‹ Foyers et coulisses (volume 4)Chapitre 24 sur 32 · CÉLINE CHAUMONT · texte numérisé non relu

CÉLINE CHAUMONT

A débuté au Théàtre-Déjazet dans un vaudeville intitulé : Une Histoire de voleurs. Eugène Déjazet ne voulut pas (fu'elle continuât, parce qu'il la trouvait un mauvais pastiche de sa mère. Céline

Chaumont alla frapper à la porte du Gymnase, qui l'engagea, et où elle ne tarda pas à jouer les petites filles mal élevées el les soubrettes rodomondes, en vraie élève de ^NP^*^ Déjazet. Une fois dans la place elle n'eut pas de peine à y introduire son jeune et sympathique mari, mort de la poitrine il y a environ deux ans. Georges Lefort était le filleul de Levassor et le fils d'un joyeux chansonnier, aussi était-il artiste et chansonnier lui-même. — Ses délicieuses romances : La première feuille et les Baisers (paroles et musique de lui) furent les premières créations de

Juclic et celles qui lui valurent ses premiers succès à rÈldorado.

En quittant le Gymnase, Céline Ghaumont entra aux Folies-Marigny, où elle débuta dans l' Alphabet de l'Amour, une gentille opérette de M. de Jallais. — Des Folies-Marigny elle passa aux Menus - Plaisirs et y créa un rôle dans la pièce républicaine de Jules Claretie : Raymond Lynday. — Des Menus-Plaisirs aux Bouffes, il n'y a que la distance de trois boulevards et d'un passage à franchir, Géline Chaumont la franchit et débuta chez M. Comte dans la Princesse de Trébizonde, sa première création à grand effet.

Enfin elle quitta les Bouffes et fit ses débuts aux Variétés avec un succès trèsgrand dans Fiorella des Drir/ands, dans le Trône d'Ecosse, où elle chantait si délicieusement les couplets d'Hervé :

Je voudrais être le vernis de ses bottes, etc.

Puis vinrent quatre pièces, quatre petits chefs-d'œuvre, écrits spécialement pour elle par Henri Mcilhacet Ludovic Halévy ; Madame attend Monsieur, les Sonnettes, Toto chez Tata et la Petite Marquise.

Si elle y fut remarquable, vous le savez comme moi, chers lecteurs, car nous avons tous contribué des deux mains à son triomphe. — Dans ces trois pièces, le

talent de Céline Chaumont se rapproche beaucoup de celui de Judic. Futée et maligne comme la diva des Bouffes, ainsi que l'indique immédiatement son petit minois agaçant et chiffonné^ elle a, comme Judic, Taplomb et la crànerie irrésistibles, qui font admettre le mot le plus risqué, tant il est bien envoyé. Nous devons dire cependant, pour être juste, que Céline Chaumont appuie quelquefois trop sur ce qu'elle ne devrait qu'effleurer.

Voici, du reste, le portrait que fait de son talent, au lendemain de la première représentation de la Petite Marquise, un écrivain qui s'y connaît, M. Auguste Vitu, du Figaro :

« Elle n'a jamais été plus complètement elle-même que dans la Petite Marquise.

On ne sait pas si elle a été créée et mise au monde pour jouer de ces marquiseslà, ou si ces marquises-là ont été inventées exprès pour être jouées par M'^°° Céline Chaumont. Une finesse extrême, un foyer intérieur qui s'échappe en petits rires nerveux qu'on finit par trouver charmants à moins qu'on ne s'en exaspère, une verve infatigable soutenue par une voix expirante qui se sert de ses inguérissables brisures comme d'un incomparable moyen d'expression, voilà par quels philtres M""^ Chaumont entraîne l'enthousiasme des uns et réduit

au silence la résistance obstinée des autres. «

Il y a six mois elle devait s'embarquer pour Buenos -Ayres avec la troupe de ^iie Philippe, mais, par bonheur pour nous, ce voyage a été renvoyé aux calendes grecques. Nous pourrons donc aller applaudir pendant longtemps encore, aux Variétés, cette toute gracieuse et toute charmante actrice, qui a trop d'eprit pour nous en vouloir de lui dire avec un mauvais calembour : Malgré tout votre talent, vous êtes en but, Cbaumont... à quelques critiques que je me garderai bien de faire.

