ARCHITECTURE DES NIDS L A. NIDS DE TERRE PURE
Nous avons ici trois variétés à distinguer, savoir les nids minés, les nids maçonnés et les nids sous les pierres. Ces trois formes sont reliées entre elles par tous les intermédiaires possibles ; dans toutes trois la partie souterraine du nid est identique, Ce sont le plus souvent les mêmes espèces de fourmis qui emploient ces trois modes de bâtir, suivant les circonstances, mais ordinairement l'un de préférence aux autres, Deux raisons justifient cette distinction : d'abord l'aspect très différent que présentent les nids des trois catégories, et ensuite les variations qui en résultent dans l'art de bâtir et dans les habitudes des fourmis. Les formes intermédiaires ont des nids minés surmontés de petites constructions maçcnnées irrégulières ou partielles, et des nids surmontés d'une ou de plusieurs pierres prises dans un pâté de maçonnerie. Les nids de pure terre sont chez nous de beaucoup les plus fréquents, Le matériel de construction des fourmis est ici simplement de la terre humide qu'elles pétrissent avec leurs mandibules et dont elles forment de petites pelotes qui adhèrent facilement les unes aux autres. Elles se servent de leurs mandibules de deux manières, Lorsqu'elles les tiennent fermées, elles ont une sorte de truelle convexe en avant et en dessus, concave en dessous et en arrière, pointue à l'extrémité : cette truelle leur sert à râcler le terrain humide pour faire leur pelotes, puis à modeler et à
comprimer leurs constructions pour les rendre plus solides et plus unies, ce qu'elles font - avec la partie antérieure convexe de leurs mandibules serrées l'une contre l'autre, en » lui imprimant des mouvements variés d'arrière en avant et de bas en haut. En second lieu, les mêmes mandibules constituent lorsqu'elles sont ouvertes une véritable paire de tenailles à bord denté (du moïns chez toutes les ouvrières des espèces travailleuses de L notre pays). Elles leur servent ainsi à transporter leurs pelotes de terre, mais aussi à
- les pétrir, puis à les amincir dans un sens, Enfin leurs pattes antérieures leur servent : aussi de truelles plates entre lesquelles elles modèlent la terre; ce sont les tibias et le - premier article des tarses qui jouent ce rôle. Un certain nombre de F. fusca ouvrières » que je mis dans un bocal avec de la terre humide et des larves, après leur avoir coupé les tibias antérieurs (voir : Notices anatomiques 5), ne purent que très difficilement creuser quelques trous peu profonds ; elles ne surent édifier aucune case convenable, se salirent elles-mêmes ainsi que leurs larves, sans pouvoir se nettoyer (vu le manque de l'éperon), et découragées finirent par done leur ouvrage et par se tenir simplement à la surface de la terre. Les mêmes pattes antérieures servent encore aux fourmis à fouir la terre 1 sèche et grenue ou le sable, à la manière des taupes, Les pattes médianes et postérieures » les secondent dans ce travail pour lequel la fourmi s'aplatit ordinairement sur son ventre.
Mayr (Ungarn's Ameisen) décrit la manière dont le Cataglyphis cursor (fourmi qu'on ne
. trouve pas en Suisse) se creuse des trous dans le sable en fouissant avec ses deux pattes - antérieures et en rejetant en même temps le sable en arrière, entre ses quatre pattes * postérieures sur lesquelles il se tient. Ce mode de travailler n'est point particulier au C. . cursor ; il est propre à la plupart des fourmis : seulement il frappe peut-être plus chez cette » espèce qui vit dans le sable et qui est extrêmement haute sur jambes. Enfin lorsque nos “ cuvrières sont obligées de s'attaquer à une matière dure comme de la terre sèche et compacte, elles l'incisent avec leurs mandibules et cherchent ensuite à l'arracher par morceaux en s'appuyant fortement sur leurs pattes et en imprimant à leur tête des mouvements de droite à gauche et de gauche à droite pour détacher la parcelle qu'elles tiennent entre leurs pinces. Elles font à peu près le même manège pour couper en tout ou en - partie les tiges ou les feuilles de graminées qui doivent servir à leur maçonnerie,
seulement ici les dents de leurs mandibules font positivement l'office de scie ; la même
oscillation de la tête de droite à gauche et de gauche à droite fait mouvoir les mandibules et fait aussi que les deux sillons pratiqués de cette manière par ces deux petites scies se rencontrent au milieu. Les fourmis construisent aïnsi soit en minant, soit en maçonnant, | des vides irréguliers qu'on peut distinguer en galeries et en cases ou salles. Ces vides sont séparés par des plafonds ou planchers affectant toujours la forme de voûtes plus | ou moins prononcées, Ces voûtes sont soutenues par des murs ou par des piliers munis d'arcs-boutants. Des brins d'herbe servent souvent de points d'appui ou de poutres et des feuilles de plafonds à ces ouvrages. Mais il ne faut pas vouloir trop préciser les formes de ces labyrinthes, car dans les parties les plus fines et par conséquent les plus
- perforées de ces édifices, les plafonds, planchers ét murs sont percés de tant de trous.
