‹ Fourier, sa vie et sa théorie (volume 3)Chapitre 35 sur 36 · X0TE · texte numérisé non relu

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Ce mèmt H. R«ybâod, qnt est nn avocat parTôSs très-compromettant pour les causes qu'il prétend défendre, allègne éhtùté ce qui suit, dans l'intérêt des idées vulgaires sur la moralité : i A f part quelques grands sentiments dont Xinnéité est frappante, f la mesure des aetet humaitts varie de peuple à peuple, de aoiie f à zone (Pascal Tavait remarqué), t

Oui sans doute, Pascal l'avait remarqué, mais dans une Intention tout autre que celle qui est affichée ici par II. Reybaiid. Pascal avait trop de sens et de logique pour voir dant Mlle v*>* riation, suivaat les lieuK et les temps, dei règlCA du tfAl ftt du faux, du joite et de Tinjuste, un argmnent %n Hveiir de CM mêmes règles.

11. Reybaud, toujours dànl la citation présentée avM éloge à l'Académie par M. Jay, s'élève en VftI puritain contre l'idée d'arriver au bonheur par la satisfaction des passions.

I Quant au bonheur, s'écrie-t-il, quoi de plus relatif? on parle 1 de le fonder par une satisfaction illimitée : mais ehaqttO Jour f cette expérience se fait en détail, et ton! homme pent dire si f la passion pleinement assouvie est le bonheur, il la privation • même, la privation réâéchie et volontaire, ne renferme paa plnt » de joies réelles qu'une satisfaction sanS bornes. Le bonhear êmt 1 la terre aurait un autre écueil, celui de supprimer toute aapi- » ration vers un état meilleur, et d'entourer notre départ de oettê f vie des conditions les plus douloureuses, i

Sans doute ee qu'on appelle bonheur varia suivant les goûter suivant les dispositions des individus ; mais se fonder là^^deaana pour embrouiller la question, pour chercher à persuader qu'il n'y a aucune condition générale, nne que iton, du bonheur, c'est le procédé d'un sophiste, non d'un ami sincère de la véritéi Quel bonheur est possible à qnl n'a pas de quoi satisfaire ses prenuen besoins ?

Quant à cette expérience qui, selon M. Reybaud| se ferait en détail chaque Jour, on peut lui répliquer qu'elle ne Se fait jamais au contraire. Tel individu pourra très^bieui Sans doute, pour employer l'expression de M. Reybaud, assouvir quelquefois tme de ses passions. Mais estMse donc là la satisfaction passionnelle ifUé^ grale^ comme l'entend Fourier? On peut parier à M» Reyband le langage de la Théorie sociétaire , puisqu'il s'est donné pour l'interprète de cette Théorie. Eh bien! où trouvera-tnl, je le Itti

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demande» dans les conditions sociales actuelles, où trouvera-4*ll remploi» la satisfaction des trois passions distributices, qui sont incompatibles avec le mécanisme civilisé ?

Malgré ce que dit M. Reybaud des joies de la privation réfléchie et volontaire (qualité que n*oat point, en général, les privations des Civilisés, qui sont des privations ybrc<?ejr et point du tout Ubres)^ nous doutons fort que cet écrivain, même avec Taide de la réflexion et d*UD peu de bonne volonté, se fût senti tout aussi jo^feux d'être privé du prix Monfyon que de le recevoii*.

Pour ce qui est de la sollicitude que témoigne M. Reybaud , au sujet du regret que nous aurions de quitter cette vie si Ton trouvait moyen de nous la faire un peu meilleure , si nous parvenions à y être passablement heureux , une telle sollicitude est tout à fait gratuite , du moins pour ceux qui admettent l'ensemble de la conception de Fourier. Il'auteur du Traité de r Association ^ en efTet, dans un des passages que rapporte M. Reybaud lui-même, à la fin de son volume , ne dit-il pas, après avoir exposé ses vues sur la vie future ; « C'est à présent que l'homme pourra quitter la vie f sans regret, puisqu'il aura la certitude de l'immortalité de l'âme, « dont on ne pouvait s'assurer que par l'invention des lois du mouf vement social? » Et puis cette sorte d'appréhension qu'il ne se rencontre un Jour trop de bonheur sur la terre, n'est-elle pas un souci bien prématuré, une précaution superflue, dérisoire, une plaisanterie ironique et tout à fait déplacée, eu égard au sort actuel du peuple ?

