PAULINE PATRY
Protester tous les ans contre les décisions du jury est une tradition que le public qui assiste aux concours du Conservatoire a toujours fidèlement respectée.
Il y a deux ou trois petites Rachel et grandes Favart auxquelles les mamans des refusées font une ovation. Souvent, il est vrai, les journaux donnent raison au public, la jeune débutante a fort bien joué la scène qu'elle a répétée pendant six mois, presque toujours un directeur de Paris engage l'étoile méconnue ; elle débute l'étoile méconnue, c'est très-bien, grand succès, mais ça n'est déjà plus aussi bien qu'au Conservatoire, entin c'est l'émotion inséparable, etc., etc.; deuxième début de l'étoile, c'est bien, oui, mais ça pourrait être mieux; troisième début, on commence
à croire qu'on s'est trompé, les admirateurs d'hier deviennent les détracteurs d'aujourd'hui, on en arrive presque à l'injustice, on en vient à dire à l'artiste qu'il ou qu'elle ne sait pas son métier, aussi pourquoi du premier coup la mettez-vous si haut, elle ne peut que descendre votre étoile. A ses débuts vous lui donnez à la fois le talent de Plessy, Rachel, etc., etc., vous l'écrasez sous les éloges, plus tard vous ne voulez pas tenir compte de ses efforts, vous la voulez admirable, parfaite, voilà tout.
Mlle Patry est une victime du jury de 1812, certes en ne lui accordant aucune récompense, nous croyons que ce jury s'est montré trop sévère ; Mile Patry avait joué non sans talent, une scène d'Hermione dans Andromaque , et plusieurs scènes de Clorinde dans l'Aventurière, mais tout cela méritait-il le premier prix. Le public le crut, on fit une ovation à Mlle Patry. M. Larochelle l'engagea, Mlle Dica-Petit était malade, Mlle Patry débuta dans Jane de Marie Tudor, son succès fut très-grand, elle fit son second début dans Don Juan d'Autriche, les quelques défauts, qu'on n'avait pas songé à lui reprocher à ses débuts, s'étaient accentués, on remarqua de la prétention dans sa diction, de l'afféterie dans son jeu ; Néméa du Tour du Monde, qu'elle créa
après cela, était un saut brusque du grand répertoire au répertoire moderne, il fut préjudiciable à Mlle Patry ; quand on reprit la Jeunesse des Mousquetaires.
Anne d'Autriche échut à Mlle Patry qui n'obtint pas un grand succès.
Le départ de Mlle Dica-Petit permettra sans nul doute à Mlle Patry de prendre la première place à la Porte-Saint-Martin.
C'est ce que nous lui souhaitons de grand cœur.
MADAME LACRESSONNIÈRE
(Née Lucile ABOLAR)
Mlle Abolar a débuté à la Gaité sous la direction Harmant , puis a épousé son camarade Lacressonnière. Depuis cette époque elle a joué dans tous les théâtres dont son mari était pensionnaire.
Lorsque celui-ci s'associa avec Paul Deshayes pour prendre la direction du Chàtelet, madame Lacressonnière vit venir à elle les grands rôles, elle joua de façon très-remarquable, la Pauvre Ma yeux, du Juif Errant, elle reprit après Lia Félix, le beau rôle d'Emilia Manin, dans Daniel Alanin et sut s'y faire applaudir.
Elle fut engagée en même temps que son mari à la'Porte-Saint-Martin, comme
on l'utilisait peu, elle alla faire les beaux jours de la direction Wentscheink.
A Cluny et aux Arts, elle fut Auguste Manette, le ou la terrible Auguste Manette ; aujourd'hui que Wentscheink est en Amérique, Mme Lacressonnière est revenue à la Porte-Saint-Martin, elle a joué la Closerw des Genêts et repris la Mayeux.
Nous croyons que Mme Lacressonnière regrette Auguste Manette, c'était le beau temps, pas si beau qu'au Ghàtelct, mais beau tout de même.
DAUBRUN
Après avoir été Adrienne de Cardoville, la belle Adrienne de Cardoville du Juif Errant, en 1819. Madame Daubrun joue non sans talent les rôles marqués. La position qu'elle occupe à la Porte-Saint- Martin est bien modeste, et depuis quelques années, Mme Daubrun n'a pas eu de créalion marquante; le peu qu'elle a joué cependant, elle l'a joué de façon à rappeler les grandes traditions du boulevard.