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Tyrannie de la propriété individuelle contre la masse

Chaque propriétaire peut bâtir comme bon lui semble, sauf un petit nombre d'exceptions, dans quelques villes et seulement en ce qui concerne une ou deux dispositions extérieures. A cela près, libre à chacun de ne suivre d'autre règle que celle de son propre intérêt et de son caprice, pour mettre ou non ses constructions en rapport avec ce qu'exige Thygiène publique , ainsi que la santé des personnes qui les habiteront. Cette tyrannie de la propriété individuelle s'exerce de mille autres manières. Il n'y a pas longtemps que nous avons pu obtenir une loi d'expropriation pour cause d'utilité publique, et Ton sait avec combien de peine.

8. Duplicité d'action et d'éléments sociaux. L'église, le matin, où l'on prêche la mortification; le

théâtre, le soir, où l'on prêche le plaisir. E sempre bene. A côté d'un temple où l'on enseigne l'horreur de la galanterie et de la volupté, on voit un cirque où l'on ne forme Tauditoire qu'à l'exercice des ruses galantes et aux raffinements du plaisir. La jeune femme qui vient d'entendre un sermon sur le respect dû aux époux et aux supérieurs ira, l'heure suivante, au théâtre y prendre une leçon sur l'art de tromper un mari, un tuteur ou un autre argus ; et Dieu sait laquelle des deux leçons fructifie le mieux! {Th.de t Unité univ,^ III., p. 108.)

Les caractères dont nous avons parlé jusqu'ici, tant successifs que permanents , ne forment que deux des huit ordres que Fourier établit parmi les éléments caractéristiques de la Civilisation. Après ces caractères de base, viennent ceiix qu'il nomme caractères de lien , les commerciaux en genres et en espèces; puis ceux de fakal et d'ÉCART. Dans ces derniers, il distingue les caractères de répercussion, soit harmonique^ soit subversive; ceux de rétrogradation et de dégénération.

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Les caractères de répercussioD, ou récorrenees passionncUes, sont curieux eu ce qu'ils offrent une image renversée des effets que produiraient nos passions dans un mécanisme social qui leur serait approprié.

Les passions sont des forces incompressibles ; arrêtées dans leur essor naturel , qui serait harmonique dans une Société convenablement organisée, elles en preanent un antre qui est le plus souvent subversif. Le jeu est une réeurrence de la Cabaliste ou passion de Tintrigue. Nos luttes politiques offrent une foule d'exemples des récurrences de r Ambition, ou plutôt elles sont en grande partie Fomivre de ces récurrences, ches Iqs différentes classes comme chez les individus. Tel est entre autres \e janissariat poln tique; et Fourier comprend sous ce nom « toute corparation affiliée qui envahit le pouvoir, maîtrise le gouvernement, et s'empare des fonctions principales oii les fait donner à ses agents dans toute retendue d'un empire « comme faisaient les janissaires dans l'empire ottoman , où ils jouaient aux boules avec les têtes des ministres. » Exemple : le jacobinisme chez nous; et, sauf la violence des moyens , il a eu des successeurs.

Gomme caractères de rétrogradation, Fourier cite la double tendance :V de ceux qui , dépossédés de leurs pri-» vilégcs au nom de la liberté, voudraient greffer rorgani* sation sociale du xii' siècle sur les mœurs du xix'^ 2^ Ae ces libéraux qui ne révent le progrès que par les droits politiques, droits impuissants ou funestes en l'absence des garanties sociales S et ne servant que d^aliments et d'in-struments nouveaux à la lutte entre lés gouvernants et les gouvernés d'une part, entre les différentes classes diantre part. Ce faux libéralisme ^ tire la Civilisation en arrière,

' L« oivilÎMlMn n'ett pM conipatibl« avoc les gartnties r^iiUèrM: «Mii toates celles qu'on tente d'y établir font-elles constamment éludées et illusoires. (FoDRiBR, tk. àe TAtt., inirod.)

