BOUFFONS A ROME
ÂRome, nous l'avons vu, les nains étaient en
honneur et jouaient un grand rôle dans les amusements des grands. Mais à côté des nains il y avait de? fous proprement dits, et mêmes des folles, dont les fonctions étaient les mêmes, faire rire et égayer les autres. Comme les fous, elles appartenaient à la catégorie des imbéciles, des rachitiques...
Dans une lettre adressée à Lucilius ', Senèque nous dit : « Tu sais que Harpaste, la folle de ma femme, est demeurée chez moy par charge héréditaire : car de mon goust, je suis ennemy de ces monstres : et si ay envie de rire d'un fol, il ne me lefault chercher guèresloing, je ris de moy-même. Cette folle a subitement perdu la veue. Je te récite chose estrange, mais véritable : Elle ne sent point qu'elle soit aveugle et presse son gouverneur de l'emmener parce qu'elle dict que ma maison est obscure... »
Alors que tous s'inclinaient et tremblaient devant la toute-puissance cruelle et sans bornes des empereurs, ces êtres, pour qui la nature s'était montrée si avare de ses dons, avaient leur franc parler.
....... La plaisanterie d'un de ces individus
que les dames romaines entretenaient pour leur divertissement, fit rire l'assemblée. Les invités étant rangés à table, cet individu fit remarquer
1, Epist. 50, in Montaigne, VII, p. 139.
BOUFl'OISS. FMANCE Ml)
que Livie était assise auprès d'Auguste et Tibère, Néron, au contraire, auprès d'un des invités, de l'autre côté de la table. — Est-ce là votre place ? Madame? lui dil*brusqucment cet être ? Ne devriez-vous pas être auprès de votre mari? — ajoula-t-il, en lui montrant Néron?
Cette saillie divertit la compagnie une bonne partie du repas, après lequel Auguste emmena Livie chez lui ' .
Moyen âge
— Les premiers siècles de l'ère chrétienne restent dans l'obscurité presque absolue sur la vie des rois et des hauts personnages. La grande lutte entre l'empire romain et les peuples barbares attirait toute l'attention et c'est à peine si les légendes laissent des traces de la vie domestique. Cependant la coutume n'en était pas perdue et ce fut surtout après le ix» siècle qu'on vit le plus de bouffons à gages.
Ils témoignaient souvent à leurs maîtres la plus entière fidélité comme ce fou dont parle le Roma7i du Rou • qui sauva son seigneur, Guillaume le
1. Dyon. lib. 46, in Serviez, Les Impératrices Romaines, ou Histoire de la vie et des intrigues secrètes des femmes des douze Césars, de celles des Empereurs.