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On peut appeler si l'on veut les intermédiaires d'en haut zoologiques et les intermédiaires latéraux embryologiques. Le tout est de se sortir de ces embarras pour la classification, sans fausser les faits, En donnant le nom d'espèce, comme le font la plupart des auleurs actuels, à toutes les formes un peu bien déterminées, et constantes dans la même fourmilière, lors même qu'on trouve entre elles toutes les transitions possibles formant des fourmilières à part, on fausse la notion de l'espèce, même en se plaçant entièrement au point de vue de Darwin. En les reléguant au nombre des variétés, on ne les estime pas à leur juste valeur, et on les met presque sur le même pied que de petites variations qui se trouvent - dans la même fourmilière, parmi les enfants d'une même mère, En langage darwiniste, ce sont des variétés déjà fixées par l'hérédité, mais permettant encore des hybrides indéfiniment féconds (les fourmilières intermédiaires ont exigé du temps pour devenir considérables, et j'en ai observé pendant deux, trois ans et plus). Or c'est ce qu'on entend ordinairement par une race et ce qu'on a aussi appelé parfois sous-espèce. Je sais bien qu'on n'aime pas employer le mot race en parlant d'animaux qui ne sont pas des animaux domestiques, et qu'il n'est pas facile de suivre la généalogie des animaux sauvages. Comme chez les fourmis nous avons la notion de la fourmilière ‘| qui vient à notre aide, je hasarderai cependant cette innovation *), tout en réclamant l'indulgence du lecteur pour les imperfections et les erreurs qui se glissent si facilement dans un essai aussi délicat. J'entendrai donc par races des formes constantes en tant que tous les individus d'une même fourmilière d'une certaine race présentent les mêmes caractères, maïs inconstantes en tant qu'on trouve des fourmilières dont tous les individus présentent un ensemble de caractères intermédiaires entre ceux de cette race et ceux d'une ou de plusieurs autres. Ces races garderont leur nom spécial. Je conserverai le nom d'espèces aux formes bien tranchées, ne montrant pas d'intermédiaires entre elles. Quand une espèce se composera de plusieurs races, je donnerai à l'espèce Île nom de la forme la plus anciennement décrite, tout en décrivant en même temps sous ce nom cette race en particulier, et en conservant aux autres les noms spécifiques qui leur ont été donnés. Le changement se trouve donc réduit à fort peu de chose, et je crois rendre mieux compte ainsi de la réalité des faits. Il est du reste évident que je ne donne point tout cela comme quelque chose d'absolu ; il y a des transitions entre la race et l'espèce, entre la variété et la race; la race est une espèce en formation. De plus mes observations sont insuffisantes sur beaucoup de formes rares ou à nids cachés, entre lesquelles je n'ai pu encore trouver de fourmilières intermédiaires, quoique je sois persuadé de leur existence vu le manque de caractères distinctifs suffisants et vu le fait que j'ai pris des individus intermédiaires isolés. Je dois, pour être logique, les rabaïisser aussi au rang de races. L'établissement de races est de plus justifié par l'énorme multiplication des genres faite par Mayr, avec raison du reste, Un fait très intéressant, venant encore à l'appui de ma thèse, est l'opinion de Mayr sur le Lasius Schiefferdeckeri Mayr, fourmi fossile de l'ambre de la mer Baltique,
1] I ne faut pas confondre fourmilière avec nid, habitants avec demeure ; je renvoie à la préface pour cette distinction,
?) En 1874 c'était une innovation ; en 1919 la chose est devenue courante sous le nom de sous-espèces ou petites espèces, J'ai néanmoins dès lors conservé le terme de race qui est plus court et plus simple,
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dou dl a pu examiner 174 exemplaires (de l'ouvrière), Ces exemplaires varient beaucoup et montrent toutes les transitions possibles avec les formes actuelles suivantes : L. niger, L. emarginatus, L. alienus, L. brunneus (que j'avais réunies dans mes notes comme races avant d'avoir lu l'ouvrage cù Mayr décrit cette espèce : Die Ameisen des Balt. Bernsteins). Mayr avoue qu'il a cherché plusieurs fois à en faire des espèces différentes, mais que les intermédiaires prévalaient tellement qu'il a dû y renoncer. Il finit par émettre l'idée que cela pourrait bien être l'espèce mère des quatre formes actuelles ci-dessus.