‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 39 sur 139 · Nids des vieux troncs · texte numérisé non relu

Nids des vieux troncs

Tandis qu'Huber ne parle presque pas de ce genre d'architecture, Mayr, Nylander, Schenk, les auteurs des ouvrages systématiques en général, indiquent fort bien les espèces qui vivent dans les troncs pourris et la manière dont elles bâtissent, Les troncs pourris sont, on le saïît, un paradis pour les entomologistes ; ils recèlent les trésors les plus variés en fait de coléoptères, etc. Mais les fourmis y trouvent aussi leur affaire en se nourrissant de ces hôtes divers, et ne font en cela pas du tout celle des chercheurs d'autres insectes, Dans un tronc pourri, il y a d'abord la charpente solide, soit ce qui reste de bois non pourri et d'écorce adhérente. Puis la mousse et les lichens qui croïssent dessus, ainsi que l'écorce à demi détachée, choses qui pour les fourmis ont la même valeur à peu près. Enfin les détritus de toute sorte qui forment une masse plus ou moins humide, plus ou moins cohérente, mais toujours molle, dans les interstices du bois resté solide, sous la mousse et la vieille écorce. Remarquons que la partie centrale du bois, celle qui entoure la moelle dans le tronc et dans les grosses racines, étant la plus dure, est celle qui se pourrit le moins vite et forme le dernier squelette d'un tronc lorsque tout le reste a disparu (je possède un pareil squelette trouvé au centre d'un gros nid de F. exsecta ; on diraït en petit un vieux sapin mort avec ses branches desséchées). Ensuite viennent les lamelles concentriques qui séparent les couches annuelles du bois et de l'aubier, et en dernier lieu les couches concentriques elles-mêmes qui se pourrissent les premières. De plus l'aubier dans son ensemble se pourrit ordinairement avant le bois. Lorsque des fourmis s'établissent dans un tronc pourri, l'on peut dire en thèse générale que les détritus leur servent de ciment, comme la terre humide aux maçonnes, et que les restes d'écorce à demi détachée, ainsi que la mousse, leur font le même usage que la croûte des dômes ou qu'une pierre couvrant un nid miné, tandis que le bois et l'écorce solides servent de charpente à l'édifice. On comprend combien de variétés peuvent se montrer suivant que le tronc est plus ou moins pourri, que les fourmis travaillent plutôt tel ou tel des éléments que nous venons d'énumérer, ou qu'elles y mêlent plus ou moins de terre. On conçoit aussi que la structure de ces nids peut passer et passe très fréquemment par tous les intermédiaires possibles à celle des nids sculptés dans le bois ou dans l'écorce solide des arbres sains. Toutes les fourmis que nous allons trouver ici font déjà partie d'une des catégories précédentes, et chacune d'elles y déploie les particularités qui lui sont propres dans*ses autres manières de bâtir. Ainsi les maçonnes sont surtout habiles à se servir des détritus pour construire des cases, des galeries ouvertes {L. niger, brunneus, affinis, etc.), pour faire adhérer au tronc les écorces

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prêtes à se détacher au moyen de murs plus ou moins mêlés de terre (F. sanguinea, truncicola, fusca, T. caespitum). Les Leptothorax savent surtout profiter de l'écorce encore solidement adhérente, ou du bois encore solide commençant seulement à se pourrir au

milieu des couches concentriques ; ils y minent de petits nids solides pour mettre en sûreté leurs petites fourmilières, Les Camponotus utilisent surtout la charpente encore solide. Les Myrmica, et aussi certains Leptothorax aiment avant tout la mousse, sans mépriser les détritus ni le bois resté solide. Les fourmis suivantes sont les plus communes dans les troncs pourris des bois et surtout des clairières : avant tout le Las, niger qui les infeste presque tous, puis la F. fusca, la F. sanguinea, les Las. alienus (alieno-brunneus, alieno-niger), L, affinis, les Myrmica laevinodis et ruginodis, les Leptothorax unifasciatus et interruptus, les Camponotus ligniperdus et herculeanus. Les fourmis suivantes s'y trouvent plutôt exceptionnellement : C. vagus, Las. flavus, mixtus, T. caespitum, M, rubida, M. scabrinodis, Lept. Nylanderi. Je n'ai pas cité dans cette liste les F. cinerea, truncicola, exsecta, pressilabris, rufa et pratensis, car ces espèces ne se servent des vieux troncs d'arbres que comme d'un centre, d'un noyau, ou comme d'un appui (F. cinerea et fruncicola) qui soutient leur nid ; chez les quatre dernières surtout, le tronc est presque toujours entièrement caché dans le nid. Cependant ces espèces, surtout les F. {runcicola et ciñnerea savent profiter des interstices des couches concentriques du bois pour en faire des loges spacieuses, Elles savent même sculpter le bois à l'occasion, lorsqu'il est un peu ramolli : on reconnaît leur ouvrage à la grandeur et à la disposition des cases. Les nids de la F. sanguinea tiennent le milieu entre les derniers mentionnés et ceux de la F. fusca ; cette espèce est surtout habile à profiter de l'écorce à

. demi détachée pour jouir sous elle, avec ses larves, de la chaleur du soleil. Le Las. niger

et la F. fusca que nous avons vus aussi parmi les fourmis sculpteuses sont les hôtes les plus typiques des vieux troncs, où ils savent profiter de tout. Les Las. bicornis (affinis) et umbratus se distinguent des autres par l'emploi tout spécial qu'ils savent faire de la sciure pour bâtir des étages entiers de cases et de galeries au sein des troncs creux surtout ; leur nid se continue alors le plus souvent dans la terre. D'après Huber et Lespès, le C. vagus saît employer la sciure ou vermoulure de bois comme les deux précédents ; je n'ai jamais rien vu d'analogue en Suisse. Les M. laevinodis et ruginodis font très fréquemment concurrence aux L. niger et aux F. fusca dans les vieux troncs, et parviennent souvent à évincer le premier.

Cela nous amène à dire que les troncs pourris sont avec le dessous des pierres l'endroit de prédilection des nids doubles. On trouve très souvent deux, trois espèces dans

un même tronc qu'elles se disputent, et comme les troncs se dégradent en peu d'années,

cela finit inévitablement par des conîlits et par la retraite d'un des concurrents ; le « Kampf um’s Dasein » (combat pour la vie) y est donc beaucoup plus vif que sous les stables pierres. Les vieux troncs, nous venons de le voir, n'ont qu'une durée passagère. Aussi les fourmis auxquelles ils servent d'asile doivent-elles fréquemment changer leur nid. Certaines espèces, surtout les L. niger et brunneus, ainsi que la F. sanguinea, font parfois des colonies comprenant plusieurs vieux troncs rapprochés, et reliés par des chaînes de fourmis ou par des chemins couverts.

À peine peut-on rattacher à la catégorie qui nous occupe les nids faits par quelques fourmis dans l'humus et les feuilles sèches ; tels sont certains nids de P. pygmaea et

d'A. subterranea, ainsi que de diverses Myrmica. D'après Nylander et Von Hagens on trouve la Stenamma Westwoodi dans les bois, parmi les feuilles sèches et la mousse, maïs ces auteurs ne parlent pas de son nid !).

Ce titre s'applique à divers nids dont nous allons parler, et qui n'ont guère d'autres rapports entre eux que celui de ne rentrer dans aucune des classes précédentes ; plusieurs sont, on peut le dire, anormaux, c. à d. ne correspondant plus à la nature sauvage.

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