‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 128 sur 139 · RER TA · texte numérisé non relu

RER TA

E. Un autre fait analogue et non moins remarquable est celui de l'identité de la forme du gésier et

en général du tube digestif chez les trois sexes d'un même genre, alors même que le 4 de ce genre (Formica) ressemble beaucoup moins à sa ® qu'au 4 d'un autre genre (T'apinoma) chez lequel le gésier est entièrement différent. Ce fait doit probablement s'expliquer comme le précédent, à moins que les différences dans la forme du gésier ne soient antérieures à la différenciation des sexes chez les fourmis ; elles n'auraient en effet pas de raison d'être chez les 4 qui ne dégorgent pas et mangent à peine. Il est fort curieux que le gésier soit presque le seul organe qui paraisse toujours présenter des caractères génériques absolument identiques dans les trois sexes, — P. S, (1919). Voir ici de même Steinach et Lipschütz.

certaines circonstances les unes aux autres, ce qui produit un ensemble plus intelligent,

cellules, Les fourmis doivent nourrir ane leurs élèves de bouche à bouche, Ras prodiguer des soins continuels, les porter d'un lieu à un autre suivant la température, et cela pendant plusieurs semaines, tandis que les larves d'abeilles ne vivent que cinq jours . comme telles. De plus, l'abeille éclot seule, tandis que la fourmi à le plus souvent besoin du secours de ses compagnes, cas unique parmi les insectes, Enfin la réduction d'autres espèces en esclavage, des pucerons en domesticité et une foule d'autres traits de mœurs sont des gages de supériorité sur les abeïlles dont les habitudes sont plus simples et plus monotones. L'expérience VI 4, dont j'ai observé tous les détails avec beaucoup de soin, et dont le résultat est si clair qu'il n'est pas possible de concevoir l'apparence d'un doute sur la conduite des # et © qui y sont en jeu, est à mon avis une des preuves d'intelligence les plus remarquables, car c'est un cas de réaction évidente contre l'instinct. Enfin À les découvertes de Leydig sur le cerveau de la F, rufa viennent confirmer cette opinion #0

mieux que tout ce que je puis dire. +

D'un autre côté, hâtons-nous de le dire, rien ne serait plus ridicule que d'aller trop loin, d'accorder aux fourmis plus qu'elles n'ont, et de les décorer de toutes les qualités intellectuelles imaginables, Leur raisonnement ne va pas plus haut que celui des autres animaux intelligents ; il n'atteint certainement pas celui des mammifères, Mais en un ” point elles priment tous les animaux, c'est ce qu'on peut appeler l'instinct social. Une foule d'intelligences individuelles (de centres nerveux, de cerveaux) sont réunis par. là d'une façon plus ou,moins intime, s'ajoutent jusqu'à un certain point et surtout dans

plus raisonnable que l'individu (ex. : une armée d'amazones en marche, la tactique des F. sanguinea). Cet instinct social est tel chez les fourmis qu'on ne peut s'empêcher d'y voir une analogie frappante avec les petites sociétés ennemies des temps primitifs, : Si nous considérons d'un côté la grande intelligence individuelle des mammifères supérieurs (singes antropomorphes, phoques, éléphants, etc.), l'analogie si complète de leur structure, en particulier de celle de leur système nerveux, avec celle de l'homme, et de : l'autre la ressemblance à peine moins frappante de la vie sociale des fourmis avec la nôtre, tandis que leur forme et leurs facultés individuelles sont si éloignées de nous qu'une comparaison paraît ridicule, on ne peut s'empêcher de penser que l'union de ces deux facteurs (la naissance et le perfectionnement de l'instinct social chez un mammifère supérieur) a dû suffire pour produire l'homme avec toutes ses facultés, cette union devant donner une immense impulsion aux fonctions du cerveau, et déterminer ce dernier à se développer.

