'est pas de la science qu'il faut, c'est du bonheur, qui ne pent naître que de Torganisation de l'industrie conformément aux vues de Dieu ; et si Mobe qu Thant ont attrapé dans l'étude de k nature quelques lambean de la partie scientifique , ils n'en •ont que plus coupables- de n'alroir pas continué et passé à l'utile. — Cette branche utile était l'étude synthétique de F Attraction et la formation des Séries ou 3* foyer d'Attraction...

Chacun choisit dans une science la branche qui lui piaf t. Si vous préférez la partie abstraite, les notions qui n'ont pfis de rapport à l'industrie et an bonheur social, au moins. considérez-lés pour ce qu'elles sont, pour accessoires insignifiants , et- gardezvous de croire que tels auteurs aient eu quelque idée saine du Dieu aeUf, quand ils n'ont rien étudié de l'Attraction qu'on peut appeler Dieu en action; au Heu de voir une foule de mérites dans ces auteurs anciens, voycz-y d'abord le tort principal, celui de faire de Dieu -un être passif et nul dans la régie du monde social , régie qui est sa plus haute fonction , puisque le mouve« ment passionnel est celui auquel sont subordoimés les quatre antres.

Les anciens, pour avoir eu sur Dieu des préventions si injurieuses , sont déjà suspects de n'avoir rien découvert sur ce qui le concerne, et, tout en leur accordant quelques perceptions fortuites sur le /mi^^ seulement, on doit être fort sobre d'éloges et se garder de leur concéder une aptitude à expliquer les lois de la nature : leurs succès partiels prouvent au contraire qu'ils ont abusé des dons de l'instinct ou dd génie, pour se jeter tous dans les études abstraites et inutiles, écart qui interdit toute apologie de ces esprits faux , abeurtés tV envisager Dieu en sens passif et jamais eu sens actif.

J'explique son essence coniradictoiremcnt à. eux tous... Ils eu font un être simple et j'en fais un' être composé , et à coup sûr j'opine selon le droit sens. Mais tout cola n'est qu'accessoire; qu'importe son essence? Qu'il soit, si l'on vont, le solivoan que

DE LA PRRllIÈllR PARTIR. 1S7

Jupiter donna aux grenonilles , pourvu qnc nous expliqulona Teiçrcice de ses facultés en actif» et d*abord VUhhersaUté de providence, ta confection et révélation du code social d*harnio* nie , sans lequel Dieu nous deviendrait inutile. «

Les jugements de Fourier sur les anciens paraîtront bien liw révérencieux. Je ferai observer qu^ils diffèrent très- peu de celui que portait Bacon lui-même, cette grande autorité désormais hors de conteste, Thommc à la méthode duquel on rapporte avec raison la constitution et les progrès modernes des «ciences physiques , mais dont les sages préceptes n'ont jamais été suivis en matière sociale. Il est^certain que les principes de logique scientifique établis dans le Novum organum n'ont point encore été appliqués aux sciences morales et politiques, si ce n'est par l'auteqr de la Théorie sodétuire. — Voici l'opinion du chancelier Bacon sur la science antique, qui était à peu près toute celle de son temps. Le passage qsî suit est te commencement de la préface deVInstauratio magna :

c Les hommes nous paraissent ne bien connaître ni leurs for* ces ni leurs richesses , mais se former une trop haute idée des dernières et présumer trop peu des premières : et c'est ainsi qu'attachant un prix insensé aux connaissances admises, ils ne dierchent rien de plus, ou que, se méprisant eux-mêmes plus qu'il ne convient, ils s'épuisent dans des bagatelles et n'essaien pas leui's forces dans ce qui mène au vrai but. Aussi les sciences ont-elles en quelque sorte leurs colonnes fatales , leur non plus ultra, les hommes n'élant excités à pénétrer plus avant ni par le désir ni par l'espérance. Or , comme l'opinion exagérée qu'on a de ses richesses est une des plus grandes causes d'indigence , et que par confiance dans les moyens acquis on néglige les vraies ressources de l'avenir, il est à propos et même tout à fait nécessaire, dès le début de cet ouvrage, d'enlever (et- cela sans ambages et sans dissimulation aucune) Texcès d'honneur et d'admiration qu'on accorde aux choses jusqu'ici inventées , afin que , grâce à cet avertissement , les hommes cessent d'apprécier et de vanter outre mesure Fabondance et l'utilité de ces prétendues inventions. Car si l'on regarde d'un peu près à toute cette variété de livres dont les arts et les sciences sont si fiers , on y trouvera

188 \()TKS

parlout (les l'épélitious sans fin do la même chose , ne différant que par la forme, mais dont Vinvcntion sVtait saisie depuis lon<][temps ; en sorte que toute cette abondance qu'au premier coup d*œil on avait cru y voir se réduit,, après examen, à bien peu de chose. Et quant à Futilité, il faut dire que toute cette sa(][esse« que noos avons puisée principalement chez les Grecs, n'est qa*nne sorte d'enfance de la science , et qu'elle a cela de commun avec les enfants que, prompte à babiller, elle est impuissante à encjendrer faute de maturité e\ de force. Féconde en controverses, elle est stérile en œuvres; de façon qu'on peut appliquer à Fétat des lettres tel qu'il est, ce que la fable raconte de Scylla, qui avait la voix et le visage d'une jeune fille, mais qui, à partir de la ceinture, était entourée de monstres aboyants, faisant corps avec elle. De même, les sciences auxquelles nous sommes accoutumés offrent certaines généralités spécieuses qui flattent au premier coup d'ceil; mais vient-on ensuite aux particuhiriés, et à ce qui est comme les parties de la génération, pour en tirer des fruits et des œuvres, alors s'élèvent des disputes bruyantes : c'est à quoi elles aboutissent, c'est là tout ce qu'elles savent enfanter. De plus, si de telles sciences n'étaient absolument mortes , eût-il été possible qu'elles restassent ainsi durant plusieurs siècles comme clouées à la même place, et qu'elles ne prissent aucun accroissement digne du genre humain? et cela au point que non-seulement Vassertion demeure assertion, mais même que. la question demeure question ; que toutes les discussions, au lieu de la résoudre ne fassent que In fixer en place et la noun'ir , et que le tableau de la succession et de la tradition des sciences ne représente que les personnages d'un maître et d'un disciple, au lieu de celui d'un inventeur et d'un homme qui ajoute quelque chose de notable aux découvertes accomplies. Cependant nous voyons que le contraire a lieu dans les arts mécaniques ; ces arts , comme s'ils étaient pénétres d'un certain souffle de vie , croissent et se perfectionnent de jour en jour... La philosophie, au contraire, et les sciences intellectuelles, semblables à des statues, sont encensées et adorées, mais ne font aucun pas en avant, t

Puisque je viens de citer Bacon , c'est le cas de rapporter ce que Vourier dit quelque part de ce profond et méthodique peu-

DE LA PREMIERE PARTIE. im

sent*, qu*ott nomme le père de la philosophie moderne, mais qof répudierait certainement la paternité d*une science aussi creuse et aussi vaine pour le bonheur des hommes, que cette idéologie abstruse à laquelle on a voulu réduire de nos jours la philosophie. Au surplus, lorsqu'il s*élève contre cette prétendue science, Fourîer a bien soin de' distinguer et d'excepter de Tanathème les sages principes établis par quelques philosophes : Reprendf*e les idées à leur origine ; eopplorer en entier le domaine de la nature; croire que tout est lié dans Vvnivers, etc. k J'ai- fait, dit Fourior , pour l'honneur de ces principes , beaucoup plus que n'auraiept osé exiger leurs auteurs mêmes , et je serais le seul homme fondé à prendre le titre de philosophe , si ce nom n'était déshonoré par l'abus qu'en ont fait les sophistes, qui l'appliquent indifféremment aux grands génies comme Newton, et aux démagogues tels que Marat. :> ( Sommaire du Traité de l'Associa' tion, chap. III, p. 1431, l"^' édit.)

C'est dans le même écrit , deux pages plus loin , que Fourier parle de Bacon ainsi qu'on va voir. Mais il est nécessaire de prendre la citation quelques phrases au-dessus de celles où il est question de Tinmiortel auteur du Novum Organum Scientiarum. Ces quelques lignes de préambule offriront d'ailleurs, quoique dans' yn autre genre, un intérêt particulier, et répareront une omission de notre récit biographique.

t L'inadvertance à déplorer dans ce genre d'inventions ( inventions des voies d'issue de civilisation ) est celle des architeo-i tes et des économistes, qui avaient dans leur ressort les deux issues les plus naturelles, concurrence réductive ou véridique, et architecture unitaire ou propriété composée. Ce sont les deux voies que j'ai découvertes avant d'arriver au calcul de l'associa*» tion générale. Il y a trente -trois ans que, parcourant pour U première fois les boulevards de Paris , leur aspect me suggéra ridée de Tarchitecture unitaire dont j'eus bientôt déterminé les règles. Je dus principalement cette invention au boulevard des Invalides, et surtout aux deux petits hôtels placés entre les rues Acacias et N. Plumet.

I Peu de temps après je découvris le calcul de la concurrence rédiictivo. Les voies d'association tiennent et acheminent l'une i\ l'antre : je m'étonne que Bacon, esprit éminemment fait pour ce

genre de découverte , ne m'ait pat devancé : il avait bien queU f ne idée de la concurrence réduçtive , loi qui voulait qu'on fît dans chaque profession des livres de garantie ou tabieaox des fourberies usitées. Ce serait un vaste ouvrage, d'après le vol su-» bUme qu a pris chaque branche de fraude commerciale.