Après avoir loué, comme il convenait, le candidat au prix Montyon de ses protestations en faveur des bons principes ^ M. Jay continue ainsi :

c En considérant ces trois sectaires dont M. Lonis Reybaud a f exposé les systèmes, on est frappé d'un trait qui leur est com- 1 mun : c'est une obstination invincible, une opiniâtreté d*apo- » stolat, un dévouement à leurs principes qui résiste à toutes les « épreuves, même à celles du dénftment et de la pauvreté, qui 1 accepte tous les sacrifices et ne s'éteint qu'avec la dernière « étincelle de vie. Cette existence de lutte perpétuelle, cette ab- « négation "Tle soi-même au profit de convictions qui paraissen « sincères, éveilleront toujours dans les âmes généreuses de 1 réelles sympathies. >

Oui sans doute ; mais non pas, il paraît , dans les âmes de

Wî NOTES

WM. les académiciens , car ceax-ci , bien évidemment , de leur aveu môme, ont en pour bnt de récompenser, en coaronnant les Etudes sur Ifs Réformateurs contemporains, non pas noe appréciation éclairée de ces hommes au dévouement si étrange, mais le dénigrement de leur œuvre , mais la négation de tonte valeur pratique qu'on pourrait être tenté d'attribuer à leurs théories de réforme sociale. On veut bien accorder quelques mots d'éloge à ces individualilds si nobles qui ne sont plus là pour en jouir; mais ce qui reste d'eux, leurs doctrines, voilà ce qui ne trouvera ni grâce ni justice à l'Académie, voilà ce qu'il faut arrêter, étouffer, flétrir à tout prix. Les fondations philanthropiques des MontyoD et autres peuvent-elles recevoir une destination plus conforme aux vues des généreux testateurs?...

Sachons gré toutefois à M. Jay d'avoir osé rendre hommage à la conduite de l'homme, en dépit des préventions contre l'audace de sa pensée.

« Fouricr, dit-il, d'une vertu austère, d'un caractère moral » plus élevé que Saint-Simon, dont le cynisme n'était pas seule- « ment une théorie, Fourier a lutté sans dégradation personnelle » contre la mauvaise fortune ; mais il y avait pour lui une source » intarissable de bonheur, et les illusions de l'orgueil charmaient 1 celte existence livrée à elle-même. — 11 se promenait glorieux, » dit M. L. Reybaud, au milieu de populations libres et entlioo- » siastes qui le saluaient comme un bienfaiteur. »

Ce qui fait conclure à M. Jay qu'il y a là, outre Xincincible opiniâtreté qu'il a déjà signalée, un amour-propre exalté Jusqu'au délire, « Ce n'est pas, ajou(e-(-il, avec de telles dispoai- » tions qu'on travaille efficacement au bonheur de l'humanité, t

Proposition souverainement fausse. Il u'y a pas une des grandes inventions du génie qui n'ait été accompagnée, plus on moins, de ce même sentiment d'enthousiasme, de cette ivresse quasi divine que produit la conscience d'une haute découverte. Disposition infiniment heureuse, car sans elle où trouveraient-ils la force, ces hommes de glorieuse exception, où puiseraient-ils la force nécessaire pour féconder leur idée, pour accomplir jusqu'au bout lenr tâche sainte, malgré tout ce qui s'y joint pour eux de dégoûts, d'avanies, de souffrances de toute sorte à essuyer? Quoil vous prétendez interdire aux Gutenberg, aux Watt, aux Fulton, de se complaire- dans la perspective des immenses avantages dont

leur découverte ouvre la carrière à rHumanité? Mais l'eipcrience prouve qu'ils sont restes dans leurs prévisions, tous ces grands inventeurs, bien en deçà de la réalité déjà obtenue. Et cette sublime jouissance du génie, seul dédommagement de tant d'amertumes, de quel droit voulez-vous la lui enlever? Elle est un don de la Providence et une nouvelle preuve de sa judicieuse sagesse dans la distribution jdes attractions. — C'est être aussi par trop moraliste^ que d'aller jusqu'à réprouver la plus noble de toutes les jouissances qu'il soit donné à l'homme de connaître, et la plus utile à ses semblables dans les résultats qu'elle engendre !

Il me reste (et c'est la partie la plus pénible de ma tâche) à signaler un dernier trait des deux rapports lus à l'Académie française sur l'ouvrage de M. Reybaud : trait vraiment caractéristique et qu'il n'est pas étonnant dès lors de rencontrer, dans l'une et l'autre de ces pièces, formulé, pour ainsi dire, dans les mêmes termes. Je veux parler de la justification de l'emploi du legs Montyon en faveur du livre sur les Socialistes.