J'avais déjà écrit tout ce qui précède et ce qui suit lorsque je fis la lecture du troisième grand ouvrage de Darwin, celui sur l'origine de l'homme, dans lequel cette idée est développée tout au long avec une foule d'autres analogues de la manière la plus remarquable et la plus détaillée (Chapitre 3). Je crois devoir cependant ne rien changer à mon texte, Darwin insiste surtout sur le fait que la conscience morale doit nécessairement | résulter de l'union de l'instinct social avec l'intelligence très développée de l'individu, et cela par suite de combats entre des instincts opposés, analogues à ceux que je cite à la fin. 1 de ce chapitre. Je ne crois pas qu'aucun animal fournisse autant de faits curieux ayant « trait à l'instinct social que ne le font les fourmis, Je ne puis du, reste m'étendre sur ce. ‘3 sujet, et je renvoie le lecteur à l'ouvrage de Darwin.

Christ (1791) fait observer que les fourmis vivent en républiques modèles, mais il

croit qu'elles sont des machines agissant d'après un instinct que Dieu a mis en elles. Bien avant lui déjà, Swammerdam (1637-1680) avait comparé les sociétés des fourmis aux communautés des premiers chrétiens, On peut dire que ces insectes nous donnent le type parfait du

socialisme mis en pratique jusqu'à sa dernière limite, Ils nous montrent en même temps ce qui manque à l'homme et surtout ce qu'il a de trop (individualité) pour se gouverner de cette manière, Je crois même que rien ne peut mieux démontrer la fausseté des théories

anarchistes qu'une comparaison entre l'homme et les fourmis. La famille des fourmis est leur Îourmilière ; elle est donc identifiée à toute la société collective. Chaque individu prodigue

également ses soins à tous les autres (à tous ceux qu'il reconnaît comme appartenant à sa société, à sa fourmilière) en raison directe de leur taille et de leur utilité pour la communauteé, Les petits sont élevés en’commun. Nous avons vu qu'il faut faire quelques restrictions : les «' sont soignés lors même qu'ils sont devenus inutiles ; on observe parfois des querelles de courte durée entre les & (XI 6; commencement, déménagement). Le travail est libre chez les fourmis ; il n'y a pas de chefs ; par cela même il leur est instinctif (aux 8), agréable, sans quoi leur société ne pourrait exister. Le fait qu'il y a des espèces paresseuses

faisant des esclaves vient à l'appui de cette opinion. En effet, les esclaves des P. rufescens, F. sanguinea, etc., ne se doutent pas de leur origine. Ils travaillent librement, par goût et

ar instinct, dans la société où ils sont nés (l'instinct social n'existe pas chez la larve). x P

S'ils le voulaient, rien ne les empêcherait de se séparer de leurs soi-disant maîtres et de les laisser mourir de faim. Mais, si cela avait eu lieu au commencement, jamais il ne se serait formé d'espèces paresseuses et esclavagistes, C'est précisément en profitant d'abord

plus ou moins consciemment (F. sanguinea), puis inconsciemment {P. rufescens) de l'instinct

travailleur d'espèces plus faibles, que les fourmis paresseuses en sont arrivées peu à peu,

par sélection et mutations, à perdre leur penchant naturel au travail, comme nous le montre

la série indiquée plus haut. Une fourmilière amazone est aussi républicaine qu'une autre, seulement elle contient deux sortes d'individus dont les uns ont pour fonction la défense du

nid et le pillage, les autres le travail. On arrive ainsi à trouver une certaine analogie entre les

rapports des P. rufescens avec leurs esclaves et ceux des P. pallidula | avec les P. palli-. |

dula 3.

Chaque fourmi ? est prête à sacrifier sa vie pour la communauté, du moins dans les

grandes fourmilières et cela sans qu'on l'y oblige. Les © et les C' ne s'occupent que de la reproduction de nouveaux individus pour la DRSRenres et lui sont utiles en cela. Mais

comme ils ont de plus à pourvoir à la fondation de nouvelles sociétés qui seront ennemies de celle où ils ont vu le jour, il s'ensuit une collision entre leur instinct et celui des 8 à un certain moment. Cette collision se montre lors de la capture et de la rétention forcée de quelques © fécondes par les &,

L'instinct social des fourmis est limité à ce que nous avons appelé la fourmilière qui peut être une grande colonie polycalique. Nous ne pouvons bien comprendre par quel signe odorant les fourmis distinguent les 8 de leur fourmilière de celles des autres fourmilières de même espèce, car il est absolument impossible que les £ d'une colonie p. ex. se

connaissent toutes individuellement. Il y a évidemment là un fait que nous ne sommes pas

encore entièrement (voir Miss Fielde) à même de saisir.

