domestique. Pivot. Usni universelle
f Le génie civilisé ne s'est exercé que sur trois branches ou touches de cette gamme. 11 a réussi sur deux , les i**^ et 5^. Il a échoué sur la 6<^ , et n'a pas touché aux quatre autres , encore moins à la théorie du Pivot , ou Unité.
1 Noos avona pleinement réussi sur le n<* i : nos géomètres , Kepler , Newton , expliquent magniâquement les lois du mouvement matériel. .
I Même louange sur la 5^ étude , la mécanique industrielle : nous sommes des colosses de perfection ; quand on voit une montre à répétition , un vaisseau de haut bord ; une filature à coton et à drap , on ne saurait nier nos succès gigantesques.
f Mais que nous sommes pygmées sur tout le reste de la tâche ! Nos succès ne s'étendent sur les 7 touches qu'aux 2 matérielles. Nous avons essayé force calculs sur la 6® , force chartes , équilibres et contre-poids de pouvoirs. Nos théoriciens ont même eu quelque idée confuse du principe des trois unités en administration ; mais ils n'ont abouti qu'à une caricature potitique , Tindigence, la fourberie, l'oppression et le carnage. Leur tort est d'avoir pris pour boussole le régime du mensonge , le libre exercice du commerce , la concurrence anarchique ou mensongère. Ils n'ont pas vu que le commerce est le tronc de l'arbre administratif, et qu'en le faussant on fausse tout le système. Ils ont isole le commerce de l'admiDistration : croyant assurer la liberté , ils
* liC mot industriel est ici employé dans un sens plus restreint que celui dans lequel Fourier l'a employé depais et qu'on donne en général . dans le langage de l'Rrnle sociétaire, an mot inâuntrie et à ses composés.
en ont sapé la base ; elle ne peot régner que par la vérité des relations industrielles. Ils ont nianqué le secret de garantie de cette vérité commerciale. C'est le détail le plus intéressant de la 6^ période ou Garantisme. Son introduction double le revenu relatif et neutralise l'impôt. C'est-à-dire que si la France perçoit en temps ordinaire 800 millions d'impôt ^ y la concurrence véridique en rendra 400 de plus, en épargnera 200, et réduira par conséquent les charges à 600 pour 1,200 millions de rentrées. En outre , elle rendra à l'agriculture ladite somme de 1,200 millions en sus du produit actuel , ce qui neutralisera l'impôt.
I Faute d'avoir fait cette invention ( la concurrence Téridique et réductivc) , nosi politiques sont tombés administrativement dans la duplicité méthodique par l'isolement du commerce et du gouvernement , qui sont deux rouages associés , deux éléments inséparables en mécanisme véridique. Ce sera une théorie trèscurieuse et trés-agréabie aux gouvernements civilisés , qui verront que tous les énormes bénéfices des banquiers et agioteurs doivent retourner au fisc par l'établissement du régime de vérité garantie , hors duquel on tombe dans le monopole ou dans Tanarchie mercantile et mensongère.
n J'ai rendu justice aux Civilisés sur lés deux études 1 et 5. Je viens de leur montrer le secret de l'étude n*' 6 , où ils échouent depuis vingt-cinq siècles. Voici une autre bévue sur le même sujet.
» Le mouvement passionnel ne peut s'équilibrer sans ses trois supports 5, (5: 7. Il fallait donc réussir sur la . découverte du mécanisme administratif n'^ 6 , et de plus sur celle du mécanisme domestiquent 7, qui est l'association , dont on n'a jamais daigné s'occuper, âans s'élever aux dispositions transcendantes de THarmonie, on aurait pu former des liens de moindre étendue. On n'a rien découvert sur ce sujet. Le système domestique reste borné à des familles de 5 à 6 personnes. Ainsi des trois branches de la mécanique passionnelle, une a réussi, une a avorté , une e»i oubliée. Toutes trois pourtant sont également nécessaires à Féquilibre, et quand nos politiques veulent établir l'équilibre sur deux mécanismes , l'industriel et l'administratif, ils ressemblent à des
' Qa'ou n'oublie pas que Fourier écrivait ceci en 1818. On en est bien, il est vrai, aujourd'hui aux budgets de 1,200 millions et plus, mais sans les compensations que prooiiromit le régime social dit Garantisme.
eofAnteqû wTodivient fuira tenir debout uHe macmite privée d'on de ses trois pieds ; ik la relèveraient oaiile fois, et mille fois elle retomberait Tel est le sort de nos sociétés, qui privées de ran de» trois pivots, Tassoeiation domestique, retombent sans cesse comme nne marmite à deux pieds, et n arrivent , sous toutes les constitntioDSi qvlmia sept résultats subversifs. «
(Note 8, page fô6.) Sur la Solidarité.
Cette consîdératioa si puissante et si religieuse de la SOLI- DARITB HUMAINE a été développée par Fauteur dans un discours peononcé le 7 avril i84â :
cSoHdarilié!... c est la loi de nature. Quelle devienne aussi la rè^e des rapports sociaux ! C'est ce que Fourier a voulu ; c'est ce qu'il a donné les moyens de réaliser sur notre Globe, pour le benbeur de l'Humanité entière.
« Solidarité entre tous les individus, entre toutes les classes , entre tous les peuples! Solidarité même entre les générations qui se succèdent sur la terre! voilà, en effet, le grand principe sur lequel s'appuie la Théorie de Fourier, et qui reçoit à son tour de cette Théorie l'évidence d'un axiome.
» Oui, les hommes , en réalité, sont et demeurent , quoi qu'ils fassent , solidaires pour les biens et pour les maux ici-bas. C'est 14 une haute vérité morale, qui ressort éclatante à la vive lumière répandue sur les destinées humaines par le génie de notre Maître, vérité dont, grâce à lui, nous apercevons partout la preuve, aussi bien dans les faits journaliers de la vie que dans les solennels enseignements de l'histoire. Vainement l'esprit d'égoïsme^ en isolant les divers groupes sociaux , en séparant l'intérêt de l'individu de l'iatérét de la masse, a prétendu rompre, à son profit, la chaîne de la solidarité sociale : la Nature, de sa main puissante, la rétablit toujours. Le feu des révolutions, les miasmes meurtriers de l'épidemie, tels sont ses agents mystérieux et terribles. S' élançant du fond des sombres demeures où le pauvre est entassé, le fléau de»traeteur (épidémie ou révolution, peu importe) va s'abattre sur les palais et frapper à leur tour ces riches, ces grands, jusque-là insensibles aux soulA-ances de leurs A'ères ^.
* Quelques lignes de BoMiMt, qui vieiUMut d'être cii^s dans U Phcda»^ (an-
îVOTKS. 215
V Sans évoquer le souvenir de ces grandes cttfosti'ophcs, nous pourrions, dans la sphère mêm&des'événemeiits'declniquejonr, et par Fezemple de ce qui se passe incessamment sous nos yeux, montrer comment toute domination oppressive, tout déni' de justice, tout lâche abandon envers une portion quelconque -de la Société, porte avec soi sa peine. 'Vous dékissez l'indigence, vous ne lui assurez ni l'éducation ni le travail ; l'indigence, ne prenant conseil que du désespoir oùTaréduite votre coupable indifférence, s'arme contre vous et devient le crime... Point de jouissances paisibles pour les uns, tant que les autres, tant que le grand nombre reste voué au dénûment et aux privations : ainsi le veut la. Solidarité.
