A. Gazeaii. — Les Bouffona, Hachette
conset des éperviers : ^i Défense aux évêqiies^ aux abbés, aux abbesses d'avoir des couples de chiens, des faucons, des éperviers, des farceurs. » Dom Martène mentionne l'interdiction faite aux ecclésiastiques de remplir eux-mêmes, ce qui est plus remarquable encore, les rôles de farceurs et de bouffon?.
ATTIUliLTS KT f.OSTUMKS .
Le bouffon avait comme attribut distinclif une marotte. C'était une sorte de sceptre surmonté d'une tête coiffée d'un capuchon bigarré de diverses couleurs et garni de grelots. En outre, le maître fol portait une sorte de bonnet pointu garni de longues oreilles terminées par des grelots, et il semble même que ce soit ce capuchon qui ait caractérisé la condition de fou; car dans une curieuse gravure tirée d'un ouvrage allemand publiée en 1512, le Schelmenzunft [\r corporation des fous) on voit un personnage décoré de ce capuchon dont les pointes sont rabattues à gauche et à droite et portant dans une sorte de serviette attachée à son cou, de petits bouffons qui n'ont que la tête et le buste, et qu'il sème autour de lui dans la campagne. Ces germes de
1 . Ces détails sont empruntés en partie au livre de M. Gazeaii.
ATTUIIUITS KT C(»STlIMi;S DES UOUFFONS 61
bouffons destinés à i^randir se reconnaissent comme le semeur lui-même au fameux bonnet, avec cette différence qu'ici les pointes en sont droites et semblables à des oreilles d'une, (juant au costume c'était une jaquette découpée à ani^les aigus, sur laquelle ils portaient le plus souvent une épée de bois dorée et parfois une vessie de porc gonflée renfermant une poignée de pois secs et suspendue à l'extrémité d'une baguette.
La couleur du vêtement n'était pas non plus indifférente. Ce costume était bariolé de jaune et de vert: ces deux couleurs n'ont jamais eu, surtout au moyen âge, une excellente renommée... « Cet habit estoit fait par bandes de serge, moitié de couleur verte et l'autre de jaune : et là, oii il y avait des bandes jaunes, il y avait des passements verts et sur les vertes des passements jaunes. Entre les bandes il y avait aussi du taffetas jaune et vert qui estoit cousu entre lesdites bandes et passements. Les bas de chausses cousus avec le haut estoient l'un tout de serge verte et l'autre de jaune, et un bonnet aussi moite de jaune etde vert avec les oreilles »
Il arrivait parfois que le rouge remplaçait le vert ou que le costume tout entier était rouge, ou encore que les trois couleurs se mariaient de façon à former un costume tricolore, mais il semble que ce soit par exception.
Également est exception le costume de Triboulet, que nous décrit le bibliophile Jacob'.
« Le costume de fou royal n'était pas moins
bizarre que le personnage qui le portail : selon •son emploi secret de procureur des plaisirs du roi, il adoptait les couleurs de la maîtresse en titre, et s'iiabillait de même que son maître, à la forme des habits près, Triboulet avait un justaucorps de soie bleu et blanc, si serré, qu'il faisait ressortir les difformités du corps, de manière à exciter le rire des spectateurs : il portait au dos les armes de France, argent et or, ces mêmes armes étaient répétées à droite et à gauche de ses chausses, pareillement bleues et blanches, ainsi que sur son bonnet en cône allongé; sa ceinture de cuir doré à laquelle pendaient une marrolte, une épée de bois et une cornemuse, était le symbole de ses attributions joviales et satiriques. Une autre distinction de son état, c'était les grelots d'argent qui ornaient sa coiffure, sa marotte et ses souliers de maroquin à la poulaine ; il ne pouvait faire un })as ou un mouvement, sans que tous ces grelots sonnassent de concert, avec plus de bruit
que n'eussent fait dix mulets allant le trot »
D'après les comptes de l'argentier de Charles IX, il avait été fourni à Brusquet des chausses de ve-
1. Bibliophile Jacub. Les deux /uns, histoire du temps de François 1". Paris, '.?3G.
AI riiiiii rs i:r costi mks uks huuiio.ns (i.'i
loiirs iiuii- découpées à pclltes bandes avec IVangcs d'or doublées de tocque d'or et bouillonnées de taffetas noir rayé d'or et d'arj^ent, à l'occassion d'un tournoi oîi parurent presque tous les officiers de la maison du roi '.
Mais en réalité, le jaune et le vert se rencontrent presque partout et passent pour les couleurs ordinaires de la folie.
Ainsi donc la marotte, le capuchon pointu avec les oreilles d'àne, les grelots, la jaquette verte et jaune, conjposaient la livrée des bouffons, et non seulement des bouffons domestiques, mais aussi suivant toule apparence des bouffons de cour, des bouffons de ville, des bouffons populaires, et des associations de bouffons.
Le rapide aperçu que nous venons de présenter sur riiistoire des bouffons, basé sur la description des auteurs leurs contemporains, suffit quand à présent à nous montrer ce qu'étaient les fous des rois et à nous faire pressentir le caractère particulier qui les distinguait tant au physique qu'au moral.
Si on veut bien se reporter aux différentes espèces de difformités physiologiques et psychologiques qui frappent certains êtres, on verra la ressemblance absolue qu'il y a entre les rachitiques, les imbéciles, les idiots..., etc., et les
1 Cilé par M. Jal.
bouffons : il suffit de l'indiquer pour que chacun reconnaisse le bien fondé de nos assertions, à savoir que ces derniers renlraient dans ces diverses catégories et que par suite l'étude de leur nature psychologique est justiciable de la médecine mentale.
msioiiKtiK 60
UISTOIUOUE
Ceci nous amène àco que l'on pourrait appeler la partie historique de ce travail : mais c'est là un mot bien prétentieux pour qualifier quelques esquisses rapides de porlrails de nains et de fons ayant eu l'heure de célébrité. D'ailleurs, notre but étant seulement de faire connaître que ces êtres bizarres, ces disgraciés de la nature tant au moral qu'au physique ont aujourd'hui leur place marquée dans le cadre nosologique et d'appuyer notre dire par quelques exemples, nous n'avons pas à nous étendre sur ce chapitre. Puis, après les travaux si curieux de MM. Martin \ Gazeau ", Garnier ^ et autres '\ notre rôle de littérateur se