‹ Fourier; sa vie et sa théorieChapitre 12 sur 66 · XXX . PREPACK · texte numérisé non relu

XXX . PREPACK

sociaux, c La couronne du genre humain, a dil Herder, est pour celui qui inventera le meilleur ordre social ; » qui inventera, en se conformant, bien entendu, aux données essentielles du problème, aux conditions réelles de la nature humaine et du milieu où elle est appelée à vivre, fonction elle-même et roUage de l'organisme universel.

Que cependaDt les hautes spéculations de l'esprit, que la poursuite d'un idéal qu'il est donné à l'avenir seul de réaliser, ne nous fassent pas perdre de vue les nécessités impérieuses de l'heure présente. Pour ne pas être à la merci d'une agression contre laquelle il n'y a plus de garantie possible, réorganisons notre armée, ou plutôt résignons-nôus à faire de tous nos fils autant de soldats, puisque c'est devenu une triste nécessité, puisqu'il faut absolument, sous peine de mort nationale, nous mettre sur le même pied militaire que la redoutable voisine qui nous a si cruellement fait sentir sa supériorité sous ce rapport. Mais que cela s'effectue sans jactance, en vue tout à la fois de l'éducation mihtaire, intellectuelle et civique des jeunes générations.

Point de rodomontades ! Imposons silence à nos rancunes, à nos colères les mieux justifiées. Faire le mort, est quelquefois habile et utile. Des

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germes de rivalité el d'hoslililé existent entre le pangeroianisme et le panslavisme, aspirant l'un et l'autre à la domination. •• Si tout abaissée et toiit amoindrie qu'elle est, la France n'inspirait peks encore tant d'inquiétude aux monarques et aux aristocraties du Nord, il ne se passerait pas, trois années peut-être avant que rAllemagne et la Russie en fussent venues aux mains. C'est le dénoùment obligé du triumvirat de i871, comme la guerre de 1812, entre Napoléon et Alexandre, le fut du triumvirat de 1807.

Mais quelle que doive être l'issue du duel germano-slave, il n'en sortira pas cette unité bienfaisante de l'Europe et du monde que Fourier appelait de .ses vœux, fût-ce même au prix d'une grande guerre. Les races slave, germanique ou saxonne manquent du ressort de sociabilité nécessaire pour amener la fusion des peuples européens. II y faudra l'intervenu tion de cette race latine, aujourd'hui déprimée sous l'empire de la force brutale, et dont la population française, m.algré ses récents malheurs, ne reste pas moins l'expression la plus complète et la plus brillante, en même temps qu'elle est la plus apte par ses qualités et même par quelques-uns de ses défauts, à servir de trait d'union et de lien entre les divers groupes de nationalités qui se partagent le sol de l'Europe.

xxzii > PRÉFACE.

Si Ton jette les yeux de Tautrecôté de TAtlanlique, on voit que la grande République américaine tend à englober dans une immense fédération tous les habitants du Nouveau Monde. A travers les perturbations qui l'agitent, le genre humain, suivant la j^role de Joseph de Maistre, marche donc vers l'unité ; il y marche daiis tes deux hémisphères, malgré les dissemblances et les différences caractérielles des races (dissemblances qui peuvent d'ailleurs devenir des motifs de rapprochement, au lieu de rester des causes d'éloignement et d'incompatibilité) ; il y marche en dépit de tous les obstacles créés par les prétentions jalouses des Étals et des princes, ainsi que par les dissidences de. sectes religieuses, toutes plus ou moins intolérantes.

Le concours de la France, plus dégagée qu'aucune autre nation dès préjugés traditionnels, et libre aujourd'hui comme la Suisse et les États- Unis, libre, momentanément du moins, de toute lisière dynastique; le concours de la France, dis-je, me paraît in.dispensable à la grande œuvre d'unification du globe. Quels que soient les revers qui l'accablent, elle ne faillira pas, il faut l'espérer, à sa mission humanitaire.

