RO PR PT IS D CPU PT
silo uar ss
Le 24 avril 1870, j'observai le long du talus de gazon qui se trouve à l'entrée de l'université de Zurich, sur une longueur de plus de 30 mètres, un immense combat entre
| T.. caespitum. Sur toute cette longueur le combat était également violent ou peu s'en faut ; il me fut de nouveau impossible de distinguer d'où sortait chaque parti Les ennemis
étaient identiques de couleur, de taille, etc. (on sait que cette espèce varie beaucoup). Ici le combat était des plus sérieux. Des milliers de morts jonchaient le terrain sur toute sa
| longueur. On voyait les combattants recourber leur abdomen pour se piquer l'un l'autre,
et faire de violents efforts pour l'emporter. En général trois cu quatre fourmis en entouraient une autre, et, si on les séparait, on trouvait cette dernière à demi-morte, ayant
la r4 « re une partie de ses membres coupés. Ces combats durèrent pendant plus d’un mois avec une - P ptus
intensité et une extension variables ; le 20 mai ils étaient d'une vivacité étonnante, car il faisait très chaud, et ils avaient lieu sur une étendue aussi grande que le 24 avril, mais il n'y avait guère de morts ; la fureur était devenue moins grande, semblaït-il, de part et d'autre,
Dans deux autres cas observés à Vaux, je pus distinguer assez nettement les nids de chaque parti, l'un des deux étant composé de caespitum de grande taille et l'autre de très petits. Les vainqueurs arrivaient en toute hâte et en colonne, sans s'écarter les uns des autres, et venaient assiéger les vaincus autour des ouvertures de leur nid souterrain.
| Une fois enfin, je pus voir nettement la cause d'un de ces combats, Un petit nid de. F. sanguinea, fondé depuis quelques jours par les 8 d'un sac de cette espèce que j'avais déposé à quelques pas d'une fourmilière de P. rufescens fut envahi tout-à-coup par l'armée
de ces derniers qui le pillèrent à fond, si bien que toutes les sanguinea s'enfuirent en abandonnant leurs nymphes dans le nid et sur le dôme. Avant que les amazones fussent toutes parties, je vis des T. caespitum sortir de la terre des environs pour dépecer les nymphes qui gisaient sur le dôme et les emporter dans leurs souterrains. Mais il paraît qu'ils appartenaient à deux fourmilières, car ils commencèrent bientôt à se livrer entre eux un combat acharné, : 7. J'observai un combat analogue entre deux foumilières de M. laevinodis ; l'aiguillon y jouait un grand rôle, et je ne pouvais les séparer, tant leur acharnement était grand. 8. Le 7 juillet 1872 je fus témoin, sur la route qui va de la Forclaz au glacier du Trient, d'un combat naturel entre deux fourmilières de C. herculeanus. Une de ces fourmilières (M) habitait un énorme tronc de mélèze situé au bord de la route, entièrement
dépouillé de son écorce, coupé à plus de deux mètres du sol, et dont le bois était très
dur, Les fourmis sortaient par centaines d'une foule de galeries qui s'ouvraient sur le pourtour et même au sommet du tronc, couraient en tout sens d'un air agité, frappant le bois avec leur abdomen (XX. 3), et se frappant les unes les autres avec le front ; le tout produisait un bruit très sensible, Le danger les appelait au pied du tronc, et c'était aussi
dans ce sens que se faisait le mouvement général. L'autre parti (F) avait évidemment
le dessous et paraissait déjà dispersé, du moins en grande partie ; il me sembla qu'il venait d'un bcis situé de l'autre côté de la route, car une file de fourmis, très clairsemées il est vrai, traversait cette dernière : bref, l'origine du combat me resta obscure. Le plus grand nombre des luttes avaient lieu au pied même du mélèze ; on voyait une fourmi (M) se jeter violemment sur une autre (F) ; parfois les deux champions se lâchaient après avoir
essayé de se mordre ; le plus fréquemment ils se saisissaient mutuellement par quelque
parlie du corps (très rarement par les jambes), et se roulaient par. terre. Souvent l'un des deux sortait au bout de quelques secondes mutilé ou à moîtié coupé en deux de cétte lutte, À l'ordinaire la fourmi M recevait aussitôt du secours et la fourmi F était mise en pièces en peu d'instants. Dans les combats des Camponotus la mutilation au moyen des mandibules joue un rôle beaucoup plus important que le venin ; c'est le contraire chez les Formica et les Lasius. Je renvoie du reste pour plus de détails à l'expérience VI 8.
9, J'imaginai un jour une expérience qui, favorisée par les circonstances, eut un curieux résultat. Une allée de gravier était bordée d'un côté par un bosquet et de l'autre par un verger, J'avais établi depuis quelque temps sur la lisière du bosquet une fourmilière sanguinea qui avait propéré : appelons-la «S, du bosquet » pour 'abréger. En face d'elle, au bord de l'allée, sur le verger, se trouvait une fourmilière rufibarbis que les sanguinea avaient, contre leur habitude, négligé jusqu'alors d'attaquer. Enfin, en continuant dans le verger une ligne idéale tirée entre les nids de ces deux fourmilières, on trouvait à 17 pas des rufibarbis (19 pas environ des S. du bosquet) une autre fourmilière sanguinea, grande et établie là depuis longtemps : appelons-la «S. du verger», Le 3 juillet après-midi j'allai puiser des fourmis dans une grande fourmilière sanguinea éloignée de plus d'un demi-kilomètre des précédentes, et j'en remplis un sac. Puis 'je vins verser le contenu de mon.sac devant les rufibarbis qui furent battues et durent s'enfuir au bout de quelques minutes. Les sanguinea s'établirent aussitôt dans leur nid ; nous les appellerons dès à présent «nouv. sanguinea» pour les distinguer des deux autres fourmilières sanguinea sus-mentionnées.
