‹ < > fourmis de la Suisse notices anatomiques et physiologiques, architecture, distribution géographique, nouvelles expériences et observations de moeursChapitre 60 sur 139 · MAS · texte numérisé non relu

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d'individus extrêmement petits. 11 n'y eut presque pas de combat ; quelques $ des deux partis e luttèrent un moment, puis se relâchèrent. Les pratensis fermèrent leur nid et n'en sortirent pas; les rufa se retirèrent, 4 Je me décidai un jour à faire une expérience en grand, et je la suivis avec soin dans tous ses détails. Elle est un peu longue, mais ne manque pas d'intérêt. La voici : Le 7 avril 1869, à 7 # heures du matin, je pris dans une grande fourmilière de grosses F. pratensis (B) autant de fourmis que je pus (il est facile, au printemps, d'en prendre d'un seul coup une masse énorme, car elles sont en tas sur leur nid). Je les mis dans un sac que j'allai aussitôt verser à un mètre environ d'une assez forte fourmilière de - F. pratensis un peu plus petites (A) dont le nid se trouvait sur la lisière de gazon d'un massif d'arbustes, Les B étaient placées dans le massif, à côté de sa lisière de gazon. En même temps j'avais été chercher un sac encore plus considérable dans un autre grand nid de grosses F. pratensis (C) et je l'avais placé de l'autre côté du nid À, dans le massif lui-même, à 3 mètres de distance de ce nid (donc à 4 mètres des B). II était encore de bonne heure, et il faisait assez frais, Les © des tas B et C commencèrent à mettre de l'ordre dans leurs matériaux, sans s'éloigner beaucoup ; je fais remarquer en passant qu'il n'y a pas de cocons, ni même d'œufs à cette époque, du moins ordinairement, chez les F. pratensis. Cependant bientôt quelques ? de la fourmilière À commencèrent à sortir et à suivre tranquillement leur chemin situé le long de la lisière de gazon, Elles vinrent tomber au milieu des B qui les saisirent aussitôt, les couvrirent de venin et les tuèrent. Ces scènes restèrent isolées pendant + près de trois quarts d'heure ; les À étant toutes prises par les B, aucune d'elles ne put donner l'alarme, d'autant plus qu'une épaisse touffe d'herbe située sur le talus de leur nid, du côté des B, leur rendait le retour difficile. Pourtant à 8 # heures le nid À commençait à être tout couvert de ® qui se chauffaient au soleil, et un plus grand nombre d'entre elles le quittaient pour aller sur leur route du côté des B. Les B commencèrent à s'émouvoir de ces ennemis arrivant, un à un il est vrai, mais continuellement, du même côté, et un assez grand nombre d'entre elles se répandirent dans cette direction pour y faire une reconnais- : sance : elles arrivèrent ainsi jusqu'à deux décimètres du nid A. Quelques $ À parvinrent alors à leur échapper, et répandirent un peu d'alarme sur le dôme de leur nid. Un certain nombre de À allèrent bientôt occuper la touffe d'herbe dont j'ai parlé, ainsi qu'une partie de la lisière de gazon ; les combats commencèrent à devenir fréquents. La nouvelle en fut aussitôt répandue sur le tas des B, et je vis une colonne serrée de ces fourmis se diriger assez rapidement vers le lieu de la lutte, enlevant partout les couples qui combattaient individuellement, délivrant les B et entraînant les À prisonnières sur leur tas où elles | étaient tuées. Pendant ce temps une alarme de plus en plus vive se répandait sur le nid des À, et un grand nombre de #, dévalant à travers la touffe d'herbe, commencèrent à déboucher en rangs serrés dans le massif, À 8 % heures un champ de bataille dans toutes les règles s'était formé sur la terre du massif, à deux décimètres de la touffe d'herbe ; il ne changea pas de place d'un centimètre pendant une heure ; les deux colonnes d'arrivants grossissaient à vue d'œil, et le combat atteignait un degré d'acharnement peu commun. Ce combat frappait par sa régularité qui contrastait avec l'irrégularité des combats de F. sanguinea contre d'autres fourmis. Aucun des partis ne cherchait, comme le font les F. sanguinea, à venir prendre l'autre de flanc par une manœuvre hardie et rapide. Tout leur

