‹ Fourier; sa vie et sa théorieChapitre 47 sur 66 · Association composée ou Harmonie · texte numérisé non relu

Association composée ou Harmonie

• Le tableaa du cours tntier de U carrière sociale humanitaire comprendrait 32 périodes , dont les dernières doivent reproduire , en ordre inverse , celles qu'on voit ci -dessus indiquées. Ainsi le genre humain , dans sa caducité , passera de noutrcaa , mais à recalons , par la civilisation , la barbarie, «le. , avant de terminer sa destinée terrestre.

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Ce lablcnu, dont les cinq premiers termes répondent h toutes les formes de sociétés qui ont existé jusqu'il présent sur notre Globe, est disposé de manière à figurer le degré relatif de bonheur que chacune d'x;llcs produit pour les masses. On voit que ce degré est le même pour le Patriarcat et la Civilisation, par exemple, qui sont placés sur la même ligne , tandis que la Barbarie est la plus malheureuse des périodes sociales. Ce n'est pas que celle-ci ne rapproche cependant FHumanité de son destin vrai plus que ne le fait la Sauvagerie, dans laquelle il y a moins d^infortune pour le grand nombre. Mais rappelons-nous que ces Sociétés, qui appartiennent à Fenfance de la vie humanitaire, à la phase d'irrégularité de la carrière sociale, ont pour objet de créer et de développer les instruments , les moyens de puissance qui mettront FHumanité à même d'accomplir sa gestion terrestre. Ces Sociétés préparent les éléments du bonheur social , mais ne le donnent pas. Il y a plus; le bonheur qu^elIes sont susceptibles de procurer <\ l'homme n'est pas toujours en raison des moyens et des forces dont elles l'investissent, de sorte qu'en élevant sa puissance, quelques-unes d'entre elles lui apportent momentanément une plus lourde charge de malheur. Ainsi en est-il de la Barbarie et même de la Civilisation comparées à la Sauvagerie, sur laquelle néanmoins elles sont un progrès réel; car le progrès doit s'apprécier par l'ensemble des faits dont le concours tend à donner à l'Humanité la gérance unitaire de son Globe.

Chacune de ces périodes se subdivise elle-même en quatre phases, deux ascendantes et deux descendantes, conformément à la formule de la page J 13. Faisons observer cependant que les deux phases descendantes d'une période quelconque peuvent être évitées, car celle-ci, une fois parvenue à son apogée , se trouve munie des moyens nécessaires pour constituer la période immédiatement supérieure. Faute d'opérer alors cette transformation, la vieille

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Société s'alanguil) s'use et se déprave, comme nous en voyons des exemples dans Tétat actuel de la Barbarie musulmane, dune part, et dans celui de la Civilisation chrétienne, d'autre part, chez les peuples européens les plus avancés.

Passons rapidement en revue les caractères principaux des quatre premières périodes sociales énumérées dans Talinéa précédent. Nous nous arrêterons davantage sur la cinquième, dite Civilisation.

Mais, avant d'esquisser le système historique de Fourier, disons quelques mots d'une objection élevée contre sa théorie du point de vue historique précisément.

On a prétendu que la doctrine phalanstérienne était en complet désaccord avec les traditions de l'Humanité et qu'elle donne un démenti à tout le passé historique.

L'objection repose sur une confusion qui va s'éclaircir par un exemple tiré d'une autre science.

Que dirait-on d'un homme qui rejetterait les idées qu'on a aujourd'hui en astronomie, par ce motif qu'elles ne s'accordent pas avec les idées qui dominaient avant Copernic et Galilée.

La Théorie de Fourier se trouve, vis-à-vis des faux systèmes qui ont prévalu en matière sociale, dans la même situation que la théorie des astronomes du xvi* et du XVII' siècle vis -à -vis des hypothèses mal fondées de leurs devanciers.

Pour le jugement à porter sur le nouveau système astronomique , il ne s'agissait pas de cherclier si ce système s'accordait ou non avec ceux qui l'avaient précédé, mais bien de s'assurer s'il sufQsait à l'explication des phénomènes célestes observés dans tous les temps.

