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ses cheveux sont blonds et rares. Il a les yeux d'une expression joviale, la bouche petite et rieuse le nez incomplet, les pieds et les mains d'une finesse exquise. L'ensemble de sa tournure est distinguée, son teint est clair, ses joues animées. On remarque chez lui une vivacité incroyable et un don d'imitation étrange. Il répond avec une précision rapide aux questions qui lui sont faites et il ne paraît pas embarrassé de celles qu'il attend le moins.
« Il a les mains pleines de bijoux et de tabatières microscopiques que l'inconcevable idolâtrie des anglaises a fait fabriquer à son intention. Fanny Essler lui a donné l'épingle qui attachait sa cravate ; la reine d'Angleterre, surtout l'a comblé. 11 a montré au Roi un porte-cartes qui est un don de Sa Majesté Britannique et il en a tiré une douzaine de caries lilliputiennes qu'il a très galamment distribuées à la famille Royale en commençant par le Roi, la Reine, la duchesse d'Orléans et en finissant par le duc de Chartres. Ces cartes portent en gros caractères gothiques ces mots : Gén. Tom. Thumb. Le général paraissait enchanté que le roi des Français eut accepté sa carte de visite, qu'il est de bon goût comme chacun sait, de porter soi-même chez les personnes à qui on veut faire politesse. En toutes choses, Tom Pouce paraît un homme fort au cou-
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raiil (les bonnes manières ; le séjour de Londres lui a profité ; il est maintenant un lion accompli. Tout le monde a remarqué la façon dont il saluait Fassistance après quehpie exercice particulièrement applaudi ; etquand il a quitté le salon royal, il s'est retiré en marchant à reculons pour ne présenter que la face à l'auguste assistance et conformément à la stricte loi de l'étiquette diplomatique.
(( Le roi a remis lui-môme au courtois mirmidon une épingle fort bçlle en brillants mais qui avait l'inconvénient de n'être pas proportionnée à sa taille ; elle aurait pu lui servir d'épée. Quoiqu'il en soit, le général a exprimé le désir de l'attacher à sa cravate ; cequ^il afait en détachant l'épingle do Fanny Essler. Cette infidélité apparente de Tant Pouce n'était qu'une marque de déférence qu'il voulait donner au roi ; car on assure que de tous les honneurs qu'il a rapportés de ses voyages aucun ne lui sourit plus agréablement que le souvenir de la belle danseuse. Un jour, dit-on, poursuivi à outrance par la curiosité américaine dans un lieu public, il vit de loin Fanny Essler qui portait un manchon. Tom Pouce comprit qu'il était sauvé. Il courut à elle, sauta sur son bras, se fourra dans les chauds replis de son hermine et parvint ainsi à échapper. »
« Tom Pouce est, en effet, d'une légèreté et
d'une prestesse extraordinaire, même dans un nain. Il a exécuté devant le roi une danse originale qui n'est ni la polka, ni la mazourka, ni rien de connu. Cette danse a été évidemment inventée par Tom Pouce et personne ne la dansera après lui. J'en dirai autant d'un exercice auquel il se livre avec une prédilection marquée : il ne s'agit ni plus ni moins que d'imiter les poses des plus belles statues de l'antiquité grecque ou de représenter par l'attitude du corps et le mouvement des bras, des scènes connues de l'histoire ancienne. On l'a vu ainsi, monté sur une table ronde, reproduire successivement le combat de David contre Goliath, la lutte du rdadiateur, Samson ébranlant les colonnes du Temple, Hercule terrassant le lion de Némée. Je crois, Dieu me pardonne ! qu'on allait lui demander d'imiter l'Apollon du Belvédère et la Vénus de Médicis, ce qu'il eut fait avec la môme docilité et le même succès grotesque, si une auguste bienveillance ne se fût préoccupée du danger d'une telle fatigue pour une santé si frêle et n'eût abrégé cette parade qui commençait à devenir d'une longueur inquiétante. J'aime mieux TomPouce quandil redevient gentilhomme, qu'il lire sa montre, voit l'heure qu'il est, nous offre des pastilles, une prise de tabac ou un cigare, le tout à sa taille. Je l'aime encore lorsqu'il s'asseoit sur un fauteuil doré,
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qu'il croise ses jambes et vous regarde d'un air lin et presque moqueur. C'est alors qu'il est amusant. Il n'est jamais plus inimitable que quand il n'imite rien, quand il est lui-même. Son originalité, au surplus, ne lui coûte pas de grands eflbrts : il y a peu de frais à faire ; il n'a qu'à se montrer, personne ne lui ressemble. Mais qui diantre ! lui a appris à chanter ? qui a pu lui donner le conseil de montrer sa voix, comme dit La Fontaine, cette voix aiguë et criarde, qui, malheureusement, est beaucoup moins imperceptible que sa personne.
