Foyers et coulisses
Le thcàti-e des Variétés a oecapé ti-ois salles différentes, d'abord la salle des Beaujolais (Palais-Koyal), puis la salle de la Cité (en face le ralais-de-Justice), et enfin la salle des l^anoramas, boulevard Montmartre.
Marguerite Brunet , dite Montansier, naquit en 1730, à Bayonne, d'une famille connue dans la marine ; elle fut élevée aux Ursulines de Bordeaux et en sortit pour aller en Amérique, où elle resta plusieurs années. Revenue en France, elle se mit au théâtre; elle joua Nanine, en province, et, sans son accent, elie aurait débuté aux Français; elle devint directrice du théâtre de Nantes, fit la connaissance de M. de Saint-Conty, lequel l'aida de tous ses moyens pour prendre la direction du petit théâtre , rue Sa tory , à Versailles , vers 17(J8.
C'est de là que sortirent Oranger, qui y joua Azor, Fleury, La Rochelle, Amicl et même 31"'" Saint -Aubin, alors fort jeune; M''^^ Colomb aînée, en 1775, ayant obtenu, par la l)ienveillance de la reine, le privilège exclusif de donner des spectacles et des bals dans Versailles, M^^*' Montansicr fit bâtir la salle des Réservoirs, dont l'ouverture eut lieu en 1777. De celte nouvelle école sortirent Saint-Prix, M"° Joly, M'"^ Crétu; je ne parle pas de M^^° Mars, qui n'était qu'une enfant. C'est vers le même temps qu'elle fit la perte de ]\I. de Saint-Conty, mort à trente-deux ans. Il lui avait fait avoir la direction de tous les théâtres de la cour : Saint -Cloud, ?>Iaiiy, Fontainebleau, Compiègne, et de beaucoup de villes; le Havre, dont elle avait fait bâtir la salle, Rouen, Caen, Orléans, Tours, Angers, et elle y envoyait de temps à autre un ou plusieurs de ses meilleui's sujets de Versailles pour quelques représentations.
Lorsque Louis XVI vint habiter les Tuileries, en octobre 1789, elle déclara qu'à l'instar de l'Asseniblée nationale elle était inséparable de Sa Majesté. En conséquence, elle vint établir son théâtre à Paris et prit des arrangements avec les directeurs du théâtre des Beaujolais. Ce théâtre des Beaujolais, situé au Palais- Royal, péristyle de Joinville, 77, fut con-
VARIETES a
struit en 1783 par le duc d'Orléans, sur les dessins de raichilecte Louis; l'ouverture eut lieu le samedi '2S ociohve 1784. — Dans l'origine, on y donnait des représentations devant une société choisie et peu noml)reuse; plus tard, le théâtre Beaujolais fut établi pour nniuser l'enfance du comte do Beaujolais, le plus jeune des frères du roi Louis-Philippe. Il fut affecté alors à des grandes marionnettes en bois d'un mètre de haut, que des mains invisibles faisaient mouvoir, tandis que des acteurs cachés parlaient pour eux. Aux marionnettes on substitua de jeunes enfants qui jouaient en mimant, tandis que de grandes personnes parlaient et chantaient dans la coulisse, genre de spectacle qui eut dans son temps un grand succès.
Louée d'abord par bail à Gardeur pour la somme de 15,000 livres, la salle des Beaujolais fut vendue le 24 juin 1787 à Desmaresi, (jui la céda à M'^*' Montansier. pour la somme de 570,000 livres. Il y eut quelques contestations entre les propriétaires, Desmarest et Delamel, qui firent à ?vl^^^ Montansier un procès qu'elle gagna. — Elle crut pouvoir ouvrir son spectacle pendant l'hiver de 1789. Les commerçants qui n'avaient pris des locations auprès de cette salle que dans la persuasion qu'elle serait toujours ouverte, appuyaient sa demande auprès de la municipalité. Ce-
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pendaut, malgTÔ ces réclamations, fondées sur l'anéantissement des privilèges, la municipalité, par respect pour une décision particulière de Dailly , premier maire de Paris, empêcha d'ouvrir pendant tout l'hiver. Getle question ayant été portée ensuite dans le conseil général et l'opinion ayant été favorable à iSP^^ ^Nlontansier et aux citoyens réclamant, Bailly voulut bien io/Jr(?i* l'ouverture de ce théâtre après Pâques, en 1790. M^^^ Montansier avait fait agrandir la scène de son théâtre, dont l'ouverture eut lieu le lundi 12 avril 1790. — Le discours d'inauguration, composé par Bcû'roy de Rigny, surnommé le Cousin Jacques, fut prononcé avec âme par Baptiste cadet (il était relatif à la destruction des privilèges). Ce discours fut suivi des Epoux mécontents, opéra en 4 actes, par Dubuisson, musique del signer Storaco, à laquelle Salien a aussi pris part. Cet opéra fut représenté trente jours de suite et la foule se porta à ce spectacle où l'on ne joua d'abord que d'assez mauvaises comédies et des opéras parodiés sur la musique des compositeurs italiens ; les acteurs et les actrices étaient excellents, mais M"'' Montansier manquait de répertoire. Elle sut en moins de six mois en former un très-varié et très-attrayant , mais les acteurs étaient trop grands et la salle trop petite. Il fallut donc
l'agrandir encore pour la commodité du public et le bien de la caisse. — C'est ce qui fut opéré dans l'intervalle de la clôture pascale de l'année 1191. — Cette transformation a élé faite comme par miracle, d'un coup de haguette, et c'est l'architecte Louis qui a été le magicien. Les spectateurs qui s'él aient vus quinze jours avant dans une salle toute étroite, toute écrasée, ne pouvaient croire qu'ils étaient dans le même endroit. Ce nouveau local fournit les moyens de représenter des ouvrages de plus grande importance et surtout déjouer la tragédie. La troupe fut doublée.
Les massacres de 179-2 arrivèrent : ]\'F° Montansier, craignan* pour sa vie, équipa à ses frais une compagnie franche, composée de quatre-vingts personnes, parmi lesquelles elle comptait beaucoup de ses acteurs, pour aider à repousser l'ennemi et non pour jouer la comédie à l'armée de Dumouriez, comme on voulait le faire croire. — Cette compagnie resta six semaines au camp delà I^une el revint quand l'ennemi eut évacué notre territoire ; Neuvillo en était colonel, mais il n'alla pas au delà de Reims, s'étant demis un bras en montant à cheval. — On jouait au théâtre de ^V^^ ]Montansicr la tragédie, l'opéra comique et la comédie. C'est ce qui lui fit donner le titre de théâtre des Variétés. Ce fut là qu'on joua pour la première fois :
le Sourd ou l'Auberr/e pleine, le Désespoir de Jocrisse, et qu'on osa refaire la musique des Evôncinents imprévus, du Tableau parlant et de quelques autres opéras de Grétry. Au plus fort de la révolution, le théâtre jMontansier devint une des succursales les plus fameuses des clubs révolutionnaires ; il prit le nom de péristyle du jardin Egalité, et le 22 novembre 1793, celui du théâtre de la Montagne, qu'il quitta après le 9 thermidor pour reprendre celui de théâtre des Variétés (1795).