DIRECTION HAREL
Il a été beaucoup trop dit sur cette direction légendaire pour que nous nous y étendions outre mesure.
M. Harel avait acheté le théàïre250,000fr. et quand il le quitta il redevait encore 45,000 francs, c'est-à-dire qu'il réussit peu et cependant oui plus que lui était digne de réussir? Ce qu'il suc éviter de saisies est incalculable, les ingénieux d'aujourd'hui vont bien rire, mais Harel a fait ce que personne ne croira jamais.
Un huissier se présente un soir à la Porte-Sain i-Mar tin orné de ses hommes qu'il place aux différents bureaux de recette, puis monte trouver Harel, qui l'attendait dans son cabinet directorial. Nous ne pouvons à noire grand regret rendre compte de la conversation qui eut lieu entre Harel et l'officier ministériel, mais les recors qui attendaient leur pairon reçurent au bout de quelques instants l'ordre de s'éloigner sans rien saisir.
Quelques instants après l'huissier sortait du cabinet d'Harel avec des larmes dans les yeux. Un garçon de théâtre, homme de confiance du directeur l'accompagnait jusqu'à son domicile et en revenait avec
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.5.000 francs prêtés par l'huissier à Harel.
Trouvez-en des directeurs de cette forcelà, peut-être aussi n'y a-t-il plus de bons huissiers.
On lui avait donné l'autorisation de représenter le Vautrin de Balzac, le ministère en donnant cette autorisation, avait voulu avoir des motifs d'interdire absolument la pièce.
Malgré toutes les réserves que le ministère avait faites pour cette pièce, Harel n'en avait pas moins fait les démarches nécessaires pour obtenir gain de cause.
Il fit ces démarches en compagnie de l'auteur, M. de Balzac. Le personnel de l'administration attendait avec anxiété, sous le péristyle du théâtre, la décision du ministère.
Enfin, Harel est de retour avec M. de Balzac; tout le monde interroge le directeur et l'auteur : Eh ! bien, qu'a-vez-vous obtenu ?
— Le ministre a été impitoyable, répond Harel.
Tout le monde s'étonne.
— Vous n'avez donc pas su défendre votre cause ; lauteur n'a donc rien dit?
— Balzac ! C'est une oie sans plumes, s'écrie Harel.
Vautrin n'eut qu'une seule représentation, dont on a raconté mille fois les péripéties. C'est à la suite de Vautrin et de la
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fermeture du théâtre... par ordre, que Harel occupa ses loisirs... forcés, en écrivant un discours sur Voltaire qui fut couronné à l'Académie. Après, il organisa une troupe avec Mlle Georges en tète, pour aller en Russie.
Dans la patrie des czars il eut quelques succès avec l'ancien et le nouveau répertoire. De retour en France, il se fit auteur dramatique, et fît jouer avec beaucoup de peine à cause d'intrigues ourdies contre lui parle directeur delà Comédie-Française et ses sociétaires, une comédie qui eut un certain retentissement. Encouragé par son sucrés, il ne continua pas moins à vouloir écrire pour le théâtre, et il écrivit tant et tant, à tort et à travers, que sa raison céda devant l'ardeur vertigineuse de sa plume.
Les efforts d'imagination qu'il avait faits pour pouvoir diriger pendant sept ans, sans argent, un des plus importants théâtres de Paris, l'avait usé, et le* facultés mentales s'étaient dissipées comme tout le reste. Harel mourut fou, ou à peu près, à la maison de santé de Picpus.
Comme il était chef de bataillon de la 11e légion de la garde nationale, en raison de ce grade, chaque fois qu'il était de service aux Tuileries, il dînait à la table du roi. Le roi, toujours prévoyant, avertissait la reine qu'ils auraient Harel à dîner, et
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qu'en conséquence, il la priait bien de ne pas parler théâtre pendant le repas.
La reine, oubliant complètement la recommandation du roi, dit à M. Harcl : Eh bien, M. Ilarel, comment va le théâtre ? Harel, enchanté que la conversation s'engage en ces termes, répond à la reine : Oh! très-mal, si je n'ai pas 40,000 francs demain, trois cents familles sont plongées dans la misère. El il continue par un discours sur le théâtre, après le dessert, tout le monde quitte la table royale ; mais Harel, qui veut continuer son discours aborde audacieusement le roi, l'entraîna dans une embrasure de croisée et lui demande 40,000 francs à emprunter. Le roi lui répond: Mon cher Ilarel (et il lui frappe sur l'épaule), si j'avais 40,000 francs, je ne vous les prêterais pas, — phrase à double entente, bien placée dans la bouche d'un roi comme Louis-Philippe, qui ne manquait pas d'esprit.
Harel eut, à son convoi, les honneurs militaires dus à sa rosette d'officier de la Légion d'honneur.
Préfet de l'Isère à vingt et un ans, après les événements de J 814, lorsqu'il avait arrêté l'ennemi dans sa marche sur Paris.
En 1815, expatrié, il vécut en Espagne, à son retour de la Péninsule Ibérique, il il vint à Bordeaux, où il se rencontra avec
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Mlle Georges, qui y donnait des représentations.
Elle le nomma son secrétaire. C'est de cette époque que date l'amité qui unit Harel à Aille Georges, amitié qui ne se démentit jamais.