ZULMA BOUFFAR

Encore une enfant de la balle, comme la plupart de nos vrais artistes.

Malgré son nom et son prénom: Zulma Bouffar, qui ont fait trouver à Paul de Saint-Victor cette originale comparaison : « On dirait d'une plume d'oiseau de paradis sur un bonnet de coton, » malgré, disonsnous, ses yeux bleus et sa chevelure blonde, Zulma, qui se nomme aussi Madeleine, est... GASCONNE. — C'ost la ville de Nérac qui l'a vue naître, il y a aujourd'hui une trentaine d'années. C'est Savard qui l'affirme dans : Les Actrices de Paris.

Sa mère jouait en province et son père aussi ; ce dernier était excellent musicien et c'est à ses leçons que Zulma doit le goût et la méthode de son chant.

Elle débuta à six ans à Marseille, dans la Petite fille bien gardée, puis elle alla à Lyon où elle n'eut pas moins de succès.

Vers 1855, elle s'engagea dans une troupe de musiciens allemands qui allaient dans la patrie de Fow Johann-Mari a Farina. — Laissons Paul Mahalin décrire la scène dans ses Jolies actrices de Paris, puis, après lui, Albert \Yolff, dans les Mémoires du boulevard :

« C'était dans un cfastliauss de Cologne, un orchestre ambulant composé d'ophycléïdes poussifs et de clarinettes asthmatiques courait les rues. Entre les différents morceaux une petite fille chantait des gaudrioles. On l'appelait la Petite parisienne. Elle avait d'autant plus de succès qu'on la comprenait moins. Alors qu'elle attaquait les Bottes k Bastien, avec sa voix flûtée et ses mines espiègles, l'orchestre et les passants faisaient silence. On eût entendu le pas d'un puceron résonner sur le pavé...

« En Allemagne, dans les cafés chantants, raconte Albert Wolff, on ne paye pas d'entrée et les chopes n'ont pas encore atteint le prix impudent de quarante sous, comme dans les estaminets lyriques

de Paris ; seulement, de temps en temps un artiste de la troupe fait la tournée et récolte la petite monnaie sur une assiette.

Quand c'était le tour de la petite Zulma de se promener avec l'assiette, les pièces blanches pleuvaient de tous les côtés.

Elle était si mignonne.

Et son père avait une si bonne tête ! De temps en temps le père Bouffar daignait venir s'asseoir à notre table et accepter un verre, ou deux, ou trois, ou quatre, de notre petit vin du Rhin. Il avait le petit mot pour rire ce bon père Bouffar.

Un décret qui avait un instant expulsé les enfants de la scène l'avait soi-disant mis sur la paille et interrompu le colossal succès de sa fille au pavillon des Ambassadeurs.

Pour les bourgeois de Cologne le pavillon des Ambassadeurs était une succursale de l'académie impériale de musique !

Le père Bouffar parlait des splendeurs de Paris, du monde, du théâtre et des coulisses, il ne s'arrêtait qu'au moment où sa fille montait sur l'estrade pour chanter une chansonnette.

Alors ses yeux lançaient des flammes, son teint se colorait, tous les muscles de son visage se contractaient.

— Bravo ! bravo ! criait de temps en temps le nouveau Père de la débutante.

Et, s'adrcssant à ses voisins, il ajoutait :

« Ce sera une grande artiste. »

La prédiction paternelle s'est accomplie !

Son père l'amena alors à Paris, où elle contracta un bel engagement avec un caféconcert du boulevard de Strasbourg, mais avant qu'elle n'y parût, un décret vint qui interdit les exhibitions d'enfants. Ce que voyant, elle partit pour Bruxelles et se mit à chanter au casino des galeries Saint- Hubert en même temps que Darcier ; auparavant, on lui avait déjà entendu dire au casino du Marché-au-Poulet de petits duos avec i\P^^' Marie Gico (artiste de i'Opéra-Comique), qui avait alors onze ans.