V Si maintenant nos regards se tournent vers'i'atélîer industriel^ ou s'ils pénètrent jusque dans le sanctuaire de la' famille, partout nous verrons la contrainte, cette raison dernière et pour ainsi dire unique, ce ressort général du mécanisme civilisé ; partout nous verrons la contrainte engendrer la désaffection, 'la duplicité, la révolte secrète ou patente. C'est ainsi que partout, 'dans tous ses modes, à tous ses degrés, la tyrannie,- de quelque nom qu'elle se décore, se trouve dupe et victime d'elle-même.
V Et c'est justice !... car Dieu a fait l'Humanité pour être libre. 'En lui donnant les attractions qui la caractérisent, il a entendu
qu'elle marcherait, dégagée d'entraves, ■ dans les -voies mesurées où ces attractions l'appellent, puisque c'était la condition pour réa-
méro da 26 mars 1843), expriment, avec une admirable ëneiigie, cette mémo pensée de la solidarité de toutes les classes :
u Toute cette multitude qui souffre, ce sont, comme on parle, des gens de néant. i> Ainsi chaque riche ne compte que soi, et, tenant tout le reste dans l'indiffén rence , on tâche de vivre à son aise , dans une souveraine tranquillité des » fléaux qui affligent le genre humain. Cependant, riches impitoyables, voua n pourrez y venir, aux jours de besoin et d'angoisse. »
L-'antear de l'-articlo dans leqael se trouve cette citation, M. ProdeniFoccst; • ajoute :
u Ce reproche et cette menace adressés par Bossuet aux riches de son époque, sont restés sans effet sur leurs cœurs endurcis. Anssi, qu' est-il arrivé? II est arrivé,.on siècle plus tard, une révolution terrible qui a bouleversé le» existences de la plupart de ces grandes familles qui florissaient du temps de Bossuet.
» Biches de noire temps , nous pouvons vous le prédire , si vous continuez à rester dans l'indifférence sur le sort des classes souffrantes, si pour venir à leur seeoars vous n'employexpas d'autre moyen que l'insuffisant moyen de l'aumâne, .tôt oatard il éclatera une révolution nouvelle plus terrible que la précédente , et vous y vicndrei alors , voua ou vos descendants , aux jours de besoin et d'au^ goisse. "
2itf XOTËS.
liier Mir ]« terre Tordre conçu de toute éternité dans la pensée du suprême ordonnateur des mondes.
1 A ce point de vue élevé, les données de T Attraction apparaissent identiques à celles de FOrdre même. — Mais si , d'après la trop commune opinion qui s'est accréditée dans les esprits, an triste et honteux spectacle de nos sociétés subversives, le principe de l'Attraction semblait en lui-même peu susceptible de se concilier avec les exigences de l'Ordre ; si ce principe avait besoin d'un contrepoids , il le trouverait dans le dogme de la Solidarité , tel qu'il résulte de la conception de Fourier sur les destinées humaines. D'après cette conception, en effet, dans quelqae condition de la vie que nous nous trouvions, nous ne pouvons porter aucune atteinte aux droits d'une autre classe, d'un autre sexe, d'un autre âge, sans nous condaomer à en recevoir nous-mêmes l'inévitable contrecoup.
B Puisse cette vérité éminemment religieuse pénétrer bientôt dans toutes les convictions! Il n'en est pas de plus propre à exer-> cer une heureuse et féconde influence sur les efforts de chacun pour améliorer l'état social! Puisse le sentiment de la Solidarité universelle passer à l'état de conscience intime chez tous nos semblables ! Que, sans cesse présent à nos cœurs, ce sentiment nous anime d'un dévouement sans bornes et toujours actif pour la sainte cause de l'Humanité, qui est, en définitive, la cause de chacun de nous ! A l'œuvre donc, et de toutes nos forces et sans relâche ! A l'œuvre aussi, vous tous qui avez en main, soit la puissance du talent, soit celle de la fortune et de la position sociale ! A l'œuvre tous ensemble, sons l'inspiration généreuse de cette pensée : Solidarité! (Extrait de la Phalange, n» du 8 avril 184â. )
L'une des idées qui se trouvent ici émises fait allusion à la Vie future , telle que la Théorie de l'Unité universelle nous la fait concevoir. C'est en vue du retour de l'homme à l'existence actuelle qu'on peut avancer cette proposition, que nous ne saurions porter aucune atteinte aux droits et une classe, étun sexe y dtun âge quel" conque, sans nous exposer, sans nous condamner, qui plus est, à en recevoir inévitablement nous-mêmes le contre-coup. Dans le système de Fourier, en effets sur la psychologie et la cosmogonie composées (note 4), la mort n'est pas le terme définitif de nos rapports avec cette ferre : fout ne s'arrêfe pas là enfre la Mère
riiwniimr ek-dmeua, à$ Msweoiàai»; hm e*iii|»te&iv#c. ellie ae sont pftfliiégllés. pae lueff oW cxifiemç^.-
D'après cette manière de voîri^fuiA^n^sa faveur luiefQuJe d*aiur Jiijpe»4aiia U natuEe, noaa.reoaitcfNM lci?-lMU|, après «ncertaia i«p»dflftaiRpa^«asé4iaasiu^ vie diin monde diCférent et pluaélevé> fldafrroiUNendi^na eatctf qM>nde<«i pour ]f prendre encore notre part| soit des chances de maUieur qoe nous y aurons laissées- à la vie hHTyiinfi émL deSi XâlÎQÎtéa au* un meilLeur cirdr& aècial aura» nréparéas. ans ^uératîons fntiire^ Qui, jfs ne crainspas d'expcimer «cÀtf^osofaDeei fond^ jjic le principe qfmtOjÈftesSlié; 4^ms l'tmiv^s éL séfi s^nléLJvftiu^ . oiii« c'fsi ina. ceiiTiction prolande «. nous revivrons- aur tçrre«'etnaus sonunea par conséquent destinés à inbiv- ttoqsTinéiwea les Uis djj^uité «t 4*oppressÎ0u. q/ae noo^niiMfS |Htea4Mfr'qM.-aoua- aurons laissa snhaisler, comme à jouir à» bÎQOft dont, grto à nos effor^ iarace humaine aura été mise eu posaessMML. Nôii-«enleiiieni noua revivrons^ mais nous revivrons •B «Uevnanide sexe d'une existence terrestre à une autre; nous aevivroas^. sans, -qtt'il nous soU possible de savoir dans la<|ueUa des fiaeiélés iacohéreutea qyi sô partageât le Gloine tant que l'Unité MoiaAen y; eat^ pas encore étahlie, ni k quelle place de ces Sociétés qin^ en. ont nu si grand nombre de. mAuvaisea pour «ne seule passable. Vo4»s voy«a donc, bien que nous sommes directement , pevsowielUffleni ia^i^rcf séSf tous taAt(|nï i^oassommeSf àoffrai»èfaîr de 1* sooffranoa et de la contrainte toutes les canditiona.de la vîe sans en excepter aucjnne^ Nihil humant a me alûnum,
TeL qni^se voit anjourd'hui milUaunfûre pourra se trouver indi^ani dans sa. prochaine existence, si à cette époqqe U misère règne encore ici-bas. Le sage Platon, qui rendait grâce aux DieuK êm f avoir fait. m^tro bomra« ei^non pas femme,, bomme libre et wttxk pas. esfilMre « Grec et non pas Barbare , Platon a pu. renaître bien deafiaisi depuis, danr' chacune des situations fâcheuses auxT^ yeiliWi il se bornait v <buis son égptsme, à se féliciter d'avoir échappé peur soi»<coBipte,.au lien d'aviser aux moyens de les amélÎ0ntr,.oe»aitttations justement redoutées ; tâche autrement digne die son génie que Les subtilités et lés controverses souvent ridicules •lU lesgaellea il a'est consumé, non sans jeter beaucoup d'éclat |i Uoa Vieuti mais un édat inutile pour le bonheur des hommes. Jbi.«anw».4iikMvinemft^. voilà ce qu'on peut dire doiui et de tous qpii. ont dû^ifnaiité eA momlisé en vue d'un état de société
Si8 NOTES.