« Bacon en sens classique^ ou méthodique , et JiAN-JACQUKa Rousseau en sens romantique, étaient les deux modernes les plus aptes à la découverte des lois du mouvement sociétaire. On peut leur adjoindre , dans l'antiquité , Pythagois , Tun de ces génies pénétrants faits pour t dérober au Destin ses augustes secrets, t Il avait tout entrevu , même le calcul newtonien sur l'attraction; mais il fut, comme la plupart des civilisés transcendants, détourné des bonnes voies parlesprit de controverse qui a perdu Lbibnits et tant d'autres beaux génies. «

II s'en faut que Bacon , sous le rapport de ses vues économiques, ait été toujours apprécié comme il l'est par Fourîer , dans le passage qn*on vient de lire. Aiosi^ l'historien Hume, le philosophe Dugald-Steuart ne témoignent que du dédain et du blâme pour sa tendance à réglementer l'industrie. Le dernier dit, en parlant de Bacon : < Ses notions sur la politique commerciale

V étaient surtout erronées. Il faut sans doute Tattribuer à Topl- « nion trop favorable qu'il avait de Tefficacité des lois dans des

V matières où il eût fallu laisser agir les causes naturelles. > Jugement qui montre bien l'asservissement de l'esprit philosophiqne moderne à Tesprit mercantile. On a laissé agn* ces causes prétendues naturelles, et elles ont produit de beanx résultats! la falsification des denrées, les accaparements, les banqueroutes, Fagiotage, etc. Ainsi les génies du tout premier ordre, Bacon, Fonrier, s'accordent sur certains points, à Fégard desquels se trouvent en dissentiment avec eux des esprits très-élevés aussi, mais d'une portée de vue moins générale et moins vaste , d'une trempe moins inaltérable aux préjugés de leur siècle.

(Note 7, page 146.) Quelques lignes de Béranger,

Peu de temps après la première publication de mon travail sur la vie de Fonrier, mon ami M. Edouard de Pompery, ayant donné

DE LA PREMIERE PARTIE. If i

lai-mêiue , à U euite d'âne expotitMO qu'il avait faite à Breft de la Théorie tociétaîre , oa préeis de la iHographie de Mm auteur dont il envofa un exemplaire à Béranger, re^t de Tilluiire chansonnier une lettre oà celuî-ci disait :

K Je vous reprocherai de n'avoir parcompiëlé f être notice bio* « ^aphique par nu trait de Fourier qui aw semMe le peindre f admirahlenent; c'est cette exactitude avec laquelle, penémt « dix ans , il rentra toujours chez lui k midi , heure de rendes*

I vous qu'il avait indiquée dans ses publications, à rhomne riche 1» qui voudrait lui couBer un milfion pour ériger le pre mier Pha-

II lanstère : rien n'est plus touchant que cette foi si vive et si du» T> rable ! Oh ! que j'aurais voulu avoir un million à lui porter !

> bien que sa science me semble incomplète, et que par lui

> rhomm^ n'ait guère été envisagé que sous le point de rue de

> l'ordre matériel Vous voyez. Monsieur, que, comme vous,

> Je ne me gêne pas pour dire toute ma pensée , même quand il « s'agit de grands hommes... V

Le cfsur de Béranger a parlé dam ces lignes , dans ce souhait surtout : a Oh! que j'aurais voulu avoir un million à lui porter! •

Quant à l'opuion que Fourier n'avait guère envisagé l'homme que sous le point de vue de l'ordre matériel , je ne saurais j souscrire. Sa Théorie a pour base essentielle une étude ptychologi* que, et l'auteur ne va-t-ll pas« à propos d'aisodation agricole, jusqu'à traiter, au graikl scandale des esprits pasitift, la thèse de l'immortalité de l'âmè ! Que faut-il de plus pour écarter du Fourier le reproche de matérialisme ?

Quoi ! vous aussi , po^ , vous qui avez si bien di( :

u .... Le plaiflir à ma philosophie » Rëvèle asseï dei cieux inldligents ; »

ious ne pouvez reconnaître que Fourier se soit occupé des plus hautes questions métaphysiques et morales , parce que , en traitant de Dieu et des destinées ultérieures de l'homme , il n'a pas parlé le langage du séminaire ou celui du Portique ! ËtrMge empire du préjugé , même sur les esprits du premier ordre et sur les jugements les plus droits !

Le billet de Béranger , si bienveillant d'ailleurs et si hunm'abie pour l'auteur de la Tliéorie sociétaire , poturait laimef «t^rift^ «i^^

190 MOTB» /

genre de découTerte , ne m'ait pu deyiBoé : il avait ^' /mainte, que idée de la coocumnce rédndlTe, U fâ fir' ^ |[ ^^^^ dans chaque profeuioo des livrée de gmaliB ^. ^^^^ q,|*ii ,ic fourberies usitées. Ce seraU un vaate awi«|^ .mancière; son Z'/ime qu a pris chaque braiu^ de firiiAjr • .écanisine , brga- » Bacox en sens classiqae^ en- aaîAû^' ^ avance toute par- RoussEAU en sens romanti^ dtaleull g actionnaires ou leurs aptes à la découverte des loia do «M* ^ent chargés, leur adjoindre, dansTantlinîté^ ^* ^ne règle et un point d'honpénétrants faits pour i éènk» ^^^ ^^ conduite tracée par leur Il avait tout entrovn, mkmm *

mais il fut, conmuila fj»^ ^rc de Béranycv, des bonnes vides pw-Ief ''

et tant d^antrea beau ^ *^ '* ^®*® ^"* précède, et comme tcmoi-

/VK/miration et de sympathie pour Béranger, Il s*en faut qnf .v foi offrir un exemplaire de la deuxième ques, ait été té' --'jfrre. ^e qui me valut de sa part une lettre de le passage qr' -^ure inGniment trop flatteuse pour l'auteur, mais sophe Dogr , i^tfuveau Topinion du grand pocto sur Fouricr et pour sa * j/^' A ce titre , la lettre dont m'a honoré Déranger parlant ^^^nent qui se rattache csscntirllcmeut à Tobjct de ce V ëtaif AjMrsphique. Je pense donc qu'elle doit trouver place * "^ ^^njistant l'appréciation par trop élogieuse qu'elle contient ' ' ^^iÊBùi opuscule. Au surplus , le lecteur saura faire, conmoc ge ^'l^la part de l'extrême bienveillance qni est, au su de tout le 9 ^flde, dans le caractère et dans les habitudes de Déranger.

a .4 tHonsieur Pellarin, docteur^médecin.

f MOXSIELR,

« Vous êtes médecin, lous aurez pardonné à un pauvre ina- 9 iude de ne vous avoir pas reçu, bien & son grand regret, le jour ' où vous aves pris la peine de lui apporter votre volume sur "> Fouricr. Mes souffrances étaient si vives alors et ont duré si « longtemps, que ce n'est que depuis peu qdc j'ai pu lire cet ou- « vragr , le plus intéressant et le mieux conçu , à mon gré , de 1» ceux «lui ont été publiés sur le même sujet.

T Je suis grand amateur de biographies; jugez, monsieur, de » la satisfaction que j'ai éprouvée à compléter, grâce à vous. Té-

DE LA PREMIERE PARTIE. im

d'un homme comme Fourier. Il est inutile que je vous juge de mon opinion à ce sujet ; elle pout difTérer un peu Irc y sans diminuer rien à Tidéc que j*ai conçue dii otre maître.

eu raison , monsieur , à propos de ma lettre à y de relever le désintéressement personnel de c, que je ne mettais pas en doute, vous desujet f je vous surprendrais bien , si je vous a toujoui*s pensé que, si Ton eût procuré à Fonrier ..08 de créer un phalanstère complet et sur U plus de échelle , il eût hésité à se mettre à la téfe de la fonda- -dbn. Peut-être même eût-il refusé, non qu'il eût douté de son 1 système (il Teût vu échouer cent fois qu'un pareil doute lui 1 eût été impossible) , mais je crois qu'il se fût senti incapable « d'en diriger l'application. Enfin, je vous demande pardon de le I dire, monsieur, c'était un savant et non pas un apôtre, un « philosophe et non pas un pasteur d'hommes. De là peut-être « le peu de soin qu'il prit de se faire comprendre du commun s de ses contemporains. Quanta moi, je le confesse en toute hu- 1 milité, il y a treize ans, les ouvrages de Fourier étaient aur dessus de ma portée, et, sans MM. Transon et Lechevaller,

V j'aurais été condamné à ne pouvoir me rendre compte de la ^ partie scientifique de son œuvre, beaucoup plus compliquée « d'ailleurs qu'elle ne le parait à ses disciples. Aussi ai-je été « trèsH*econnaissant à tous ceux qui, depuis, ont expliqué ce sys-

V tème aux courtes intelligences.

•0 J'ai trop le sentiment des erreurs de notre prétendue civili-

V sation pour ne pas me tenir au courant de toutes les tentatives y faites pour ramener les hommes dans une voie meilleure. Celle

V de Fourier est de beaucoup la plus remarquable , malgré les « objections qui lui ont été faites et que j'y trouve à faire moi- « même. Ses disciples me convertiront peut-être un jour, j'en 9 doute un peu ; mais en attendant , monsieur, c'est avec le plus 1 vif Intérêt que je suis le progrès de leurs cfTorls.

1» Vous pouvez juger, d'après cela, avec quelle attention j'ai lu

« votre ouvrage, qui, je le répète, me parait le plus propre à faire

« connaître Fourier et son système , et à les faire admirer tous

« deux.

194 NmE&

« Recevez donc à la fais mes félicitations et mes remercimcals,

s monsieur, ainsi que l'assurance de ma consid^atîon la plus

f distinguée.

> Votre très-humble serviteur,

v BlÎRAXGBIi.

« PsMj, 11 juin 1843. >^

On me pardonnera d'avoir cité jus<{u'au bout ; je ne pouvais mutiler nne lettre écrite de la main de Béranger, encore bien qu'elle me parût porter beaucoup trop haut le mérite de mon ouvi^e.

