‹ Fous et bouffonsChapitre 6 sur 100 · Bernier, historien de Blois · texte numérisé non relu

Bernier, historien de Blois

b l'OlIS ET H0I:FI'0NS

inen le. plus superficiel suffit [lour démontrer la fausseté do celte assertion, et, pour détruire cette hypothèse, on n'a qu'à jeter les yeux sur l'histoire. Parmi les plus connus, ne voyons-nous pas Agésilas, Tyrtée, Galba, Ilipponax, le poète grec qui s'était rendu si redoutable par ses satires, et plus près de nous, Condé, le prince Eugène, lord Byron, le maréchal de Luxembourg, Scarron, Pope *, etc. etc. Ces hommes qui ont brillé de l'éclat If plus vif et le plus mérité rentrent cependant dans la catégorie des hommes, dont mon père, le D' Moreau de Tours, a fait une étude spéciale ■.

1. L'un (les plus grands poète de l'Angleterre, Pope, était presque un nain et un racliilique. Il avait une colonne vertébrale incurvée d'une fac^on considérable, ainsi que l'atteste la fort désagréable réponse qu'il s'attira un jour d'un jeune homme qu'il avait injustement malmené.

Le grand poète devisait avec un de ses amis sur le sens ?i donner à des vers tirés d'un poème latin, et il ne parvenait pas à lever la dilTiciillé : un étudiant qui se trouvait près de lui, s'approcha cl lui fit 1res respectueusement observer (|ue l'obstacle provenait d'un iiubil dans l'impression du livre ci (|u'il suffirait, pour l'aplanir, de placer h la fin de la phrase un point d'interrogation. Pope, piqué de la leçon, demanda fort aigrement à celui qui osait ainsi l'inlcrpeller, s'il savait ce <|u'est un point d'interrogation.

La riposte ne se fit pas attendre. « C'est, lui dit l'étudiant du ton le plus ironiquement aimable, un petit atome crochu qui r.iit des questions » !

;i. .1. Moreau fde Tours), l'si/ilinhifjir morhUle.

l'Ois l'T 11(11 KI(t\S 7

Ail [toiiil (liMiic iiilt'IlccliK'l, les hoiilfitns iirrsonlaionl une sorlo (rélat inixlo cL [loiivaiciil en (liichiuc sorte consliluci' iiik^ classe iiitemiôdiairo (jiii ne saurait Atre coiiroiuliic. ni avoc, cdlle des lioimnes jouissant de tonte leur raison, ni avec celle des aliénés proprement dits : « L'intelligence de ces individus, dit Moreau de Tours, peut être considérée comme une sorte de mélange, un composé bizarre, mais réel, nullement liclif, de folie et de raison, de délire, de conceptions vraies, marquées même jtarl'ois de rrm- I)reinle du génie.

(let état intermédiaire a élé méconnu jusffu'en ces dernières années oi^i mon père, en 4841) et 1850, dans 'le journal V Union médicale s'est eCforcé d'attirer l'attention sur cet étrange sujet, dans un long article intitulé : Un rlni/)itrc otihliv (le la pathologie mentale.

l'ius tard, en 18;)9, il eut l'occasion de j'oprendre et d'étudier plus à fond le même sujet dans son ouvrage sur la psychologie morbide', ouvrage qui, à son apparition, rencontra tant de contradicteurs, souleva tant de toile et dont cependant, comme tout ce ([ui est vrai, tout ce qui

1. ./. Morrau ilc Tours. — L;i psycliulo^ie iiiorl)i(iL' dans ses rapports avec la pliilosopliie de l'histoire, ou de; rinnncnee des névropatluKS sur le dyniimisnie inlellecliicl... V. Massnii. Paris, 1S59.

8 FOUS ET nOLFFONS

est juste, les idées sont aujourd'hui presque généralement adoptées et ont été reprises d'autre part à l'étranger par les auteurs les plus autorisés.

Cet état, faut-ille dire, n'avait pas encore été convenablement apprécié, parce qu'on avait jusqu'alors envisagé que les deux points extrêmes de raison absolue et de délire complet. L'état intermédiaire était méconnu parce qu'on le regardait comme une impossibilité, quia absiirdum : et cependant il existe : la nature en effet ne connaît pas ces distinctions, ici non plus qu'ailleurs, non facit saltus, et les nuances par lesquelles se traduit l'activité mentale vont d'une extrémité à l'autre.