divergent et imnx, plntM que de cfiercher comment on hrî en stitaerait no autre qui (ût vnitairk et vrai. De leurs travaox il ac restera que ce qui est observatioD.
C'est dans cet ordre d*idëes relatives à on retour ici-bas , qve Vergniaod poisaît, à; son insn peut-être, mie de ses inspiratioM les pins éloquentes, lorsqo'ii s*écriait à la tribmie de rAssemUée Législative:
t II me semble que les mâne* des générations écoidées se pres- 9 sent dans ce temple ponr voos conjurer, an nom des maux qœ t leur a fait soofTrir Fesclavage ("d'en préserver les «ténérmtîoas B futures. Exaucez ces prières, soyez ponr Taveilîr une provît dence bienfaisante, associes-vons à la justice étemelle. «
S'il est permis de juger d'une conception de la Vie future par l'influence sociale qu'elle devrait eiercer sur lès hommes qoi l'admettraient, y en eut-il jamais qui se recommandât mieux sous ce rapport que la conception indiquée par Fourier? Non-4enlemeaf une telle manière de voir exclut absolument toute disposition d'esprit analogue à celle qui faisait dire au roi dégénéré d'une dissolue : c Cela durera toujours autant que nous, » lâche et social sentiment, exprimé aussi dans ce propos à l'usage du vol» gaîre : Après moi le déhtge ; — non-sentement, dis-je, une teUe manière de voir exclut tonte coupable indifférence au sujet de l'avenir, mais de plus elle nous montre rhnpossibilîté d'un sahrt individuel et exceptionnel pour quelques-uns soit en ce monde, soit dans l'autre. Avec une semblable idée du lien universel et indîa^ soluble des destinées hnmaines, on voit quMl n'y a moyen pour nous de nous saucer qn'avec tons nos frères, et en eoopërant â Toenvre du salut commun.
Pas un des motifs vraiment moraUsateurs que renferment cette question les dogmes des religions diverses , cenx de la ligion chrétienne notamment, pas un de ces motifs ( même, à mon avis, la révélation des actes et des pensées au jour do jugement) qoi ne se rencontre aussi dans L'idée que Fourier nous donne de la Vie future. Mais combien n'offre-t-elle pas, en outre, de stimalants & bien faire , à servir de tont notre pouvoir, dans tontes les situations, la cause de l'Humanité, soit en matériel, soit en spirituel, stimulants que ne présente, il ftiutbienle dire, aucune autre croyance? Notez encore que cette idée, d'une inâoence si salataire et si puissante sur la conduite des hommes qoi en leralMt
pteélréi. De sappote Diea ni crael ni injuste, ne le fait pas tel en an mot qu il est désormais impossible à notre raison et à notre cœiir d^admettre qu* il soit, i Qui ne voit en effet , i comme le dit nn auteur anonyme dont les inspirations sont parfois très-heureoses, t qui ne voit que le cœur humain gagne toujours du ter- 9 rain contre les dogmes qui veulent arrêter Tespérance ? 11 finira 9 par apaiser tout ce qui était implacable ; il ne se reposera que » dans une croyance qui étende finalement le bonheur à toutes 9 les créatures capables d*en jouir. > (Définition de la sUuaUon du monde au xjx*^ siècle, )
opiniobt de foumba svr les concours academiques, l'académie française et le livre de m. reybaud sur les
riîformatburs socialistes.
L'Académie des sciences morales et politiques avait proposé pour sujet de prix, en 1836, la question suivante : Quels sont les éléments dont se compose^ dans toute grande ville, cette partie de la population qui forme une classe dangereuse par ses vices, son ignorance et sa misère? indiquer les moyens' à employer pour améliorer cette classe dépranée et malheureuse,
Fourier faisait alors imprimer la Fausse Industrie, Il inséra dans cet ouvrage quelques réflexions à propos de la question mise au concours,
« Nul autre que moi n'osera aborder de franc jeu , disait-il , la question du remède à J*indigence , traiter des moyens de la PREVENIR : ce serait s'engager à découvrir un mécanisme social plus élevé que la Civilisation qui est inséparable de Tindigence ; or la découverte étant faite, celui qui l'invoquerait avouerait implicitement que c'est moi qui ai gagné le prix. Mais celui qui prétendra extirper l'indigence en restant dans la civilisation, dans l'industrie morcelée par familles, sera un effronté charlatan.
a On ne saurait trop désabuser les hommes vraiment philanthropes qui fondent, comme MM. de Beaujour et Montyon, des prix académiques.
B Ces prix sont alloués aux compères qui ont l'oreille des juges, et je pourrais donner là-dessus des détails plaisants au sujet d'un
prix QUE j'avais BiB\GAGirf ; é'étailtine raison Ae se pas Vi SI les vrais philanthropes ventent alter an bttt, réaKter qa«lqae bien, ils doivent s'adresser aux inventeurs et non aux aea^éoicienSf dont le métier est d'exploiter le mal. i F, Ind. , t. 1, p. cm, 448» 449.
