‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 5 sur 139 · AE NT · texte numérisé non relu

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anciens Formicinae en deux sous-familles naturelles, les Camponotinae et les Dolichoderinae. Ces deux groupes sont d'autant plus heureux qu'ils se distinguent encore fondamentalement par la conformation de leur vessie à venin et de leur gésier, Chez les Ponerinae et les Myrmicinae, l'anus est toujours apical, mais il varie de forme. L'abdomen est capable de se distendre énormément, soit par l'hypertrophie des ovaires, soit par la dilatation du jabot ; il prend souvent une volume sextuple et plus. encore de l'ordinaire ; la membrane qui relie les segments et leurs lames se voit alors partout, blanche et gonflée, Les- © fécondes d'Anergates atratulus présentent ce phénomène à un degré exceptionnel (Fig. 28). [Voir Vre partie, chap. XV.]

Les organes génitaux externes «j sortent en-dessous de l'extrémité de l'abdomen Leur taille varie beaucoup suivant les genres. On y distingue : 1° Les Penicilli ou cerci, petits filets uniarticulaires, se détachant d'une petite lame carrée située sous le pygidium ; ils sont dirigés en arrière, 2° Les écailles, lames plus ou moins semicirculaires, convexes en dehors, concaves en dedans, protégeant de chaque côté les pièces suivantes (Fig. 4 et Fig. 29, ec.). 3° Les valvules génitales extérieures (ve) ou stipes émergent en dessous des écailles auxquelles elles sont soudées ; elles sont triangulaires ou en forme de couteau, d'épine, etc. 4° Les valuules génitales moyennes ou volsellas (Fig. 5), chitineuses comme les précédentes, varient aussi de forme. 5° Les valvules génitales intérieures ou sagittes (Fig. 6; Fig. 29, vi) sont moins chitineuses ; elles forment à elles deux une gaîne pour le penis (Mayr). En outre il existe souvent en-dessous une lame dite subgénitale,

Chez les 8 et © des Myrmicinae et des Poe il y a un aïguillon rébrartile de taille très variable et point proportionnée à celle du corps. Il est légèrement arqué, avec sa concavité en haut, et n'est point dentelé sur les côtés comme celui des abeïlles et des guêpes. Les détails de l'aiguillon appartiennent à l'anatomie. A l'état de repos, sa direction est en arrière et plus ou moins en haut ; il se montre souvent en partie hors de l'abdomen quand celui-ci est rempli. Mais quand la fourmi veut piquer, il sort en décrivant une courbe, et sa pointe finit par être dirigée en bas, Seul le genre Cremastogastér pique en haut,

Fig. 4 (ES) Fig. 6

Remarques

Nous classerons les fourmis suisses d'après les variations que présente le squelette chitineux que nous venons de décrire. Il est bon de ne jamais oublier ici ce fait fondamental, savoir que la valeur zoologique d'un caractère ne git absolument pas dans ce que sa grandeur ou son apparence peut avoir de frappant, ni même dans l'importance de la fonction qui lui correspond, mais uniquement dans sa constance. Ainsi la petite échancrure du devant de l'épistome chez la F. sanguinea a à cause de sa constance une valeur beaucoup plus grande que la forte échancrure de l'écaille chez les Lasius incisus, affinis, etc., laquelle est sujette à varier suivant les individus, et se retrouve à divers degrés chez plusieurs formes voisines … (umbratus, mixtus). Mayr a montré que la pubescence (poils fins et couchés), la pilosité

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0 hérissés) du corps, et surtout la forme la grandeur relative des parties de la tête, - ont une valeur inestimable pour la classification des fourmis à cause de leur constance. Je crois cependant qu'on ne doit pas l'exagérer, et que l'on doit se servir de tous les caractères possibles, aussi des caractères anatomiques, des odeurs spécifiques (comme le fait Nylander), des mœurs même, quand elles offrent des différences constantes, La taille de l'aiguillon ne doit pas être négligée.

I ne faut pas non plus se dissimuler les transitions, là où elles existent, On découvre

soit dans l'ambre, soit dans les pays étrangers, des intermédiaires entre des formes actuellement assez distinctes en Europe, Or, chez les fourmis, ces transitions revêtent un caractère. assez particulier à cause du fait des fourmilières. Nous remarquons d'abord dans une même fourmilière (non mixte) que les ouvrières varient souvent énormément de couleur, de taille, et même de forme, ‘tellement que les extrêmes paraissent presque des genres différents. Or, chez certaines espèces, il y a deux sortes d'ouvrières distinctes : le soldat, et l'ouvrière proprement dite qui varie alors peu. Les études comparatives entre ces espèces à soldats et celles à ouvrières variant énormément de taille et de forme montrent une analogie des plus frappantes entre le soldat et les grosses ouvrières d'une part, les ouvrières de l'espèce à soldats et les petites ouvrières de l'autre espèce de l'autre part.

