THÉÂTRE DE LA GAITÉ
Fondé en 1760
par J. B. Nicolet,
reconstruit en 1808.
Incendié le 21 fév rier 1335
Réédifié en fer
et rouvert la même année
le 19 novembre.
Bourlat, architecte.
Bernard-Léon, après avoir fait réédifîer son théâtre comme par enchantement, mais ayant de trop lourdes charges, ne tarda pas à succomber, et, en 1837 ^L le baron de Cès-Caupenne obtint l'autorisation de réunir sous un même sceptre les théâtres de l'Ambigu et de la Gaîté; cette tentative ne fut pas heureuse, et M. de Cès-Caupenne se vit forcé de remettre son privilège entre les mains de MM. Montigny et Meyer dont l'administration enregistra de nombreux succès : La Belle écaillère, si bien jouée par la charmante M^^^ Nongaret ; Le Sonneur de Saint-Paul; La Grâce de Dieu; Le Sylphe d'or, Sept châteaux du Diable, etc. En 1844, M. Montigny alla prendre la direction du Gymnase et laissa M. Meyer seul directeur de la Gaîté jusqu'en 1852 époque à laquelle M. Hostein prit les rênes de la direction, et sut les tenir d'une main habile.
Ce Meyer avait pour chef de claque un
nommé Menissier, cx-cartonnier, qui.se disait homme de lettres et payait fort bien à déjeuner quand on consentait à entendre la lecture d'un de ses nombreux et ineptes manuscrits.
M. Hostein finit par céder la Gaîté à M. Harmant, et alla succéder au Cirque à M. Billion, qui n'avait pu faire renouveler son privilège par le Ministère.
Le théâtre de la Gaîté ne resta pas en arrière de ses voisins pour le succès, malgré ses récents changements de direction : les Cosaques (100 représentations), la Bergère d'Ivry ou l'avalanche, Mare72^o (100 représentations), Cartouche, le Courrier de Lyon, la Petite Pologne, les Pirates de la Savane, le Médecin des enfants, les Crochets du père Martin, Pail^ lasse, le Sergent Frédéric, Vautrin, le Canal Saint-Martin, le Crétin de la montagne, le Savetier de la rue Quincampoix, V Escamoteur, les Oiseaux de proie, André Gérard, Christophe Colomb, la Fille du Paysan, Peau-d Ane, etc.
Comme on le voit la Gaîté, malgré son cadre plus étroit, luttait encore de mise en scène avec son voisin le Cirque lorsqu'il s'agissait de représenter de grandes machines patriotiques^ comme les Cosaques et Marengo.
D'Ennery, Anicet Bourgeois étaient venus, et avec eux l'art de foire vibrer sans
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les rompre toutes les fibres d'un peuple ami des émotions poignantes. Le drame de la Gaîté , réservé sur une scène moyenne, ne pouvait chercher son attrait que dans les situations. Aussi évitait-il le péril des mises en scène trop onéreuses et contentait son public par des conceptions à manière noire, comme le Pont- Rouge et les Pirates de la Savane, ou des études à l'eau forte comme les Ménages de Paris, l'Escamoteur, le Crétin de la Montagne, les Crochets du père Martin, merveilleusement esquissées par l'acteur Paulin-Ménier, dont le nom émerge sur le répertoire de cette époque.
Enfin, un grand administrateur, M. le baron Haussmann, avait résolu de donner à l'est de Paris des débouchés sur le centre ; le boulevard du Prince-Eugène était décidé, la salle de Bourlat devait fatalement disparaître.
Une autre considération administrative du grand préfet était la nécessité à lui démontrée de répandre le mouvement nocturne dans tous les quartiers de la capitale en forçant les théâtres à se disséminer.
Au point de vue police, son raisonnement était sans reproches ; au point de vue de la propriété des théâtres, il y a peutêtre des réserves à faire.
Une nouvelle salle fut bâtie par la Ville
pour la direction de la Gaîté au square des Arts-et-Métiers.
Les avis étaient unanimes que, dans un pareil centre commercial, la Gaîté était certaine d'un public nombreux et facile à attirer.
Il paraît qu'on se trompait.
Le peuple seul aime le drame ; le bourgeois, le commerçant affectent de comprendre l'opéra et la haute comédie. S'ils ont un louis à dépenser en spectacle, ils sortent de leur quartier et gagnent des milieux plus relevés que ceux où ils vivent d'ordinaire.
Peut-être aussi la nouvelle salle étaitelle peu attrayante ou commode, malgré ses beautés architecturales. Le lustre avait été sottement remplacé par un plafond dit lumineux, qui, à la vérité, était à peine transparent ; la scène, trop basse d'un ou deux mètres, dut être relevée dès le premier été suivant.
Quoi qu'il en soit, lo nouveau théâtre élait enguignonné.
Au Château de Pontalec, le drame d'ouverture, un four s'il en fut, succèdent d'autres insuccès.
A M. Harmant succède M. Dumaine, à M. Dumaine, M. Koning, tous gens capables de mener à bien une pareille entreprise, et cependant la caisse restait vide.
Vint Boulet, qui profita des préparatifs
faits par son devancier et qui abandonna le mélodrame pour revenir au genre qui avait réussi à Ribié , c'est-à-diro i\ la grande féerie.
Le public mordit à l'hameçon, et l'on sait quelles recettes firent encaisser la Chatte blanche et le Roi Carotte.
La mort jeta son dévolu sur ce pauvre Boulet, presque un jeune homme ; on ne peut donc pas dire que la Gaîté était désenguignonnée.
Mais à l'horizon paraissait un nouvel imprésario, le directeur-compositeur, le grand, le seul, l'unique Offenbach.
Nous le peindrons plus loin de pied en cap et à la détrempe avec tout son personnel.