BOUFFONS. TEMPS MODERNES
royaume, il commençait par faire retirer les bouffons et les baladins. »
Temps modernes
Le titre de fou perdait de son lustre h mesure que Tesprit s'étendait et que les plaisirs de la cour devenaient d'un goût plus fin et plus ingénieux. Le bal, le spectacle, le jeu réglé, des repas somptueux, un luxe élégant et délicat, écartèrent les sombres plaisirs, le penchant à rechercher des ressources contre Tennui, dans les excentricités d'un malheureux privé de l'usage de la raison, amusements qu'on trouvait d'autant plus agréables qu'ils étnient moins d'accord avec le bon sens. Cependant nous avons vu des fous et des bouffons jusqu'à Louis XIII, et le dernier bouffon en titre d'office que nous trouvons est l'Ângély, qui eut cette qualité sous Louis XIV.
Boileau a rendu un grand service à sa mémoire lorsqu'il a rappelé son nom dans sa première satire en disant :
Un poète à la cour futjadisà la mode.
Mais des fous aujourd'hui c'est le plus incommode Et l'esprit le plus beau, l'auteui' le plus polij N'y parviendra jamais au sort de TAngely i.
•1. Sat. I, V. 109 et suivants. Boileau le nomme aussi dans Sat. VIII.
L'Angély avait été donné au roi par le prince de Condé, qui l'avait emmené à l'armée en qualité de valet d'écurie, et plus tard, l'ayant trouvé drôle, amusant, en fit son bouffon.
A la cour, l'Angély était redouté pour ses sarcasmes et ses railleries mordantes : et souvent on lui donna des sommes d'argent pour s'éviter le déplaisir d'être tourné en ridicule par lui. Cependant il fit tant, que de grands personnages plus rancuniers que les autres, intriguèrent et obtinrent le renvoi du bouffon qui dut aller méditer dans la retraite sur le danger que l'on court à piquer au vif l'amour-propre des grands.
D'après les portraits qui nous sont parvenus de ce personnage, c'était encore et comme toujours un racliitique. La tête surtout présente bien cette face ridée, cette face de vieillard, ce nez long et mal situé, la lèvre supérieure immédiatement audessous, presque sans espace, le menton de galoche..., etc.
De ce qu'il n'y eut plus de bouffon en titre à la cour, il ne faut pas cependant en conclure qu'ils avaient complètement disparu; les grands seigneurs, les princes du sang, avaient conservé près d'eux des gens dont le devoir était de les amuser et de les distraire.
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i'anui les plus connus on cite Maranzac^ qui après avoir appartenu au Dauphin, fils de Louis XIV, passa à sa mort au service de la duchesse de Bourbon-Condé ; la princesse s'amusait tellement de la balourdise de ce personnage, qu'elle le préférait, dit-on, à Fénélon et à Fontenelle : puis le fou du comte de Toulouse, un danseur bouffe, nommé Ballon, qui parut à la cour sous Louis XV.
Enfln, d'après le bibliophile Jacob, Marie-Antoinette aurait remis en honneur l'ancien usage royal : « Au château de Versailles, vivait encore il y a peu d'années, un vieillard en cheveux blancs, entouré de vieux meubles, de vieux tableaux, de vieilles friperies et d'une multitude de reliques des modes de Louis XVI, monuments du rôle qu'il avait joué sous ce règne. C'était le bouffon de Marie-Antoinette; il nous montrait en pleurant quelques grains de café qu'il avait reçus de cette malheureuse reine à laquelle il dit alors : « Je regrette pour la première fois qu'une si grande reine ait la main si petite ».
Versailles, vide de ses rois, avait conservé un fou de cour, comme une ruine vivante de l'ancienne monarchie. « La révolution de 1781), continue Gazeau, dans un court résumé de l'histoire des bouffons, emporta les bouffons de cour et les bouffons domestiques avec toutes les autres insti-
tulions de l'ancien régime. Mais elle ne prétendit pas enlever au cœur de l'homnie ce besoin de rire, de chercher des distractions aux tristesses de la \ie, qui est comme le fond de l'humaine nature et surtout du caractère français. Les bouffons eurent donc des successeurs. Le monde du Directoire, si avide de plaisirs et de joies de toutes sortes, n'eut garde d'oublier un clément de gaieté consacré, pour ainsi dire, par l'usage des siècles. Les farceurs et les grimaciers, les Pantalon, les (lille, les Mizelin, parurent aux petits soupers des muscadins, des incroyables et de la jeunesse dorée du club de Clicliy. Tallien et surtout Barras leur offrirent une large hospitalité, et plus d'un conquit la renommée, presque la gloire, dans les (ùies que T^rC'<]àd]eni les Merveilleuses et la plus célèbre de toutes, la belle Théresa Cabarrus, costumée à la grecque.
« Faisant de ses pieds nu* craquer les anneaux d'or ».
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