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art se bornaït à arriver en masses toujours plus compactes sur ‘un point ou plutôt sur un front d'un décimètre de largeur environ. Là se reproduisaient dans toute leur variété les scènes qu'Huber décrit (1 c. p. 162—164) à propos d'un combat entre F. rufa de deux fourmilières et dont j'ai donné les détails dans l'introduction à ces expériences, Des chaînes de quatre à dix fourmis cramponnées les unes aux autres et se couvrant de venin n'étaient pas rares, Je vis souvent, comme Huber, des $ du même parti se tromper, s'attaquer et se mordre même assez vivement, mais jamais cela n'en venait au point de se lancer du venin avant qu'elles se fussent reconnues et lâchées, Par contre, lorsque deux fourmis luttaient,

et qu'une troisième venait s'en mêler, il arrivait quelquefois que l'une des trois combattantes

couvrait de venin son alliée, par pure maladresse. Celle-ci, étourdie, lui rendait souvent la décharge, et la troisième, profitant de cette méprise, entraînait les deux autres à demi mortes dans son camp où elles étaient achevées sous mes yeux. C'est le cas de remarquer ici que les pratensis s'acharnent sur leurs ennemis aux trois quarts morts pendant longtemps encore, lors même qu'ils ne remuent plus que le bout des.tarses ; les sanguinea ne font jamais cela. Cependant il devenait de plus en plus évident quel les B avaient le dessus, car c'étaient elles qui rompaient toutes les chaînes, tandis que les À ne faisaient presque pas de prisonnières, Et malgré cela le dôme du nid À était tranquille ; les $ y travaillaient presque comme s'il ne se fût rien passé d'anormal (Huber fit la même remarque, mais le combat n'était pas aux portes du nid comme ici) ; seulement une foule de 8 partaient à travers la touffe d'herbe pour le combat, À 9 heures et demie, les B parvinrent enfin, par un violent effort, à rompre le front des À qui se replièrent rapidement de 1 # décimètre, soit jusqu'à 5 centimètres de la touife d'herbe, Là se trouvait une ligne de défense naturelle formée par un rameau sec, une feuille sèche et une petite plante de graminée ; ces objets, si futiles qu'ils fussent en apparence, servirent de rempart aux À qui s'y arrêtèrent et purent, grâce à eux résister à l'ennemi. En même temps une panique effroyable se répandit en peu d'instants sur le dôme du nid À : les 8 se croisaïent en tout sens, les pinces entr'ouvertes, et se frappaient vivement de deux ou trois coups saccadés chaque fois qu'elles se rencontraient,

si bien qu'un instant j'eus l'idée qu'elles pensaient à fuir, Mais il n'en était rien ; leurs ressources étaient plus grandes que je ne le croyais. À la suite de ce signal d'alarme.

générale, toutes les ouvertures du nid vomirent des flots de combattants qui coururent rejoindre les autres en toute hâte, Une partie d'entre eux suivirent la lisière de gazon,

tandis que d'autres passaient de l'autre côté de la touffe d'herbe, de sorte qu'ils arrivèrent.

en formant un front beaucoup plus large qu'avant et débordèrent le front des B. Pendant ce temps les B avaient concentré toutes leurs forces disponibles sur le champ de bataille et faisaient des centaines de prisonnières qui étaient entraînées sur leur tas: mais elles n'avaient pas encore pu rompre la ligne de défense des À, Lorsque les renforts arrivèrent aux À, les rôles commencèrent à changer ; mais les B firent des efforts inouïs pour se maintenir, et ce moment fut le plus chaud de la bataille. Le terrain était couvert de chaînes de combattants serrées les unes à côté des autres sur plus d'un pied carré de surface ; vers le milieu, mais plutôt du côté des À, on pouvait toujours distinguer la ligne de bataille autour de la feuille et du rameau secs, Vers 10 # heures cette ligne devint intenable pour les B débordées de toute part ; après un dernier effort elles furent culbutées et se retirèrent rapidement jusqu'à la première ligne de bataille du matin. Mais elles ne purent s'y tenir qu'un