Sous l'influence d'une foule de circonstances, de conditions physiques ou morales, de prédispositions héréditaires, la constitution intellectuelle peut être modifiée de telle manière qu'elle porte une empreinte également claire et profonde du délire et de la raison. Il n'est pas question ici d'un mélange sans fusion réelle, de pensées raisonnables et de pensées déraisonnables, mais d'une manière particulière de sentir, de pouvoir, imaginer, juger..., etc., qui, sans être positivement celle d'un aliéné, n'est pas à meilleur titre celle d'un individu sain d'esprit. Il s'agit donc bien d'une classe d'êtres à pari, véritables tnétis,

l'Ois i:i' DOl'FFO.NS 9

qui tieunenl ôgalemcnt du fou et de l'homme raisonnable, ou hion de l'un et de l'aulre à des signes divers.

Ces êtres bizarres, par leurs extrêmes inégalilés, la réunion des qualités et des défauts qui se contredisent le plus, la luxueuse richesse de certaines facultés jointe à l'intelligence et à l'infériorité do certaines autres, enfin par un incroyal)le alliage de bon et de mauvais, de vérités et d'erreurs, ont dans tous les temps excité un vif étonnement.

On sait maintenant que ces phénomènes, si étranges qu'ils paraissent, ont leur source dans les lois mêmes de l'organisme ; qu'ils découlent naturellement de conditions pathologiques qui sont communes à l'organe de la pensée et à tous les autres organes, conditions d'hérédité, condiditions d'unité d'action pour tous les modes de manifestion de la névrosité.

Avant de passer outre, disons bien ce qu'il faut entendre par hérédité.

La loi d'hérédité se montre d'une manière si éclatante dans l'organisme humain, qu'elle n'a jamais été contestée, au moins quant aux principes matériels de cet organisme.

Mais quelques auteurs ont nié que Ton puisse en faire l'application aux phénomènes intellectuels. Or, c'est à tort, et aujourd'hui l'expérience

la moins contestable prouve que ces phénomènes n'échappent pas à la loi commune de transmission héréditaire. D'ailleurs, pourquoi en serait-i} autrement ? Les phénomènes intellectuels n'émanent-ils pas d'un système particulier d'organes indispensable à leur manifestion, immatérielle en quelque sorte, comme à l'accomplissement de simples fonctions organiques? Pourquoi alors soustraire ce système d'organes, et par conséquent les fonctions dont il est chargé, à la loi physiologique qui atteint tous les autres?

On hérite de ses parents les goûts, les penchants, les passions d'une nature particulière. Partout la loi d'hérédité est présente dans le monde intellectuel. « Des limbes obscurs de l'idiotie, dit P. Lucas ', l'hérédité remonte avec les facultés de de.^ré en degré, jusqu'aux plus lumineuses régions de la pensée, et Inexpérience l'y a reconnue tout d'abord. Combien ne voyonsnous pas de familles qui renferment, ou successivement ou simultanément, plusieurs hommes supérieurs dans la pohtique, dans la litléralure dans les siences et les arts ?... L'hérédité de la forme la plus générale de l'intelligence s'étend à toutes les formes spéciales de facultés qui peu-

\. Prosper Lucas, — Traité philosophique et physiologique de l'hérédité naturelle dans les états de santé et de maladie du système nerveux Paris ,I.-B. Baillifre, 1841.

FOrS l'.T ItOUFKONS 41

veut émaner crdlo, et se montre aussi clairement dans les aptitudes particulières que riiérédité dans la force élémentaire des sens et dans les moindres détails, dans les moindres accidents de leurs perceptions. »

L'influence derhérédité se fait sentir bien plus encore dans Tétat morbide que dans l'état sain. Il n'est pas hors de propos, du reste, de faire remarquer que le fait n'est pas particulier aux maladies de l'esprit, mais est applicable àtousles dérangements de l'organisme en général.

De même que l'on voit l'hérédité modifier, d'après un type spécial dont les auteurs (père, mère, etc.) sont la source, les facultés morales des descendants de mille manières différentes affectant tantôt une partie, tantôt l'ensemble des pouvoirs intellectuels, atteignant une ou plusieurs générations.

De même et plus souvent encore, chez les descendants d'aliénés, on observe que les facultés mentales, isolément ou dans leur ensemble, sont entachées des caractères propres à l'intelligence de leurs auteurs, que la déraison des uns (qu'on nous permette cette expression), a déteint sur la raison des autres.