Tout en allant chercher le sac des nouv. sanguinea, j'avais rempli un autre sac beaucoup plus grand d'une grande quantité de cocons de F. pratensis, pris dans cinq ou six nids différents, avec le moins de fourmis possible, Dès que les nouv. sanguinea eurent chassé de leur nid les rufibarbis, je semai une traînée de cocons de pratensis, à partir du nid des S. du verger, dans la direction des nouv. sanguinea (ancien nid rufibarbis). Aussitôt les S: du Verger se jetèrent dessus ; elles se mirent à les piller en suivant la traînée, et en les emportant à mesure dans leur nid, Arrivéés à mi-chemin, elles cessèrent presque d'avancer ; je renforçai alors la traînée de cocons, et j'en établis une autre à partir du nid des nouv. sanguinea, laquelle venait à la rencontre de la première. Les nouv. sanguinea qui avaient déjà introduit leurs propres nymphes dans le nid se jetèrent sur ce butin avec une ardeur inespérée ; de leur côté les S. du verger recommencèrent à avancer, si bien que vers six heures du soir les deux colonnes se rencontrèrent ; elles étaient presque de même force, les S. du verger étant beaucoup plus éloignées de leur nid que les nouv. sanguinea du leur. J'avais versé beaucoup de cocons au devant d'elles au dernier moment, Les sanguinea des deux fourmilières arrivaient en foule, sans se lasser de prendre ces cocons et de les emporter chez elles ; tous les cocons des deux traînées étaient déjà pillés, sauf ceux du point où les deux partis allaient se rencontrer, Je semai une masse de cocons en cet endroit, sur une longueur de 4 décimètres environ. Je m'attendais à un cembat. Mais à mon grand étonnement, c'est à peine si les sanguinea des deux fourmilières firent attention les unes aux autres. Des & de chaque parti dépassaient le point de rencontre ; elles entraient dans le camp de l'autre parti, jusqu'à la limite des cocons, et n'en
chcisissaient un qu'en cet endroit. On eut dit qu'elles recherchaient avec prédilection les
cocons les plus avancés comme risquant de leur échapper plus facilement que les autres.
Les deux partis faisant la même manœuvre, il en résultait un croisement perpétuel d'allants
et de venants de chaque parti qui aurait été absolument incompréhensible pour qui n'aurait
pas connu sa cause. Les S, du verger allaient surtout chercher les cocons situés le plus en avant du côté des nouv. sanguinea, et vice versa, Toutes ces fourmis se croisaient
… sans jamais se tromper ; celles de chaque parti emportaient les cocons dans leur nid
respectif, À partir du champ de cocons de 4 décimètres, on voyait deux courants d'égale force et diamétralement opposés de fourmis chargées de cocons. Au milieu, c'était une confusion indescriptible, Çà et là il y avait de petites rixes. Ici deux & de partis opposés
se disputaient un cocon ; mais les sanguinea ne sont pas tenaces, et l'une d'elles cédait
bientôt, Ailleurs, c'était une nouv. sanguinea qui entraînait une S. du verger dans son camp, ou vice versa; ici encore il n'y avait qu'un faible tiraillement, et la prisonnière
parvenait ordinairement bientôt à s'échapper. À peine quelques-unes de ces prisonnières
furent-elles entraînées de part et d'autre jusqu'au nid ennemi où je ne sais le sort qu'elles subirent, Bref, j'eus beau ajouter des cocons pendant une heure, la scène demeura toujours la même : « chacun pour soi, mais sans combat ». Lorsque presque tous les cocons furent pillés, les deux colonnes diminuèrent de force, et peu à peu les sanguinea de chaque fourmilière rentrèrent dans leur nid respectif, Les S. du verger ne revinrent même plus dès
lors en cet endroit, Voilà donc un cas d'indifférence aussi caractérisé que possible : il n'y
a ni combat ni alliance, malgré un contact considérable et assez long.
Pendant ce temps, j'avais cherché à rapprocher par le même moyen les nouvelles sanguinea des S. du bosquet qui n'étaient éloignées d'elles que de deux pas. Mais ces dernières étaient mal disposées, et l'expérience réussit moins bien que dans le cas précédent : le résultat fut d'abord analogue, quoique les © faites prisonnières de part et d'autre fussent un peu plus nombreuses, Mais les jours suivants, les rapports continuèrent. Les S, du bosquet entraînèrent plusieur nouv. sanguinea dans leur nid ; peu à peu ces tiraïllements furent remplacés par des transports amicaux, et je vis des © porter des nymphes ou d'autres $ du nid des nouv. sanguinea dans celui des S, du bosquet. L'alliance était presque consommée au bout de deux jours, et dès lors je ne pus plus distinguer les partis l'un de l'autre, Mais je vis s'établir un déménagement de plus en plus actif, et bientôt toutes les nouv, sanguinea furent transportées avec leurs esclaves, leurs nymphes, et les cocons
- - pratensis qu'elles avaient pillés dans le nid des S. du bosquet, Inutile de dire que les communications avec les S. du verger, dès lors encore plus éloignées, ne furent plus jamais