Faut-il regarder comme une sancfiati donnée an jugemettt êe Fonrier sur les académies, celoî par leqn^ le premier cotps M»démîque de France a décerné le prix Montyon à rowratfe ée M. Louis Rpybaud sur les 'Réformateurs contenporahis ? L*aiileaf de cet ouvrage, dont le principal mérite consiste dans tme^eKAine élégance de style , a été l'objet d*une semblable distinction , non point parce quMl aurait donné une idée Gdèle des trois systèmes de réforme sociale dont il a prétendu tracer l'histoire, mais (les rapporb lus £ F Académie française en font foi] parce qu'il aurait montré ia/atisseté de ces théories K et que son livre exereerait une salutaire influence es débmisani deg iUudons regardées comme dangereuses K
Nous n'entrerons point ici dans Texamen du Ihrrè de M. Reyhaud. Nous allons seulement signaler quelqoés^nnes âea assertions émises par les organes de TAcadémie française, ponr motiver sa décision en faveur de Tauteur des Etudes snr les Socialistes.
a Les trois reformateurs les plus andacienx de Tépoqne ie«> T) tuettc, s dit M. A. Jay dans son rapport; c teux qui, par fenrs 1 doctrines, ont le plus contribué au relâchement des premiers » principes de morale et d'ordre public, sont, en Angleterre, * Robert Owen, le précurseur du radicalisme ; en France, Sainty Simon et Fourîer, rêveurs enthousiastes, dont iliaot attribuer T Tinfluencc aux séductions de la nouveauté, au désir natnf^ 1 d'améliorations immédiates, surtout à fannoncft émptriqne des s moyens propres à établir entre tous les membres de la cité une 1 égale répartition de jouissances matérielles, n
"Et voilà comme on juge au nom du corps littéraire le plus illustre de l'Europe!!!... Saint-Simon, dont la devise était : A chacun selon sa capacité; Fourier, qui dans tous ses ouvrages présente Tinégalité comme la condition même de la sociabrfilé
* KxpreteioBB da rapport Is par M. Villemaiii, tecrétoive perpétuel, 4biu la ëaace publique du 17 juin 1841.
* Rapport présenté à FAcadëuaie française, par M. A. Jay, le 17 avril 194).
; Fonwr, à'howne <de la aniB^ lu dbttt li Théiine.t»nt BSttifttun «Mte et ratHHnwl systèiotil uégaltlés ^ràdvéMj. SttiotsSiBfMi at F«unor «igoalés tons desx oansme det «fiAtras db ^KgiflM égaliturei Une asseoiUée i|tti laisse |Mirter en aan aom de paveib jagoncste, VaaB|»aaerait à-penA», si eHe-aa ««ait jamais eu, toute autorité en matière anciais. --
-fit cette iHiputalian si uiyenooiitrause tnadhant 4^é§|dUië, ««st piMHt ône de ces assertioiift lét^èrement avancées, q«i «nraieiit fm éttlMpper à fatteaitàoD distraite des «atiè|^ea^>de M. Ji^i L« Même idée se irovvB reproduite dans le napport de II. le seciïétaire 'perpéted. Eb paiiaot de devx ouvrages « qm ont pans à l'Académie dignes de partager le prix fondé par mmpàibaopJm hitmfakani du éernier sièek^ « M« ^iMeman dit de son cMé :
•c L va de «es ouvm<fes rappeHe énet<giqaement iea espitts à B la modération «t en hon sena, en lenr sBontrant k fauaaelé de •9 qœlques tbéeries sociales anmmcéea de nos jottra, an .nem du » 'perfe^Noanemenit indéfiiii et -de la lÉomplète égaiitë. t
Le perfectionnement mdéjfmi et la complète égalité, eoaune eela répond bien à la ceneeplion de Feniîer ! V0kHitah«4Hi.nan, i'iiveir^lemeirt des jeges aoaidéÉniques ne dépas«e«4««l pas teat'ce ^'oft peernlt ïntaginer t
llevenotts àrif. Aay. Cet faoaoraUe membre de l'AoadénMe dé* fend 11. Hejfband du repnacfae d'avoir ueé 4e trap-de laéaa^ments envers les RéfoniMrtears, ou pèiM^t it cite à ee sv^ Tapole<ftedeM. Heybaud Jw*ni4aw : or, le candidat ao pfiaMeatynn, fNmr ee dïseotper d'an tert ^ pouvait lui être si pa^dieidble, l'a en garde d'épargner le 'blâme «ax doetninée «eiNdriecB, ISotti les ^raîsoas qoe lait valoir IbisierieB ^dea fiaeiaUates eoillre les fenli^es de «cewi-ei, il y en a une aasea èlraage, ^oeiqn'elle se Iroffte denoée, eavane lee auÉvea^avee kpèsiae approbation de l'Académie.
I fl est si déUcfft, t dit M. Reybawd oMé par IL Jay^ « de % tenalrer à la loi morslle d'un peuple, sfa'tl iiuperte d'y eegarder y ft dent fois avant d'attaqner un mmdfrmfih èd^iee, •
Si eefle frtgilMé, «vsméa par des geas dovt le «émeigaaye è tm égard «e eanraît être easpect, tenait an ^ice ménoe dea fondaifièas, Wiiffporterait-)l pas beawcanp «de aignaleDOe vice« puisqne, M silba^Nnt, Ions le» eUoH» que l'on laraii pour çèaaalidBr MIffiea ne «erviMnent éiMcn«ieail àmaf
ttt NOTES.
Ce méaie If. Reyband, q«i est od ftvoesf parfois trè8-oiMii|wo- BMttant pour les causes qu'il prétend défendre, allègae eDcere ce qm soit, dans Imtérét des idées volgaires sar la: moralité : « A t part qneiqoes grands sentiments dont Yinnéité est frappante, • ia mesure des actes humains varie de peuple à peuple, de lone a à zone (Pascal l'avait remarqué), b
Oui sans doute, Pascal l'avait remarqué, mais dans une intention tout autre que celle qui est affichée ici par M. Reyband. Pascal avait trop de sens et de logique pour voir dans cette v*riatton, suivaat les lieux et les temps, des règles du vrai et da faux, du juste et de Tinjuste, un argument en faveur de cet mêmes règles.
M. Reybaud, toujours dans la citation présentée avec éloge à FAcadémie par M. Jay, s'élève en vrai puritain contre l'idée d'ap> river au bonheur par la satbfaction des passions.
t Quant au bonheur, s*écrie-t-il, quoi de plus relatif? on parie » de le fonder par une satisfaction illimitée : mais chaque jour B cette expérience se fait en détail, et tout homme peut dire si » la passion pleinement assouvie est le bonheur, si la privation 9 même, la privation réfléchie et volontaire, oe renferme pas plus » de joies réelles qu'une satisfaction sans bornes. Le bonheur sur « la terre aurait un autre écueil, celui de supprimer toute aspi-
> ration vers un état meilleur, et d'entourer notre départ de C€^
> vie des conditions les plus douloureuses. »
Sans doute ce qu'on appelle bonheur varie suivant les goûts, suivant les dispositions des individus ; mais se fonder 14-dessns ponr embrouiller la question, pour cherchera persuader qu'il n'y a aucune condition générale, sine quâ no», du bonheur, c'est le procédé d'un sophiste, non d'un ami sincère de la vérité. Quel bonheur est possible à qui n'a pas de quoi satisfaire ses preaiien besoins ?