Ainsi, tantôt l'hérédité sera complète, c'est-àdire que les descendants offriront les mêmes désordres intellectuels que leurs auteurs et, dans

ce cas, chez les uns comme chez les autres il y aura délire, folie, dans l'acception ordinaire du mot : le délire sera reproduit dans ses caractères les plus saillants, dans ses nuances même les plus fugitives, avec ses conditions étiologiques ; on le verra faire explosion à la même époque de la vie, suivre la même marche. . . , etc.

Tantôt l'hérédité sera incomplète, c'est-à-dire que les anomalies de l'esprit seront moins nettement accusées ; elles le seront assez cependant pour qu'on ne puisse méconnaître leur origine, leur filiation avec d'autres anomalies plus prononcées et plus évidentes ; et quelle que soit l'idée qu'on s'en fasse, quelque dénomination qu'on leur donne, qu'on les appelle bizarreries, excentricités, etc., on n'en changera pas la nature, ce sera toujours du délire ou l'expression symptomalologique d'une lésion de l'organe intellectuel, d'intensité différente mais de nature semblable dans tous les cas.

Ce qui vient d'être dit, fait pressentir toute l'importance de l'hérédité et de quelle manière il faut l'envisager. Sans vouloir nous étendre plus longuement sur ce point, disons seulement encore qu'il faut considérer l'organe ou le système d'organes dans lequel a été déposé le germe maladif, comme étant dès le principe même de sa formation dans un véritable état anormal, et

l'UUS ET IlOUI'l'ONS l!{

(|iH'ii inaliùrc [isychologique la pnklispusiLiun héréditaire est quelque chose de réel, de parlai tement saisissable dans ses effets, sinon dans sa cause matérielle, qui se traduit par des raanileslations fonctionnelUis d'une nature particulière et qui a sa raison d'èlre comme tous les phénomènes pathologiques.

Nous sommes donc en élat de comprendre le rôle que dans tons les temps, aux époques principalement oii la science, Térudition n'étaient le partage que d'un petit nombre d'individus, ont dû jouer parmi leurs contemporains les esprits bizarres dont nous nous occupons ; on comprend aussi que l'esprit d'à-propos qu'ils possédaient, le tour mordant de leur langage leur aient donné un libre accès auprès des Grands et des Puissants et l'influence qu'il leur a été donné d'exercer sur ceux qu'ils approchaient.

Mais, nous ne saurions trop le répéter, cet ensemble constituait un état réellement morbide. Les alternatives de raison et de folie, les éclairs d'intelligence étaient dus à une sorte d'éréthisme cérébral passager qui modifiait plus ou moins profondément d'une manière inégale l'état habituel de l'intelligence.

Sans cesse sur les limites de la véritable folie, ceS' êtres étranges et exceptionnels les franchissaient souvent ainsi que l'atteste le récit des idées

1 4 FOUS OUFFONS

étranges, impossibles, extravagantes qui surgissent tout à coup de leur cerveau. Mais cet état violent d'orgasme cérébral était de courte durée: l'esprit, comme on dit, ne tardait pas à se refroidir, à redevenir ce qu'il était habituellement; disposition d'esprit instantanée et inhérente à la constitution morale de tels ou tels individus.

Quittant le domaine purement intellectuel, nous trouvons également cette influence étendue aux sentiments affectifs : « il arrive parfois, dit l'auteur de la psychologie morbide, que par le fait d'une surexcitation ressentie parles passions, ou bien de soulèvements partiels dus à une inégale répartition de la sensibihté, elles sont entraînées dans une sphère d'activité tout à fait exceptionnelle. De là Tétrange association dans un même individu des passions les plus diverses et les plu? opposées, un inexplicable mélange de vices et de vertus, de grandeur et d'égoïsme, de générosité de pusillanimité, de courage, de douceur, de férocité. Parfois Tactivité désordonnée des passions fait un contraste avec une faiblesse intellectuelle pouvant aller jusqu'à l'imbécillité... », et c'est ce cas que nous rencontrons le plus souvent dans l'étude que nous faisons des bouffons.

Passons donc rapidement en revue les caractères morphologiques qui distinguent les rachiliques, les faibles d'esprit, les imbéciles... etc., et

HACIIITISMK 18

l'on reconiuulra combien nous sommes fondes à ranger les bouffons dans ces différentes catégories.

En première ligne nous trouvons le Rachitisme.

