‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 29 sur 139 · Nids sous ee pierres · texte numérisé non relu

Nids sous ee pierres

Non seulement toutes les maçonnes et les mineuses, mais encore d'autres fourmis qui ne savent pas travailler la terre profitent souvent du dessous des pierres pour y établir -Jeur demeure. Ce qu'il y a de caractéristique pour tous ces nids c'est la manière dont les fourmis arrangent le dessous de la pierre, endroit qui leur convient tout particulièrement, comme nous l'avons vu plus haut, surtout dans les lieux secs. Toutes les fourmis construisent Jà des cases de grande superficie, mais très basses, réunies par des galeries qui sont aussi très larges et très basses, Le tout est parallèle à la face inférieure de la pierre, qui sert de plafond commun ; l'ensemble forme donc un étage plus ou moins horizontal. Mais il s'agit que la pierre ne s'affaisse pas, et à cet effet les fourmis laissent des murs très épais et des amas de terre entre les cases et les galeries. Plus la pierre est lourde, plus les cases et les galeries sont basses, plus aussi les murs sont épais, et vice versa. Comme les coléoptères et

nue, la description d'un de ces nids que j'étudiai avec soin ne sera pas inutile, Ce nid

ches verticales de terre avec mon ciseau. Tout le nid était formé d'un amas de canaux

ma chambre, dans une arène de gypse ; j'y mis de la terre où elles firent un nid tout-à-fait

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autres insectes habitant sous les pierres, les fourmis ne nichient pas indifféremment sous toutes, Il ne les leur faut ni trop grosses ni trop petites, et surtout pas trop épaisses, trop massives, Des cailloux aplatis ayant de 1 à 16 décimètres carrés de surface, quelquefois

plus gros pour les grosses espèces, sont ce qu'elles préfèrent. C'est dans cette partie de s

leur nid que les fourmis passent la majeure partie de la journée lorsque le soleil se montre, si peu que ce soit. Un soleil d'été par trop ardent peut seul les forcer à se retirer pendant le gros du jour avec leur couvée dans leurs souterrains: Mais elles s'y retirent aussi dès

qu'il fait sombre et froid, car si les pierres se réchauffent vite, elles se refroidissent tout aussi 54

promptement. Il faut donc un souterrain, et nous le trouvons chez toutes celles de nos fourmis lapidicoles qui savent aussi miner ou maçonner. Nous retrouvons dans ces nids les traces des traits caractéristiques de l'architecture des maçonnes et des mineuses, Ainsi chez le M. structor nous voyons souvent des demi-cratères au bord de la pierre : chez la F, cinerea nous trouvons de nombreux nids sous des pierres reliés entre eux par des bandes de fourmis ou des canaux souterrains, et formant une colonie, En général chez les maçonnes

les bords de la pierre scnt reliés plus intimement au sol, et plus ou moins enchâssés au

moyen de murs élevés par les ouvrières ; si le dessous de plusieurs pierres rapprochées est.

occupé par la même fourmilière, il arrive ordinairement que toutes sont prises dans un

même pâté de maçonnerie qui ressemble alors à une vrai dôme {C. aethiops, F. sanguinea, C. ligniperdus, T, caespitum). Ces cas sont beaucoup plus rares chez les mineuses pures ; cependant on voit souvent des nids de M. sfructor et de P. pallidula sous des pierres ainsi prises dans un pâté de terre maçonnée et remplie de cases et de galeries. Les plus mineuses,

ainsi la P, contracta, aiment beaucoup le dessous des pierres, mais ne font jamais de maçon-

nerie sur leurs bords ; elles ont par contre de profonds souterrains. La race myops du L. flavus, petite et d'un jaune très clair, vit souvent sous les pierres, tandis que la forme ordinaire n'aime pas ce genre de demeure. Il nous reste encore deux catégories importantes

de nids sous les pierres qui sont les suivantes : :

1° Nids des fourmis qui vivent toujours ou presque toujours sous les pierres. Ce sont les P. pallidula, P. pygmaea, B. meridionalis, À. subterranea et F. gagates. Les trois premières espèces recherchent les endroits en pente exposés en plein midi et sans ombre : les deux dernières préfèrent les décombres et les lieux ombragés. Les endroïts habités par les trois premières sont en général très rocailleux, le sol y est intérieurement bourré de pierres, ordinairement calcaire, ce qui donne un caractère particulier à tous les nids de fourmis qui s'y trouvent, La P. pallidula forme le plus souvent des colonies de plusieurs nids ; une seule fourmilière occupe un grand nombre de pierres grosses et petites, et étend souvent ainsi son domaine sur une surface de plusieurs mètres : les dessous des diverses pierres occupées sont reliés entre eux par des canaux souterrains et par des files de fourmis à l'extérieur. La P. pygmaea et le B. meridionalis vivent d'une manière analogue, mais leurs fourmilières moins considérables occupent rarement plus de deux ou trois pierres, Ces espèces aiment beaucoup les pierres souterraines et se cachent avec toute leur couvée dans

les interstices les plus étroits. Ce trait rapproche beaucoup leurs nids des nids des murs el

des rochers, car les travaux de mineuses sont réduits à fort peu de chose. Nous avons vu la P. pallidula vivre quelquefois sans pierres, dans des nids à cratères ; nous la retrouverons dans les maisons. La P. pygmaea ne craint pas les petits bois de chênes exposés au midi où

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elle aime ae amas de feuilles sèches et y trouve des vides tout faits qu'elle bouche à certains endroits avec de la terre, mais elle préfère toujours qu'une pierre soit sur ces feuilles sèches. La partie’souterraine de son nid se réduit ordinairement à peu de chose. : ile n'ai encore trouvé le rare B. meridionalis que dans des rocailles. L'A. subterranea vit ne dans les décombres et les lieux ombragés, sous les pierres. Elle choisit de préférence les pierres situées sur. des détritus végétaux ; la partie souterraine de son nid, situé souvent entre des rocailles, est presque toujours considérable. Une fourmilière cccupe souvent plusieurs pierres ; les relations se font alors toujours par des canaux souterrains ou circulant dans les feuilles sèches et les détritus végétaux, car les ouvrières ne se montrent guère au “eur: LaF, gagates mérite notre attention, Latreille dit simplement qu'elle fait son habita- tion au pied des arbres. Dans ses Europ. Formic., Mayr dit que la F. gagates aime surtout de bois de chênes où . fait Je plus souvent des nids de terre ee il décrit un de ces.