Quant à eette expérience qui, selon M. Reybaud, se ferait en détail chaque jour, on peut lui répliquer qu'elle ne se fait jamais au contraire. Tel individu pourra très-bien, sans doute, pour employer l'expression de M. Reybaud, assouvir quelquefois une de «es passions. Mais est-ce donc là la satisfaction passionnelle ùUégraky équilibrée, conome l'entend Fourier? On peut parlera M. Reybaud le langage de la Théorie sociétaire, puisqu'il s'est donné ponr l'interprète de c<^te Théorie. £h bieni où trouvera»
t^il, je le lui demande, diuis les coaditiong sociales actoelles, où trouverart-il Temploi, la satisfaction des trois passions distribua twes, qui sont incompatibles avec le mécanisme civilisé ?
Malgré ce que dit M. Reybaud des joies de la privation réfléchie et volmtaire (qualité que n ont point, en général, les pri* rations des Civilisés, qui sont des privations ybrc^^j et point da tout libres)^ nous doutons fort que cet écrivain, même avec l'aide de la réflexion et d'un peu de bonne volonté, se fût senti tout aussi, joyeux d'être privé du prix Mootyon que de le recevoir.
Pour ce qui est de la sollicitude que témoigne M. Reybàud , an scget du regret que nous aurions de quitter cette vie si Ton trouvait moyen de nous la faire un peu meilleure, si nous parvenions à y être passablement heureux , une telle sollicitude est tout à fait gratuite , du moins pour ceux qui admettent l'ensemble de la conception de Fourier. L'auteur du Traité de VAssociaiion^ en effet, dans un des passages que rapporte M. Reybaud lui-même, à la fin de son volume , ne dit-il pas, après avoir exposé ses vues sur la vie future : c C'est à présent que l'homme pourra quitter la vie I sans regret, puisqu'il aura la certitude de l'immortalité de l'âme,
> dont on ne pouvait s'assurer que par l'invention des lois do moua vement social ? i Et puis cette sorte d'appréhension quil ne se rencontre un jour trop de bonheur sur la terre, n'est-elle pas un souci bien prématuré, une précaution superflue, dérisoire, une plaisanterie ironique et tout à fait déplacée, eu égard au sort actuel du peuple ?
Après avoir loué, comme il convenait, le candidat au prix llontyon de ses protestations en faveur des bons principes y 11. Jay continue ainsi :
.1 En considérant ces trois sectaires dont M. Louis Reybaud a » exposé les systèmes, on est frappé d'un trait qui leur est com-
> mun.: c'est une obstination invincible, une opiniâtreté d'apo- I stolat, un dévouement à leurs principes qui résiste à toutes les
> épreuves, même à celles du dénûment et de la pauvreté, qui 1 accepte tous les sacrifices et ne s'éteint qu'avec la dernière 1 étincelle de vie. Cette existence de lutte perpétuelle, cette ab-
> négation de soi-méitie au profit de convictions qui paraissent 1 sincères, éveilleront toujours dans les âmes généreuses de » réelles sympathies, i
Oui sans doute; mais non pas, il parait, dans les âmes d
mi ^ les académiciens , car ceux-ci , bien éritleiinneiit , de leur . aveu même, ont eu pour but de récompenser, en couronnant fei Etudes sur les Réformateurs contemporains, non pas nne ap<* préciation éclairée de ces bommes au dévouement si étrange^ mais î« dénigrement de leur œnvre/mais la négation de toute valeur pratique quon pourrait être fente d'attribuer à leurs théories de réforme sociale. On veut bien' accorder quelques mots d'éloge à ces individualités si nobles qui ne sont plus là pour en jouir; mais ce qui. reste d'eux, leurs doctrines, voilà ce qui ne trouvera ni grâce ni justice à fAcadémie, voÏÏà ce qu'il faut airêter, étouffer, flétrir à tout prix. Les fondations phîtanthropiqnes des Montyon et autres peuvent-elles recevoir une destination pins conforme aux vues des généreux testateurs?...
Sachons gré toutefois à M. 9ay d'avoir osé rendre hommage è la conduite de Thomme, en dépit des préventions contre Taudace de sa pensée.
t Fourier, dit-il, d'une vertu ausfère, d'un caractère mordl « plus élevé que Saint-Simon, dont le cynisme n*était pas seulet ment une théorie, Fourier a lutté sans dégradation personnelle
> contre la mauvaise fortune ; mais fl y avait pour loi une source
> intarissable de bonheur, et les Illusions de Torguefl cfaarmaieirt 1 cette existence livrée à elle-même. — Il se promenait glorieux, 1 dit M. L. Reybaud, au milieu de populations libres et enfhou- B siastes qui le saluaient comme un bienfaiteur. i
Ce qui fait conclure à M. Jay qu'il y a là, outre Timnne^h opiniâtreté qu'il a d^à signalée, un amour-propre exalté juS" qu'au délire, c Ce n'est pas, ajoote-t-il , avec de telles dsspôsi- V lions qu'on travaille efGcacement au bonlieur de Thumanité. b
Proposition souverainement fausse. Il n'y a pas une des grandes inveiàtions du génie qui n'ait été accompagnée, plus ou moins, de ce même sentiment d^enthousiasme, de cette ivresse quasi divme 4|ue produit la conscience d'une haute découverte. Oisposîtion infiniment heureuse, car sans elle où trouveraient-ih la force, ces hommes de glorieuse exception, où puiseraient-îls la force nécessaire pour féconder leur idée^ pour accomplir jusqu'au bout leur tâche sainte^ malgré tout ce qui s'y joint pour eux de àéfgôttts^ d'avanies, de souffrances de toute sorte à essuyer? Quoi f vous prétendez interdire aux Gutenberg, aux Watt, aux Fulton , de se complaire dans la perspective des immenses avantages dont
Vmvdéotmwte omHneia<oaavé»e à riliUBMiiîlé ? Mai» r«j^)iériaBce fiMUie 4fii*ik MDt restés daw leurs prévisians, tooB ois Kranài inveAftaiyw , i^ioB esk <ieç4 4e Ja rèaàité déjà obtenue «ujottrd'liiuL £A'Ceite'8iiUi«ie jonkaecice du génie, Aetà dédoiaoMigeiueBt de teot d'amertiiBicB^^U quel droit «ftulesrvous k lui enlever? Elle est.uu d*B de la Providcoee et>nne B*mreUe .preuve de ta judi«« cieuae «t^flue dcas la di&tiibutioa des attraetioBs. — C'e«l êtie aussi par trop moradiste^ 4^ dVUer jusqulà r^ronwer ia |>liu noble de toutes les jouissances qu'il soit donné à Thomme de connaître, et la plus utile à ses semblables dans les résultats qu elle engendre !