C'est surtout comme inexorable réfutation des systèmes qui sont censés y être exposés, que l'ouvrage de M. L. Reybaud a été recommandé à l'Académie française et qu'il a obtenu les suffrages de l'illustre compagnie.

ft II serait bon, i dit M. Jay en parlant de ce livre, « que de V pareilles idées pussent arriver aux plus humbles intelligences. * Elles détruiraient de funestes illusious et calmeraient de vio- » lents désirs qui ne peucent jamais être accomplis.

« C'est assurément des productions littéraires de ce genre que » le vertueux Montyon avait en vue, lorsque, dans l'intérêt (ie t la morale et de l'humanité, il instituait d'éclatantes et solec- » nelles récompenses. «

Ainsi donc, c'est pour tuer l'espérance, c'est pour étouffer dans le cœur des hommes malheureux l'aspiration vers une destinée meilleure, que les amis de l'humanité ont légué aux corps savants la disposition d'une partie de leur héritage ! Il y a là , j'ose le dire, il y a dans un pareil langage, dans une pareille conduite, une profanation et une prévarication tout à la fois. L'Académie française aura à en rendre compte un jour devant la postérité.

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Au surplus cette compagnie, eu aogmentant la publicité do livre de M. Reybaud, a servi, sans le vouloir, la cause de la Réforme sociale. Quel est, en effet, Thommc capable de porter un jugement en semblable matière, qui, après avoir lu l'analyse tout incomplète, et tout inexacte même en plusieurs points, que donne M. L. Reybaud de la Théorie de Fourier ; quel est, dis-je, l'homme compétent qui ne se prononcera bien plutôt pour le hardi novateur que pour son cauteleux détracteur ?

l \ MOT SLR L'HYPOCRISIE. — L'I\FA\TICIDE.

I/Lypocrisie , soit envers Diea , envers les hommes ou envers la nature , est caiis4; do tous les maux que nous avons.

i.A Kkiks dk Navabbr. nov. 34.

A l'occasion de ce qui s'est passé à l'Académie française au sujet du livre de M. Louis Reybaud, il me revient un regret que d'autres circonstances avaient aussi fait naître en moi. Ce regret, c'est dans le tableau des vices de la Civilisation, de n'avoir pas assez insisté sur l'un d'eux, qui joue un rôle immense dans ce mécanisme social, et qui a la plus grande part peut-être aux résultats subversifs qu'il produit. Je veux parler de Y hypocrisie.

Kon pas seulement de ce genre d'hypocrisie dont Molière nous a (racé un type hideux dans le Tartufe; mais de cette hypocrisie H l'usage des honnêtes gens, qui consiste à affecter, sur les questions de mœurs, des sentiments et des opinions que l'on n'a pas. C'est là le plus grand obstacle à la manifestation de la vérité en cette matière ; et hors de la vérité, point de justice, point de salut pour le monde social.

Qui me démentira si j'avance qu'il n'y a presque pas de Civilisé qui , comme mari , comme père, comme homme public, magistrat, administrateur, voire académicien, n'ait censuré, -condamné, flétri une conduite qu'il avait tenue souvent lui-même, des actes qu'il avait commis et qu'il serait encore tout disposé à commettre de nouveau , n'était le manque d'occasions et de moyens? Combien de ces Catons d'apparence et par nécessité de

osition, qui sont des Faublas au fond du cœur et en infention jusqu'à leur dernier jour ! Mais tous ces gens qui font de la morale par politique ressemblent à ces habitants d'une ville d'Italie au xv^ siècle, qui, à ce qu'on rapporte, avaient toujours chez eux deux balances, l'une pour le voisin, l'autre pour eux-mêmes. C'est ainsi que, soit dit sans offenser personne, lorsque l'Académie française décernait un prix de vertu de six mille francs à M. Louis Reybaud, pour avoir fait justice des immoralités de la Théorie de Fourîer, l'illustre compagnie était présidée par l'honorable M. de Jouy, de qui sont, si je ne me trompe, certains couplets passablement lestes, intitulés La loge grillée. Mais où l'Académie irait-elle se recruter, si elle devait fermer ses portes à quiconque aurait sur la conscience quelques peccadilles de cette espèce?