Sans méconnaître ce qu'il y a de fondé dans l'observation qui a trait au caractère de Fouricr, sans nier, par conséquent, qu'il pouvait manquer à l'inventeur du phalanstère des qualités prédenses ponr mener à bien la réalisation de sa théorie , je pense que Béraqger était complètement dans l'erreur en croyant que Fourier eût reculé , k l'occasion , devant la tâche de diriger luimême une fondation sociétaire > c'est-à-dire d'en oi^ganisi r et distribuer les travailleurs suivant sa méthode ; car, à cela, se réduisait la part que Fourier se réservait dans l'exécution. Il y aurait lieu de rappeler ici quelques-unes des réflexions suggérées par U lettre de M. Enfantin, cité& plus haut, et d'insister enoore sur la différence qui existe entre le rôle que s'était conçu Fourier et la mission X apôtre^ Ae pasteur d^koimnes. Mais toute discussion, à la suite de la chai*mante épitre de Béranger , serait déplacée , sinon même inconvenante.

Pour ce qui est des courtes intelligences qui ont besoin d'as-» sistance étrangère peur comj^rendre un système quelconque, pas n'est besoin de dire qu'elles n'ont rien de commun avec Y»m^ mortel auteur de cent chefs-d'œuvre aussi parfaits de pensée que de forme. Les disciples de Fourier n'ont point, Dieu merci, à convertir le chantre de Lisette, de la Sœur de Giarité, du Vieux Vagabond, etc.; sa mu.'^e n'est-elle pas toute pbalanstérienne? et la musc de Béranger, c'est son cœur et son esprit k la fois : c'est bien l'homme tout entier.

(Kote 8, pa^e 147.)

Fragment dmêe lettre adressée par madame Louise Courvoisier . a^ Âédaeteur de la Phalange, etinsérée dans le »<> du i^^juH" letiêdê.

':;/. ^nin'a dit que le plat grftnd par rintelUgeoce était aosgi fé plus grand par te cœtir ; que rhomme de génie était aussi le

?las homme de bien et le meilleur des hommes.

Jamais nne douleur , une plainte , une nécessité quelconque , ne parvint jusqu'à Fourier sans trouver près de lui soulagement an consolation.

, 'On Jour, rentrant chez lui , j*y trouvai Fourier et lui racontai que j'étais allée faire une visite, que- je n'avais pas rencontré la maîtresse de la maison, et que j'avais, en l'attendant, causé avec la servuite , bonne paysanne qui était o/ïcupée à raccommoder des bas. Comme elle avait le's yeux rouges et fort malades, je lui avais demandé pourquoi elle augmentait son mal en travaillant ainsi, a II faut bien , n me répondi^-elle ; et prenant Toccaillon de dégonfler son pauvre cœur gros de chagrins , elle s'était mise , en pleurant , à me faire le détail des travaux qui dépassaient ses forces depuis cinq heures jusqu'à minuit, a Ce ne serait rien, ajouta-t-ellef si au moins je pouvais contenter ma maîtresse , n*étre pas toujours grondée , injuriée , maltraitée. Si la iâche qu'elle m'a donnée à ces bas n'est pas faite quand elle rentrera , elle est dans le cas de me battre , et depuis trois mois que j'ai quitté mon pays , et que ma tante , fruitière au faubourg Saint-Martin y m'a placée ici, je n'ai pu sortir une seule fois pour aller loi dire comme je sais mal en maison. » Et ce disant , elle fondait en larmes et séchait ses yeux malades du revers de sa main tout enflée et crevassée.

• Donnez-moi l'adresse de cette tante,* que j'y aille sur-lechamp, • interrompit Fourier, dont la physionomie s'était animée de cette indignation si expressive qui lui était propre. • Je né la connais pas, • lui répondis-je, car madame de B** étant rentrée, la conversation avec la bonne s'est trouvée interrompue. a C'est égal, j'irai, « reprit-il. Et changeant sa petite canne aecontumée contre un parapluie, car il ipVewWxV ^ V '^çî^3b. wv

im NOTES

rouie du faubourg Saint-Honoré au faubourg Saint-Martin. Ce vieillard sexagénaire , le plus grand hooime du siècle et de tous les siècles, celui qui a révélé à Thunianité ses éléments et sa puissance , s'en allant de boutique en boutique , tout an long de ce fauboorg si étendu et si populeux, s'enquiert, questionne, interroge , demande à chaque fruitière si elle n'est pas la tante de la pauvre fille, en trouve une enfin qui lui répond : oui, l'informe de la souflranee de sa nièce, et revient, a^^ant rempli de toutpoint sa mission de charité.

Toutefois il n'était pas satisfait, a. Cette femme, i dit-il essuyant' sa ièie chauve mouillée de suetir avec le petit mouchoir de coton qu'il tira de sa poche , « cette femme ne paraît pas avoir grand souci de sa nièce ; j'irai demain à Sablonville , il y a là quelqu'un de ma connaissance qui a besoin d'une domestique,' et de façon ou d'antre on la tirera de là. •

Et en effet II pourvut au sort de cette créature misérable avec la môme activité que nos savants moralistes ou philosophes en pourraient mettre à briguer le fauteuil académique ou quelque sinécm'c.

Une autre fois , ne prévoyant pas la conséquence qu'en pour^ rait tirer la générosité de Fourier, je luis dis que j'avais une voisine veuve d'un officier de mérite et mère de trois enfants , qui , réduite à une extrême nécessité, s'était vue contrainte de se défaire de divers objets de valeur. Le tour était venu d'une pe-» tite statue en bronze de Napoléon, laquelle lui tenait tant au çœdr que, dans sa détresse, elle délibérerait, disait-elle, si elle ne se laisserait pas mourir plutôt .que de vendre sa statue.

ft Combien en veut- elle, demanda Fourier, je l'achèterai. » Et le lendemain il apporta les 70 fr. qui en étaient le prix , di« sant qu'il ferait prendre la statue.

Huit jours s'étant écoulés sans qu'il l'eût retirée , on la lui envoya. Mais le même commissionnaire , dont il eut soin de payer la course, la rapporta, et Fourier le suivant de près, gronda bien fort de ce qu'on avait contrarié sa volonté, disant qu'il prendrait celte statue plus tard, qu'en attendant il désirait qu'elle restât où elle était; et quelques instances qu'on lui ait faites depuis , elle y est si bien restée qu'elle s*y trouve encore.

Que les criliquos de Fourier citent dans leur vie quelques.

DR LA PRElf IKRE PARTIE. i»T

traits analoguee , et po les absoudra da manque d*élégance dans les formes, de quelque inégalité dans rbameur; on les dispeu» aéra méqie de présenta pour excuse les travaux immenses , les veilles laborieuses , les sublimes conceptions de -l'homme de gé* me , et aussi les contrariétés , les amertumes , les douleurs dont fut abreuvée foute sa vie. Sans compter cette macération poi* gnante et habituelle du génie anx prises avec Tactivité créatrice qui Je dévore, et la nécessité de gagner son pain de chaque jour^ et tant et tant de choses bien capables de troubler à la snrfiice la nature la plus forte et la plus magnanime.

Si personne ne se fût douté que Fourier était pauvre quand il s'agissait de partager avec ses frères plus pauvres que loi , tout le monde eût pu le croire riche dans ses relations de société : dans le premier cas, il tirait de sa bourse 70 fr. pour une bonne œuvre*; dans le. second , il n*eût pas voulu qu'une fenunc payât trois sous pour le port d'une de ses letti*es. Couvert de vêtements grossiers, vivant de privations et dur à lui-même, il trouvait toujours le moyen de vous devancer eu délicates et trop généreuses attentions; toujours dans Toccasion se montrait le plus libéral et le plus grand; toujours à propos et avec grâc<> savait répandre quelques dons, quelques largesses, et, honorable en tout, savait avec les plus petites ressources subvenir et solfire 4 tout.

... Mais s'il est possible d'exprimer les diverses manifestationi de l'âme et du génie de Fourier, qui poun*a dii*e celles de son noble cœur dans l'amitié? Si jamais il ne s'engagea dans les voies de l'intrigue, ni ne flétrit son loyal caractèi*e par une adii« ktion envers aucune sommité sociale , encore moins le vit-on f pour sa donner la nuance d'une certaine popularité, contracter liaotenaient des alliances ou des amitiés réprouvées par ses antécédents. Les grandes proportions de Fourier n'allaient pas à ces petites mesures. Son œuvre, à lui, ne finissait pas, elle commençait ; s' élevant sur toutes les gloires qui font ruine , et fortj^ et sur de lui-même , il fut toujours un , invariable , absolu , dana les actes de sa vie conmie dans la conception de son génie , et n'eut jamais de relations morales que selon ses sympathies avouées, d'amitié que selon son cœur et sa conscience ; une fois qu'ils avaient prononcé, ce n'était pas une banale promesse s'ef-

m ILOTES

feetoant au gré âé la ùonfenantè on du caprice, «'était la parole de eœur d*an graod bomme, se réaliiant en actes de dëvonement sans restriction, sans bornes, comme toutes les antres manifesta* tioiis de cette nature grandiose et énergique.

Ce stolqne qui jamais, quelle que fAt son angoisse intérieure, ae hiuà échapper une plainte ; si impassible dans la souffrance qn'on Teât dit étranger à sa propre periMunalité , comme il ret* sentait celle de l'âme à laquelle il était uni par l'aceord intime! comme il comprenait la souffrance de cette âme \ comtoe il se plaisait à Tabriter au sanctuaire de sa sainte amitié, à la conso* IcTi à. la réconforter, et par Fonction de la parole- et lui montrant, non à te-avers de mystérieuses prophéties, cette étoile qui brille à FOrient, mais lui faisant toucher au doigt et compter les merveilles de cette lerre promise où sa science taisait entrer rhnmanité , et où nos douleurs retomberaient en béatitudes sur la ièie de nos enfants !

En présence de cet homme si grand, si puissamment ver* tneux, aux prises avec la stupidité, l'ingratitude, Tégoîsme et tous les vices de son siècle , qui eût osé faire compte de sa pe* tite individualité?... Le contemplant à travers son génie, sa misère et sa foi , on se sentait élevé , agrandi. La lumière de sa divine auréole se reflétait sur vous ; transfiguré comme les disci« pies de Jésus, on s*écriait : c Seigneur, nous sommes bien ici; • rima ravivée croyait, espérait, aimait, et l'on n'était plus malhenreux...

