‹ Fous et bouffonsChapitre 7 sur 100 · Esquirol, Maladies mentales . Paris 1838, t. II, p. 'H · texte numérisé non relu

Esquirol, Maladies mentales . Paris 1838, t. II, p. 'H

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Lorsque la maladie s'empare d'un adulte, la tête déjà ossifiée n'augmentera pas de volume, mais les facultés intellectuelles subiront une modification très sensible et se feront remarquer par une énergie tout à fait anormale.

Cette persistance et cette acuité des facultés de l'intelligence, nous ne saurions trop le dire, constituent donc un phénomène de la plus haute importance au point de vue qui nous occupe. Elles nous donnent la clef de cet esprit d'à-propos, de cet esprit vif et mordant que nous remarquons chez les bossus et les racliiliqucs et les faisait autrefois rechercher comme bouffons. De plus, l'éducation qu'ils recevaient, les influences des milieux où ils vivaient, venaient en aide à la nature et les mettaient à même de remplir convenablement les fonctions qui leur étaient dévolues.

Habitués dès l'enfance aux railleries d'autrui et ne pouvant recourir à la force musculaire pour en tirer vengeance, ces êtres difformes se dédommageaient de leur infériorité physique par une liberté de langage et d'allures qui mettaient ordinairement les rieurs de leur côté. En général ils saisissent avec une incroyable facilité le ridicule des défauts de ceux qui paraissent les mépriser. Ils sont souvent du reste les premiers à se moquer de leur infirmité, et on se rappelle

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(\U(i le poète Scarron disait do. lui-même (ju'il avait « la forme d'un Z ». Avoir de f esprit coninu; un bossu (îst un dicton que tout le monde connaît, et de fait, de tous les êtres atteints de difformité, ce sont les bossus qui ont généralement le plus d'esprit. Comme à toute règle il y a cependant des exceptions, pour ne citer qu'un exemple, le célèbre d'Alençon, atteint de gibbosité, voulait H tout prix passer pour un homme d'esprit quoiqu'il n'en eût que médiocrement. M. de Pons, un autre bossu, disait de lui avec une espèce d'indignation. « Cet animal-là déshonore le corps des bossus. »

Ces caractères de l'intellect ont, nous l'avons déjà dit, été étudiés par les psychologistes et découlent naturellement des modificalions imprimées au système osseux, aux os du crâne en particulier et par suite à la substance même du cerveau. C'est ainsi que nous trouvons un développement précoce des facultés de l'intelligence : de plus, aucune cause pathologique ne venant comme chez les idiots en comprimer l'essor, ces facultés peuvent acquérir dans quelques cas un grand degré d'énergie, s'élever à une hauteur exceptionnelle ou tout au moins chez la plupart des individus dépasser la ligne moyenne.

Depuis longtemps aussi, on a signalé chez les rachitiques d'un âge peu avancé, une mobilité

FULS ET BOUFFONS

extrême, une turbulence exagérée qui demande à être surveillée. « Il arrive, dit Duverney ', que les enfants sont turbulents, sans cesse en mouvement. » Yan Swieten - va plus loin et, observateur attentif, il dit que la précocité d'esprit et d'intelligence e>t un signe fâcheux qui doit faire redouter le rachitisme. In illis qui jam ambulare inciperant, noscitiir advoiiens inalwn,.. ah in- (joiii pl'il'tnatliro acumine, sensintm sincero exercilio... Plerumqiie loquunlur quam incidatU, quod ht Anrjlia pro malo omine haberi solet.

Un autre auteur du siècle dernier se montre non moins affirmatif: « Si la nature, dit Levacher ', s'estmontrée marâtre à l'égarddes Rickets, quant à Torganisalion corporelle, elle a épuisé toute la tendresse d'une mère et les trésors d'une reine quand elle a formé leur esprit et qu'elle l'a doté avec tant de profusion de ses plus précieux avantages... '*. Les Rickets, dit encore le même auteur, sont ù beaucoup d'égards bien plus sensibles que les autres enfants. C'est leur propre d'être plus vifs, plus opiniâtres, plus irrascibles, en un mot, ils donnent en tout, même dans

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