Chemins
Certaines espèces de fourmis, allant en files assez serrées exploiter tel pré, tel arbre ou telle haie, se construisent à cet usage de véritables grandes routes battues qui leur facilitent énormément ia circulation, surtout dans les prés où les tiges entrecroisées des
graminées gênent extrêmement leur marche, principalement lorsqu'elles portent un fardeau.
Tandis que Mayr (Leben u. Wirhken d. einh. Am.) croit que ces chemins se font tout seuls par le simple fait du passage continuel des fourmis, Christ et Huber avaient déjà vu qu'elles travaillaient elles-mêmes à les creuser. Le fait que d'autres fourmis qui marchent en files assez serrées pour exploiter leurs arbres {C. scutellaris, F. exsecta) ne laissent rien apercevoir de semblable, suffirait à lui seul pour prouver que ces chemins demandent un travail spécial. Les chemins dont je veux parler sont particuliers aux F. rufa et pratensis, surtout à
cette dernière, ainsi qu'au L. fuliginosus. Les petites fourmilières n'en font pas ou bien n'en
font qu'un seul ; plus une fourmilière est considérable, plus elle a de chemins. Leur direction ne dépend ni du soleil, ni d'un « certain instinct qui pousse les fourmis à partir en ligne drcite », comme le prétend M. E. Robert (dans les Annales des Sciences Nat. 1842), mais simplement des endroits qu'elles peuvent exploiter, et de la manière la plus commode d'y parvenir, Le chemin a avantage à passer dans des endroits riches en butin, car les fourmis peuvent en profiter pour chasser sur tout son parcours en s'écartant un peu à droite et à gauche. Si une fourmilière est au bord d'une haie, elle construira d'abord un chemin le long de la haie à droite et un autre à gauche ; ces chemins allant en sens contraire serviront à exploiter les deux bouts de la haie ; ils iront en diminuant graduellement d'importance jusqu'à une certaine distance du nid où ils deviendront indistincts, Dans ce cas la haïe est ordinairement située entre une route et un pré ; alors, si la fourmilière est puissante, elle envoie un certain nombre d'ouvrières à travers la route pour exploiter la seconde haie située de l'autre côté. Mais il est impossible et inutile aux fourmis de faire un chemin à travers la grande route, aussi n'est-ce que de l'autre côté de celle-ci que deux ou plusieurs chemins partent du point où arrive la colonne de fourmis et se dirigent des deux côtés de la haie ou dans une autre prairie, D'autres fois, si elles y trouvent avantage, les fourmis traversent la route en deux endroits, Mais les chemins les mieux battus sont ceux qui partent directement du nid pour exploiter le pré du même côté ou les arbres qui s'y
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