... L'amitié de Fourier n'était ni adulatrice ni Servile. U disait haut la vérité, il était sévère dans ses conseils. Il tranchait an vif quand il s'agissait d'une faute à conunéttre ; mais une fois qu'élit était commise, il ne songeait plus qu'à la réparer, et à ses périli et dépens , et sans que jamais un reproche , un mot , rappelât la faute et encore moins le bienfait...

Le dirai-je, è le meilleur des hommes! les torts même de l'ingratitude ne déconcertaient ui ne lassaient ta longanimité , et Texpression du repentir n'était pas nécessaire pour te trouver magnanime. Placé si haut dans l'échelle des êtres , tu les dominais par l'immensité de ta vertu comme par celle dé ton génie. C'était avec une tendre compassion que de ton ciel tu voyais ces pauvres civilisés se débattre au sein de leurs erreurs et de leurs

maux, rëgnltatï inévitables les uns des autres; tendant la mahi aux plus proches, tu les relevais et les relevais encore, sans compter et sans t*îrriter, calme et immuable en ta miséricorde antant que Dien lui-même... Louise GouRVOTSfKR.

(Note 9, page 150.)

Langage de Founer sur Jésus^Chrisi et sur les croyances

religieuses,

Fourier Ini-méme a donné le coranaentairc des paroles de Je* sos-^hriit an sujet de la femme adultère.

« Pour la femme, il (Jésus) établit la réciprocité de libertés, en' disant aux dénonciateurs de la femme adultère : Que celui de tous qui n*est pas coupable lui jette la première pierre. C'est dire en substance : a N'êtes -vous pas autant et plus coupables « qu'elle ?~ Vous passez votre jeunesse à séduire les femmes , et > vous les dénoncez qnand elles' tombent dans vos piégés, v — Il feut punir les deux sexes ou n*en punir aucun. Cette justice n'est pas praticable en civilisation, mais dans les sociétés 6, 7, 8, ^i établissent la greffe préservative des excès en passions. > Fausse indust,'t n. p. 511.

Dans plusieurs autres^ passages du même ouvrage et du ATcwveau Monde industriel, Fourier rattache sa Théorie aux pré* ceptes donnés par Jésus-Christ.

Il est deux personnages (dit-il , Fausse indust. , 463) dont je ne pourrais pas m'isoler sans me renier moi-même : ce sont Jésus-Christ et Newton. Jésus a prédit et provoqué très-instamment la découverte du mécanisme d'industrie attrayante. Ses contemporains ont refusé la tâche.

> Seize cents ans plus tard , Newton a commencé le calcul de l'Attraction, en matériel seulement, sans l'appliquer à Tlndustrië , à la mécanique sociétaire dont je suis inventeur. Aveugle sur cette partie , Newton a été très-clairvoyant sur toute autre. Ma Théorie se rallie en tout point à la sienne et aux préceptes de Jésus-Christ que je vais extraire de l'Evangile.

V Comment donc pourrais -je outrager mes deux guides? Je défie que, dans mes Traités et écrits, on puisse trou^ev Vi.^^

phrase qui, en parlant de Jésus -Christ, ne fasse l'éloge de son uohle caractère et de sa haute saj^esse. •

Ceci avait trait aux attaques dirigées par XUimers reUgieua: et la Gazette de France contre la Théorie de Fouiner , à Toccasion d'un discours prononcé par M. Considérant au Congrès historique , séance du il décembre 1835.

<i Je laisse à chacun de mes partisans , — disait à ce propos Fourier, — ses opinions religieuses, sans les controverser ni m'en informer.

« Si donc il était vrai que AL Considérant eût émis quelque idée offensante pour Jésus-Christ (ce qui est très-faux), il n'y am*ait aucun sujet d'attaquer ma Théorie sur des additions , ou gloses , ou commentaires, qui ne seraient pas admis par- moi.

« Mais la fongueuse Gazette itia, impliqué dans l'affaire et a déblatéré contre le Fouriérisme (nom qu'elle donne à ma Théorie de l'industrie attrayante).

f Elle dit que a je veux me faite Dieu du mqnde matériel; f ailleurs elle fait de moi un Messie : que de hautes dignités! C'est dommage qu elle n'y joigne pas un honoraire de quelque mille francs de rente.

> Est-ce donc se faire Dieu que de suivre le précepte divin : C/ierchez et vous trouverez ? Et lorsqn'on a trouvé quelque loi de DieUf prétend-on se faire Dieu en l'expliquant aux hommes? JVewtou et Kepler se soutrils faits Dieu en cherchant , trouvant et publiant les lois de Dieu sur le mécanisme et l'équilibre des astres? v

Je ne rapporterai pas ici les divers passages de l'Evangile sur lesquels Fourier s'appuyait pour montrer que la doctrine de Jésus-Christ se concilie parfaitement avec la perspective d'un ordre social (]ui procurerait le bonheur dès ici-bas; mais j'engage les hommes religieux, vraiment animés de l'esprit de charité chrétienne, à lire cette partie des écrits de l'auteur de la Théorie sociétaire. Moue. Monde ind., 423 à '450; Fausse ind.^ U II, 457 à 516.

Fonrier s'étayait surtout de ces paroles du Christ :

hommes de peu de foi, ne vous inquiétez point en disant : Que mangerons-nous, que boirons-nous? de quoi nous vêtirons-nous? Car votre père sait que vous en avez besoin. Chet*-

DE LA PREMIÈRE PARTIE. !fi)l

chez donc premièrement le royaume de Dieu et sajttstice, et toutes ces choses vous seront données par surcroît. S, Mattb. , vr, 31,32,33.

Paroles qa'il commentait ainsi :

• Jésas<^hrist promet Tabondanee des biens matériels , mais sons condition qn*on chercbera le royaume de Dieu et sa jus-' tice : or, qu'est-ce que ce royaume? C'est le régime d'industrie combinée, attrayante, oii la pratique de la vérité et de la justice conduit à la fortune, tandis que le mensonge et Tinjustice conduiraient k la ruine et au deshonneur : dès lors tous les humains sont jufttes et vrais par amour des richksses; la cupidité, ^aujourd'hui vicieuse, deviendra source de vertus, parce qu'elle ne pourra se satisfaire que par emploi des vertus sociales , justice et vérité. 9

Fourier trouvait dans sa conception même si^r les sociétés bu^* maines, la justification du dogme chrétien de la résignation et du sacrifice., a La Civilisation, disait-il, établit toujours privation graduée pour les 7/8 au moins des individus ; il faut donc à cette société une religion qui proche les privations. »

(Conversation écrite de 1821.)

a. Jésus , 1) dit ailleurs Fourier , a Jésus prêchant la rt*signatioo , le sacrifice , pour les quatre âges de chaos social , émet la plus sensée des doctrines; c'est la senle impulsion sage qu'on puisse donner à des peuples chez qui l'immense majorité man* quera constamment du nécessaire.

Il Mais à cette doctrine de sagks.se xécATivE , Jésus joint celle de SAGESSE POSITIVE, admettant l'amour des richesses, des biena de ce monde et de l'insouciance, dans les quatre sociétés. d'in-> dustrie {^trayante, où régnera la grande abondance, et où les passions, étayées de la greffe à quadruple contre-poids, seront garanties d'excès, d F. ind. , II , 510.

Deux pages plus loin il ajoute :

« Toujours les sophistes ont médité et tenté une réforme religieuse , il n'en est aucun besoin : le christianisme s'allie à toute la doctrine d'harmonie, pourvu qu'on accepte la -prédiction des saintes Ecritures et qu'on pratique selon le droit sens les trois vertus théologales.

Mi NOTES

> ûa W« a trtTetUtt toofet ir«^ pottr les plier ftnx coATent»» cet do chaos loeial; on a fransfomié :

> La Foi en scepticisme et dem-aihéisme ; 9 L'EspÉRANCB en immobilisme BifaiaHsme:

I La CiiAani en pessimisme et obscurantisme, •

Aprèa avoir expliqué ces trois propositions, Fourier eontîaite

s La diarité est précisément ce qui manque ans ehrétiene moderaet «t surtout an clergé : je parie de la «harité intéfrale, spéculant sui* le bien de Thumanité entièrCi et non paa iûr rioeffieace charité à'aumânes qui ne sert qu!à enraciner le mal,4MHnrae mi lé voit en Angleterre' où le secours annuel dé SfeOO mllUoni, en taxe des pauvres, n'aboutit qu'à envenimer la plaie.

» Un clergé charitable serait ému à Tidée d'abolir d'un seul oMip l'esclavage et l'indigence jmt toute h terre,

» Un clergé charitable dirait :.Si G. P. n'a trouvé qu'on germe de mécanisme sociétaire , deux ou trois essais successifs condoi* rottt au but , en rectifiant les erreurs.

3» Ce sera une voie de conquête religieuse sur les barbares et sauvages et sur les dissidents chrétiens. . . •

Dans plus d'un passage du Traité de l'Unité universelle, il est aussi rendu hommage -au christianisme. Proposant aux philosophes modernes l'exemple de saint Augustin, afin de les engager à se rallier à la vérité sociale , comme l'illustre pénitent s'était rallié à la vérité religieuse , Fourier disait dans son ouvrage do 18Î2:

c Lorsqu'il vit le. culte des faux dieux chanceler, saint Augustin ne balança point à se ranger sous la bannière du vrai Dieu. Lui seul fî^t plus po*ur le progrès de la religion que .n'aurait fait une grande armée. En suivant un parti perdu, il serait resté dans la médiocrité ; en se ralliant à la lumière naissante , il s'é*leva au faîte de la renommée. La conjoncture est ici la mêm^ : c'est toujours la cause du vrai Dieu. Chez les anciens , il fallait arborer sa bannière religieuse, la doctrine de Jésus -Christ, ou voie du salut des âmes ; chez les modernes , il faut arborer sa bannière industrielle, la théorie d'association unitaire, envoie du salut des corps. Rome enfanta l' Augustin religieux ; que Paris enfante l' Augustin social. » ( Prolégomène ; intermède.)

