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va
ni
l'allure des fourmis saines, Je rapporterai ailleurs (VI. 8) un fait fort curieux qui rentre dans cette catégorie. Il est à peine nécessaire de dire que le phénomène de la marche en cercle s'allie fort souvent à l'un ôu l'autre de ces symptômes.
Une expérience mérite d'être mentionnée. J'avais essayé plusieurs fois d'observer la conduite d'une tête de fourmi séparée du tronc, maïs outre que le seul mouvement des antennes et des mandibules ne suffit que très imparfaitement pour donner une idée claire de l'impulsion qui le produit, la lésion du cou est si rapprochée du cerveau que celui-ci
parait toujours souffrir plus ou moins. Le plus souvent il se produit aussitôt une crampe
des antennes, souvent aussi d'une ou des deux mandibules, puis des convulsions ; la flétrissure et la mort de la tête ne se font pas attendre longtemps ; de sorte que je n'étais arrivé à aucun résultat. satisfaisant, Quelques têtes me montrèrent cependant des mouvements d'antennes qui me parurent volontaires, J'essayai alors de trancher la fourmi entre le prothorax et le mesothorax, laissant ainsi intact avec la tête le ganglion du prothorax, Plusieurs fois la tête et le prothorax furent pris de crampes et de convulsions qui firent manquer l'expérience, mais d'autres fois elle réussit pleinement. Je la fis sur le dôme même du nid de F. rufibarbis. J'observai alors, chaque fois, que le tronçon antérieur censervait seul l'intelligence entière de la fourmi. Il cherchait à marcher avec ses deux pattes et implorait à l'aide de ses antennes toutes les 8 qui passaient. Si l'une d'elles s'arrêtait, il y avait un vif échange de battements d'antennes ; le tronçon cessait aussitôt
les essais infructueux qu'il faisait avec ses deux pattes pour reprendre son équilibre ; on
voyait tous les signes ordinaires de deux fourmis amies qui se parlent. Je mis deux de
ces tronçons antérieurs de F. rufibarbis l'un à côté de l'autre, et ils se parlèrent ami-
calement de la même manière : ils paraïssaient implorer le secours l'un de l'autre, J'allai chercher alors des F. sanguinea, ennemies des précédentes, et j'obtins d'elles aussi quelques tronçons antérieurs en bon état. L'un d'eux, mis à côté d'un tronçon de rufibarbis, fut aussitôt reconnu de celui-ci comme ennemi, et saisi par lui par une patte; il se mit ‘alors à mordiller avec fureur la tête du tronçon de rufibarbis, sans parvenir à se saisir d'une antenne, car ce dernier les tenait retirées soigneusement en arrière. Bref, ces deux tronçons ennemis se battirent avec autant de vivacité qu'il leur fut possible, et cela à plusieurs reprises. Je donnai aussi du miel à ces tronçons antérieurs de fourmis, et ils en
mangèrent. Les tronçons postérieurs qui renfermaient les ganglions mesothoracique et
metathoracique intacts restèrent naturellement debout sur leurs quatre pattes dans une
stupeur complète. Des sections pratiquées entre le mesothorax et le metathorax donnent
plus facilement encore le même résultat, mais ne prouvent pas grand'chose, car elles : laissent devant presque nécessairement les ganglions mesothoracique et metathoracique ; ici le tronçon antérieur peut marcher, mais il tombe souvent à la renverse, oubliant qu'il
n'a plus ses pattes postérieures pour s'appuyer.
- Si l'on compare la conduite d'une fourmi privée de ses rides des sens je plus | importants, soit de ses antennes, de ses yeux et de ses ocelles (on peut les enlever avec 4 un rasoir), avec celle d'une fourmi qui a le cerveau lésé, ou avec celle d'un corps sans … tête, on voit immédiatement quelle profonde différence il y a entre elles deux. Les actes à de la première dénotent un but intelligent, et sont spontanés ; ceux de la seconde ont : tous les caractères de mouvements automatiques ou réflexes (coordonnés ou non) ‘). Je rappelle ici l'expérience citée plus haut sous la rubrique 5. | Enfin nous verrons plus bas la description d'un hermaphrodite du P. rufescens dont la tête et le prothorax sont entièrement & ; l'abdomen et le reste du thorax par contre moitié , moitié . Cet hermaphrodite a même les organes génitaux externes entièrement cd, et les internes (Fig. 37) moitié 5, moitié (. Eh bien, pendant sa vie il prenait part aux expéditions comme une simple Ÿ, car je le surpris portant une larve au retour de l'une d'elles. Il avait donc la même intelligence qu'une %, et savait que le but de l'expédition était de rapporter des larves ou des cocons. Or les © elles-mêmes, qui savent à la rigueur suivre l'armée, n'ont pas l'idée de piller des larves : à bien plus forte raison les «j en sont-ils incapables. Mais la tête de notre hermaphrodite étant entièrement &, il devait en être de même de son cerveau, et tout nous est expliqué.
