XX VIII
Cremastogaster scutellaris
Nous en avons parlé dans le tableau des espèces, et à propos de l'architecture, Comme
la P. pallidula, le Las, fuliginosus, la F. rufa, il joue un rôle important dans l'économie de la nature. C'est une des fourmis les plus courageuses, et en même temps les plus robustes et les plus fortes,
Les C. scutellaris ne sortent presque jamais seuls de leur nid, mais en files serrées, épaisses de une à trois ou quatre ©, Celles-ci ne s'écartent jamais d'un centimètre de la voie, laquelle n'est pourtant marquée par aucune trace visible, Rien n'est plus attrayant à voir que ces files de fourmis luisantes, noires et rouges, qui relèvent l'abdomen comme des staphylins dès qu'on les effraie, Le C. scutellaris est la fourmi la plus typique du Tessin. Sa vue a l'air peu développée, quoique il vive autant au dehors que la F. rufa ou le L. fuliginosus. Les files dont nous venons de parler se divisent et se subdivisent à mesure qu'on s'éloigne du nid, pour aller exploiter les arbres et les plantes où ces fourmis cultivent leurs pucerons, maïs jamais les 8 ne s'éparpillent au bout de leurs chemins comme les
F. rufa ; une file se divise en deux autres files, et ainsi de suite ; les & se séparent et se
réunissent toujours exactement au même point ; il y a ei autant d'allantes que de venantes, Les C. scutellaris vont partout, au soleil comme à l'ombre, dans les lieux
humides comme dans les lieux secs, sur les murs et sur les maisons, comme sur les arbres. De même que les Pheidole, les Crémastogaster combattent avec ensemble et fureur.
Leur aiguillon, fort petit, a l'air de ne jouer qu'un rôle très secondaire, J'ai remarqué qu'en recourbant leur abdomen par-dessus et non par-dessous leur corps, ils inondaient leurs ennemis de venin à l'extérieur comme une Formica ou un T'apinoma et n'avaient point l'air de piquer comme une Myrmica. Ils prennent leurs adversaires par les pattes, le dos, les antennes, peu importe ; puis ils les inondent de venin, les entraînent prisonniers et les tuent
bientôt, Rien n'est drôle somme un combat entre une ® scutellaris et un soldat de Pheidole :
tandis que le soldat cherche en vain à couper un membre quelconque de son ennemi, celui-ci promène son abdomen sur la tête du soldat que le venin met toujours plus en fureur.
Autres genres. Dolichoderus (S. G. Hypoclinea) etc.
Nous avons déjà tant parlé du T. caespitum, seule espèce suisse du genre T'etramorium, qu'il est inutile de rien ajouter sur son compte.
S. (1919). Le Dolichoderus (Hypoclinea) quadripunctatus vit en Suisse ordinairement sur les noyers et d'autres arbres, däns des rameaux secs, en concurrence avec le Camponotus (Colobopsis) truncatus et le Leptothorax affinis. Ces trois espèces sont typiques pour la faune de nos noyers. Ce fut après mon retour de Colombie, en 1896, où j'avais vu les nids des fourmis dans les rameaux secs que je découvris ces nids en Suisse de la même façon. Les nids des Colobopsis y formaient des colonies polycaliques, souvent aussi les Hypoclinea, tandis que les fourmilières des L. affinis sont uniques, Je n'ai jamaïs vu les Hypoclinea cultiver des pucerons ; elles lèchent les sucs des fleurs et le miel des pucerons tombé sur les feuilles, Leurs quatre tache blanches sur l'abdomen constituent un certain mimétisme avec les Colobopsis ; elles se suivent
très bien à la file, Ces deux espèces, toutes deux très pacifiques, constituent presque un passage à ce que
j'ai appelé plus tard la parabiose de deux fourmis vivant amicalement dans des nids contigus, mais chacune dans des appartements différents, Elles s'évitent plutôt que de se: combattre ; en tout cas elles ne se font mutuellement aucun mal, Avant 1874 j'avais bien constaté la présence et le pacifisme des trois fourmis sur les mêmes arbres, mais je n'avais pas su trouver leurs nids ordinaires,
.… J'ai conservé quelque temps dans un grand bocal, ensemble, une fourmilière d'Hypoclinea et une fourmilière de Colobopsis, chacune dans son nid, sans qu'aucun conflit survint, Les Colobopsis & venaient manger du miel ; elles dépeçaient aussi des mouches tuées que je leur donnais. Les Hypoclinea ne mangeaient qu'un peu de miel. Les soldats des Colobopsis ne sortaient jamais du nid ; dans la nature on les trouve parfois dehors, mais rarement, Les © et les Colobopsis sortirent tous seuls du nid pour s'envoler, sans que les 8 fissent attention à eux. La fourmilière se composait de 620 fourmis dont 450 8, 65 ©, 45 G et. 60 |, chiffre plus fort que je ne l'aurais cru. Dans une autre fourmilière la proportion des 9! était beaucoup plus forte, Toutes les nymphes d'Hypoclinea et de Colobopsis que j'ai vues étaient nues ; chez les Colobopsis j'ai observé celles des 4 sexes. Je n'ai trouvé qu'une © féconde dans le nid des Colobopsis ; par contre chez les Hypoclinea il y'en avait plusieurs,
Le Leptothorax (Temnothorax) recedens vit en Tessin, dans les murs. La Sfenamma Westwoodi se trouve dans les bois, cachée dans des nids souterrains, elle se replie à la moindre crainte.