De plus chez ces espèces à ouvrières très variables, les transitions entre les petites et les grosses ouvrières existent toutes, il est vrai, mais sont plus rares dans une même fourmilière que les extrêmes. Tous ces faits sont fort connus et développés dans tous les ouvrages. Mais d'un autre côté il y a des espèces qui n'ont qu'une sorte d'ouvrières variant très peu, et, entre ces espèces et celles à ouvrières très variables, nous trouvons de nouveau toute une série de transitions imperceptibles qui rendent absurde tout système de classification basé là-dessus. Il n'y a que peu d'espèces où l'on ne puisse pas du tout distinguer entre petites et grosses ouvrières, Or, dans chaque fourmilière d'une espèce à ouvrières variables, on trouve (sauf quelques rares exceptions) toutes ces formes et grandeurs de l'ouvrière. Les mâles et les femelles ne présentent rien de semblable, sauf les intermédiaires entre la femelle et l'ouvrière, qui sont assez rares. Remarquons ensuite que les formes ou espèces différentes ne sont souvent pas distinctes chez les trois sexes, ni même chez toutes les formes de l'ouvrière ‘), Ainsi les grosses ouvrières des F. truncicola et pratensis sont presque

1) Je dois noter ici un fait curieux, c'est la non-identité des caractères zoologiques chez les divers sexes des fourmis, Chez aucun autre insecte, sauf les termites à ce que je crois, on n'observe ce fait à un pareil degré, Le &@ et la $ d'une même espèce paraissent être le plus souvent deux insectes de familles différentes : les 4 de deux espèces voisines et même de deux genres voisins se distinguent presque toujours par de tout autres caractères que les 8 de ces deux mêmes espèces ou de ces deux mêmes genres, Les © tiennent plus ou moins le milieu entre les 8 et les 4, mais se rapprochent surtout des premières, Ces faits justifient pleinement la méthode employée par Mayr qui consiste à analyser ensemble dans chaque division systématique d'abord les 8 de chaque subdivision, puis les ®, puis les 4, puis les soldats s'il y en a. Nous suivrons cette méthode qui permet seule de pénétrer à la fois simplement et naturellement l'organisation des : fourmis. Il ne faut pas, dans l'étude de la nature, vouloir mêler ce qui est différent et séparer ce qui est semblable pour subordonner tout à un seul dogme, tel que celui de l'unité de l'espèce, Je ne puis m'empêcher de citer ici quelques exemples:

- Le nombre et la forme des articles des antennes sont le plus souvent constants dans un même genre, chez le même sexe, Mais il n'y a aucun rapport constant entre les sexes à cet égard, comme on pourrait le

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seules distinctes. Ainsi encore, comme Mayr le fait déjà remarquer, les mâles des différentes

espèces d'un même genre sont dans la règle tellement semblables qu'il n'est souvent pas

È possible de les distinguer lorsqu'on les prend isolément, hors du nid. Une fois que toutes les

difficultés provenant des faits que je viens d'énumérer sont éliminées, il reste un fait très

important et sur lequel aucun auteur, à ma connaissance, n'a insisté, C'est que les formes

transitoires entre les espèces ou formes rapprochées se trouvent dans la règle en fourmi-

lières distinctes. On aura ainsi une fourmilière entière de Lasius nigro-emarginatus *), une -

__ autre de Formica truncicolo-pratensis, etc, J'espère pouvoir expliquer ce fait d'une manière SE plausible lorsque je parlerai de l'accouplement et de l'origine des fourmilières. Cette règle, ; il est vrai, n'est pas absolue, et il arrive de trouver dans une même fourmilière des individus Le typiques et d’autres appartenant à une variété voisine, Je l'ai vu une ou deux fois entre les F. rufa et pratensis *). Je crois pouvoir affirmer cependant que cela est rare. Mais une | fourmilière d'intermédiaires, de F. fruncicolo-pratensis si l'on veut, ne tient pas toujours à exactement le milieu entre les deux formes ; la balance penche souvent un peu plus pour ne" l'une ou pour l'autre; on aura une fourmilière de F. fruncicola pratensoïdes (soit de | F. truncicola ayant quelques légers caractères de F. pratensis), et une autre de F. pratensis AE trunciccloïdes. Si nous considérons ce que les auteurs nomment variétés, nous trouvons des 5 faits analogues, c'est-à-dire qu'elles sont propres à certaines fourmilières ; Schenk émet déjà cette cpinion à propos du T. cœspitum (Nass. Am. 1852). Mais ici le phénomène est moins marqué et passe aux variétés dues au polymorphisme des ouvrières dans une même