+ que presque tous les de que j'ai trouvés étaient sous des pierres ordinairement assez grandes, cachées sous des feuilles sèches ou prises dans des racines d'arbres, dans les taillis de chênes les plus épais. Je ne les ai presque jamais trouvés ailleurs que dans des bcis de chênes, mais bien de diverses espèces de chênes (surtout Querc. cerris et pubescens), en Tessin, à Vienne, dans le midi de la France et à Fontainebleau. Ces nids ressemblent un peu à ceux du C. aethiops ; ils sont composés de larges galeries espacées qui s'enfoncent à une grande profondeur entre les. pierres et les racines, de sorte que rien n'est difficile comme d'y fouiller. Les ouvrières s'enfilent en toute hâte avec leurs larves etc. dans leurs . galeries profondes dès qu'on soulève la pierre, À Vienne (Autriche), la F. gagates est très commune ; j'ai trouvé ses fourmilières par centaines sur le versant sud du Leopoldsbersg. Les nids y sont moins cachés et plus ouverts que dans les autres lieux où je les aï observés ; j'en ai trouvé quelques-uns qui n'étaient pas vers des chênes ; d'autres n'étaient pas surmontés de pierres et ressemblaient parfaitement à des nids de F. fusca à dôme maçonné, Les nids des petites variétés intermédiaires avec la F. fusca ressemblent à ceux de cette dernière, | 21 Des fourmis « qui font leur nid autrement qu'avec de la terre pure le font quelquefois sous des pierres. Nous avons ici d'abord le groupe des F. pratensis, sanguinea, truncicola et pressilabris qui font, la première très rarement, et les trois autres très fréquemment leur nid de cette manière, surtout la F. sanguinea et la F. truncicola. Les bords de la pierre sont alors ordinairement garnis des matériaux ordinaires de ces fourmis, quelquefois même la pierre en est à demi couverte, mais souvent aussi le nid est purement miné dans la terre, - sous la pierre, et ne présente pas trace de dôme en matériaux ; c'est très souvent le cas chez la F. sanguinea. Puis vient le C. vagus qui fait rarement son nid sous les pierres à la façon du C. ligniperdus. Mayr (Ungarn's Ameisen) prétend au contraire que c'est le mode ordinaire de bâtir de cette espèce : c'est peut-être vrai pour la Hongrie, mais absolument pas pour la Suisse (ni pour la France où Lespès l'a aussi presque toujours trouvée dans le bois) : je puis affirmer ce fait avec certitude, ayant observé des centaines de ces fourmilières dans les localités les plus diverses, Puis vient tout un groupe de fourmis qui font dans la règle feur nid sous l'écorce des arbres, dans les maisons, ou dans les murs et qui, exceptionnelle- ment, s'établissent sous des pierres. Elles y gardent alors leur habitus que nous verrons plus

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loin, se ménagent de grands espaces vides sous les pierres plutôt qu'elles n'y font des cases ou des galeries, et ne creusent que peu ou pas de souterrains, Ce sont les Lasius emarginatus

et brunneus, les Leptothorax acervorum et tuberum aïnsi que leurs races, sauf les L. Nylan-

deri, corticalis et affinis, enfin le Cremastogaster scutellaris.

Les nids doubles sont surtout fréquents sous les pierres, et nulle part on ne ri.

mieux les observer, En soulevant une pierre on voit par exemple la surface qu'elle recouvrait

divisée assez nettement en trois parties occupées chacune par une espèce de fourmi totale: ment différente. On voit ainsi un tiers tout noir de T. erraticum, l'autre jaune de S. fugax,

le troisième gris de B. meridionalis ; rien n’est plus drôle que le combat qui suit l'enlèvement du toit commun, et la hâte avec laquelle chaque espèce emporte sa couvée dans les souter-

rains, Je répète encore ici que si l'on regarde attentivement on pourra toujours suivre le mur

mitoyen qui séparait complètement les trois fourmilières l'une de l'autre.

Dans les hauts pâturages des Alpes, au-dessus de la région des sapins, on ne troie que peu d'espèces de fourmis ; mais les fourmilières en sont nombreuses. Toutes y vivent sous les pierres, comme les autres insectes. Les bords de la pierre n'y sont presque jamais

recouverts de maçonnerie ; par contre la partie souterraine du nid est, je crois, assez considérable. Il est du reste très difficile de la démolir, vu la dureté du terrain: sous lui se trouve le roc dans les fentes duquel les fourmis se faufilent, Ainsi vivent entre 1500 et

2500 mètres les F. fusca ; M. sulcinodis, lobicornis (v: alpine) et ruginodis ; L. acervorum à (v. alpine) et fuberum i. spec, Il est à remarquer qu'on ne trouve jamais le L. acervorum

sous les pierres dans la plaine. Dans les Alpes il montre une tendance toute particulière à

miner sous les mêmes pierres que les Myrmica, formant ainsi des nids doubles (Haute-

Engadine),

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