avec les sociétés humaines devient encore plus frappant : guerres, trêves, alliances, pillage, vol, surprise, tactique (ruses), rien n'y manque. Ajoutons à cela les pucerons qui sont leurs ps vaches, leurs animaux domestiques. Les cas d'alliances et d'exécutions à froid (VL 6 fin) E pce sont surtout remarquables. Puis les trêves qui ont lieu «entre deux fourmilières ennemies après des combats répétés : j'ai connu une fourmilière sanguinea et une fourmilière pratensis … situées à dix pas l'une de l'autre. Elles se livraient tous les printemps un combat acharné, … à

les cadavres des deux partis jonchaient le bord de la route ; mais jamais les unes n'arri- + vèrent à chasser les autres de leur nid. Ce combat se prolongeait pendant plusieurs jours au bout desquels il se formaït une trêve qui durait pendant le reste de la belle saison; … les $ de chaque parti cessaient de fréquenter le terrain mitoyen (mais si l'on mettait quelques © pratensis sur le dôme des sanguinea, ou vice-versa, il y avait combat acharné). Enfin les fourmis £ ont comme les autres animaux, et plus que les autres insectes un ensemble de penchants ou sentiments instinctifs prédominants qui leur donnent ce qu'on peut appeler un caractère, lequel varie suivant les formes, mais a cependant des traits communs, généraux. Ces penchants prédominants sont la colère qui est l'un des plus manifestes (VIII, 24 ; XXXV, 3 ; les formes des genres Formica et Polyergus ont un tem- pérament tout S nolenen ble surtout les F. rufa et exsecta, ainsi que le P. rufescens), : le dévouement pour leur communauté en général et pour chacun de ses membres en particulier, la haine de tout être étranger à leur fourmilière (à part quelques privilégiés tels que les pucerons et les Myrmécophiles), l'activité, la persévérance et la gourmandise. Des ‘exemples remarquables de rancune (exécutions à froid) sont donnés dans les expériences VI, 6 (fin) et IX. (fin). Le courage varie beaucoup, et va en général avec la colére; les espèces lâches, telles que la Myrmecina Latreillei ne sont pas du tout irritables ; cependant certaines espèces très courageuses, ainsi la Myrmica rubida, ont un courage assez calme et ne sont point irritables comme le Polyergus rufescens par exemple. Rien n'est curieux comme d'observer chez les fourmis l'indécision résultant du combat entre deux penchants. Si l'on . met du miel sur un champ de bataille de Formica sanguinea et pratensis, au moment où la lutte est le plus acharnée, on voit des & s'en approcher et ÿ goûter, mais presque jamais elles ne s'y arrêtent ; l'ardeur du combat est plus forte ; cependant la même 8 y revient souvent deux ou trois fois de suite d'un air inquiet. Cela varie du reste suivant les formes ; chez les Lasius et les Tetramorium, la gourmandise l'emporte ordinairement sur la haine | et le dévouement (XXIIL L. emarginatus). Un exemple remarquable de combat entre la haine de certaines F. pratensis contre les sanguinea d'un côté, et leur affection (dévouement) | pour leurs anciennes compagnes de l'autre, se trouve relaté à la fin de l'expérience VI, 6. Lorsque les F. rufibarbis sont attaquées par des F. sanguinea ou par des amazones, on observe chez elles de nombreux exemples de lutte entre la frayeur et le dévouement, et à ce propos aussi beaucoup de différences individuelles, Telle # se laissera tuer plutôt que . de lâcher le cocon qu'elle défend ; telle autre cédera bientôt et s'enfuira, La jalousie semble presque inconnue aux fourmis Set même aux ( et ©. La frayeur leur est commune avec tous

les animaux, Le découragement s'observe fréquemment, mais ne dure guère plus longtemps que la cause qui le produit (fourmis vaincues et dispersées ou emprisonnées ; F. rufa et sanguinea surtout). Un véritable désespoir s'observe souvent chez les F. rufibarbis auxquelles les F. sanguinea ou les P. rufescens ravissent leurs nymphes (IX. 1, fin).