qu'il ne reste plus qu'un échafaudage de poutres en terre se croïsant et se réunissant en tout sens, C'est surtout le cas là où une touffe d'herbe a servi de centre à l'édifice, et, par la masse des points d'appui qu'elle présentait, a permis de donner une grande
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légèreté au dôme. Ceci ne se trouve naturellement que dans les constructions extérieures … maçonnées, ou dômes, surtout chez les F. sanguinea, F. fusca, Tetr. caespitum et Tap.
erraticum. Nous devons distinguer la partie souterraine des nids qui est la même dans
nos trois catégories, de la partie superficielle qui varie dans chacune d'elles. La partie .
souterraine est toujours simplement minée. Comme les fourmis n'ont pas besoin d'y écono-
miser la place autant qu'à l'extérieur où elles ont la peine de maçonner, elles y font leurs vides en général plus éloignés les uns des autres, laissant entre eux des murs épais L
de terre compacte, ce qui permet de faire ici plus rigoureusement la distinction entre les galeries ou couloirs et les cases. Cette partie souterraine a un centre qui touche à celui du dôme quand il y en a un et qui dans le cas contraire est situé un peu au dessous de la surface du terrain, au milieu du nid. Ce centre n'a aucune limite marquée ; c'est simplement la partie la plus travaillée, la plus perforée et ordinairement la plus habitée de l'édifice. Si l'on suit de là les cases et galeries soit dans la direction de la profondeur verticale, soit dans les directions latérales, on voit qu'elles viennent de plus en plus rares et les murs de terre entre elles plus épais. À la fin on ne trouve plus que quelques galeries souterraines se continuant quelquefois à une assez grande distance et
se terminant soit sous terre par une case, soit à l'extérieur par une ouverture ordinaire-
ment cachée. Quelqueïois elles vont aboutir à un autre nid. Si l'on part des galeries
périphériques, on peut donc dire qu'elles convergent, tout en se ramifiant toujours plus,
pour former le centre du nid souterrain, Nous verrons plus tard leurs divers usages, Des pierres situées sous terre peuvent modifier leurs cours et la forme du nid souterrain. Quand le terrain est rempli de pierres, ou composé de roc plus ou moins dur dans les fentes duquel est un peu de terre plus friable, les fourmis doivent faire toutes leurs.
constructions dans les interstices de ces pierres, et nous passons insensiblement à une autre :
classe de nids que nous étudierons plus tard. Les constructions souterraines dont nous *
venons de parler sont celles des nids grands et moyens ; de là aux plus petits nids composés seulement de deux ou trois et même d'une seule case, communiquant à l'extérieur par une seule galerie plus ou moins tortueuse, on trouve toutes les formes intermédiaires imaginables. Nous savons que les fourmis ont besoin de chaleur et d'eau, mais qu'une trop forte chaleur leur est nuisible, et l'est encore plus à leurs larves, tandis qu'une submersion, même complète, ne leur fait que peu ou pas de mal pourvu qu'elle ne soit
pas de trop longue durée et que l'eau soit un peu froide. C'est donc à tort qu'Huber
donne aux dômes maçonnés le but de protéger les fourmis et leur couvée contre la submersion lors de grandes pluies, Il donne pour preuve que pendant les temps de pluie on trouve les cocons, les larves et les fourmis dans les étages supérieurs des nids. Or cela n'est vrai que pour les temps de pluie chaude où la chaleur solaire rayonne encore sensiblement entre chaque averse à travers des nuages peu épais En plaçant alors leur couvée sous la croûte la plus superficelle, sous le toit du dôme, les fourmis lui procurent une chaleur douce, égale et humide. Qu'adviendrait-il, avec l'opinion d'Huber, des nids purement minés qui sont bien plus que les nids à dômes exposés à être submergés ? Dans les temps pluvieux et froids, dans les temps froids en général, les fourmis se cachent toujours elles et leur couvée dans les parties profondes du nid, à moins qu'un rayon de soleil ne vienne concentrer de la chaleur sous le dôme. Lorsque le soleil est trop ardent,
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* les fourmis recherchent également le fond de leur nid. Les dômes servent donc essentiel-
lement à renforcer la chaleur des rayons du soleil lorsqu'ils sont faibles ou trop rares. . Aussi les trouvons-nous surtout dans les lieux ombragés ou exposés au nord, au bord . des bois et dans les hautes herbes, où leur élévation permet aux rayons solaire de les
< atteindre ‘). Les pierres produisent le même effet que les dômes, mais n'étant pas
poreuses comme la terre, elles ont en outre la propriété d'empêcher l'évaporation de l'eau qui est sous elles, donc de conserver l'humidité, Aussi trouvons-nous les nids sous les pierres principalement dans les lieux secs et en pente, exposés au midi, J'ai trouvé . de la terre humide à 1 centimètre au dessous de pierres assez petites, par une chaleur
. torride, à deux heures du jour, et cela après une longue sécheresse sur le Petit-Salève, L « ,, Es, 8 e ; » » . . . , ge c'est-à-dire sur un des endroits les plus desséchés qui se puissent imaginer. Enfin dans
les marais et dans les lieux souvent et longtemps submergés on ne trouve guère de nids de. fourmis, sauf dans les arbres où dans les troncs d'arbres On y voit cependant ça et là des dômes élevés de L. flavus qui pourraient bien servir ici à protéger les fourmis
contre la submersion ; maïs la base de ces dômes jusqu'à une certaine hauteur est ordinai- rement un ilot préexistant formé par une touffe de plantes dont les racines sont couvertes
de pucerons.
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