^ fin le réprouvant , je suis loin de me déclarer partfaan à% TalNMltttlsm» •

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nous Tairons déjà dit, de la 3" vers la 2* phase; et cela produit un éiai mixte, cumulant les vices des deux phases, suivant la propriété générale des mixtes. Ces efforts des libéraux politiques ou simplUtes ont divers résultats fâcheux, tels que « F effarouchement des cours devenues d^ raisonnables par la frayeur que leur inspire ce faux libé» ralistne ; la discorde entre les diverses classes de citoyens, par suite des brigues électorales ; raeçroissement des dé« penses fiscales causées par cette lutte des gouvernements contre les peuples, n — lutte dans laquelle la corruption joue un rôle proportionna & là force de résistance que lei institutions donnent aux peuples contre les gouvernements. Ce que Ton fait ainsi pour ta liberté tourné contre Féga** ifté et ta justice. Le cens reproduit une aristocratie dans l'état, aristocratie d^autant plus préjudiciable à ceux qtt( li'en font pas partie , qu'elle est plus nombreuse. Le droit de suffrage devient de plus en plus un moyen de monopo*> liser, au profit de^ familles qui le possèdent, les emplois et les faveurs de Tadministration publique, obligée partout

l'absolatisme i}« |ieut convenir qu'à ceux qui l'exercent. (Pocribii, Xouv. Monde ind. , page 492.)

I.es }ibérain croient se jnttifier en diMQt : « Ne voyes-vou* pas qne. sani le système représentatif et les efforts de l'oppositioD , l'on tomberait sous le plus pesant despotisme? » Je le sais; mait il n'est pas niAins MPlain que levr taeti» que de heurter de front les rétrogradaleurs ne sert qn'i les exaspérer , les pousser de plus en plus à l'obscurantisme. Dés lors le parti même qui veut la liberté travaille indirectement contre elle ; c'est opérer comme l'oun qui d'un coup de pavé casse la léte k ion ami ponr le dégi^ger d'une mouche. 11 est certain que ce régime , dit libéral , n'opère aocail bien ponUif * et que l'esprit libéral est stérile sur tous les grands problèmes d'amélioration sociale , comme l'affrattcblisaiDent des qègrfle * «te. U n'enfante que des dÎKOurs et jamais une idée neuve.

Ke dtssories pas tant sur le progrêt laoUl , mais iacbis r«rfootiier i Mchfi inventer des moyens faciles. La bel esprit. court les rues, il aurabonde; c'est de génie inventif qu'on a besoin , non de faconde oratoire. Si vous aviex quel» qoes vues franchement libérales , von* auries pris des mesurai pour Iticlier mk inventions vraiment libérales et leur assurer accès k leur apparition. Mais comme l'a dit 11. de l'radt : La ckartt a fait perdre h tête it $e$ ammUs, Us croient avoir tout fait quand ils ont péroré sur la charte , vraie pomme de discorde , édifice chancelant qui ne pourra jamais se soutenir. Inventes un ordre de choses qui piaise k toutes tes castes , et qui les rallie tontes tnt voies de progrès réel. ( Ihid. )

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de capituler avec les individus que ia loi investit du vole d*où rexistence de l'administration dépend ; c'est ainsi que ce qu'ils nomment le pays légal concentre sur lui seul les avantages de la cité, et que tout ce qui n'est pas lui se trouve de fait mis hors la loi d'égalité, malgré la promesse menteuse de la Charte ^

A quoi bon, va*t-on dire, tant de distinctions de caractères dans l'étude d'une forme ou d'un mécanisme de société quelconque? — - Mais sans ce triage, qui rapporte à chaque période d'abord , puis à chaque phase dans la période, ce qui leur appartient, on ne saurait juger de la marche progressive ou rétrograde d'une Société. C'est ce même classement qui permet de discerner ce qu'un état social a en propre, et ce qu'il emprunte à des états sociaux plus arriérés on plus avancés. Ainsi notre Civilisation (5* période) conserve en partie un des caractères de la période n*^ 2 ou sauvage, Vatandon du faible (chez nous abandon des infirmes , des vieillards et des pauvres) : u vice pardonnable aux Sauvages, dit Fourier, parce que, dans les disettes , la horde n'a pas réellement de quoi alimenter celui qui ne chasse ni ne pêche ; mais la Civilisation estelle recevable à dire qu'elle manque d'approvisionnements ?» Et puis n'a-t-elle pas enlevé à l'homme du peuple, au prolétaire, tous les droits qu'exerce librement le Sauvage ?

.... Qnod natiin romittit .

Imièk jnra neguit '.

Nous avons gardé en France, jusqu'à la révolution de 1789, et l'on a voulu nous restituer depuis , un caractère de la période 3 (Patriarcat) , le droit d'aînesse. Notre pénalité militaire tient à la période 4 (Barbarie). Enfin, tout ce que

' Ceci «Suit ^crit bien avant la conquête du suffrage nnivenel. (Kote delà 3* Mit)

* Ce q«« U natare accorde . lenn lois jalouses le refusent.