8. Nous avons souvent parlé de l'éperon que les fourmis ont aux pattes antérieures, et qui leur sert à se brosser. De Geer {Mémoires pour servir à l'histoire des insectes, T. VII. 1778) en a fait une description excellente, et a deviné en partie son usage, … Huber l'a décrit de nouveau et a montré ses fonctions dans tous leurs détails (L c., p. 9. et ailleurs). Fenger (Allgem. Orim. d. Am. Wigmann's Archiv. ?. Naturg. Jahrg. XXVIII. 1862. Vol. I. p. 282) a refait encore cette découverte et la donne comme nouvelle, Mayr, dans sa réponse à Fenger (mêmes archives, 1863, Vol. I. Pag. 103), tout en confirmant le fait, dit qu'il l'avait observé lui-même depuis longtemps, mais ne l'avait pas publié. L'éperon (Fig. 11, e, page 7) est en forme de peigne, de même que le bord concave du premier article du tarse qui est en face (Fig. 11, tars). Cet appareïl sert à la fourmi à se brosser, à se nettoyer. Comme l'éperon et le premier article du tarse sont articulés à côté l'un de l'autre à l'extrémité du tibia, ils constituent deux véritables brosses pouvant s'éloigner
1] L'expérience est enccre plus facile à faire sur des guêpes, Une guêpe privée de ses yeux, bcelles, et antennes cherche en général un coin où se cacher ; elle tâte constamment le terrain avec ses palpes et marche avec la tête baissée pour pouvoir mieux s'en servir ; elle s'arrête dès qu'elle rencontre quelque objet, change alors parfois de direction, etc. Une guêpe dont on détruit le cerveau ést prise de ccnvulsions et de mouvements réflexes (à la suite de l'excitation sur la plaie fraîche), consistant surtout en frottements des pattes contre le corps, puis elle demeure bientôt presque entièrement immobile, ne faisant que de temps en temps quelques pas ou quelques mouvements d'ailes, ou encore se frottant le corps avec les pattes, toujours sans but, et comme mue par un ressort, Quand on la touche, elle fait par.contre de violents mouvements de défense ou de fuite très bien coordonnés, mais inconséquents, cessant avec la cause qui les provoque, réflexes.
Le se rapprocher l'une de l'autre suivant l'épaisseur de l'objet placé entre elles. C'est éperon des pattes antérieures (Fig. 11) qui est de beaucoup le plus important. La fourmi s'en sert pour peigner ses antennes, sa tête, ses palpes, ses mandibules, et aussi la “ partie postérieure du corps. Les éperons des autres pattes qui sont souvent à peu près nuls servent à brosser le derrière du corps. Les pattes se brossent les unes les autres. Mais il s'agit encore de nettoyer l'éperon lui-même quand il est sale, Les foumis prennent à cet effet leur patte entre leurs mandibules et la font passer et repasser contre leur … bouche. Le P. rufescens ne se sert que de la mandibule du même côté pour serrer la - patte contre la bouche, Il est facile par exemple d'observer les P. rufescens, lorsqu'ils sont de retour d'une expédition, et se promènent lentement, fatigués, sur leur dôme. On voit » alors le plus souvent une des pattes antérieures brosser l'antenne du même côté, puis . passer à son tour dans la bouche, puis brosser de nouveau l'antenne, et ainsi de suite ; 3 l'autre patte antérieure fait de même de son côté. É Ces derniers faits n'ont pas été indiqués, à ce que je crois. Peut-être le peigne des “ mâchoires (Fig. 9, p.) joue-t-il un rôle dans cet acte: peut-être aussi le peigne situé - derrière la langue (Fig. 10, p.): Du reste les deux pattes antérieures peuvent se nettoyer … aussi mutuellement avec leur éperon.
3 Les palpes semblent servir aux fourmis à tâter les objets qu'elles lèchent ou lapent, Elles les plongent dans le miel qu'elles mangent, | Le pédicule procure à l'abdomen une grande mobilité. Mayr considère les nœuds, » l'écaille, les épines placées sous les nœuds, comme servant à fixer une limite à cette mobilité. Cette explication me paraît très plausible, du moins dans beaucoup de cas.