Revenons à quelques points plus sérieux du chapitre de l'hypocrisie. Un docteur dont les odieuses maximes, pour aïoir été mainte fois anathématîsées à grand renfort d'indignation vertueuse, n'en sont pas moins suivies à la lettre dans la conduite de beaucoup de gens, car elles sont te code de la politique du succès en Civilisation, Machiavel, avertit « qu'il ne faut pas beaucoup se soucier de la vertu pour elle-même, mais seulement de la partie de notre visage qui est tournée vers le public, attendu que, si la réputation d'homme vertueux est utile, la vertu même n'est au fond qu'un obstacle, i

Ne dirait-on pas que cette pensée de l'auteur du livre du Prince est la boussole du monde officiel ? Et j'appelle ainsi, non pas seulement la classe des fonctionnaires et des personnages politiques, mais encore tout ce qui est en représentation , les membres d'une académie ou d'un corps municipal, par exemple, tout aussi bien que les ministres et les députés, sans omettre les candidats à ces diverses places ni les aspirants aux prix Montyon, plus intéressés encore ces derniers, vu leur position de candidats, à mettre habilement en pratique le précepte de Machiavel.

Oh ! si l'on voulait avouer jusqu'où s'étend cette spéculation sur les app^^ences de la vertu ?. . . Mais ou arriverait à constater que tout n'est que fard et mensonge. Omnis homo mendax : voilà le résultat du régime social sous lequel nous vivons. Un

VM\ \OTES

Civilisé, comme le disait Fourier, est menteur par bienséancef quand ce n'est pas par calcul intéressé. Allait-il trop loin lorsqu'il défiuissait la Civilisation, le jeu des dupes et des fripons? \on , sans doute, et il aurait pu ajouter que les dupes oe le sont, la plupart du temps, que faute d'assez d'habileté pour jouer l'autre rôle ; mais l'intention de duper aussi n'est pas communéaaent ce qui leur manque.

^'insistons pas davanta(][c sur la peinture d'un état social dont on ne serait que trop fondé à dire ce qu'Augustin disait de la société romaine, « qu'il n'y avait jamais eu là de société, parce ({ue la VRAIE JUSTICE n'y était pas, et qu'on ne doit point regarder comme des droits les iniques conventions des hommes ^ i Appliquons à cet état social la maxime de Jésus : Jugeons l'arbre à ses fruits.

11 en est un , celui de tous qui condamne le plus hautement, à mon avis, notre société ; il en est un qui crie incessamment vengeance contre un ordre de choses susceptible de donner lien à une violation si monstrueuse du plus puissant des instincts affectueux de la nature humaine : je veux parler de l'INFANTI- VA\Wj. Qui ne sent pas que, pour qu'une mère puisse être amenée à étouiïer elle-même le fruit de ses entrailles ; à répondre aux premiers vagissements de son enfant par une sentence inexorable de mort ; à donner à ce jeune être formé de son sang, conçu, développé dans son sein, au lieu des caresses enivrantes de l'amour maternel , une étreinte homicide ; à ne porter les mains sur ce corps frêle et délicat que pour le déchirer, le briser sans pitié, que pour y arrêter violemment les ressorts de la vie ; oh ! qui ne sent que pour produire un tel renversement du sentiment le plus saint, le plus profond, le plus intime, il faut qu'il y ait là quelque fatalité infernale, quelques combinaisons vraiment sataniques dans la législation des hommes? N'y eùt-il par siècle qu'un seul infanticide dans l'ensemble des pays civilisés, qu'on devrait encore se hâter de rechercher les causes d'où peut provenir un fait tellement contre nature, et de reviser les dispositions sociales capables d'en suggérer l'idée.

Il y avait chez les Athéniens une coutume fort sage par rap-

D» la Cité de Dieu, liv. II. c 21 ; liv. XIX. c. 21.

port à ces lois contradictoires qu ils qualifiaient d* antinomies ; c^était de les faire examiner chaque année par des commissaires nommés à cet effet, et lorsqu'on ne pouvait parvenir à les concilier entre elles , de les soumettre au peuple pour qu'il statuât à leur égard quelque chose de fixe et de concordant. Ne serait-il pas à propos que, par rapport à l'ensemble des dispositions et des opinions qui régissent la Société, on imitât de loin en loin cet exemple? Et aloro, si les lois de l'honneur, telles qu'on les a faites , se trouvaient sur quelques points en désaccord avec les lois étemelles et immuables de la nature, ne serait-il pas expédient et urgent d'aviser aux moyens de faire cesser une antino^ mie dont il ne peut manquer de résulter des violations déplorables, soit des unes, soit des autres de ces lois, et de toutes deux à la fois bien souvent?

J'ai parlé de l'infanticide à propos de l'hypocrisie ; c'est qu'en effet rhypocrisie, ou le besoin de paraître ce qu'on n'est pas, est Ce qui donne lieu, d'ordinaire, à cet horrible, et pour ainsi dire, inconcevable forfait. Quand ce n'est pas la honte, c'est la misère qui pousse à le commettre. On voit donc qu'ici, comme partout, le seul remède efficace, c'est l'ASSOGIATlON.

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