De même pour la Théorie sociétaire : il ne faut pas lui demander l'accord avec telle ou telle vue arbitraire de la philosophie, avec les principes systématiques de telle ou telle législation , avec l'erreur de quelque nature qu'elle soit, qui se trouve érigée en préjugé moral ou autre. Ce

qu'il faut examiner dans la confrontation de cette théorie avec riiistoire, c'est si elle n'est point en contradiction avec les manifestations passionnelles, avec la conduite effective des hommes considérés soit individuellement, soit collectivement, dans les positions diverses qui leur étaient faites au sein de sociétés subversives , ou plutôt si elle ne rend pas très-bien compte de ces manifestations et de cette conduite. Toute l'histoire , hélas ! n'est pour ainsi dire qu'un long et douloureux commentaire de la thèse de Fourier sur la récurrence des passions comprimées.

Les fausses hypothèses des astronomes ne pouvaient empêcher, on le conçoit, l'accomplissement régulier des phénomènes célestes, parce que c'est là un ordre de faits qui échappe à Faction de l'bomme ; mais il n'en est point de même des faux principes relatifs à la constitution de l'ordre social, chose sur laquelle l'homme a une influence qui, heureusement, n'est pas absolue, mais qui est cependant directe et essentielle. Car l'homme est chargé de découvrir et de réaliser lui-même sa destinée sociale. C'était la tâche de son intelligence, tâche dans laquelle il réussit ou il échoue suivant que ses vues sont justes ou erronées, c'est-à-dire suivant qu'elles sont conformes ou bien contraires au plan de la nature par rapport aux Sociétés humaines.

La part de l'homme étant ici beaucoup plus grande , on conçoit que l'influence des systèmes arbitraires qu'il aura embrassés puisse aller jusqu'à troubler et entraver l'ordre naturel du développement des faits sociaux. Pourtant il y a encore ici une limite à l'empire que la raison humaine égarée peut exercer contre le droit des autres facultés de la nature humaine. Les Passions, par leur réaction incessante contre la règle fausse, ont justifié dans tous les temps ridée-mère de la Théorie de Fourier. Les décrets des législateurs n'ont jamais pu prévaloir contre la puissance indomptable que Dieu avait mise au cœur de

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rhomme pour des fins à lui connues. Aussi est-il vrai de dire, avec M. Jules Lechevalier, que « cW Tétude de )) rHumanité comme être passionnel qui donne la clef de » rhistoîre, et non pas Fhistoiré qui donne la clef des des- » tinées humaines, n

§.xx.

Première Période sociale.

Edénisme. D'accord avec la Genèse et les traditions de la plupart des peuples, Fouricr admet quMl y a eu un état primitif de bonheur, dans lequel Thomme a pendant quelque temps vécu à Forigine. Les premiers humains ne purent vivre ainsi, heureux et en paix, qu'à la faveur d'une organisation plus ou moins imparfaite du régime des séries PASSIONNELLES, hors duquel les passions s'entrechoquent de manière à produire inévitablement la discorde et entraîner par suite tous les fléaux. Certaines circonstances favorisèrent l'établissement de ce régime , naturel effet de la Sociabilité de l'homme, qu'aucun genre de contrainte n'avait encore ni entravée , ni faussée. Fourier signale parmi ces circonstances l'absence des préjugés, des préjugés sur. l'amour notamment; l'abondance des productions alimentaires qui ne coûtaient presque aucun effort et suffisaient amplement aux besoins des hommes encore peu nombreux; l'ignorance des signes représentatifs de la richesse, qui ne consistait guère qu'en fruits et autres substances difficiles à conserver, inutiles à accumuler. Cette époque, dans la vie de l'espèce, répond à celle de la vie de l'individu, pendant laquelle il trouve une nourriture toute préparée (le lait) dans les seins nitaternels. Mais de même que l'individu acquerra par une crise douloureuse {la dentition) les instruments d'une alimentation plus substantielle , de même il faudra que l'espèce crée avec dou-

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leur, au milieu de la longue crise des Sociétés incohérentes, ses grands leviers d action, Tindustrie, les arts et la science. — Bientôt les ressources fournies par la nature aux premières générations d'hommes sans le concours de llndustrie, ou du moins avec le seul concours d'une industrie inexpérimentée, dépourvue des notions les plus indispensables; ces ressources ne suffisant plus aux besoins d'une population croissante, la bienveillance mutuelle cessa, les Séries se désorganisèrent, et chacun s*isolant de plus en plus avec sa famille, Thomme tomba dans Fétat sauvage (5).

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