La Ponera coarctata vit de même cachée dans des nids souterrains, mais plutôt dans les prairies, Cette dernière espèce a des mœurs sociales très élémentaires et ses larves mangent seules les insectes que les 8 leur donnent,
Oeufs, larves, nymphes et éclosion des fourmis
1. Les œufs féconds des fourmis, pondus par des © fécondes ou quelquefois par des 8, sont relevés par les © de la fourmilière qui les mettent ensemble en petits paquets et sont constamment occupées à les lécher. D'après les observations d'Huber (1 c., p. 69), les œufs de fourmis croissent avant d'éclore. L'œuf fraîchement pondu est allongé, d'un blanc ou d'un jaunâtre opaque ; en s'agrandissant, il devient transparent, se courbe à une extrémité, et n'éclot qu'une quinzaine de jours après la ponte, Cette croissance de l'œuf s'explique peut-être par le fait que les 8, en le léchant, le nourrissent par endosmose. Les œufs ©, 8 et c! sont identiques de couleur, de forme et de taille, Mayr (Form. austr) a vu des œuÎs noirs chez le L. flavus ; il est évident qu'il a pris des œufs de pucerons pour des œuîfs de fourmis (p. 378),
2, La larve qui éclot de l'œuf est un petit ver blanc montrant douze anneaux qui sont souvent fort indistincts, Elle est apode, courte ; son extrémité anale est épaisse et arrondie : son extrémité buccale est étroite, recourbée en arc, et se termine en pointe plus ou moins obtuse, Cette forme est très sujette à varier : chez les Tapinoma, les Leptothorax et les Solenopsis, les larves sont très courtes, épaisses aux deux bouts, entièrement raides, surtout chez les Tapinoma, où elles ne peuvent se mouvoir, et indistinctement annelées, tandis que, chez la M. rubida, elles sont rondes et épaisses en arrière, longues et effilées en avant, également arquées d'avant en arrière. Chez les Camponotus elles ont la peau flasque,
et sont comprimées dans le sens qui va du dos au ventre ; leur partie buccale est brusquement
recourbée, tandis que le reste du corps est droïît. Les larves sont très mobiles chez certaines formes (Lasius, Camponotus), extrêmement raides, presque incapables de remuer même leur tête, chez d'autres (Tapinoma, Solenopsis, Laptothorax).
D'après Gould, de Geer et Huber, les larves de fourmis qui passent l'hiver dans le
nid cemme telles sont velues dans cette saison et peu ou pas dans les autres. Ratzeburg nie formellement ce fait, Sans avoir fait d'observations précises à cet égard, je crois devoir donner raison à Ratzeburg, car en laissant de côté ce qu'un fait pareïl aurait d'invraisemblable, les poils chitineux des larves de fourmis étant très solidemiènt attachés, je ferai observer que les larves des espèces les plus diverses passent quelquefois l'hiver dans le nid, cela aux âges les plus différents, et que leur villosité ne m'a jamais frappé. De plus
presque toutes ces larves sont plus ou moins velues, en été aussi, et lorsqu'elles sont maigres
elles paraissent naturellement plus poilues que lorsqu'elles ont beaucoup mangé. Or en hiver elles sont toujours maigres. Mayr a trouvé que les poils des larves de Camponotus ligniperdus étaient ramifiés.
La tête des larves de fourmis est plus ou moins distincte, sans yeux. On y distingue deux rudiments de mandibules ; les mâchoïres sont soudées en une pièce médiane, molle, échancrée en devant, et munie de quatre poils chitineux courts et épais (deux de chaque
côté). Enfin au centre, en dessous de l'ouverture buccale, se trouve la lèvre inférieure qui
est molle et rétractile (Brants et Ratzeburg). L'anus est en forme de fente. Je ne puis rien dire des mues des larves de fourmis, à part le fait cité plus haut à propos d'une fourmilière artificielle de F. sanguinea (X. 2), fait qui peut être contesté.