OviDB . MéUtm.

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notre Société li d'essentiellement bon , elle remprunte à des périodes supérieures qu'il s^agit de constituer en généralisant ces précieuses institutions.

Voici quelques-unes de celles sur lesquelles Fourier insiste :

Notre système monétaire, institution garantûte, à double contre-poids , le change et Torfévrerie. — La règle civilisée .voudrait que chacun pût battre monnaie. L^absurdité des conséquences a empêché cette application du principe de liberté anarchique du commère et de Fin-* dustrie.

Les assurances mutuelles et individuelles ; les retenues de vétérance; les caisses d'épargne et de coopération parcellaire; les prud'hommes et arbitres; les défenseurs d'ofBce, etc., etc., tout cela appartient au Garantisme (6- période) *.

Mais voici: une anticipation plus remarquable encore : notre société emprunte à la 1^ période [Association simple) la coutuine ingénieuse des postes en relais, qui est une Véritable série industrielle simple , opérant P en courtes séances ; 2° en exercice parcellaire ; 3<^ en échelle conipacte. La méthode civilisée consisterait à se voiture r avec les mêmes chevaux , qui emploieraient quatre fois plus de temps (dix fois, vingt fois plus même, s'il s'agit d'un long trajet), indépendamment d'une foule de chances acciden* telles de retards que prévient la série d'attelages disposés

' Si nous pouvons emprunter , et même avec beaucoup d'avantage , les caractères eit^s plus haut , et appartenant à une période supérieure , il n'en serait pas de mâme de quelques autres , notamment de ceux qui tiennent aux libertés amoureuses Ainsi la libre faculté de divorce ( 6* période ) ne saurait être accordée aux civUiséit sans graves inconvénients, pour la femme et les enfants surtout, ainsi que pour les moeurs. — Ceci n'est pas en contradiction, faut s'en faut , avec le principe général établi par Fourier . que a les progrès sociaux s'opèrent eu raison d%i progrès des femmes vers la liberté, et les décadences d'ordre social en raison du décroissement de la liberté des femmes. » ( Th. des quat$'e mouv.) Mais cette liberté a des conditions qu'il faut d abord remplir, ou asàuraiit aux femmes dru fonctionH nssoe lucratives pour leur donner Tiiidépondan ce réelle.

le long de la roate. — C'est la propriété générale des Séries industrielles de donner qoadmple bénéfice, en toat parallèle avec Findustrie morcelée ou civilisée.

Nous voilà donc mis sur la voie du progrès social par des faits qu'une heureuse inconséquence a introduits dans la Société actuelle. On arriverait au Garantufàfïe par diverses mesures, ayant toutes pour effet commun de substituer à la concurrence individuelle et mensongère, qui règne aujourd'hui dans le commerce, la concurrence sociétaire et véridique. L'établissement des grandes fermes fiscales dont nous avons parlé , l'envahissement successif des diverses branches de commerce par l'administration, conduiraienl au résultat. Mais l'une et l'autre opérations seraient longues.

Un moyen de progrès plus rapide , plus facile et plus sûr, consiste à faire un essai de l'organisation des Séries industrielles ou Procédé sociétaire. Ainsi, grâce à l'heureuse découverte due au génie de Fourier, nous pouvons nous élever d'emblée à la 7^ période (Association simple, essai réduit ), ou à la 8^ (Association composée , essai en grande échelle). Des 18 degrés où échelons de progrès in* diqués par Fourier comme abordables avec nos moyens actuels, à partir de la 4* phase de Civilisation jusqu'à la 1** phase de l'Association composée, celui qu'il propo» sait, en 1832 notamment, pour la fondatiou d'épreuve, correspond à la 2* phase du Sœianliitne ou Association simple. Celle ci, au début, n'opérait en général, il est vrai, que sur la classe pauvre ou peu aisée ; mais elle conduirait très-rapidement à la période supérieure , qui doit entraîner toutes les classes dans ses combinaisons sédaisantés et les passionner à l'envi pour le travail attrayaitt*

Essaierai-je ici de décrire les magnifiques résultats da la transformation sociale dont le signal et le moyen seraient ainsi donnés ? Quadruplement subit de la production par le travail attrayant ; bien-être graduel assuré h

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toutes les classes; abolition de toutes les servitudes ; union, concorde et sécurité remplaçant partout les soucis cruels, les divisions, les haines, les lattes désastreuses et tous les fléaux sans nombre auxquels F Humanité est en proie sous le régime incohérent et morcelé ! Mais il faudrait passer en revue, d^une part^toutes les causes de malheur qui se rencontrent pour rhomme sur la terre, et montrer comment eUee se trouvent anéanties ou neutralisées par la combinaison harmonique des éléments sociaux : il faudrait en appeler, diantre part, à tous les désirs de bonheur qui sont dans le cœur de chaque. homme, et montrer comment il n'est pas un de eeê. désirs que le nouvel ordre ne satkfasse pleinement , sans jamais entraîner ni satiété ni désordre.

