‹ Fous et bouffonsChapitre 85 sur 100 · J. Moreau (de Tours) Psychologie morbide, p · texte numérisé non relu

J. Moreau (de Tours) Psychologie morbide, p

INFLUENCE DE CKItTAlNS KTATS MOUBlhKS 215

ilu ccrv(\ui? à des épanchomenls de sérosUcdans les diverses cavités de l'encéphale dans les méninges ? ou bien à un dévelopjicmenl exagéré el véritablement hypertropliiquc de la totalité de la masse cérébrale?

Ayant devant les yeux les résultats d'un certain nombre d'autopsies, nous nous déclarons sans réserve pour la dernière de ces opinions. Nous admettons, en même temps, la fréquence des épanchements séreux, principalement dans les ventricules latéraux.

L'ampleur et la forme irréguliôre du crâne, chez certains idiots proviennent donc, suivant nous, d'une part, de l'accroissement supra-normal de la substance du cerveau, de l'autre, d'une sécrétion séreuse trop abondante, phénomènes organiques dépendant d'une vitalité excessive et désordonnée et dont le second, en vertu de la loi physiologique qui régit le développement des organes, est la conséquence du premier.

Ces faits, du reste, s'accordent avec certaines particularités psychologiques que présentent la plupart des idiots ou plutôt des futurs idiots : Nous voulons parler de cette précocité d'esprit, de cette évolution hâtive des facultés intellectuelles et morales, qui, d'ordinaire, précèdent l'arrêt subit ou la dégradation lente et graduée de ces mêmes facultés, et qui sont pour les pa-

rents la source de si cruels mécomptes. Nous entendons parler encore d'un autre phénomène I)sychologique, qui est comme la contre-partie de celui-ci: à savoir: le développement inattendu, brusque ou lent des facultés chez des sujets qui, jusque-là, s'étaient montrés d'une faiblesse d'esprit désespérante et touchant de près à l'idiotie confirmée.

Voici en effet, comment il serait possible, suivant nous, de faire marcher de pair et les phénomènes physiques et les phénomènes intellectuels :

Dans le premier cas, au développement excessif, et prématuré du cerveau, suivi d'épanchemeht séreux, correspond la précocité d'esprit suivie de l'arrêt et môme de l'annihilation des facultés morales. •

Dans le second cas, le développement de ces facultés succédant à un état d'inertie physique et morale, s'expliquerait par la résorption rapide ou lente de la sérosité.

Il est bien entendu que nous n'attachons pas autrement d'importance à ces explications : Nous tenons au\ faits avant tout: surtout lorsque ces faits ont l'appui des plus graves autorités.

Ainsi Van Swielen déclare que si le rachitisme peut, dans certains cas, se compliquer d'hydrocéphalie, il faut cependant se garder de croire

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(pio la grosseur ilii cràuc soil un indice cousUuil d'ùpanchemcnl séreux...

Un grand nombre d'auteurs qui ont fait une étude spéciale de la question, Levacher, Mayow, llolîmann... entre autres, sont du même avis que Van Swielen. »

Les exemples de ces faits ne sont pas rares, et les médecins d'asile, surtout ceux qui ont à traiter ces malheureux êtres, en peuvent citer de nombreux exemples.

lîn des cas les plus curieux, et qui se rapporte directement à notre sujet, est le suivant :

A Cordoue, le fou du roi fut pris d'une fièvre maligne: vers le milieu de cette maladie il fit preuve d'un jugement si sain^, d'une si grande perspicacité d'esprit, que toute la cour admira le changement opéré dans ses facultés intellectuelles. Cet homme se distingua ensuite pendant tout le reste de sa vie par une rare sagacité *.

Le même phénomène se serait passé à l'égard du fameux Triboulet, mais le fait n'est pas prouvé ; néanmoins voici ce que nous apprend le bibliophile Jacob, dans son histoire du temps de François l". « Le célèbre fou de François F"",

1. Calmeil. — De la folie considérée sous le point de vue pathologique, philosophique, liislorique et judiciaire depuis la renaissance des sciences en Europe jusqu'au X/A'" siècle Paris 1845, t. I, p. 399.

Triboulet, devint tout à coup, cVidiot el d'imbécile qu'il était, boufTon spirituel, amusant, et par dessus tout, expert courtisan. Il était de petite taille, contrefait et François I" s'étonnait « comment si gentil esprit fut logé dans si vilain corps. » 11 avait une tête énorme avec de prodigieuses oreilles sous un fiont bas et élroit. Sa poitrine plate et creuse, son dos taillé en voûte, ses jambes courtes et torses, ses bras longs et pendants, amusaient les grandes dames comme s'il se fut agi d'un singe ou d'un perroquet.... »

On a vu, dit Tissot ', un jeune homme à qui son précepteur n'avait jamais rien pu apprendre el qui ne savait pas, joindre comme on dit, l'adjectif à son substantif, parler latin sans hésiter, après quelques jours de lièvre maligne, réciter des choses qu'il n'avait jamais sues et développer des idées qui jusque-là ne l'avaient point frappé .

Oiaiis Borrichius ^ raconte également qu'un jeune homme d'un esprit lourd et indocile aux leçons d'un précepteur fut atteint d'une fièvre maligne. Le troisième jour, sans nulle apparence du délire, il raisonnait sur le mépris de la mort, sur la fragilité de la vie, sur le néant des choses

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