Rachitisme

Mens sana in covpurr sano: jamais axiome ne trouva plus juste application que dans le cas qui nous occupe.

Dans cette affection, en effet, le retentissement des lésions physiques non seulement est indéniable, mais reçoit une explication logique et toute naturelle. Ceci d'ailleurs ressortira de l'étude de cette affection.

Sous le nom de Rachitistne, on entend, on le sait, une maladie caractérisée physiquement par des troubles de la nutrition et du développement du tissu osseux, troubles entraînant des déformations diverses du squelette et, psychiquement par im développement exagéré , anormal, mais le plus souvent passager, des facultés intellectuelles.

Bien que l'existence de cette maladie remonte à une époque reculée, c'est à tort croyons-nous, qu'on a voulu qu'Hippocrate l'ait mentionnée dans ses œuvres. Les auteurs qui soutiennent cette

opinion, s'appuient sur certains passage» du Irailé de Articidis, qui ne sont pas, pour nous, à beaucoup près, des preuves que l'on puisse accepter sans conleste. On verra toujours dans les écrits du père de la médecine ce qu'on voudra y voir. C'est en vain qu'on demanderait à Galien, aux Arabes, une description du rachitisme, aucun d'eux n'a fait mention de cette maladie quoiqu'il ne soit pas douteux qu'elle ne leur fût connue. L'histoire n'a-t-elle pas flétri la mémoire de quelques peuples en conservant dans ses annales le souvenir d'une coutume barbare établie chez eux? Ils donnaient la mort à tous ceux de leurs enfants qui, « nés avec des membres déformés, courbes, ne promettaient pas à l'État des hommes capables de soutenir toutes les fatigues de la guerre ». Si par exception quelques-uns pouvaient arriver jusqu'à l'adolescence, c'est que leurs mères prises de pitié, aimèrent mieux les abandonner à la charité publique que de les sacrifier en naissant.

Il faut arriver en iS80 pour trouver la première description de la maladie due à la plume autorisée de Glisson. Puis « vers le milieu du XYIF siècle (1630), dit Trousseau ', les tables mortuaires de l'Angleterre firent mention pour la première fois d'une maladie dont les plus anciens habitants

1. Trousseau, clinique médicale de l'Hôtel-Dieu. — Arl. Hach itisme.

Il \r.lllllSMK 17

el los plus viouK praliciens du pays ne sn sovivoiiaient pas d'avoir vu jusque-là d'ovemples. On l'appolaitdans le peuple t/ie Rt'.r/>rts, mol vraisemlilableuu'ut dérivô de celui de Jiiqi/p/s, par lequel ou désignait dans noire idiome normand de celle l'poque, les individus bossus et mal conformés. »

Depuis les travaux de Glisson, les monographies se succèdent apportant chacune leur pierre à Tédifice et donnant une étude en rapport avec leur époque d'apparition.

Plus près de nous, ces phénomènes bizarres dont les facultés intellectuelles étaient le siège, attirèrent Tattention des hommes voués à l'étude des maladies de l'esprit et furent de leur part l'objet d'un examen approfondi. Bientôt, grâce à eux, la lumière se fit, et ce qui paraissait une anomalie reçut une application scientifique admise aujourd'hui sans conteste.

Les lésions du rachitisme sont excessivement variables dans leur degré et dans leur étendue, mais on peut (Jire d'une manière générale que la grosseur de la tète, la maigreur du corps, l'effilement des traits du visage, le gonflement des saillies osseuses qui environnent les extrémités articulaires, constituent physiquement les traits pathognomoniques de la maladie, qui se déclare le plus souvent avant que l'enfant ne commence à marcher, quelques fois après, dans Je plus P. More AU. 2

grand nombre des cas pendant le travail de la dentition.

Trousseau, avec la science d'exposition qui lui était propre, a tracé un tableau frappant de la marche de la maladie : « Le premier jjhénomène qui se manifeste, dit-il, est un phénomène d ordre psychique. Avant que le corps ne soit frappé, ^intelligence présente des prodromes alarmants, indices graves des troubles qui surgiront à une époque plus éloignée. Un changement se fait dans le caractère. L'enfant devient indifférent aux jeux de son âge, s'attriste, préfère le repos, la solitude et fuit tout mouvement. La peau se décolore, puis on remarque le volume de la tête et l'amaigrissement du corps. Le visage est bouffi, le système musculaire sans forces. La maigreur des membres rend plus sensible encore l'augmentation de volume des articulations des membres qui sont tuméfiés et figurent une série de nœuds. Le petit malade ne se plaint d'aucune douleur vive, mais il est consumé par une fièvre lente, dont la marche est fort irrégulière. Le sommeil est troublé, le pouls souvent accéléré, le foie a augmenté de volume, les parois de l'abdomen sont tendues, météorisées. Plus que jamais le visage de Tenfant peint la tristesse et exprime une gravité qui n'est point naturelle à cette épobue de la vie. Les rides le sillonnent, les joues,