Les larves des fourmis sont dans une dépendance plus ou moins absolue des ouvrières,
Chez les Ponerinae {Ponera), où elles sont pourvues de tubercules, elles sont assez indépendantes, très mcbiles et dévorent seules les insectes que leur donnent les & (Wheeler),
Celles des autres sous-familles ne savent pas même manger seules du miel qu'on met à
côté d'elles. Elles peuvent bien se tordre plus ou moins, mais même les plus mobiles ne sont pas capables de changer de place. Lorsqu'elles ont faim, celles qui sont mobiles commencent à se remuer et à avancer leur bouche de côté et d'autre ; les $ leur dégorgent alors de la miellée comme elles le font à leurs compagnes ; les larves n'ont qu'à la sucer avec leur langue. De plus les © les lèchent continuellement, les nettoient dès qu'elles sont salies par de la terre, et les transportent d'un endroit à un autre du nid suivant le degré de chaleur et d'humidité qui y règne. Lorsque les larves sont encore petites, les © les agglomèrent crdinairement en paquets, afin de les transporter plus rapidement. Quelquefois plusieurs petites larves adhèrent ainsi à une plus grosse. Les © savent cependant aussi porter une petite larve seule ou un œuf seul, mais il leur arrive alors souvent de les perdre, car elles ne peuvent les retrouver qu'avec leurs antennes, lorsqu'elles les ont laissé tomber.
La durée de la vie des fourmis à l'état de larve est longue, Certaines larves, sorties
de l'œuf en automne, ne deviennent nymphes qu'au mois de juillet de l'année suivante (S. fugax) ; cela doit bien être le maximum, du moins pour la plaine ; les Hautes-Alpes
‘exigeraient à ce sujet des études spéciales. Les larves qui croissent le plus vite sont, je crois,
celles de Tapinoma ; les premières sortent de l'œuf vers le commencement d'avril, et l'on trouve déjà des nymphes avant la fin de mai. Celles des Formica croissent vite, celles des
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Lasius très lentement. Chez la même espèce, les larves écloses au printemps ou en été
croissent naturellement plus rapidement que celles d'automne qui passent l'hiver presque
sans grossir,
Les larves de fourmis peuvent rester, même en été, deux ou trois jours sans manger ;
elles maïgrissent alors beaucoup ; leur peau se plisse. Si on les donne ensuite à des &,
elles se rétablissent promptement. Chez les Leptothorax, on trouve souvent, surtout au printemps, des larves entièrement racornies et chiffonnées, probablement déjà mortes, dont les © prennent encore soin. En général les larves LE ont passé l'hiver comme telles sont
. très maigres au printemps.
À la sortie de l'œuf, et même assez longtemps après, on ne peut distinguer les larves
O,8 et &. Ce n'est que plus tard que la différence de taille et certaines légères différences
de forme permettent de les distinguer, du moins chez la plupart des espèces, On a démontré, il y a longtemps, que les abeilles 8 peuvent changer une larve $ en larve © au troisième jour de sa vie en agrandissant sa cellule et en lui donnant une nourriture spéciale. Ce fait, si singulier au point de vue de l'embryologie, est bien prouvé. L'analogie conduit à supposer qu'il en est de même pour les fourmis. Néanmoins il ne paraît point que cela soit le cas. D'abord la question de la grandeur de la cellule ne peut pas entrer en ligne de compte, puis toutes les larves, ©, 8 et « sont le plus souvent mêlées ; de plus ces larves reçoivent la miellée directement de la bouche des #, On ne conçoit pas comment les © pourraient dégorger deux sortes de liquides à volonté (voy. anatomie). Une plus grande quantité de nourtiture, dennée aux larves destinées à devenir ©, expliquerait la chose si les © étaient toujours plus grandes que les &, mais ce n'est pas le cas. Puis comment expliquer la présence des
__ scldats chez les Pheidole, des $ à grosses têtes chez d'autres espèces, etc. Il y a là un
mystère que nous ne pouvons malheureusement chercher à percer que par des conjectures. Je ne vois pas comment on pourrait faire des expériences directes ; on n'a aucun des
points de repère qui existent chez les abeilles ; la miellée dégorgée par les $ échappe à - toute analyse ; il n'existe pas d'alvéoles ; la vie des larves est si longue, et la dépendance
où elles scnt des $ si complète que toute éducation artificielle me paraît impossible, Heer (Hausameise Madeira’s) croit bien que les ©? ne peuvent pas rendre des larves ©, & ou 9 à
volonté, chez les Pheidole ; mais il dit pour le prouver qu'il n'y a pas d'intermédiaires entre les © et les 8 ; or ces intermédiaires existent chez d'autres genres. Le fait est qu'il n'y a
absolument rien de prouvé à cet égard. Les ouvrières fécondes dont j'ai parlé plus haut, et la structure anatomique des organes génitaux © et | montrent évidemment que ces formes tiennent de la ©, et pas du tout du «, comme c'est souvent le cas des termites. Herold (Entwicklungsgeschichte der Schmetterlinge) a prouvé que le rudiment des glandes génitales existe déjà dans l'œuf des papillons, et prétend même y trouver une différence entre les organes © et &. E. Bugnion a prouvé la préformation du ‘| dans les œufs de termites. Weismann (Entwicklung der Dipteren, 1864. Seite 134) trouve ces organes différenciés chez de jeunes larves de Sarcophaga carnaria, mais ne peut voir ce qui en est dans l'œuf. Les © doivent donc se différencier des «, peut-être même des 9} et des 8, dans l'œuf ou dans la petite larve qui vient d'éclore. La question de savoir jusqu'à quel point l'acte de la fécondation a une influence sur la production des sexes n'est pas non plus résolue. Mais il est presque certain que l'œuf infécondé a en lui un germe à la fois © et .