J'aime mieux insister sur les motifs" d^une prompte adhésion à nos projets d'une épreuve sociétaire, sur Turgenie néoessité d adopter nos plans de réforme méthodique «t prudente, ù Ton veut échapper aux nouvelles catastrophes que la Givilisatioa nous prépare.

« lAisserons-noos , » dirai-je avec une des plus déplorables victimes de Tincohérence industrielle , « laisserons- 9 nous longtemps encore tout livré au hasard ? N'allons- » nous -pas enfin créer, organiser, assurer toutes les n positions, toutes les existences? De grftce dépéchons- • nous, car chaque jour, chaque heure de retard sont » autant de jours et d'heures de souffrance pour des miln liers de travailleurs qui attendent et gémissent en silence. »

QmaitendenL^.HèÏA&l tous n'ont pas même les moyens d'attendre* Témoin l'iufortuné de qui sont ces lignes, et dont chacun sait la fin prématurée et funeste ^

^ Adolphe BoYBR , auteur d'an livre plein d'excellentes vuee, intitule : th l'état dêi ouvriers et de son amélioraUon par VorganUation du travaU,

Simple ouvrier typofjrapira , Boyer , peur la puMkalittn de ton ^it , avdt contracté des engagements qu'il ne fut pas en mesure d'atiqnitter à l'édiéavce , et il se donna la mort le 17 octobre 1841. C'était un hdmme laborieux , d'une conduite régnU^ et joaisaant de Teetime des chefs d'étaMisienlents chet les-' qMlf il avait 'été «mpiofé. U aiait fanme «t eafiiatf*

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Efa bien ! il est une vérité trop obscurcie , qu*ii convient de rappeler en unissant , vérité à Tusage des particuliers comme des États : c^est que les hommes sont tous VR^niEirr SOLIDAIRES LES UKS DBS AUTRES , c^cst que le bonheur ne peut être atteint par quelques-uns, tandis que les autres, .tandis que la masse souffre. En quelque position que vous vous trouviez, quelque favorisés que vous puissiez être par le -sort, il y aura toujours une somme considérable de choses que vous sentirez vous manquer.

Solidarité entre tous les individus, entre toutes les classes, entre tous les peuples, voilà ce que crié incessamment la grande voix de Thistoire. Voilà renseignement que révèlent ces grands fléaux qui mcnssonnent les populations (le choléra, par exemple), et ces révolutions qui bouleversent les fortunes et les existences (8).

Sachez-le donc bien , quelque rang que vous occupiei dans la Société, tant que Tabîme de la misère ne sera pas comblé, vous serez exposés à y tomber vous-mêmes; tant que cette lèpre de la misère pourra ronger à côté de vous quelques-uns de vos frères, vous ne serez jamais tout à fait à Tabri de sa dent cruelle : le monstre pourra s^élancer d'un instant à Tautre sur vous et les vôtres, riches et heureux du jour! il pourra dès demain ronger votre chair, sucer votre sang dans vos enfants, dans les plus chers objets de vos affections.

Quel père, en -effet, pourrait être entièrement rassuré pour ses enfants, pour leur avenir, lorsque telle ou telle disposition de caractère qu'il ne lui est pas donné de prévenir ni de corriger les voue à une ruine à peu près infaillible dans le monde actuel , et à toutes les souffrances , à toutes les humiliations qui en dérivent, & Topprobre peut-être et à T infamie qui en sont bien souvent la conséquence?...

Ce n'est pas d'ailleurs par ce côté seulement, et sous le rapport de l'instabilité des positions sociales, que nous

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sommes vulnérables. Qui donc, même au milieu des bien*- £aits de la fortune, se* trouve heureux de tout point? A qui ne reste-t-il alors rien À désirer sous le rapport de ses affections, rien à souffrir de ses relations obligées d^intérêt, de famille ou d'amitié?

Qui que vous soyez , et surtout Si les besoins du cœur sont chez vous prédominants, si chez vous le foyer des sentiments est actif, un mur d'airain s'élève , kn civilisahon ,

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