DE LA PUMiiliE PARTIE.

Faufîer, d'tilkim, n'a? ait pas attewbi TAga auquel^ eamam an dit, le diable se fait ermite , ni l'époque d'une prétendue léaetîaa raligîeuse , pour te prononcer contre l'athétfoie et le maténalifoie. Dé» le principe, il rangeait ces deax opinions doM la gamme des résultats fonestes de la société cttilisée, résakiis servant, suivant Ini, d'indices d'égarement; et, eontrairemest à et qu'on raconte de certains pliilosophes contemporains, il n'amit pas à cet égard deux langages, l'an pour rintimité , l'antre pevr le public. Février, en efist, écrivait à Mniron sons la date d« 6 décembre 1818 :

« L'athéisme est une maladie morale qui règne ^es eem mêmes qui s'en croient le plus exempts ; car tons les hommes pieux sont des demi -athées qui ne croient pas à l'universalité et à ritttégralllé de la Providence ; qni veulent que la raison humaine soit supérieure k Dieu en législation , que celui qui a su faire des lois d'harmonie sodale pour les astres et les insectes, n'ait pas su en composer une pour les honnmes. Rousseau et Montesquieu sont an nombre de ces demi -athées qui, se croyant aptes à faire mi code, plaçant la divinité au-dessous de la raison humaine, réduisent la Providence au rAle de génie lipiité, insuffisant. C'est une injure peut-être pire que de la renier.

« Les matérialiste^ sont bien plus nombreux qu'on ne pense. La civilisation donne à cette opinion un accroissement fapide, une influence que ne lui donne pas la barbarie. Les religions qui admettent Tiramortalité ne sont point persuasives et ne démontrent rien. Elles rendent la divinité odieuse par leurs brasiers d'enfer. Elles restreignent les plaisirs de l'autre vie à des visions contemplatives, tandis qu'il est prouvé par le noclambuli)»me que notre âme pourra jouir des plaisirs sensuels sans l'intervention des sens actuels , puisque le noctambule voit fort bien les yeux fermés et malgré le carton interposé. Enfin, tandis que la philosophie exerce l'art de nous dissoader de t'immoftaUfé , la religion, inhabite à persuader, consomme en sens négatif le mal qtte la philosophie fait en positif : admirable concours de maladresse^ qui obtient dans notre siècle un succès toujours croissant et complète la gamme des sept plaies sobiersives. i

Je n'exposerai pas ici les idées de Fourier touchant la vie future. Seulement je vais citel* quelques lignes de sa correspon-

dancc relatives à des objections ipil lui ét«ieiit laites sur ce point :

c Ijes observations de M. G*** contre la théorie de Timmortalité sont déraisonnables. Que nous vt-6n appris à ce sujet? Rien du tout Au moinis j'enseigne quelque chose , et je n'ensei- <jne qu*en application et connexion au système de Tonivers , au mouvement composé. Ainsi ma théorie ne donne point dans Farbitraire'et Fimaginative. D'ailleurs, tenez pour certain que les hommes qui avec le mot de folie esquivent tout raisonnement et prodiguent dix fois dans une phrase les verbiages de fou, folle, démence, verbiages qu*on appliquait déjà à Colomb et à Galilée, sont génériilement des hommes bornés en génie et faibles en raisonnement s (Lettre du 22 décembre 1825.)

Quelques personnes allèguent des scrupules religieux, la crainte d'être ébranlées dans leur foi, loi*squ*on les engage à prendre connaissance de la théorie sociétaire. Voici ce que Foih rier écrivait en 1823, au sujet d*un scrupule de cette nature témoigné par un homme que Muiron voulait amener à là lecture du Traité de r Association :

« Vous me racontez une plaisante réponse de ce personnage qui craint que telles idées ne le fassent chanceler dans sa foi. C'est donc une foi bien faible. Si ces Messieurs avaient foi en runiversalité de la Providence , ils ne craindraient pas d'en catculer les effets. Mais avec leur dcmi-piétc ils sont aussi pitoyables que ceux qui n'en ont point, b

(Note i0,j»agei6i.)

Discotirs prononcés sur la tombe de Fourier.

M. Considérant.

Voici descendu dans la tombe l'Homme puissant par Tintelligeuce, qui seul a accompli l'œuvre la plus auguste que puisse concevoir le génie de l'Humanité : la découverte des lois de

V Harmonie sociale et des Destinées universelles FOURIER,

le Rédempteur du monde, a subi le sort que fait à toutes les intelligences transcendantes une société qui n'a pour ses grands

hommes que le fiel, le vinaigre et la couronne d'épines Il est

mort obscur et encore méconnu de son siècle

DE LA PHEyiKKE PARTlfel. SOo

Dès TadoIesceiicCf il se sentit obsédé par la passion des découverléSf tourmenté du besoin de créer et de s'illustrer en s'avcn* turaut dans les régions inexplorées de rintelligcnce.

A dix-neuf ans, il découvrit en se jouant le chemin de fer, idée négligée par lui , et qui plus tard a changé la face du Nouveau-Monde et devient maintenant un des premiers éléments de la haute industrie européenne.

FOURIER uç s*ai*rêta point à cette invention ; un pareil trophée était bien peu de chose pour retenir le mouvement de ce Génie, qui, bientôt après, entrant à pleines voiles dans l'océan de l'inconnu, devint le Christophe Colomb du Monde social et le Révélateur de la Loi des Pes.tinées universelles.

FOURIER n'avait pas encore atteint sa trentième année qu'il avait fait déjà ses découvertes capitales dont la prise de possession ne date pourtant que de la publication de la Théorie des quatre mouvements, quiparul en 1808. Il ajouta en 1814 à ses découvertes précédentes celle des lois du mouvement aromal. Son œuvre fut dès lors complète dans ses bases, et, depuis cette époque , il s'occupa d'en organiser les détails qu'il produisit , en 1822, dans le Traité de f Association , ce monument colossal qui dépasse de mille coudées les œuvres des génies les plus transcendants, et 4iui n'aura jamais de pareil sur cette Terre, car on ne peut pas découvrir deux fois sur le même Globe les lois de l'Harmonie sociale et le système des Destinées universelles.

Ëh ! comment s'est passée cette Vie qui a produit des travaux si merveilleux que la postérité refusera peut-être de croire qu'ils soient l'œuvre d'un seul homme ! La société au sein de laquelle ces facultés si prodigieuses se sont manifestées , en a-t-elle du moins favorisé l'essor? L'homme doué de cette intelligence ineffable a-t-il trouvé une providence sociale qui l'ait accueilli , qni l'ait soutenu dans ses grands enfantements? Hélas! FOURIER atteignait bientôt sa soixantième année , qu'il était condamné ei»core à passer sa journée dans un bureau et à copier des lettres de commerce pour gagner le pain du lendemain!...

Cette profession, qui avait éveillé de si bonne heure les répugnances de son caractère et les réprobations de son génie , absorba sa vie presque entière : et (comme si tont devait être

prodigieux dans Thistoire de cet esprit si haut et si transcendant!) lei occupatioos coatiniieUea qu'entraînaient des fondions fi peu en rapport avee ta nature ne laissent pour ainsi dire pas de moyen humain à la raison pour expliquer ses travaux et ses découvertes

Mais ce n*était pas tout qu une vie pareille fût sacrifiée aux fionctioiis les plus subalternes. La société dans laquelle nous vivons réservait encore à Foorier le prix dont elle a rémunéré jusqu'à présent ses grands hommes : le délaissement y la dérision «

llnsulte, le crucifiement Cette société, qui appesantit sur les

masses le joug de la misère et de la faim , qui abandonne les enfants sans secours, et qui ne laisse au génie pendant sa vie que Toubli, le dédain et le désespoir; cette société impie, Fourier l'a blessée à mort. Mais avant de soccombei^, elle s'est vengée : Fourier meurt sa victime ! Il n'a seulement, pas pu ,. comme Moïse, contempler les riches vallons de la terre promise, dek terre de l'avenir, vers laquelle, dès maintenant, le pouvoir de son intelligence conduit et pousse, encore k leur insu, les générations humaines

Ce qu'il a fallu d'énergie à Fourier pour accomplir sa destinée, nous le ferons connaître un jour....

La résistance et l'énergie de cet homme extraordinaire ne peu* vent être comparées qu'à la puissance de son intelligence. Dans Ht dernière année , sa volonté seule faisait vivre son corps usé , exténué.... Rien n'a cédé dans son âme , et le grand homme est mort comme il a vécu, dans son Génib et dans sa Volonté..,.

fin rendant aujourd'hui les derniers devoirs à Fourier, s^ disciples ne lui fiant que des funérailles provisoii*es. Fourier n'appartient pas au petit nombre d*hommcs qui ont jusqu'ici compris sa parole ; sa parole est adressée à THumanité entière , elle doit être comprise de THumanité entière. Cet Homme appartient à rifaraanité. Ses funérailles ne peuvent être faites que par le Globe, auquel il a apporté la vérité, la liberté, la justice et le bonheur.

Kfous nous soflimef considérés comme les r^airdietis d'uft dép^ lacré; o^ayant pu conserver^ dana le Monde inférieur, jusqu'au |eor du triompi^ , i* Ami qni vivrait ee eorps , nous avrnu eqio haÉmé reUgieuseaieat lès restes (tolur les transmettre eux g é a éra *

DE LA PREMlinE PARUE. SÛT

tiont futures , qui repaieront p«r U plus iimnêOM gloirt !• plat hûtnenêe ingratitude.

Dès aujourd'hui la postérité commence poor le (rrand Homme ; dès aujourd'hui sans doute (puisqu'il est descendu dans la tombe !) la justice et le respect vont remplacer à son égard le dédain et la dérision, qui sont fatalement, dans cette société» le lot des génies atilei. Quant à nous, ses disciplei« nous n'avons maintenant qu'an mmimnent à élever à sa mémoire ; m monammit est wi

FSALAlVSTàRB.