IIAClMTISMi; 1!)

sans ivssorl, roinme celles du vieillard, tomljciil au-devant des angles de la mâclioireinféricuro. Les dents percent le fond des alvéoles avec lenlciir et difficulté. A peine paraissent-elles hors des gencives elles commencent à tomber par fragments : elles sont noires, profondément cariées, et sont détruites en peu de ttunps.

Le crâne volumineux fait un contraste étrange avec kl face pâle, amaigrie, peu développée. Le front saillant et large ajoute au regard resté brillant et mobile. Puis la poitrine, le bassin, la colonne vertébrale, les membres prennent peu à peu cette déformation caractéristique de la maladie et que tout le monde connaît. » « La cavité thoracique, dit encore Trousseau, est rétrécie par l'aplatissement des côtes et les déviations du rachis : leurs extrémités sternales surtout sont tuméfiées et forment ainsi en avant une proéminence considérable. Les omoplates saillantes en arrière semblent se détacher du tronc. Bu côté du bassin, l'axe de cette cavité perd de son étendue, ses diamètres se rétrécissent, l'arcade pubienne s'affaisse et se rapproche du sacrum. La colonne vertébrale se tord en différents sens et toujours en formant des courbures arrondies et des inflexions en sens contraire. Les os des extrémités abdominales fléchissent d'abord dans le sens de leur courbure naturelle et bientôt se

tordent en diCFérents sens... Les ongles s'allongent, s'amollissent, se contournent et sont profondément altérés dans leur organisation. A cette époque, quand la mort ne survient pas, les symptômes généraux s'amendent, les os prennent plus de solidité, mais ils conservent toujours leur torsion comme le crâne ses diamètres et l'enfant devient capable de se mouvoir. »

11 est utile de faire observer que dans bien des circonstances, la maladie ne parcourt pas un cercle aussi absolu : la déformation peut porter seulement sur un membre, sur un organe. Mais quoi qu'il en soit ces phénomènes physiques ne se montrent jamais sans avoir été précédés de symptômes d'une vive excitation du système nerveux.

C'est donc avec un étonnement toujours nouveau que l'on constate le développement précoce et l'énergie des facultés intellectuelles: les fonctions cérébrales sont dans un état d'éréthisme morbide qui fait de l'enfant rachitique un enfant à l'esprit vif, pénétrant, dont les saillies et les réponses étonnent. Plus que tout autre, susceptible de passions vives, cet infortuné a une perspicacité qui n'est pas de son âge.

Esquirol a connu à Bicêtre un rachitique qui résume en lui tout ce que nous venons de dire :

li AC.limSMI'. lil

>• Pendant (|iu' je faisais le serviee des ulienés de BicùLre, en 1821, il niourul un imbécile racliiLique de très pelite taille, et dont le crâne était peu volumineux, la face très développée, sa physionomie était très mobile, même spirituelle. La face portait l'expression du sourire cynique et ressemblait beaucoup à celle de l'homme le plus célèbre du siècle dernier par la fécondité et le cynisme de son esprit. Notre imbécile était âgé de 34 ans quand il mourut: il était à Bicôtre depuis un j^rand nombre d'années. Il passait sa vie à faire et à dire des malices et des espiègleries il se livrait d'une manière horrible à l'onanisme et, la veille de sa mort, il fut surpris sur son lit essayant de satisfaire ce funeste penchant. Jamais il n'avait pu apprendre à lire ni à écrire, ni aucune profession. Il était très bavard et avait parfois des réparties qui surprenaient d'autant plus qu'il parlait habituellement sans suite, sans mesure, sans baisons d'idées, déraisonnant toujours. 11 marchait beaucoup, mangeait avec voracité, était malpropre^, très peu soigneux de ses vêtements...* »

Cette description n'est-elle pas apphcable de tout point au bouffon de cour et ne répond-elle pas à l'idée que nous nous en faisons?

Page 1