II me r0ite( et c'est la partie k «pins péniMe de ma tâobe) à signaler un dernier trait des deux rapports lus à l'Académie françaiffe «tir ronrrage de M. Reyband : Irait vraiment caractéristique et qu^ri n est pas étonnant dès lors de rencontrer, dans Tune et l'autre de ces pièces, formulé, pour ainsi dire, dans les mêmes termes. Je veux parler de la justification de Temploi du legs ^ontf^t^ en faveur du livre aor les Socialistes
G'e^t aurtMit oomme kmxêt^le réfutation des sfsîlèmes «fui saut censés y éti« expoaés^ que l'ouvrage de M. L. A^ybaMd a iié recommandé à rAcadéniie fraoçaise et qu il a W)teiui les ja(« frages de l'ÂHusIre eempagme.
«Il serait bon, » dit M. «ky en ptarlant de ce livre, « que de D paretUes idées pussent arriver, aux 4>1ms humbles iateiligencc»* » filles. détruiraient de lunestes illusions et cabneraient de vio- » lenU désirs fi^t ne pieuveut jamais être aecompiû.
j C'est assurément des productions littéraires de ce genre qasi 1 k vertueux Moutyon avait en vue, lorsque, dans l'iAtérêt de * ia momie et de rknmanitë, il insiitunit d'éclatantes et solen* t nelles .récompenses. «
Ainsi donc, c'est pour tuer l'espéranee, c'est pour étouffer dans Le cœnr des booHnes malbeureux l!aspinitian vers une. destinée meilleure , que les amis de l'humsiulé oirt légué aux eorpt savanÉB la disposition d'une partie de leur héritage! Il y a ià, j'ese le dire, il y a dans no pareil langa||e„ d«is une fMireiUe eondnite ^ une profanation et une prévnricalieB teut à ia fais. I/Acadénaie française aura àenarendre caumpte un jonr devant k postérité.
ttê NOTES.
Ao sarplos cette compagoîe, en augmentant la poMîcitë dm livre de M. Reybaud, a servi, sans le vouloir, la cause de la Réforme sociale. Quel est, en eflet, Tfaomme capable de porter im jugement en semblable matière, qui , après avoir lu Tanal]^ tout incomplète, et tout inexacte même en plusieurs points, que donne M. Louis Reybaud de la Théorie de Fourier; quel est, disje, l'homme compétent qui ne se prononcera bien plutèt pour le hardi novateur que pour son cauteleux détracteur ?
m MOT SUR L'HYPOCRISIE. — LINFAMTIGIDE.
L'hypocrifie , soil eavers Diea , envers les hommes ou envers la nature , est cause de tous les maux que nous avons.
La Riikb m Nivubs, itoe. 34.
A l'occasion de ce qui s'est passé à l'Académie française an sujet du livre de M. Louis Reybaud, il me revient un regret que d^antres circonstances avaient aussi fait naître en moi. Ce regret, c^est dans le tableau des vices de la Civilisation, de n'avoir pas assez insisté sur l'un d'eux, qui joue un rôle immense dans ce mécanisme social, et qui a la plus grande part peut-être aux résultats subversifs qu'il produit. Je veux parler de Y hypocrisie.
Non pas seulement de ce genre d'hypocrisie dont Molière nous a tracé un type hideux dans le Tartufe; mais de cette hypocrisie à l'usage des honnêtes gens, qui consiste à affecter, sur les questions de mœurs, des sentiments et des opinions que Fou n'a pas. C'est là le plus grand obstacle à la manifestation de la vérité en cette matière ; et hors de la vérité, point de justice, point de salut pour le monde social.
Qui me démentira si j'avance qu'il n'y a presque pas de Civilisé qui , comme mari , comme père, comme' homnie public, magistrat, administrateur, voire académicien, n'ait censuré, condamné, flétri une conduite qu'il avait tenue souvent lui-même, des actes qu'il avait commis et qu'il serait encore tout disposé à comaiettre de nouveau, n'était le manque d'occasions et de moyens? Combien de ces Catons d'apparence et par nécessité de
NOTES. tn
position, qui sont des Faublas au fond du cœar et en intention jusqu'à leur dernier jour ! Mais tous ces gens qui font de la morale par politique ressemblent à ces habitants d'uoe ville d'Italie au xv*' siècle, qui, à ce qu'on rapporte, avaient toujours chez eux deux balances, l'une pour le voisin, l'autre pour eux-mêmes. C'est ainsi que, soit dit sans offenser personne, lorsque TAcademie française décernait un prix de vertu de six mille francs à M. Louis Reybaud, pour avoir fait justice des immoralités de la Théorie de Fourier, l'illustre compagnie était présidée par l'honorable M. de Jouy, de qui sont, si je ne me trompe, certains couplets passablement lestes, intitulés La loge grillée. Mais où l'Académie irait-elle se recruter, si elle devait fermer ses portes à quiconque aurait sur la conscience quelques peccadilles de cette espèce?
Revenons à quelques points plus sérieux du chapitre de l'hypocrisie. Un docteur dont les odieuses maximes, pour avoir été mainte fois anathématisées à grand renfort d'indignation vertueuse, n'en sont pas moins suivies à la lettre dans la conduite de beaucoup de gens, car elles sont le code de la politique du snccés en Civilisation, Machiavel, avertit c qu'il ne faut pas beaucoup se soucier de la vertu pour elle-même, mais seulement de la partie de notre visage qui est tournée vers le public, attendu que, si la réputation d'homme vertueux est utile, la vertu même n'est au fond qu'un obstacle. »
Ne dirait-on pas que cette pensée de l'auteur du livre du Prince est la boussole du monde officiel ? Et j'appelle ainsi, non pas seulement la classe des fonctionnaires et des personnages politiques, mais encore tout ce qui est en représentation , les membres d'une académie ou d'un corps municipal, par exemple, tout aussi bien que les ministres et tes députés, sans omettre les candidats à ces diverses places ni les aspirants aux prix Montyoo, plus intéressés encore ces derniers, vu leur position de candidats, à mettre habilemeut en pratique le précepte de Machiavel.
Oh ! si l'on voulait avouer jusqu'où, s'étend cette spéculation sur les apparences de la vertu?... Mais on arriverait à constater que tout n'est que fard et mensonge. Omnis homo mendax : voilà le résultat du régime social sous lequel nous vivons. Un
Chnlisé, connue fc' oi^irit Foarier, est meiiliBtir |W" liliméMKW^ quand ce n'est pas par caïcnf intéressé. AUaitHl Irop^ ^am l#r9* qnll définissait la Civîlisàtibn, \e jeu des dupes ét'desfripotnf Non , san» doute, et it anraTi pu a|6uter que les d^ipes ne le aqiif*, ta plupart du temps, que faute d^assez d'habileté pour jouer raii<» tre rôle ; maïs fintention de duper aussi n'est pas communément ce qui leur manque.