t . suites at

instant ; dès lors les À avancèrent régulièrement sans s'arrêter : les B résistèrent toujours … vivement jusqu'à 11 heures ; alors le champ de bataille se trouva transporté jusqu'à deux décimètres de leur tas. À id seulement les À étaient au pied du tas, car un autre danger les avait appelées ailleurs ; cependant tout était fini de ce côté. Une panique générale s'empara des B qui se mirent à fuir en désordre dans un pré situé de l'autre côté du massif. Les À parvenues sur le tas des B cessèrent de les poursuivre, et pour cause.

Nous n'avons en effet rien dit des C qui, se trouvant fort éloignées, n'avaient pas cheiché à attaquer, d'autant plus que les À, tout occupées de l'autre côté, n'envoyaient presque pas une © dans cette direction, J'aidai la discorde en rapprochant le tas des C et en en semant quelques parcelles dans la direction des À, de sorte que quelques combats eurent lieu, Cela augmenta peu à peu ; vers 11 heures, au moment de la déroute des B, les C

- se trouvaient à deux décimètres du nid À, mais de l'autre côté, et en nombre assez restreint ;

quoique en somme plus nombreuses que les B, elles avaient l'air peu soucieuses de se

battre, et n'envoyaient que peu de © au combat, Les À en ayant fini avec les B tournèrent

toutes leurs forces contre ce nouvel ennemi et le combat fut d'abord aussi violent qu'avec

les B, quoique plus restreint. Les C se défendirent vaillamment, mais, à 12 # heures, ne

recevant point de renforts, elles durent commencer à reculer. Les À de leur côté, lasses de

combattre, n'avançaient que mollement, de sorte que vers trois heures de l'après-midi les

deux partis s'évitaient plus qu'ils ne se battaient ; bientôt chacun rentra chez soi, et l'on en

… resta là, Mais les deux champs de bataille, surtout celui des B, étaient couverts de plusieurs

. centaines et peut-être de milliers de morts ; une foule de ces cadavres étaient ceux de deux ennemis encore enlacés et se tenant par les mandibules,

4 & Le lendemain il n'y eut pas de combat ; seulement des rixes individuelles. Le surlen-

demain, jour très chaud, je mis à plusieurs reprises de fortes poignées de À près du tas des C. Chaque fois il y eut un combat extrêmement vif où je ne vis plus jamais de ? se tromper et mordre un allié ; les C, plus grosses en général, l'emportèrent chaque fois en faisant un affreux carnage des À qui s'enfuirent en déroute dans leur nid sans faire une seule prisonnière, Je vis maïinte fois des C écraser d'un seul coup de dent la: tête ou le thorax des petites À. Mais jamais les C ne les poursuivirent bien loin, et les À ne reçurent pas de renforts notables, Enfin, deux jours plus tard, le 11 avril, je mis une énorme poignée - de À devant les C. Ces dernières devaient avoir souffert, quoique elles se fussent miné des galeries dans la terre à la place même où je les avais mises, car cette fois leurs trous furent bientôt assiégés par les À qui avaient pris le dessus et les tirèrent presque toutes hors de leur nid provisoire pour les tuer au grand jour. Les débris des C qui purent s'enfuir allèrent fonder un petit nid de l'autre côté te massif (les B en avaient fait autant de leur côté),

Pendant tout ce temps j'avais fait la contre-partie de l'expérience ; la voici :

Je pris, pendant le combat, quatre ® des À, dans la partie de leur colonne située près du nid, afin d'être sûr de ce que je faisais, et trois ® C choisies avec le même soin. Je mis ces 7 fourmis ensemble dans un bocal en verre. Il n'y eut pas le plus petit combat, + mais elles se séparèrent d'abord en deux groupes, les 3 C d'un côté ; les À de l'autre (je

les reconnaissais à leur taille que j'avais choisie dans ce but), Je secouai alors le bocal pour les mêler : elles se croisèrent les unes les autres, sans manifester de colère ni de frayeur, et

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