3. Nymphe. Les larves des fourmis se transforment en nymphes de la même manière que celles des autres hyménoptères, sans le secours des Ÿ, Les unes se filent auparavant un cocon, les autres pas, La nymphe n'a rien de particulier ; elle ressemble à toutes celles des autres familles de l'ordre. Huber a fort bien remarqué que la tache noïre qu'on voit à l'extrémité anale de tous les cocons de fourmis se produit avant que la larve soit devenue
nymphe, et qu'elle est formée par les excréments de l'insecte, La peau de la larve vient |
ensuite s'y ajouter. Les larves qui se filent une coque commencent par s'entourer d'un réseau de fils très fins qu'elles fixent aux objets environnants (grains de terre, détritus, etc.). Ce n'est que grâce à ces points d'appui qu'elles arrivent à se revêtir d’urie coque de tissu serré qui s'applique presque exactement sur tout leur corps. Cette coque, laissée à elle-même, se
trouverait donc fixée aux objets environnants et couverte de grains de terre ou d'autres …
débris ; c'est en effet ce qu'on observe toujours, lorsqu'on assiste à sa confection, Mais dès qu'elle est terminée les £ la détachent du terrain, enlèvent toutes les parcelles qui y sont attachées, et la rendent propre et lisse comme un œuf. La nymphe n'est mobile que pendant sa mue, et quelques instants après ; dès lors elle demeure complètement incapable de se mouvoir, Elle est d'abord entièrement blanche ; ses yeux deviennent bientôt bruns, puis noirs. Le reste de son corps ne prend une nuance plus foncée que peu de jours avant l'éclosion ; cela varie du reste beaucoup suivant la couleur que doit avoir définitivement la fourmi,
Les nymphes sans cocon (nymphes nues) ne se distinguent en rien de celles qui en ont un. Bien plus, nous verrons que les larves de la même espèce se filent quelquefois un cocon, et d'autres fois pas. Huber s'est complètement trompé à cet égard. Il est parti de l'idée que le cocon n'avait pas d'autre but que celui de servir de point d'appui à la larve pour se débarrasser de sa peau ; d’après lui les Myrmicinae, ayant le corps plus allongé et plus mobile, peuvent se passer de cette aïde, la nymphe étant capable d'exécuter des mouvements beaucoup plus étendus. Cette dernière explication est déjà inadmissible, puisque les Myrmecina, qui sont aussi raides et trapues que possible, ont des nymphes sans cocons, tandis que celles de certaines formes de Camponotinae, bien autrement allongées et mobiles (Plagiolepsis, petites $ de Camponotus, etc.), en sont toujours pourvues. De plus les nymphes des gentes Colobopsis, Hypoclinea, Tapinoma et Bothriomyrmex n'ont jamais de cocons.