« Tom Pouce a terminé sa soirée aux Tuileries par une exhibition fort brillante de son costume écossais. Il porte à merveille la toque du pays surmontée d'une plume qui est encore, si je l'ai bien compris, un cadeau de la reine d'Angleterre Il manie la claymore avec grâce et dextérité et vous tue son ennemi du coup. Le brillant plaid des montagnards flotte avantageusement sur ses épaules : la jaquette laisse voir des jambes vigoureuses, attachées à un pied mignon. Ce costume est le triomphe du général, je ne parle pas du célèbre uniforme qu'il portait à Londres et qui avait un succès frénétique chez nos voisins d'outre-mer. Le général Tom Pouce n'aurait pas osé porter ce costume aux Tuileries. J'espère donc, puisqu'il est homme de si bon goût, qu'il aura l'esprit.
pendant tout le temps de son séjour en France, de le laisser au fond de sa valise. Or figurez-vous ce que doit être la valise de Tom Pouce ; toute la garde robe qu'il avait apportée aux Tuileries tenait dans un cofTre à chapeau. »
Mais ce concert de louanges était fréquemment troublé par des notes discordantes qui, à notre avis, avaient le grand mérite de rappeler à la réalité :
« Est-il rien de plus humiliant pour l'humanité, disait Pitre Chevalier, que ce succès d'un nain qui efface en ce moment nos plus grands hommes, que cette fortune d'un monstre ? car enfin, Tom Pouce est un monstre... Il se montre en habit de ville, en habit de cour, en costume écossais ; il va t'en ville pour deux cents francs avec sa suite et son équipage. Sa voix n'en est pas une, c'est un vagissement. Il danse et chante anglais tant bien que mal. Son grand talent consiste à saluer à envoyer des baisers et à embrasser les dames. Il en a embrassé, dit-il, un million en Angleterre ; les anglaises ne sont pas dégoûtées ! Tom Pouce n'est pas difforme au premit-r coup d œil, cependant il a le torse et la lête trop forts, les articulations raides, les cheveux roux et rares, le teint luisant, le nez presque nul, les yeux saillants.... Il est né dans le Connecticut de parents pauvres que sa difformité enrichit, et M. Stratton, son
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père, a déclaré Tan dernier aux percepteurs de Vincometax, un capital de vingt-cinq mille livres slerlings.... Tom Pouce est comblé de cadeaux par les souverains, et quelque despote l'achètera sans doute pour en l'aire son boulfon. Ainsi soit-il ! »
En 1863, Tom Pouce voulant mettre le comble à sa célébrité, monta sur les planches et remplit à la Gaîté le rôle du Pclit-Poucet.
Retourné en Angleterre, l'année suivante, il s'y maria avec une des sœurs Warren, également naine. Nous avons vu plus haut qu'il eut un enfant qu'il perdit bientôt.
Tom Pouce alla ensuite vivre en Amérique et y vient de mourir (juillet 1883).
Mais nous ne pouvons quitter Tom Pouce sans rapporter une anecdote que Garnier ^ dit tenir d'un de nos plus éminents sculpteurs, qui plus que tout autre a le culte de la beauté de la forme et qui riait beaucoup à l'idée que ce nain pouvait se dilater à volonté.
« Tout en consacrant ses soirées au théâtre, Tom Pouce se faisait voir le jour, à son domicile ; il était logé dans une maison meublée du boulevard des Italiens oii le célèbre chanteur Lablache avait également son appartement. Or Lablache était un homme d'une taille colossale, presqu'un géant. Un matin, des Anglais de passage à Paris