La gloire de Pourier est assise, dans ses œuvres, soir une base inébranlable. Il s'est bâti son monument lui-même ; et voici lin-* scription qu'il a gravée de sa main sur ce monament éternel :

t C'est peu de désavouer la philosophie morale qni prétend cluuii* & gir les paisions ; il fallait, pour rentrer en grâce avec la nature,

• étudier ses décrets dans VAUractionpotiionnée qui en est Fin^ » terprète. Vous faites parade de vos théories métaphysiques; à » quoi donc les employes-vous, si vous dédaignes d'étudier TAt- V TMACTioir , qoi tient le gouvernail de vos Ames et de vos pas- » iioQs? Vos métaphysiciens se perdent dans les mfinnties de yt l'idéologie^ Eh! qu'importe cette broutille fcientîfiqiie? Moi t qQl ignore le mécanisme des idées , moi qui n'ai jamaii In ni « Locke ni Gondillac , n'ai*je pas en asses d'idées ponr inventer

* le système' entier do mouvement universel , dont vont n'aves t déconvert que la quatrième branche , après 2500 ans d'edbrti » scientifiques?

s Je ne prétends pas dire que mes vues soient immenses, f parce qu'elles s'étendent là où les vôtres n'ont point atteint; » j'ai fait ce que mille autres pouvaient avant moi , mais j'ai s marché au but, seul, sans moyens acquis et sans chemina 9 frayés. Moi seul j'aurai confondu vingt siècles d'imbécillité po« ff li tique , et c'est à moi seul que les générations présentes et n futures devront l'initiative de leur immense bonhenr. Avant t moi, l'Humanité a perdu plusieurs mille ans à lutter follement T contre la Nature ; moi, le premier, j'ai fléchi devant elle , en » étudiant l'Attraction, organe de ses décrets. Elle a daigné 9 sourire au seul mortel qui l'eût encensée; elle m'a livré tous 9 ses trésors. Possesseur du livre des destins , je Viens dissiper

im NOTES

» les ténèbres politiques et morales , et sur les ruines des scien* r ces incertaines, /élève la Théorie de rHannonie umVerselje :

>■ Ejregi m^mmtHlH'm are perennw», r

M. Philippe Halger.

Quel cri de douleur sera digne de donner le signal à la

douleur de THumanité!... L'homme du dii^-neuvième siècle, rhomme qu'avait pressenti le génie perçant de De Maistre , est là couché devant vous , et ce peuple innombrable , qui vient de perdre le Rédempteur social , se meut aujourd'hui comme hier dans les angoisses de son travail maudit.

Insoucieux comme Fenfant que la mort de son père trouve occupé des hochets que loi présente sa nourrice, il ne sait pas, ce peuple , que le dernier mot de nos longues discordes est enfin trouvé ; il ne sait pas que celui-là n'est plus, qui a démontré les magnificences de la loi naturelle du développement social, qui a sondé les profondeurs de nos plaies et en a assigné , d'une main sûre , le terme et le remède , et que du sein de cette tombe- auguste jaillira pour loi , dans un avenir que toutes les classes de la société sont intéressées à rapprocher, lu synthèse vivifiante do l'aliondance et de la justice* , de l'ordre et de la liberté , l'Harmonie enfin solidement assise sur l'intime conmiunion de tous les intérêts, le bonheur résultant de la satisfaction intégrale des: besoins de tous , devenue possible par le plein exercice des ht cultes de tous.

Qu'il me soit permis, en rendant ce dernier hommage à notre Maître vénéré , de répéter les beaux vers du poète qu'il aimait ^ ces vers que je voudrais voir consacrés par Tinscription funéraire, parce que, assortis à la nature propre du génie de Fourier, ils fixent avec autant de précision que d'éloquence la grandeur de sou œuvre , et semblent enfermer le sublime dans le cadre simple, sévère et beau d'une sensible démonstration.

AiMez longtemps régna la i/oi du sacrifice :

lia xïti assez longtemps fnt poor T homme on supplice Où de pleurs et de sang il arrosait son pain. ForaiRR naît , et poor lui rétomelle harvuxif. Qui régit tous les corps dans la sphère infinie Devient la loi du genre humain.

I)K LA PREMIKRR PARTU). 209

Kli quoi ! 0(>8 passions . mobilen de oos âuie s . D*nn coleHfp foyer sublimes, saintes flammes , <>iii fonl que t'hommc sent . aime , désire, agit : Il faudrait, réprimant leur puissante influence. I<es combattre toujours , les réduire an siirn(;e — Kl |)Ourtant c'est UIKU qui les fit.

Non , non : tout ce qu'il fait est bon , est adorable ; Il s'est traduit lui-même eu son œuvre immuable , Kt vouloir changer Tborame est une impiété.

Depuis quatre mille ans que- tu la moralises, rhiloMoplic impuissant . faut-il donc qu'on te dise : Qu'as-tu fait de l'Humanité?

1^' monde vaut-il mieux qu'en ses jeunes années? I^et générations par le temps moiasonoées Ont-elles plus souffert , hélas ! que nous souffrons? Sous la nécessité , s(.os la loi de contrainte , Qui brise tout notre être en sa mortelle étreinte . Faut-il moins bas courber nos fronts?

Va, 1h parlas sans fruit.,.., et tu parles encore; l.e lide de tes mots d'un grand nom re décore , Kt sans la pratiquer, tu prêches la Verlu.

Os préceptes si beaux qife la science étale . (le Deioir, qui toujours ressort de ta morale , Oh ! dis -nous . les accomplis-tu ?

Cesse donc , à la fin , une entreprise vaine : Changer le ca;ur humain ! — Tu mourras à la j)eine. 1)1 KU fit les Passions , il les faut accepter. Itcur essor comprimé dut les rendre fatales ; Trop semblables alors h ces fortes caiales

Qu'on peut guider...., mais non dompter.

Crois moi , ce n'est pas U que le Malheur réside : Il est tout dans le cercle anarchique et slupide Où malgré tant d'efforts tourne le genre humain. C'est la Société qu'il faut que l'on réforme ; Seide elle peut changer, elle seule est difforme ; C'est là qu'il faut porter la main.

Xon pas à la façon des parleurs politiques .

Misérables pillards des vieilles républiques , Où mourait de famine un Peuple souverain :

Réformateurs sans bnt , apôtres sans croyances . Qui courtisent la foule » et n'ont pour ses souffrances Qu'un langage ptrfide et vain.

Non. «- Mais voie! Féarier! écoules sa parole • Humanité , dit-il , j'ap|M>rte la bousaoU

Qui te fera trouver des flots lAfttfii eo eooirMHlI. » Et tel que Dieu l'a fait , tè saisissant dé rHonkiM , Tous ses penchants divers , il les compte . il les nonube , Fit sa loi les accepte tous.

Ces besoins . ces instincts qae décrit' sod génie . Deviennent les ressorts de l'humaine Harmonie Dont la crëation est Tlnage à nos yetu.

Notre ime . à ses accents noUement ëlai4ie , Comprend mieux sa puissance et son inalogie ■ Avec Dieu , la Terre et les Cieot.

Sa loi ne contraint plus , mais elle attire , excite , Ouvre large carrière au talent qu elle invite. Sans appauvrir le riche , enrichit l'indigent De notre Destinée expliquant le problème , ' C'est sur rATTE.«moN qn'U base son Système , Vaste» complet, intelligent.

Tonte capacité dans ses groupes se range ; Des groupes rapprochés il forme la Phalange, Nos efforts , jusqu'ici divergents , opposés , Dans un accord parfait enfin se réunissent ; L'universelle paix, I'UnitH s'établissent; Les hommes sont harmonisés.

Prophète de l'espoir, Newton de l'âme humaine. Du Ciel avec la Terre il rattache la chaîne , Kt sur l'ordre absolu fonde la Liberté ; Le Globe n'«st pour ton qu'un immense héritage. Chacun suivant son droit est admis au partage ; N'est-ce pas U l'Égalité?

Il rend la force an corps , i l'âme il rend la Joie ; De sa main inspirée il nous montre la toie ; Le plaisir est le guide , et le bat le Bonheaf ! Et voilà que . pour prit de sq* essor sublime. De nos savants du Jour la foule magnanime N'a pour lui qu'un dédain moqueur !

Ainsi l'homme toujours est ingrat an génie !

Colomb de l'ignorance et de la calomnie Languit quinte ans victime , à la honte dés rots : La ciguë , ô Socrate ! â la conpe est mêlée ; Sous l'Inquisition succombe Galilée,

Et r Homme-Dieu meurt sur la croit !

(Cette pièce de vers, publiée d'abord dans V Impartial de Be~ saneon en 1834, est de M. Auguste Dbiiumav^ députa du Doubs, membre de l'Académie de Besauçon. )

DB LA PMSMIÈRE PAMII. SU

UNI ODB DK roimimi.

Comme complément des manifestations de Fourier sur lai* même , je vais citer quelques strophes d'une ode qn*il composa peu de temps avant sa mort et qu'il laissa inachevée. Après avoir subi pendant trente ans la raillerie et Tinsalte, n'est-il pas bien permis à Thomme de génie , au moment où il va descendre dans la tombe , de protester une dernière fois en faveur de son œuvre toujours inconnus , et détonner ainsi lui-même l'hymne de sa propre apothéose qu'il pressent? Cette noble as« surance n'a-t-elle pas quelque chose de sublime et qui l'élève bien au-dessus d'un mouvement de vanité ou d'une suggestion de l'orgueil ?

Justes qoi sooffrex en sileooe , Au dédain .partout condamnes ; Peuples qui dormes enchaînés Par la terreur et l'indigence , L'instant du réveil est sonné :

Un prophète aux humains donné Vient du sophisme écraser Thydre.

Cinq mille ans le crime a régné ; Enfin s'épuise le clepsydre Aox temps d'infortune assigné.

L'homme ans faux savants sec<mfie; Détrompes-voos , peuples et rois , Cosses de demander des lois A l'absurde philoMphie :

De ses rhéteurs préwmptneux Naissent des codes tortueux, Dédale anx méclMuitt favorablo.

Mortels » repousses ce poison .