N'insistons pas dàrantage sur Ya peiMure* d'un éfal social àwA on ne serait que trop fondé à dire ce qu'lAhi^stîn disait ée Is société romaine, v^qn'tt n'y avait jamais ev NL dé société, perce que fa vrad? jostick n*y était pas-, et qu'bn ne dojf point regairtler comme dtes dsotls les mcfinss converitioas des homnes»*'. «• Ap** pliqoons à cet état social la maxime de Jésus : Jttgeens' l'orérv à ses fruits.
n en est ucr, cekii <fe tous qoi condlimfMi le plus haoteraent, & mon avis, notre soctété ; il en est us qui crie ÎDeëssammeiii vengeance contre un ordire de choses susceptiMe- die donner IfM k une violation si monstrueuse du plus puissant des iostinets af^ fectueux de fa nature humaine : je veux parler éeFntfPAiVTf* dDE. Qui ne sent pas que, pour qu^une mère poisse éfre amenée à étouffer elle-même le fruit de ses entrailles ; à répondre aia premiers vagissements de son enftitrt 'par une sentence nieaorabiè de mort ; & donner ft ce jeune être formé de son sang*, eooço> dé vélo ppé*^ dans son sein, au lien des caresses emvraate» dé Tamour maternel, une étreinte homicide ;«à oej^orter lés mains sur ce corps frêle et délicat que pour le déchirer, lé hrisersans pitié, que pour y arrêter vioFemment les ressorte dé- la vie ; ohî qui ne sent que pour produire un tel renversement du sentiment le plus saint, le plus profond, le plus intime, il faut qtnl y ait là quelque fatalité infernare, quelques combinaisons vraiment sata*> niques dans ta l'églslaffon des hommes ?N*y eût-if par srèclie-qu^mi seul infanticide dans Fensemble des pa]^ civilisés^, qu'on devrait encore se hâter de rechercher Tes causes d'où peut provenir un fait tellement contre nature, et de reviser les dispositions sociafcs capables d'en suggérer Tidée.
n y avait chez les ^héniens: une coutnme fort sage par nqh-
^ Sairt Aucdstin, De lu Cité été Dieu, Hv. It, ê. ?1 '; Tiv. XtX, e. 21.
fMVt i MB' ïêki MBtnuileliiMB^ (fm*^ iiMiiKfliîiHt S mttmtUHiés ,
wmHné» à^eelefTéff «tkvMpi'oii ne pmwaii paMréair 4 fce» ttérenfre eU«s , de le» wmacttffe mi ptople ptvr ^il stMliiit à lêttré^fftrd qaelfar ehiMw àe 6se* et Ab ewwwdMi». Ne ■ewâàJ {NU è propeê q«», p«r m|»fert è PeateaMe dee- cfa^iteie «( 4i»opMeB»^ ré^sMt k Sociélé, m initèt 4s Ibin m lolâ «rtieioinflef Blaien\ si le» iiie^deriwnMKi) IblletqsWlesm ftffes , te fiwwmieof eor quelques fékàêBùf ééeeoeeffd af ec lés Ittis élerneMse etHMÉodUe» de la Batame, Desarail^-il paa expé» ileat etfMrgtmt'dfaaiser aoa soojreai^de faine eeseer «m anikm* mie dont il ne peut manquer de résallsr des fio4itiwsi déplai» râbles, soit des unes, soit des autres de ces lois, et de toutes deux iMla laie bien êemrtntf
JTai parlé è& IlsAHilSeide à prop09 de VhfpwrmB *r o'o^ ^'mt «ffef rhypoerîere, o<n le Itesein de paraître ocr cpi^éa i^eet paa, ait tm qm- doose fiea, #ordifMJre, à eel horride^ et f^or aiasi dva^ iMMoeevaMe forfait. QiMaé es aTest^pa» la bonté, c^aat la muèae qui peasas à- le eemmeltre'. ù» veit'ilbae qa'ici, oanina parteaf, IW seal remède- eflleaee, c/eat rjISMGïATiOML
MiifVAiSE CBXnqWfi ET BOlf S fi)iySl»LES.
Si y aprèa aaoîr exposé' W Théorie saesétaire, je devai» paaaar BB* revue tant* oe (fat 4» a élfevé oontre ell» d'îokjeetieiWf qui,, la pAapavt dtt lentpa, paaseat à cèté sana raÉtekidiia ; tout ce fa'aai a débité à son' sejet dfineptios pour avenr vada; ea parler sans- la aiMMaltiv, il aie fiÉiidrait daobler et tnplet*caifafame. Je ne aac» inds n'ea^gardaaa aoe semblable tàtfae.
Voiék poiirtaat, ca«nme éohaatfttao, aae apprédaliaa toute firal* cba ; eUe énaaoe d^oD menbre- de la eour ife eassatiao, d'as iMnme-énaéit qai a* beaucoup dfauterité pawné les; jariaaua saitcs.
Mi IVoplèBg^ dam la prëfaee de san eavragr sur les S^cièêés ^mU et cmmmâtcimit, préfaça qéi fut pabiiéc i^m antieipalKai daaa'^afqaaa joonMNRi , s^espriaia ainsi ^U auit. sua laeesapit de Fourier al de s» Théorie r
•durlcs Fonrie^ a ima«|iiië une théorie sociétaire dont l'eSet M rait de réaliser, an sein do |ilialaiistère, pne association intégrale, ^ai ferait disparaître la concorreoce et les coilisiona* et «•irait les passions, les goûts, les sentiments, les intérêts et les frtvianz. De pareilles exagérations sont déplorables. L'association est use pnissaoee e#nsidérable , sans douti) ; mais etie n'est pas ia senie k laqoelle l'boame venilk obéir, et ce serait ane témérité de sa part de clictcber à abolir les antres mobiles de Tbooia* aité. Or, l'indépeadance iadiiidoeUe, la personnalité libre, Y tion isolée de Tindiridn, sont aussi des besoins qui, dans ecHaine meonra et dans certaines conditions données, ont droit à être respectés et
Cette critique da savant jurisconselte a pour objet, à la vérité, les systèmes de Sainl-SifBon et d'Owen, qu'il vient également de mentionaer, anssi bien que la théorie de Foorier elle-même. Mais en tant qu eUes'adresse à ia théorie sociétaire, cette critique, il est aisé de le voir, ne contient pas un seul met qui ne porte complètement à fanx. Car quel est celui des mobiles de f humanité que l'association phalanstérieane supprime, à part la crainte de mourir ék faim , vil ressort qui, dans ce régime, ne sera plus nécessaire pour faire travailler le peuple? Et ne voit-on pas déjà que les gens qm déploient le plus d'activité , et l'activité la plus productive , ne sont pas du tout ceux-là sur qui pèse une pareille angoisse? Quant à Y indépendance et à la personnalité libre , on oublie qu'il n'y en a pas l'ombre, dans l'état actuel , pour toute Timmense classe des travailleurs qui ne sont pas propriétaires du capital an moyen duquel s'exerce leur industrie. Où y a-t-il aujourd'hui ; pour l'homme da peuple laborieux, sons le rapport de Xd^ faculté dae^ Uon , des garanties comparables à celles que lui offre l'état sociétaire, qai. n'interdit pas même l'action isolée, si rindividn la préfère ; qui la protège au contraire et la dégage de tout ce qui pourrait la gêner, lorsqu'il s'agit de ces œuvres de la méditation poar lesquelles sent nécessaires le recueillement et la solitude ? - liais, an lieu de prolonger une polémique bien inutile, je me hâte d'emprunter à l'ouvrage de M. Troploog une citation pleine d'intérêt sous. le point de vue de notre thèse à nous, partisans da l'Association^ L'auleur parle de ces sociétés que formaient, au moyen âge , les familles agricoles de mainmorte.
