‹ Fous et bouffonsChapitre 50 sur 100 · Keyssler, Neueste Heisen dwch Deutsddand · texte numérisé non relu

Keyssler, Neueste Heisen dwch Deutsddand

DES GÉANTS CONSlD^KÉS COMME EXCEPTION 155

aux nains quand le hasard les rcunissail à la cour (les princes.

« On conservait dans une des salles du château d'Ambras, à une lieue d'Innspruck, dans le Tyrol, une statuette en bois sculpté représentant un nain qui avait vécu à la cour de l'archiduc Ferdinand, et, près d'un des murs du môme château, on voyait la figure, également en bois, d'un géant, nommé Aymon, qui faisait partie des gardes de ce prince.

« D'après ce que raconte Keyssler, le nain, voulant se venger des lourdes et incessantes railleries du géant qui le tournait en ridicule à cause de sa petite taille, pria le duc de laisser tomber un de ses gants quand il se mettrait à table et d'ordonner à Aymon de le lui ramasser : Il se glissa alors sous le siège de son maître et quand le géant se baissa pour prendre le gant, il lui appliqua sur la joue un violent soufflet au grand amusement des assistants et à la grande honte du malheureux Aymon qui ne put dévorer son affront et mourut de chagrin peu de temps après. »

D'après une autre version de ce même fait rapporté dans les Aménités littéraires (t, II p. 326,) le nain, qui avait menacé plusieurs fois le géant, à la grande hilarité de celui-ci, de lui donner un soufflet, le força à se baisser en lui dénouant, sans qu'il s'en aperçut, les cordons d'une de ses

chaussures, et profita du moment où Aymon les rattachait sans défiance, pour mettre sa menace à exécution.

Néanmoins, la présence des géants à la cour des princes était un fait d'exception et si on les y prenait, c'était pour leur donner la place de portiers dans les palais ainsi qu'on le vit sous les règnes de Jacques! et Charles I, de Cromwell... etc.

Mais ces hommes gigantesques qui avaient déjà du succès en Angleterre, étaient encore plus estimés et plus recherchés en Allemagne où les souverains en faisaient des soldats. On connaît surtout la garde du czar Pierre le grand et celle du roi de Prusse Frédéric-Guillaume I.

Plus qu'aucun autre souverain, Frédéric avait le goût des grands hommes... Voltaire, dans les mémoires écrits par lui-môme pour servir à l'histoire de sa vie, après avoir décrit le costume du roi nous apprend que « sa majesté armée d'une grosse canne de sergent, faisait tous les jours la revue de son régiment de géants.

« Le régiment était son goût favori et sa plus grande dépense. Le premier rang de sa compagnie était composé d'hommes dont le plus petit avait sept pieds de haut (2° 268.) Il les faisait acheter aux bouts de l'Europe et de l'Asie. J'en vis encore quelques-uns après sa mort. Le roi, son fils, Frédéric II, qui aimait les beaux hommes et non

i»i;s ciUnts considérés commk exception I?»7

los grands hommes, avait mis roux-ci chez la reine sa femme on qualité d'heiduques. Je mo souviens qu'ils accompagnaient un vieux carrosse de parade qu'on envoya au devant du marquis de Beauvau, qui vint complimenter le nouveau roi au mois de novembre 1740. Le l'eu roi Frédéric-Guillaume, qui avait autrefois fait vendre tous les meubles magnifiques de son père n'avait pu se défaire de cet énorme carrosse dédoré. Les heiduques qui étaient aux portières pour le soutenir en cas qu'il tombât, se donnaient la main pardessus l'impériale. »

Connaissant son goût pour les grands hommes, « presque tous les souverains de l'Europe, dit le baron Poellnetz dans ses mémoires, lui envoyaient des hommes extraordinaires par leur taille, mais il s'en procurait, outre cela, à prix d'argent, et dans le nombre de ces derniers, il en a eu qui lui ont coûté jusqu'à quinze cent écus d'engagement et jusqu'à deux florins de haute paye par jour ; d'où il est résulté que ce bataillon lui coûtait autant que six régiments ».

De nos jours, en France, n'avons-nous pas tous connu des régiment de géants ? qui ne se rappelle les régiments de Carabiniers? le corps des centgardes? les tambours-majors?

En Russie, le corps dit « Compagnie de l'empereur » comprend des soldats d'une taille gigan-

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tesque et lors des cérémonies du couronnement de l'Empereur actuel, on admirait surtout le premier sergent dont la taille mesurait (2™ 15.) \ » Nous ne pouvons quitter ce chapitre, sans rappeler que certains auteurs ont prétendu que par une nourriture spéciale, par des soins appropriés, on pouvait arriver à fabriquer des géants de même qu'autrefois on fabriquait des nains. Geoffroy Saint-Hilaire cite à ce propos l'observation suivante :

« Le célèbre évêque Berkeley, au rapport de Watkinson ', voulut essayer s'il ne serait pas possible en élevant un jeune enfant suivant certains principes hygiéniques de le faire parvenir à une taille gigantesque et il tenta cette expérience aux dépens d'un pauvre orphelin nommé Mac- Grath, l'expérience réussit complètement — pour le philosophe — car le pauvre Mac-Grath, accablé au sortir de l'enfance de toutes les infirmités de la vieillesse, mourut à vingt ans, victime d'un essai que l'intention louable qui l'a dictée ne saurait faire pardonner à son auteur. Il avait sept pieds à seize ans et parvint à sept pieds huit pouces anglais (2°'528;. On ne sait rien de positif sur la méthode employée par Berkeley, qui mourut avant Mac-Grath : on croit qu'il employa surtout une

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