croire a priori; c'est Mayr qui a rendu attentif à ce fait (Bernstein-Ameïisen), Chez le genre Tetramorium, la Q et la 8 ont 12 articles, le 4 10 ; chez le genre Sfenamma, la © et la 8 ont 11 art,, le 4 13; chez le je genre Cremastogaster, la ® et la S ont 11 art, le 4 12; chez le genre exotique Myrmicaria, la 8 a 7 art, le 4 13: chez le genre Solenopsis, la & a 10 art., la & a 11 et le 4 12; chez le genre Anergates, la © a 11 art, et le G aussi, etc. Dans le genre Solenopsis, les Q et les 8 se distinguent par les deux derniers articles de leurs antennes qui sont très longs et forment une massue ; chez le G, rien de semblable, maïs par contre le premier article du fouet de l'antenne est très épaix et globuleux. Tandis que les 4 du genre Cremastogaster sont extrêmement semblables à ceux du genre Solenopsis, les 8 de ces deux genres sont entièrement différentes, On retrouve chez les 4 des genres Tetramorium et Strongylognathus, ainsi que chez Su celui du Leptothorax acervorum, un second article du funicule de l'antenne extrêmement long. Aucun caractère analogue ne se retrouve chez les & correspondantes, Le genre Lasius se rapproche du genre Camponotus par ses G, du genre Formica par ses 8 et ses Q, Les 8 du genre Temnothorax ressemblent à s'y méprendre à celles du genre Pheidole, tandis que ses Q, entièrement différentes de celles de ce genre, sont presque identiques à celles du genre Leptothorax, etc., etc,

Bref, on peut affirmer hardiment que les différences zoologiques des divers sexes d'une même espèce sont ordinairement plus profondes chez les fourmis que les différences des diverses espèces et même que celles des divers genres du même sexe,

?) Pour abréger la dénomination des formes intermédiaires, nous réunirons simplement par un trait d'union les noms des deux formes typiques auxquelles elles se rattachent, suivant en cela l'exemple de M. D. Rapin dans son « Guide du botaniste dans le canton de Vaud »,

3] Je communiquai un jour à un myrmécologiste émérite deux 8 rufo-pratensis prises dans la même fourmilière et piquées à la même épingle ; il me soutint que l'une était une F. rufa et l'autre une F. pratensis ; je crois à peine être arrivé à le convaincre du fait,

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iligre. Deux exemples me feront comprendre : Le C. lateralis, noir à l'ordinaire, a une forme des ? et © à tête et thorax rouge ; on est convenu d'en faire une variété, vu les nombreuses transitions. Mais la règle est que dans une même fourmilière tous les individus sont noirs, tandis que dans une autre tous ont plus ou moins de rouge à la tête et au thorax ; Ep dans certaines fourmilières les n'ont que très peu de rouge et les © n'en ont point ; c'est la transition, C'est du moins ce que j'ai toujours observé en Suisse et dans le Midi de la se France, Ailleurs on trouve, paraît-il, plus souvent les $ noires et rouges dans la même ES fourmilière (Mayr). Chez les F. rufibarbis, par contre, les choses se passent un peu autrement. Dans toutes les fourmilières les gros individus ont le thorax et une partie de la tête très rouges, tandis que les petits individus les ont presque d'un noir brun. C'est là un fait de polymorphisme. Mais d'un autre côté on trouve des nids où les individus sont tous plus foncés, noirâtres, et d'autres où tous sont remarquablement rouges ; dans les deux cas 4 les gros individus sont toujours plus rouges et les petits plus noirs. Ceci n'est qu'un caractère,

la couleur ; il en est de même pour les poils, etc. De nombreuses observations et comparaisons HER m'ont une tous ces faits qui découlent déjà en grande partie des travaux de Mayr, ER Roger, etc. Or il n'en est pas de même chez les plantes et les insectes solitaires, où les 15

. formes transitoires se trouvent il est vrai souvent dans des localités particulières, mais jamais parquées dans un tout aussi distinct qu'une fourmilière, La fourmilière donne donc en général une apparence de constance, de fixité aux variétés ; la cause en est, je crois (je tâcherai de le montrer plus bas), dans le fait qu'une même fourmilière s'entretient toujours par des femelles écloses dans son sein et fécondées par des mâles de même origine, 220

de sorte qu'en dernier ressort toute la population d'une fourmilière descend probablement "NON d'une seule femelle, parfois de quelques-unes. Dans ce dernier cas, il est vrai, des © de x variétés et même de races différentes peuvent s'associer pour fonder une seule et même fourmilière. Mais le cas est fort exceptionnel. Les femelles qui s'éloignent et s'accouplent avec des mâles d'autres fourmilières ne rentrent pas dans leur fourmilière natale (Huber). On peut résumer les deux ordres de transitions dont nous avons parlé, dans le tableau idéal suivant, en prenant pour exemple les Formica ruïa et pratensis :

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Li se “0 +) il

Fourmilière Fourmilière Fourmilière Fourmilière Fourmilière SE à I II III IV V eo F. rufa F. rufa pratensoïdes F, rufo-pratensis F. pratensis rufoides F, pratensis

Polymorphisme dans la même fourmilière

Intermé-

diaires entre

8 et ee

Petites © Woyen. & Grandes ?

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