N'attendes on code équitable Que de la divine raison.

Rendes grâce à sa providence ; Receves cette loi des cieux , Dont un génie audacieux Sut acquérir l'intelligence.

Réformateurs civilisés , Fléaux des peuples abusés , Fuyes , la vérité s'avance :

Tombes , légistes ténébreux , Peuples , chaules la délivrance , Voici venir les jours heureux.

Les strophes qui viennent ensuite roulent sur les torts de la science et les travers de Tesprit civilisé. Elles ne sont qu*ëbau-> chées et elles sont suivies d'une apostrophe aux détracteurs :

Kt toi , volcan de calomnie , Si^le abject , fardé de progrèf , Dont I9S ironiques arrêta Kncbatnent l'eaior dn génie ! .

C'eat par un calice de fiel Que des hantes faveurs dn ciel Tii récompenses le message.

Mes travaux seraient donc flétris !

Trente ans de dégoftts et d'outrage De nies veilles seraient le prix !

Paris , moderne Bal»ylone , ijorsqne de mes pénibles jours 141 Parque aura tranché le cours , l'u voudras tresser ma couronne.

Tes fils viendront sur mon cercueil Déjrforer ton vandale orgueil , Illustrer, \enger ma mémoire :

lis conduiront an Pantliéou Ma cpnilre , plus riche de gloire Que Oi'juir, que VajMiléon.

FIV DFS NOTES DC I.^ PREMIERE PARTIE.

t)e re âutem'qatt agit» petimiu ut liomiiMs eam non •piaioMm , led ofm mm cêgiUM.

Bacok.

(C« fi'eil point ici «se fimpla OMoion . c'est «m œoTre , œavre d'obfervation et oe calcul. )

eONSIOÊRATIONS PRÊUMINAIRES.

Que lui Yoalei«T6M à ce mtmàe nortl que \m préceptean des nati<mf ont déjà tant sermonné avec tant d'utilité?

Voltaire, Corretpondamee ^ année 1758.

Si Diea disait k l'homme d'anéantir les passions ofi'il lui donne , Dieu voudrait et ne voudrait pas , il se contredirait lui-même... Ce que Dieu veut qu'un kOmme fasse , il ne le loi fait pas dire par un antre homme , il le lui dit lui«néme , il l'écrit au féal de son cœur.

J>-J. RorssBAi*.

L^Kemifi et ia fome sociale, voilà les deux termes qu'il faut mettre d'accord.

Pour y parvenir, deux voies peuvent être tentées :

Agir sur rhomme pour changer sa nature et la plier aux exigences de la fbrivle sck;iale;

On biefli , eoDsîdérant la forme sociale comme le seul iêê 4$u% termes qili soit eiseptlellement variable, Tappro* prier aoi^ dIspofiUoas naturelles df lliomme.

fia secondé voie est la seule qui puisse conduire au but

210 SECOXDE PARTIE.

Cctle proposilioii , évidente pour nous, na puë encore, il s'en faut, le même caractère à tous les yeux. C^qvfil y a très-peu de personnes qui comprennent bien en quoi réellement consiste et où s'arrête de toute nécessité Tinfluence quil est possible d'exercer sur Thomme. '

On peut, à Faide de l'éducation, donner une certaine direction aux idées; on peut inspirer telle ou telle manière de voir sur quelques points , et, par suite, modifier la forme sous laquelle se produira la passiox^ ce grand et universel mobile de Tétre humain ^ Mais quant à lempécher de naître au cœur de Thomme ou à l'y étouffer, cela n'est pas possible. C'est mêmeen vain que l'on tenterait d'arracber la passion à ses tendances naturelles ; en l'ain qu'on s'efforcerait de la faire renoncer au but qui lui fut assigné; en vain qu'on s^obstinerait à la' vouloir dévier de ce but posé par la main de Dieu même : elle ne cessera pas moins d'y aspirer toujours , et alors elle y tendra par des voies indirectes et détournées. C'est là, sous un certain

■ La raison ttert à éclairer nos déterminations en nous en montrant les nio* (ifs et leK conséquences, elle pèse le pour et le contre du parti qu'il s'agit pour nous do prendre ou d'éviter ; mais à cela se réduit son rÂle , et c'est toujours en vertu d'on désir t d'une influence passionnelle par conséquent, que nous nous déterminons.

Par le mot Passion il no faut pa« entendre ici , comme on le fait communes ment, l'^rcès habituel de quelque sentiment, Yalms d'une affection ou d'un plaisir sensuel , mais bien la force intérieure par laquelle nous nous sentons sollicités, poussés vert les objets qui sont en affinité avec notre Ame on nos sens.

Dans la Passion ainsi envisagée comme elle doit l'être, on trou\e la véritable cause des actes les plus sublimes, aussi bien que des actions vulgaires, ou basses et infâmes. Qui no voit, en effet, qu'elle est le ressort des vertus même les plut ascétiques qui sont, en définitive, pratiquées en vue d'un Lonbeor plus ou moins éloigné ? L'exercice de la pensée elle-même n'a pas d'autre motif, comme l'exprime cette belle parole de saint Augustin ; Nulla est houùni causa fhUosO' jihnndi nisi ut beatus sit.

.i Tous les hommes , » a dit avec non moins de raison Pascal , <• désirent être ;: heureux ; cela est sans exception. Quelques différents moyens qu'ils y en*- " ploient , ils tendent totft à ce but La volonté ne fait jamais la moindre dé- >• marche que \ers cet objet (le bonheur). C'est le motif de toutes les actions M de tons les hommes, Jusqu'à -ceux qui te taent et te pendent » En d'autres termes : Tous les hommes se déterminent par des motifs pasaionnét. «t ont «n tout et toujours la Passion , une passion quelconque, pour mobile.

rapport^ toute Fhistoire de la Civilisation. L* effet commun des prohibitions morales, qui portent sur les essors natureb de passion, est de créer le mensonge et Thypocrisie. Ce qu*on peut invoquer de plus puissant et de plus élevé à r appui de ces prohibitions, les croyances religieuses par exemple, peuvent bien modifier la manière de voir, de juger, mais non pas la manière de sentir ou d*étre affecté , impressionné. Aussi ne sauraient-elles étouffer, même chez les hommes sur qui elles ont le plus d'empire, les attractions du cœur, ni empêcher cet état de lutte intérieure et de véritable anarchie des facultés spirituelles et des penchants, qu'ont dépeint avec éloquence, pour l'avoir ressenti au dedans d'eux-mêmes, les phis pieux personnages du Christianisme. Était -il digne de llntelligence Suprême et du Suprême Econome de créer ainsi Thomme avec des forces divergentes qui le sollicitent et le tirent en sens opposé, avec des puissances condamnées à s'entre-combattre et à s'entre-détmire dans son sein , au lieu de concourir toutes à le pousservers sa destinée et de l'aider à remplir sa tâche providentielle au milieu de la création ?

Si Ton s'élève, au contraire, à cette idée vraiment reli* gieuse que tout ce qui se manifeste de facultés dans l'homme fut destiné p«r son divin Auteur à un emploi utile; que rien n'existe chez lui , dans sa constitution passionnelle et intdlectuelle, aussi bien que dans son organisation physique, qui n'ait pour objet de contribuer à l'harmonie sociale, au bien de la masse et de l'individu, — on cherchera une forme de Société qui admette et provoque le libre exercice de toutes ces facultés, qui emploie avantageusement toutes les forces passionnelles dont le cœur de l'homme est le foyer. Eh bien! c'est là ce que Fourier a fait Ne tenant nul compte des préjugés qui condamnaient telle ou telle manifestation de la nature humaine, — dès que l'observation lui avait révélé une force de ce genre , il s'appliquait à en découvrir l'emploi social, et il est par-

¥ena à démontrer qu^il n^y en avait réellement aucune qui ne fût susceptible de servir au bien , et qui fût par eonsé* quent vouée d'une manière fatale à produire ici^bas le mal, le désordre.

C'est dans ces conditions, en apparence si téméraires qu^on serait tenté d'y voir au premier moment la gageure d'un fou , que l'auteur de la Théorie sociétaire s'est toujours placé et maintenu pour l'édification de tout »on vaste système.

Aiusi donc , excellence de la nature humaine telle que Dieu l'a faite , acceptation de tous les penchants qu'elle porte en elle , voilà le point de départ de Fourier, sa don- Bée première et fondamentale. De là il est eonfkiît à s'interdire la contrainte comme moyen légitime d'action sur les hommes. Ce n'est que par ïattrait qu'il s'oblige à leur laire accomplir leur tâche dans la Société , mais dans une Société autrement organisée que la nôtre où le devoir est presque toujours pénible, où la pratique du bien et sacri-' fice sont presque une seule et même chose.

Les paroles de Jean-Paul que j'ai citées en tête de la biographie de Fourier : u De toutes les cerëee qui vibrent » dans l'âme humaine, il n'en coupait aucune^ mais il les » accordait toutes, » — ces paroles s^appliquent admira* blement à ce socialiste et elles ne sauraient s'appliquer entièrement qu'à lui seul. Elles caractérisent on ne peut mieux la philosophie phalanstérienne. Voilà notre dogme fondamental à nous, en effet; dogme qui n'est admis qu'avec des restrictions plus ou moins nombreuses, et toutes très- inconséquentes, parles autres écoles philosophiques qui s'occupent de l'homme et de la Société. En admettant la bonté de la nature de l'homme, la sainteté de tous les penchants que Dieu a mis dans son cœur et que de fausses combinaisons sociales peuvent seules tourner en

THÉORIE SOCIÉTAIRE. tl9

vieet («ar notre Civilisation n'est^elle pat comme ces Harpief qui salissaient et diangeaient en immondices tout ce qu^elies avfuent toaché ?) ; en admettant , dis^je , ces bases, on est amené, par Fentratoement d'une logique irrésis^* tible, à adopter nos idées sur les conditions de Tordre social. Ce premier point accordé , sous peine de se montrer inconséquent, on est phalanstérien, complètement phalanstérien. Que Ton mette, au contraire, en doute Texcellence native de Fhomme, on retombe aussitôt dans les systèmes de répression et de contrainte avec lesquels toute vue libérale n'est qu*une exception , et , en réalité , une inconséquence; on n'est point dès lors véritablement phalanstérien, quelques parties du système qu'on adopte d'ailleurs.