Zulma avait une telle façon de débiter — en costume — ses chansonnettes, que les habitués de l'endroit n'avaient pas tardé à la surnommer, entre deux verres de faro, le Petit Prodige.

Nous la retrouvons ensuite à Liège, dans Grand-Papa Giiûrin et dans le Vieux Caporal, et nous l'y retrouvons déjà familière avec les ovations et les bouquets qui ne lui étaient pas ménagés.

Après être allé en Suède, à Stockholm, et en Danemark, à Copenhague, elle vint à Hambourg : là elle perdit son père. Sa

mère était morte depuis longtemps déjà, et la pauvre petite restait orpheline, à l'âge de treize ans à peine. Néanmoins elle continua ses tournées ; à Rotterdam elle rencontra un chanteur du nom de Jules Naza, qu'elle connaissait. Celui-ci la confia aux soins de sa femme , et l'emmena à Bruxelles où il la fit jouer au théâtre d'Ixelles qu'il dirigeait. Elle y passa deux années, puis elle revint à Liège où elle joua les ingénuités, les Déjazet, les soubrettes et où elle chanta l'opérette et tout le répertoire des Bouffes, à la grande joie des spectateurs que son jeune âge et sa gentillesse intéressaient tout particulièrement. Geoffroy qui était venu en représentation à Liège, reconnut tout ce qu'il y y avait d'étoffe dans cette mignonne jeune fille, et il voulut l'emmener à Paris, promettant de la faire entrer au Palais-Royal; M^'^Bouffar refusa et, revenant à Bruxelles, elle joua aux galeries Saint-Hubert.

De là elle retourna en Hollande et elle alla chanter l'opérette à Hombourg. C'est là qu'Offeiibach l'entendit, et qu'avec ce tact qui lui a fait deviner tant d'artistes aujourd'hui connus, tels que Berthelier, Désiré, Pradeau, Hortense Schneider, Marie Gico, Lise 'Tautin et bien d'autres, il s'empressa de lui faire ouvrir toutes grandes les portes des Bouffes-Parisiens. Elle vint à Paris signer son engagement;

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il était temps, car, aux Vai-iétùs, l'on avait entendu parler d'elle, et des pourparlers étaient sur le point d'avoir lieu. — iJienlôt elle partit avec la troupe des Bouffes pour Ems, et c'est là qu'Offenbach lui confia le sort de sa ravissante saynette, Lischen et Frilzchcn, qu'il avait écrite exprès pour elle en quelques heures. C'est dans ce même ouvrage qu'elle lit ses débuts à Paris, aux Bouffes, Elle joua après dans les Gcortjicnncs, un rôle épisodique de capitaine-nourrice qui confirma plus encore ses succès précédents.

Des Bouffes elle passa, avec sa grâce et son originalité pour armes et bagages, aux Folies-Dramatiques où on lui confia le rôle d'Eolin, dans Ja Fille de l'air ; puis après avoir été entendue au théâtre Lyrique dans la Flûte enchantée, elle revint aux Bouffes, et des Bouffes alla gazouiller au Palais-Royal, dans la Vie parisienne.

ya mine est mutine, sans effronterie; son jeu facile, sans laisser-aller ; elle est, si cela peut se dire, timidement hardie, quant à sa voix, vous savez à quel point elle est agréable surtout lorsqu'elle fredonne la musique d'Offenbach qui, décidément, n'a pas le mauvais œil pour tout le monde.

Au moment où nous allons mettre sous presse, Zulma Bouffar joue à St-Péters-

bourg et y obtient tous les triomphes et tous les honneurs de l'opérette Offenhachique. Attendons-nous à revoir bientôt toutes les rivières... de diamants de la Russie sur le cou de Zulma.

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