< (1919). Je termine en résumant par quelques mots les lignes précédentes qui redoublent aujourd’ Fe . quoique écrites en 1874 :

On ne doit pas confondre l'instinct avec les habitudes acquises, qui caractérisent l'homme, même : le plus simple, et qui ne sont qu'un assemblage de choses apprises grâce aux traditions -de nos ancêtres. Les fourmis aussi peuvent acquérir quelques habitudes, par exemple apprendre à vivre dans les nids artificiels, etc, comme nous l'avons vu.

Tout ceci nous amène encore à comparer la fourmi à l'être humain, Nous sommes (surtout en Suisse) trop fiers de cette parole : Un pour fous, tous pour un. Nous devrions nous en vanter moins ; car, à° vrai dire, c'est par des lois, des coutumes imposées et de grands efforts, que nous cherchons (et bien imparfaitement) à agir selon pareïl principe, renié du reste par notre cupide ploutocratie, Chez les fourmis, par contre, la plus grande collaboration (solidarité) règne absolument d'instinct ; c'est pour la fourmilièie qu'elles travaillent, vivent et meurent. Les individus les plus importants, les femelles, sont le mieux soignés, On aide à tout compagnon, maïs quand il est près de mourir on l'abandonne à son sort, Le Tous pour un n'est pas la règle, maïs bien le Un pour ,fous. Voilà la morale des fourmis : la collaboration des individus : pour le tout, Ce tout, c'est leur fourmilière. Tout le reste c'est l'ennemi.

Cette collaboration dans la fourmilière est si puissante qu'elle r'a pas besoin de gouvernement, ni de chefs, ni de lois, ni d'autres moyens dont nous, hommes, avec nos instincts héréditaires d'égoisme, de férocité, de « bestialité », nous avons encore besoin, Les fourmis vivent donc dans une anarchie organisée (et bien organisée, sans lois). Et la fourmi prouve péremptoirement que cette anarchie est inapplicable à l'homme ! Nous n'avons, par exemple, pas d'estomac social eu jabot.

Ce qui, par contte, est possible chez nous, ce serait une extension de notre solidarité (si imparfaite qu'elle soit) à toutes les nations de la terre en une fédération internationale sociale qui n'aurait alors plus aucun intérêt à se piller et se voler elle-même, Espérons que nous y parviendrons bientôt enfin |

Nous donnons encore ici 3 figures qui ont trait aux mœurs sociales des fourmis de la Suisse :

Fig. 8: Mandibule gauche de F. pratensis ©, montrant les mandibules d'une fourmi travailleuse.

Fig. 12: Mandibule de l'Anergates atratulus (y, fourmi qui ne fait rien.

Fig. 12 Fig. 20

Fig. 20 : Fermeture complète, au repos, par le gésier, entre l'estomac social ou jabot et l'estomac individuel.

eu ne 7 of English Ants. In-12, me 1747, % Geoffroy, dans : Histoire abrégée des insectes qui se trouvent aux environs (

1762 (peu important, beaucoup d'erreurs).

7 Ch. Bonnet, dans : Oeuvres complètes, tome I, p. 523 ; éd. in-4°,

De Geer, dans : Mémoires pour servir à l'histoire des insectes. T. VIL 1778. Christ. Naturgeschichte der Insecten. Frankfurt am Main. 1791. ne Pierre Huber. Recherches sur les mœurs des fourmis indigènes, Paris et Genè

HIT “ He :

(Ga peut encore | ajouter à ce qui précède les notices suivantes : Mayr. Ungarn' SA k LES im Programme der städtischen Oberrealschule zu Pest im Schuljahre 1856/7. . Das Leben und Wirken der einheimischen Ameiïisen. Wien 1864. Fenger, dans : PA .… Orismologie der Ameisen (Wigmann's Arch. für Naturgesch,, 1862), Gideon î indec: ? um, Notice on the habits of the Agricultural Ant of Texas, dans : Journ. proceed.

remarquables sur la biologie des fourmis ont paru en anglais, en allemand et en italien

__ Viehweg und Sohn, 1917 (1"° édition 1906). 348 pages, Concis et exact, avec de bonnes

254 pages. Le plus bref, très exact ; mais sans jte de travaux antécédents,

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