Il ne faut pas se tromper sur la nature de» prétentions que nous avons, nous autres disciples de Fourier, en cherchant à fixer l'attention sur la valeur de sa Théorie. Ce n'est pas, je le répète, une règle de conduite pour l'individu placé dans la société meiuelie, que nous songeons à apporter aux hommes ; ce n'est pas d'approprier les hom mes, leurs sentiments, leurs intérêts, aux conditions so cialês actuellef, que nous nous occupons : tentative à peu près infructueuse de la plupart des philosophes, de tous les moralistes ; objet spécial de toutes les prescriptions reli* gieuses et législatives.

Cette tâche, dont, au surplus, je ne méconnais pas, pour ma part, l'importance relative ; cette tâche n'est point la nôtre. Fourier a retourné le problème. Négligeant Faction sur Fhomme, action qui aurait pour but de changer son immuable nature , de s'attaquer à ses invincibles penchants , il la reporte tout entière sur la forme sociale qu'il se propose d'adapter précisément à cette nature de Fhunune. Il ne faudrait donc pas mesurer la valeur de la Doctrine de Fourier sur Futilité qu'elle peut avoir pour Findividu au

no SECONDE PARTIE.

milieu de notre monde incohérent, et tant que subsiste cette incohérence qu^elle a justement pour objet de faire cesser, en y substituant la combinaison harmonique de tous les éléments sociaux. Je dirais presque dans ma franchisa : A quoi bon la vérité dans un ordre social réduit forcément à pratiquer le mensonge? A quoi bon surtout cette vérité à regard des sentiments humains dont les droits ne sauraient être reconnus, dont la satisfaction est impossible sous le régime où nous sommes placés ^.

Je fiiis, on le voit, bon marché des mérites de la Doctrine phalanstérienne envisagée autrement qu^à titre d*instrument et de moyen de transformation sociale. Et cependant, je ne sache pas de conception plus capable d*inspirer aux hommes les sentiments d'une bienveillante indulgence et d'une tolérance éclairée pour tous leurs semblables. Il y a, en effet, dès aujourd'hui, de bonnes leçons pratiques à tirer pour chacun de nous des vérités établies par Fourier sur la nature passionnelle de Fhomme, et sur les résultats forcés de sa discordance avec le mécanisme social dans lequel elle est condamnée à fonctionner. Ainsi , tandis qu'a* vec toutes les hypothèses différentes de la nôtre , c'est aux personnes que chacun est porté à imputer ce qu'il peut avoir à souffrir dans ses relations de société» d'affaires, de famille ; tandis qu'on est porté à s'en prendre aux indivis dus, à accuser leur mauvais vouloir et leurs vices; qu'on est toujours prêt à s'aigrir, à s'emporter contre eux, à leur jeter l'anathëme et le blâme ; — au contraire, à la clarté des principes posés par l'auteur de la Théorie de l'Attraction passionnelle, tout ce qui nous indisposait contre les individus se tourne contre les entraves qui résultent de la

■ U y a cependant, mAme an milien dn conflit det inttfréta et dee paidont qui caract^rite l'état «M^«r«(f« une nomude , la ligne du devoir , dont il est powiUe à chacan de nou de t'écarter plna on moins dam la condnite. Cette id^e , qni maintient la notion de mérite et de vertu , la diitinetion dn bien et dn mal, a été développée par l'antear dans un discours sur la Bttponmbiiiti^ avril 1847. {AUoctMmud'nn $oeialiMt0. brodi. in-8«.)

THEORIE SOCIETAIRE. ttl

forme sociale. Or, quelque vif qull soit, ce sentiment contre un être de raison (la forme sociale) ne mettra jamais à personne ni le poison, ni le poignard à la main.

Fût-elle une erreur, cette idée qui, sans effacer pour nous le caractère bon ou mauvais des actions, sans nous faire confondre le bien avec le mal, le juste avec Tinjuste, tend à disculper à nos yeux Tindividu par qui nous sommes blessés dans nos intérêts, dans nos affections ou nos opinions ; cette idée serait encore une beureuse erreur, un principe par-dessus tout humain et charitable, absorbant avec plus de force qu^aucun autre et neutralisant les haines, les pensées de vengeance, au profit de la concorde et de la paix domestique ou sociale. Sous Tempire de ce principe, U n'y a plus de saintes colères contre les hommes; et celles-ci, F histoire nous Tapprend, qu'elles agissent au nom de l'intérêt de Dieu, au nom de la patrie, du bien public, de la liberté , de l'humanité même, ne sont ni les moins sanguinaires, ni les moins implacables.

Mais, sans prendre nos exemples dans ces grandes crises qui agitent de temps en temps le monde ou du moins tout un peuple à la fois , — autour de nous , dans les circonstances ordinaires de la vie, que voyons -nous chaque jour? Celui qui a un vif sentiment ie l'Unité, s'irriter contre les gens dont la conduite est en désaccord avec l'idée qu'il s'est faite de l'ordre ; celui chez qui le besoin de telle ou telle affection est ardent, énergique, chez qui par conséquent les désirs sont impétueux et l'empire de la passion puissant, celui-là, faire éclater une haine furieuse ou nourrir en secret une aversion profonde contre les personnes qui sont un obstacle à ce que cette affection soit satisfaite ; enfin ces créatures moins nobles , qui sont dominées parles appétits sensuels, se révolter aussi, encore et toujours, con^e des personnes. De là ce ricochet universel de mépris et de haines, qui est le fonds en quelque sorte de la vie civilisée.

n% »RCO\DE PARTIE.

Je le rappelle toutefois encore, ces considérations sur Finfluence que pourraient avoir les idées phalanstériennes en tant que génératrices d'une r^gle morale par rapport à la société actuelle ; oes considérations , k nos yeux et relativement à notre but en propageant la Théorie d'Associa** tion, ne sont que tout à fait secondaires. S'il y a des gens qui se flattent de plier la nature humaine aux exigences de la société actuelle, et qui Tétudient à telle fin, nous ne sommes pas de ce nombre. Rien que pour apporter toute rimpartialité nécessaire dans Fexamen de cette nature, dans Hnterrogatoire , si je puis ainsi m'exprimer, qu'il 8*agit de lui faire subir, il faut avoir fait abstraction de toute forme sociale préexistante ou préconçue. Et c'est oe que n*ont jamais fait, avant Fonrier, les auteurs des diveri systèmes moraux, politiques, eie, lis ont toujours jugé de ce qui devait être bien ou mal , suivant les nécessités de lV)rdre établi autour d*enx. Vainement le cœur humain ve* nait-il donner un démenti à leurs théories et protester contre elles par la révolte et le désordre : devant oes témoignages par lesquels la nature elle-même les avertissait quMl n'avait pas été tenu compte d'une partie des éléments essentiels de la question dans la solution par eux donnée ou acceptée du problème social; devant œs documents d^une vivante authenticité, ils ont dit, comme oertain historien à la vue de renseignements qui lui arrivaient après coup ! u Tant pis, notre siège est fait. » Mais quand il s'agit de la Société et de Faction des passions humaipoi dans son sein , le siège dure toujours , et la voix de la na^ ture ne cesse de crier plus haut que les cent millo lots et conventions des honimes, au nom desquelles on pré^ tend lui imposer silence. Prétention impie non moins qu'absurde, condamnée par les autorités sacrées elles* mêmes : In vanum autem me eolunt , docentes doctrinas et prcBcepta hominwn. Marg , vu , 7. ( C'est en vain qu'ils m'honorent^ enseignant les doctrines et les préceptes des hommes.)

THEORIE SOGIKTAIRE. 223

Dans cette alternative entre la nature, unk en tout temps, en tous lieux, comme la pensée de Dieu même dont elle est Texpression ; dans cette alternative entre la nature toujours parfaitement conséquente dam lei attrao* tions qu^elle imprime aux êtres vivants, et les principes incohérents de Sociétés contradictoires entre elles et toutes plus ou moins malheureuses, nous n^hésitons pas à nous prononcer en faveur de la nature : c'est elle seule que nous prenons pour houssole; c'est à elle que nous demandons un critérium des choses sociales, beaucoup plus sûr et plus constant que toutes les règles variables créées, suivant le besoin des circonstances, pour servir d'étais aux Sociétés diverses qui se partagent la surface du Globe, et dont aucune ne concorde entièrement avec les penchants naturels de notre espèce.

Pour savoir ce qui convient à FHumanité , prenons un moyen bien simple : descendons au fond de notre cœur, rendons-nous compte de ce qu'il demande , et acceptons cette voix intérieure comme une révélation sainte, comme un appel divin vers notre destinée véritable et légitime. Puis aimons, une fois du moins, aimons nôtre prochain comme nous-mêmes , au point de vouloir pour lui tout ce que nous désirons intimement pour nous ! — Mais, dira* t-on , sitôt qu'on se met à ce point de vue, l'impossible apparaît de toutes parts. Comment faire à la fois toutes les volontés? Pourra-t-on jamais concilier de tout point les goûts des pères et les goûts des enfants, les vœux des sages et ceux des fous? — Oh! très-bien, dès qu'il sera reçu que l'attraction seule fait loi et droit pour chacun ; car, pour être diverses, les attractions ne sont point hos* tiles entre elles , ni contradictoires. C'est par suite des dispositions anti-attractionnelles de la Société qu'elles engendrent la discorde entre les différents âges et caractères, entre les différentes positions et les différentes classes, dans la famille, dans ce qu'on appelle le monde, eld^w%\!^AaX^

n4 SECONDE PARTIE.

Mais abordons enfin Tesquisse de la Théorie qui , en satisfaisant au vœu de Tattraction chez tous les individus, apporte le remède à ces conflits de tout genre dont la Société actuelle est la systématisation.

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