NOTES. t5i
. t Tons, vieux on enfants, hommes on femmes, mariés on célibataires, restent de père en fils dans ces sociétés patriarcales, et ont part an pain, au sel et à la caisse commnne : cenz-ci pour les services qu'ils ont rendus ; ceux-là pour les services qu'ils rendront tin jour ; les autres pour les services qu'ils rendent actoellement à la communauté. Le pain est Tembléme de ces sociétds rustiques ; voilà pourquoi les membres en sont appelés companif c'est-à-dire mangeant leur pain ensembie, ainsi que l'enseigne Pasquier < ; et leur réunion porte souvent le nom de compagnie dans lés textes des coutumes. Aussi, quand ils conçoivent le triste dessein de se séparer , le plus vieux d'entre eux , conformément à la formule de dissolution consacrée , prend un couteau et partage le grand pain en divers chanteaux.
« Le régime dé ces associations était énergique, le temps, la mort ne les dissolvaient pas. Elles se continuaient de générations en générations , sous la protection du seigneur intéressé à leur conservation. Elles avaient aussi un chef élu, un maître : le chef du chanteau. Ce chef obligeait tous les membres de l'association par ses actes d'administration.... Il contractait, sons une véritable raison sociale : un tel et ses comparsonniers ou personniers.
V Ces sociétés étaient universelles de gains. Chacun conférait son revenu, son travail, son industrie ; et tous les profits du labeur commun formaient une masse appartenant à l'association. Mais les associés ne confondaient pas la propriété des biens qui leur arrivaient à titre lucratif; et chacun était tenu de supporter sur sa part indivise certaines charges propres et personnelles, comme de doter les filles.
« Quelle peut être l'origine de ces associations , qui , je le répète, couvraient le sol de la France féodale , et procuraient aux gens de mainmorte cette sorte de force que donne l'esprit de famille, cette sorte d'allégement et de bien-être qui est la conséquence du travail commun?...
s L'industrie agricole, sur laquelle reposait presque tout le système financier de la féodalité, demande un grand nombre de bras,
* D^ji Qn« exprenion équivalente i celU rappelle ici par If. Troplong, était usitée cba les Ancient. On lit à ce sujet dans la PolUique d'Aristote :
0 L'association qai m forme pour subvenir aux besoins de tons les jours, est la famiHe, composée de ceux que Charondas appelle komo$ipyen$ ..c'est-à-dire vivant des mêmes provisions. > (De tfinui;, armoire oà Ton Mrre le pain.)
et les seigneon panèrent que ragrîciikiune sertit bien plut flolîtstote., ti Ja vie «ommoiia et rtttocittion héiéditaire des serfs immobilistieat sur leurs domaiDes ces races inépuisables de tra- Ttilleyrs. JD^ailleurs, c'était un moyen d'éviter la confusion des redevances» opérée par le fractionnement des ténements en pièces et lopins. Jls ejûgèrejoi donc à leur tour que leurs gens de main-* marte vécussent dans Tétat de société agricole ; et ce n est ^'à cette condition qu'ils iÎDent le st^crifiee de leur -droit de réversion.
■1 Ce second point de vue a été exposé par Coquille, d'une manière si ingénieuse et si pittoresque, que l'on me saura gré de cit^ ses paroles.
I — Selon l'ancien étscblissemc^t du ménage des champs, en ce » pays du Nivernais, lequel ménage des champs est le vrai siège « et origine de hourdela^es, plusieurs personnes doivent être « assemblées .en une famille pour démener le ménage, qui est fort » laborieux et consiste en plusieurs fonctions en ce pays, qui, de 9 SOL» est de culture malaisée ; les uns , servant pour iabourer et I pour toucher les bœufe, animaux tardifs ; et communément faut » que les charmes soient traînées de six bœufs; les autres , pour t mener les saches et les juments aux chants; les autres, pour » mener les brebis et les moutons ; les autres » pour conduire les » poncs. Ces familles, ainsi. con:q)06ées de plusieurs personnes, s qui, toutes,, sont employées chacune selon son âge, sexe et « moyens» sont régies par un seul, qui se nomme maître de com-' j munauté, iuu à cetie charge par les autres, lequel commande t à tous les autres, va aux affaires qui se présentent ès-villes ou » ès-foires et ailleurs, a pouvoir d'obliger ses parsonniers en cho- « ses mebiliaires qui concernent le fait de la communauté ; et lui t seul est nommé ès-rôles des tailles et subsides.
s Par ces arguments se peut connaître quQ ces communautés » sont vnaies familles et collèges, qui, par considération de tin- « tellect, sont comme un corps composé de plusieurs membres; » combien que ces membres sont séparés Tun de l'autre. Mais, ^ par fraèernité ^ amitié et liaison économique, font un seul t corps,
V En ees coBtMntolëa, on (ait compte des enCantaqui ne stvent s encore rfen faire, par l'espérance qo'en a qs'à Tavenir ils fe» » ront ; on faït compte de ceux qui sont en vigneor d'â^ , pour « ce qfluis font; ob fiait compte des vieux, et pour le conseil, et
NOTES. i3S
pour la souvenance quon a qu'ils ont bien fait; et ainsi de tous âges et de toutes façons, ils s'entretiennent comme un corps politique, qui, par subrogation, doit durer toujours. » Or, parce que la vraie et certaine ruine de ces maisons de village est quand elles se partagent et se séparent, par les an-^ ciennes lois de ce pays ^ tant és-ménages et familles des gens serfs, quès-ménages dont les héritages sont tenus en bourde^ lages, a iti constitué pour les retenir en communauté, que ceux qui ne seraient en la communauté ne succéderaient aux autres, et on ne leur succéderait pas. b — » Profitez donc, savants commentateurs des temps passés, profitez de ces lueurs de bon sens que vous offre leur histoii'e. Prenez modèle sur les sages institutions qu'ils avaient ébauchées et dont il reste à peine des vestiges , encore remarquables toutefois par quelques-unes des bienfaisantes propriétés de T Association.
L'on a. beaucoup parlé, il y a quelques années, de la société des Jault, découverte dans le Berry par M. Dupin aîné. Une autre grande société familiale du même genre, celle des Guitard' Sinony avait été observée par M. de Chateaubriand dans les environs de Thiers, en 1805. c Elle ressemblait , dit-il, à un ancien clan d'Ecosse. t> ( Voyage à Clermont. ) — Mais à quoi servent les investigations sur le passé , si nous ne savons en tirer aucun parti pour le règlement du présent et de l'avenir?