‹ Fous couronnésChapitre 36 sur 39 · Ceci fut écrit en · texte numérisé non relu

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Louis a trois années de plus que son cousin germain Othon, qui a sombré dans l’irrémédiable démence et traîne l’existence la plus lamentable dans son château de Furstenried, près de Munich.

L’infortuné fils de Maximilien II 1 a subi, presque dès le berceau, le tragique atavisme des Wittelsbacli.

A sept ans, il présentait les premiers signes de dérangement cérébral ; à vingt-quatre, la nécessité s’imposait de l’interner ; il y a quarantedeux ans que son mal dure et l’affaiblissement progressif de ses facultés intellectuelles laisse prévoir le terme fatal à une brève échéance.

Pour celui-là, on peut dire que la mort sera libératrice, car il éprouve des crises violentes, alternant avec des périodes d’affaissement absolu.

Dans ses rares moments de lucidité, il s’entretient avec les personnes de son entourage, assez sensément pour leur donner l’illusion que s’améliore son état mental. Un ancien fonctionnaire de la cour de Bavière racontait à ce sujet à M. Ferdinand Bac, qui l’a relaté dans un curieux ou-

1. Maximilien II avait épousé la fille du prince Guilaume de Prusse, la princesse Marie de Itohenzollern, qui fut atteinte de troubles mentaux, et dont la sœur, Alexandra, fut internée à Illenau, en 1850.

OTHOîs ET LOUIS II DE BAVIERE

vragë1, une anecdote qui mérite d’être conservée.

A la belle saison, on avait l’habitude de faire accomplir, l’après-midi, au roi, une promenade à travers le parc, dans un landau fermé, dont une vitre était baissée du côté de l’officier chargé de

sa surveillance. Depuis longtemps, les personnes appelées à ce difficile a service d’honneur », considérant leur souverain comme incapable de prendre part à la vie, de discerner ce qui se passait autour de lui et surtout ce qui, selon le protocole, lui était dû, ne se gênaient point pour fumer en présence du royal patient. C’était une façon de passer le temps, durant les longues heures de silence et d’observation et personne n’avait songé un instant que l’on dut se priver de ce plaisir, pendant la « corvée » de la promenade hygiénique.

Or, un jour, le roi avait soudain jeté un regard oblique à son compagnon, en train de tirer de lo ngues bouffées d’un cigare, près de la portière à la vitre b lissée. Alors Othon, à la stupéfaction de l’officier, avait prononcé, pour la première fois, une phrase ordonnée, en disant avec véhémence : « 11 ose fumer devant moi!... » L’officier, d’abord suffoqué par ce réveil soudain d’une raison qu’il croyait avoir sombré depuis long-

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