Mais la véritable erreur d'Huber concerne les fourmis chez lesquelles on trouve tantôt des nymphes nues, tantôt des cocons (1. c. p. 84 et 85, note), De Geer et Latreille avaient déjà vu que les F. fusca et rufibarbis présentaient ce curieux phénomène, maïs ils n'avaient pas décidé si dans ce cas les larves de ces fourmis ne se filaient pas de coque, ou bien si le fait était dû à ce que les 8 la déchiraient à une époque antérieure à l'éclosion, Huber tranche la question dans ce dernier sens, en ajoutant au nombre de ces fourmis la F. sanguinea et le P. rufescens. Il dit que, chez ces quatre espèces, les larves se filent toujours un cocon, mais que, dès qu'elles s'y sont transformées en nymphes, les $ déchirent la coque devenue inutile. Il se base d'abord sur ce qu'il a vu souvent des $ de ces espèces ouvrir leurs cocons et en tirer des nÿmphes encore très jeunes, et en second lieu sur ce que les larves qu'il a sorties de leur cocon avant qu'elles se fussent métamorphosées n'ont pu devenir que des nymphes difformes qui n'ont pas tardé à périr, Je ne nie aucun de ces faits,
et je suis même sûr de leur exactitude, mais ils ne prouvent pas absolument ce qu'Huber veut démontrer. Les auteurs modernes ont aussi observé des nymphes nues et des cocons chez ces espèces. Mayr fE orm. austriaca) ÿ ajoute même les L. niger et fuliginosus ; mais il . ne soulève pas même la question dont nous nous occupons, et dit simplement que tantôt les larves de ces fourmis filent, et que tantôt elles ne filent pas.
Voici ce que j'ai observé à ce sujet :
Chez les F. fusca, rufibarbis et cinerea, ainsi que chez la F. sanguinea et le P. rufes- cens, on trouve tantôt des cocons et tantôt des nymphes nues © : chez certaines fourmilières et à certaines époques, seulement des cocons ou seulement des nymphes nues, ou les deux sortes à la fois. Chez ces mêmes espèces les nymphes © et «ÿ sont parfois aussi nues, mais plus rarement. J'ai de plus trouvé quelquefois un assez grand nombre! de jeunes nym- phes nues # mêlées avec des cocons, chez la F. truncicola. Chez les F. rufa et pratensis
j'en ai aussi vu plusieurs fois qui étaient entièrement blanches, mais toujours en fort
petit nombre, et au milieu d'une masse de cocons. Je n'en ai jamais aperçu chez les autres Formica. Une seule fois, le 7 octobre 1870, je trouvai à Zurich une fourmilière de L. niger contenant une quantité de nymphes nues de diverses couleurs et quelques cocons $. Le 16 juillet 1871 je trouvai une nymphe nue (j dans une fourmilière de C. aethiops. Chez le L. fuliginosus je n'ai pu encore découvrir que des cocons.
; J'ai remarqué que chez foutes ces espèces les nymphes nues montrent tous les degrés
de développement possible, à partir du blanc le plus pur et de la consistance la plus molle.
Mais j'ai chservé de plus, surtout dans mes fourmilières vitrées, que les cocons n'étaient point toujours ouverts par les $ un certain temps avant le moment de l'éclosion de la nymphe, Chez toutes les fourmis qui ont des cocons, ceux-ci sont déchirés par les ©, mais, chez la plupart, seulement au moment de l'éclosion de la nymphe. Chez les F. sanguinea,
fusca, rufibarbis, cinerea et P. rufescens, il arrive aussi souvent que les & déchirent la
coque, surtout celle des nymphes Ÿ, peu de temps après que la larve s'est métamorphosée, mais ce n'est point une règle absolue comme semble le croire Huber ; je suis tenté de croire que c'est au contraire l'exception (X, 1). Chez ces espèces, on trouve fort souvent des nymphes adultes dans les cocons. Mais je puis de plus affirmer, et c'est là le fait capital, que, chez ces mêmes espèces, la plupart des nymphes nues proviennent de larves qui ne se sont point filé de cocons. Dans plusieurs fourmilières fusca, lesquelles renfermaient beaucoup de nymphes nues, quelques cocons et quelques larves adultes, on pouvait voir à la couleur opaque de ces dernières, et à un renflement qui se formait près de leur tête, qu'elles étaient près de se métamorphoser. Je pris plusieurs de ces larves, et je les mis seules avec quelques $ dans un bocal renfermant de la terre humide. Elles se transformèrent toutes en nymphes au bout de quelques heures, et cela sans s'être tissé de cocons. Les nymphes étaient parfaitement bien conformées ; je les conservai un certain temps, puis je les jetai lorsque je me fus assuré qu'elles restaient normales et pleines de vie. On trouve donc des fourmilières où une partie des larves tissent et où d'autres ne tissent pas. À quoi cela tient-il ? Il m'est impossible de le dire. C'est évidemment une coutume intermédiaire entre celle des larves qui tissent toujours {F. exsecta). et celle des larves qui ne tissent jamais {T. erraticum).
J'ai remarqué que chez les espèces dont nous venons de parler, les premières nym-