Au sortir de la double épreuve qui la laisse, notre pauvre et chère France, abattue, mutilée,

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ayant au flanc deux plaies pour bien longtemps saignantes, l'une du fait de l'étranger, l'autre de la main de ses propres enfants ; — lorsque beaucoup de nos compatriotes et des plus influents, grâce à leurs lumières, à leur position et à l'importance des services par eux rendus, ne rêvent que de revanche par les armes, chose toujours périlleuse, et de représailles dont Thumanité, dans tous les cas, aura encore à gémir; — il me paraît plus urgent, plus opportun que jamais d'appeler l'attention sur la doctrine, (la seule, sachons-le bien,) qui puisse par sa mise à l'essai et par son application graduelle, écarter pour toujours le fléau intermittent des guerres nationales et civiles, en même temps qu'extirper le fléau permanent de la misère, sévissant dans tous les pays, à des degrés difl'érents, mais sans exception ni interruption aucune, sur une partie de nos semblables.

Maintenant que, chez nous, au prix de cruels sacrifices, l'ordre légal se trouve partout rétabli ; maintenant que le canon et le chassepot ont eu raison de la révolte armée, — gardonsnous- pour autant de croire que tout soit dit, ni que tout soit réglé défmitivement et au mieux. Une telle sécurité nous perdrait.

N'oublions pas qu'après comme avant l'abominable guerre fratricide d'où nous sortons, le

XXXIV PBÉFACE.

problème social est toujours là, posé par les faits eux-mêmes. Le nier, comme s'obstinenl encore à le faire certains économistes, c'est nier le soleil en plein midi.

Oui, il y a une question sociale qu'il faut pacifiquement résoudre >à la satisfaction et pour le bien de tous, et dont la solution n'est point une chimère. Non, il n'est pas inhérent à la nature des choses, il n'est pas dans les conditions essentielles de l'industrie, que demeurent à tout jamais hostiles sous le régime brut du salarial, le' travail et le capital, Touvrier et le patron ; ni que par une vicieuse constitution du commerce, les intermédiaires fassent éternellement. la loi aux producteurs et aux consommateurs; ni qu'enfin l'agiotage, courcoinement de cet édifice d'iniquité , continue d'élever sans travail de scandaleuses fortunes, bâties, comme l'a dit un orateur catholique, sur d'immenses misères. D'où ces deux armées ennemies en présence, les possesseurs de la richesse et les esclaves de l'indigence : perpétuel péril de la société moderne (1).

La THÉORIE SOCIÉTAIRE cst la sculc combinaison qui satisfasse à tout ce qu'il y a de juste dans

(I) Le Père Félix, l'« Conférence de 1863. L'Économie aniichrétienne.

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les peveiidicaLions de la classe ouvrière, en nièmr temps qu'elle maintient intégralement toul ce qu'il y a de juste aussi dans la possession et dans l'usage des capitaux et de la propriété.

Association du capital, du travail et du talent, réalisée par une organisation sérielle des travaux de culture, de fabrique et de ménage, telle est la formule de la solution de cette question sociale dont tant de gens s'effraient et que si peu cherchent, par une sérieuse étude, à comprendre et à bien juger.

La solution ainsi trouvée par le génie de Fourierne demande, pour champ d'expérience, qu'un domaine d'une demi-lieue carrée, le territoire d'une de nos plus petites communes rurales. L'essai qui peut fonder la concorde sociale et lui donner des bases inallérables; qui doit procurer à tous, sans exception, la sécurité de la vie, l'aisance graduée, l'essor intégral des facultés ; cet essai n'exigerait pas, en avances, sûres d'être avantageusement récupérées, la vingt-millième partie des richesses matérielles détruites paf la guerre franco-allemande de 1870 et par son appendice néfaste, la guerre civile de 1871.

0 vous donc qui abhorrez l'effusion du sang et la destruction barbare des produits du travail ; vous tous qui aspirez au règne de la justice, de

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