Sous-genre Neomyrma
1. espèce, M. (Neomyrma) rubida. C'est sans contredit l'espèce la plus redoutable des fourmis d'Europe. Les gros Messor qui ont une apparence bien plus féroce avec leurs énormes têtes, sont des êtres fort inoffensifs. Quelques exemples montreront le courage de la M. rubida et la force de son aiguillon.
| Au mois de juillet 1863 je versai un sac rempli de F. pratensis vers des ouvertures “ en cratères d'où sortaient des M. rubida, près de Lavey. Les pratensis qui s'écartèrent de
dès qu'elles trouvent une fissure, elles s'y cachent et y portent leur famille ; si elles n'en
7. espèce. Le L. bicornis avec sa race affinis ont des mœurs très cachées, souter- .
Les Myrmicinae d'Europe sont en général loin d'avoir des mœurs aussi intéressantes que les Camponotinae et les Dolichoderinae. Le genre Myrmica se distingue par son aiguillon
25258 22 ne
leur tas tombèrent dans ces entonnoirs et se battirent avec les rubida qui sortirent bientôt, après les avoir toutes tuées, et cernèrent le tas. Les prafensis étaient fort effrayées : elles n'osaient que saisir rapidement les rubida pour les relâcher aussitôt et s'enfuir, tandis que, lorsqu'une rubida avait pris‘une pratensis par la patte, elle ne lâchaït pas, maïs la tuait d'un coup d'aiguillon. Il suffit aux rubida de moins d'une heure, à partir du moment où je versai
le sac, pour tuer toutes les pratensis. sans en excepter une, quand même ces dernières étaient plus nombreuses qu'elles. Pas une seule M. rubida n'avait été tuée. Quelque temps après je mis un tas de rubida vers une grande colonie de F, cinerea. Elles résistèrent pendant
plus de deux heures à des torrents de cinerea qui arrivaient de tous les nids, et tuèrent
beaucoup plus d'ennemis qu'elles n'étaient nombreuses, avant de succomber. Un P. rufescens
s'étant mis à vouloir mordre une M. rubida, il fut tué en quelques secondes.
Le 7 juillet 1871, je trouvai une colonie de plusieurs grands nids de M. rubida dans la vallée de Bregaglia. J'en mis une forte poignée au milieu du dôme d'une grande fourmilière de F. rufa i. sp. Les rufa sortirent bientôt par milliers de leur nid ; leur dôme en était couvert. Croirait-on que cette poignée dle rubida tint bon, et que pas une rufa n'osa envahir le cercle d'un décimètre de diamètre, ou un peu plus, qu'elles occupaient ! Bien plus :
c'étaient les rubida qui attaquaient, et qui, au lieu d'essayer une fuite en corps en s'ouvrant
un passage au milieu des rufa, ce qui leur eût réussi sans peine, restaient tranquillement sur leur tas, occupées à porter leurs nymphes, et se jetaient de temps en temps sur les rufa les plus avancées qui reculaient aussitôt. Elles tuèrent beaucoup de rufa en ma présence, tandis qu'à peine deux ou trois d'entre elles qui s'étaient trop aventurées succombèrent à la
masse de leurs ennemies et surtout au venin, mais non sans avoir fait chacune plusieurs
victimes. Quelques-unes s'échappèrent en traversant toute la foule des rufa. Après avoir observé ce combat pendant une demi-heure, je dus partir. Les rubida avaient à peine perdu
quelques millimètres de terrain ; elles tenaient toujours ferme ; pas une rufa n'osait pénétrer
dans leur cercle, C'était cependant au milieu du nid des Pre
Le 9 août 1869 je mis un gros sac de rubida (prises sur le Jura) à no. vers ua chemin de F. pratensis, à peu de distance du nid de ces dernières. En vain des centaines.
de pratensis vinrent-elles essayer de faire valoir leurs droits par la force ; les rubida ne cédèrent pas d'un-centimètre, et les prafensis, après s'être fait tuer ot lanee en quantité, durent se détourner de leur chemin.
. La piqûre de la M. rubida n'est pas indifférente à l'homme (v. I IVne partie, chap. 1). Les M. rubida $ savent former des files régulières qui servent à relier deux nids d'une colonie, ou qui conduisent à quelque lieu d'exploitation. Elles aiment à nicher dans le sable, au bord des rivières.