j; 9, Un des faits les plus attrayants des mœurs des fourmis est le soin avec lequel elles nettoient leurs compagnes, leurs larves, leurs cocons, etc., lorsqu'ils sont sales, Mettez des fourmis avec une vingtaine de leurs cocons que vous aurez eu soin de souiller de » terre de déformer même (sans faire de mal à la nymphe qui se trouve dedans) : vous êtes certain de retrouver le lendemain tous ces cocons parfaitement propres, lissés et en ordre, Les $ rendent le même service à leurs compagnes qui arrivent parfois entièrement . couvertes de boue desséchée dont elles ne peuvent se débarrasser seules, Ce n'est point - l'éperon qui fonctionne dans ce cas comme le prétend Fenger (1 c.). Les fourmis se servent à cet effet de leurs mandibules pour ôter le plus gros de la saleté, puis de leur langue et » de leurs mâchoires pour enlever le plus fin, Rien n'est charmant comme de voir la délicatesse avec laquelle elle s'acquittent de ce devoir ; elles ne souffrent pas qu'il reste la plus
- petite parcelle impure sur un cocon. Les peignes des mâchoires et de la langue leur servent :
» peut-être aussi à cet usage, , : 10, Un fait qui ne manque pas d'intérêt physiologique a rapport au P. rufescens - surlout, Lorsque les armées de cette espèce ne sont pas chargées de cocons, nous verrons avec quel ensemble elles se dirigent (VIII. 10.) au moyen de signaux que se font les #, Eh bien, lorsque les $ portent des cocons, elles ne savent plus se concerter ni se donner la direction les unes aux autres. Tout ce dont elles sont capables, c'est de revenir sur - leurs pas, sans s'inquiéter les unes des autres. Un fait remarquable me le prouve. Des * amazones étaient entrées dans un nid souterrain de F. fusca situé dans le gazon, Une partie de l'armée s'engagea, paraît-il, dans un canal souterrain et alla ressortir chargée
de cocons à trois ou quatre décimètres de là, toujours dans le gazon, Les © qui émergèrent | à cet endroit firent toutes quelques pas dans une direction à peu près juste, parallèle à celle que suivaient les & ressorties par là où elles étaient entrées (cela semble dénoter une mémoire très remarquable de la direction, indépendante de l'orientation par les objets), » puis elles s'aperçurent qu'elles se trouvaient à un endroit inconnu. Elles se mirent alors à revenir sur leurs pas, à s'éparpiller, à chercher partout, sans jamais déposer leurs cocons. Je les observai pendant une demi-heure. Un certain nombre d'entre elles venaient à, chaque instant tomber par hasard sur le bon chemin ; elles le reconnaissaient aussitôt et, partaient sans hésiter dans la bonne direction, mais aucune d'elles n'allait avertir ses com- … pagnes dans l'embarras, et celles-ci continuaient toujours à chercher dans tous les sens, jusqu'à ce qu'elles retrouvassent elles-mêmes leur chemin, Quelques-unes allèrent se perdre . à une grande distance, dans une direction entièrement fausse (comparer avec la note de ” l'expér. VIIL 8.). Je ne vis pas un seul mouvement d'ensemble, pas un seul signal compris. Cela contraste singulièrement avec une armée non chargée qui peut se tromper dix fois de chemin sans que jamais une seule 8 ne se perde (VIII). D'autres fourmis (F. ruta, F. sanguinea, F. fusca) ont aussi plus de peine à trouver leur chemin quand elles sont . chargées; on les voit alors souvent déposer leur fardeau pour aller s'orienter, puis revenir 1 le prendre. Huber avait déjà observé ce dernier fait qui n'a jamais lieu chez les amazones, ni-chez les fourmis à bon odorat (Tapinoma avant tout). 11: Dans leurs combats entre elles, les fourmis présentent un DÉeneeel qui paraît | passerinsensiblement du physiologique au pathologique. Je veux parler d'une sorte d'ivresse du combat qui fait que le même insecte qui était d'abord craintif et hésitant devient L par le fait même de la lutte d'une audace de plus en plus insensée qui le porte souvent * à se faire tuer tout à fait inutilement, Je parlerai plus tard de ce fait chez le P. rufescens (VIIL 24) où il atteint le degré d'une sorte de folie furieuse, Maïs on le retrouve du plus au moins chez toutes les fourmis, sauf chez les formes tout à fait lâches (Myrmecina). Les fourmis peuvent ainsi en arriver au point de ne plus du tout reconnaître leur chemin ni même leurs propres compagnes sur lesquelles elles se jettent. Ces dernières sont cependant à l'ordinaire en état de les ramener à elles en les forçant à rester tranquilles : à cet effet elles se mettent souvent deux ou trois ensemble, et prennent chacune la rétive par une patte jusqu'à ce qu'elle soit calmée ; pendant ce temps elles la tâtent avec leurs | | antennes, On peut souvent observer, dans un combat entre deux fourmilières, comment une Ê d'abord hésitante en arrive peu à peu à ce point après avoir lutté successivement | avec plusieurs ennemis.
Appendice I:
Monstruosités. Anomalies embryogéniques
1. Les intermédiaires entre © et $ que nous désignerons par le signe ©8, pour. abréger, se distinguent des monstruosités proprement dites et de la plupart des hermaphro-. dites par la symétrie complète de leurs organes. Je parlerai ailleurs (Exp. de mœurs, XXX, 2, fin) de l'affinité qui existe entre les © et les & ; je ne m'y arrête pas. Je fais remarquer aussi en anticipant qu'il y a de simples Ê fécondes (v. X. 2.). Les individus dont. je veux parler ne sont pas très rares, tout en étant une exception. J'en ai trouvé chez
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