PALAIS DU TRIBUNAT
« Un décret impérial du mois de juin dernier ayant ordonné à l'administration du théâtre des Variétés-Montansier de quitter ce local au l*'^" janvier 1807, la direction fait construire une salle dans le jardin des Panoramas, boulevard Montmartre. Cette salle ne sera achevée qu'à Pâques prochain, et les acteurs, pendant cet intervalle, occupent la salle de la Cité.»
Mais toutes les réclames étaient impuissantes contre le déplacement; on allait interrompre les représentations, quand MM. Si'v,riii et Cliazet donnèrent la Fanulle des Innocents ; ce vaudeville joué par Brunet, Jol\ ^ audoré, Dubois, M"'*^ Caloiine, Cuisol, Drouvillc et Parroycr, oblint un succès prodigieux et permit d'attendre l'ouverture de la salle des Panoramas, boulevard Montmartre.
I^e teriain occupé par le (nouveau) théâtre des Variétés faisait partie d'une campagne couverte de prés et de légumes. Par un arrêt du 9 avril 1685, Louis XIV fit enlever les terres et aplanir les buttes et continuer la plantation du cours ou boulevard, depuis
la Bastille jusqu'à la porte Saint-Honoré. Une grande partie de terrain près de la porte Montmartre fut achetée en l'année 1104, afin d'élever une très-grande maison pour Thomas Pdviô, secrétaire du roi, sur les dessins de l'Assurance, de l'Académie d'architecture. Cette maison jouissaitd'une jolie vue sur la campagne et sur le cours. Elle fut occupée successivement par Nicolas Desmaretz, contrôleur général des finances , par le duc de Montmorency, maréchal de Luxembourg (troisième fils du grand maréchal), par Angélique de Neufville-Villeroi, duchesse de Luxembourg; enfin, cette vaste propriété fut vendue à M. Thayer. — En 1800, on ouvrit le principal passage qui communique de la rue Saint-Marc au boulevard. Ce passage doit son nom à deux grosses rotondes, entre lesquelles il se trouvait. Ces rotondes, appelées Panoramas, y furent établies en 1800. — Construite sur les dessins de Colorier, architecte, la salle des Panoramas fut heureusement terminée. L'inauguration eut lieu le mercredi 24 juin 1801 par un prologue de MM. Désaugiers, Francis et Moreau, intitulé : Is Panorama de Momiis, dont le succès fut des plus brillants.
Le cadre de ce tableau a été fort ingénieusement inventé pour prévenir le public du genre adopté par l'administration
et lui présenter en même temps tous les acteurs dans les pièces où ils ont eu le plus de succès et une scène dont le sujet était fourni par chacune de ces pièces. — Vingt couplets au moins de ce prologue ont été bissés. — Le succès du Panorama de Momiis fut immense et la vogue qui s'était attachée aux Variétés du Palais - Royal resta fidèle aux Variétés du boulevard }.Iontmartre. L'année 1807 envoya un renfort de deux jeimes comédiens pleins d'avenir. C'était Vernct et Odry; ils ne jouaient encore que des petits rôles, mais les auteurs travaillèrent pour eux et en firent des sujets précieux. — M^'^' Pauline, et Aldegonde entrèrent aux Variétés en 1808. Cette même année le public fut privé de Tiercelin, un de ses enfants chéris, et de la charmante Caroline qui avait une voix ravissante (M. de Ségur avait fait pour elle et Brunet une pièce intitulée : Dninet et Caroline). C'est à tort que l'on place l'entrée de Brunet comme associé aux Variétés avant l'année 1807, car c'est à cette époque que, conseillé par plusieurs personnes, il menaça de quitter le théâtre et de porter ses talents au Vaudeville de la rue de Chartres, si l'on refusait de l'admettre pour un cinquième dans l'administration. Ses amis lui répétaient souvent : « Vous êtes adoré du public; proiitez de l'influence que vous exercez sur
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la recette pour faire cette réclamation. »
nrunet lit violence à son caractère limide, et, après quelques débats, on acquiesça à sa demande et notre charmant comique fit partie de l'administration. Sa réputation toujours croissante faisait courir tout Paris. On ne disait pas : — Allons aux Variétés; on disait: — Allons chez Brune t.
Brunet, (jui était alors directeur et administrateur , déployant une activité sans égale, suffisait à toutes les exigences du théâtre, sans négliger ses rôles, et jouait souvent deux et trois pièces dans une soirée.
Dans une tournée qu'il fit en province, il joua avec Potier qui était alors au théâtre de Bordeaux. Brunet, loin d'être jaloux, engagea Potier, qui vint, en 1809, renforcer la troupe des Variétés qui, déjà, était la plus forte do Paris.
Paris n'aime pas les réputations que la province lui expédie loutes faites; aussi le public n'acccpta-t-il pas Potier tout d'abord; il alla môme jusqu'à le siffler; mais, au bout d'un an, le grand, l'inimitable acteur était enfin apprécié et faisait les délices de la capitale.
Tiercelin, qui était absent des Variétés en 1808, rentra en 1809; la même année, la fameuse M">"^ Vautrin et M"*' Julie Perset débutèrent au théàli e des Panoramas.
Après Potier, Lepeintre aîné se fit remarquer comme comédien do grand talent ; Lepeintre, la providence du vaudeville militaire, puis Legrand, jouant les suffisants avec une impertinence grave et comique tout à la fois ; à côté d'Odry, ce balourd si drôle, si amusant, si bête, on commençait à remarquer Arnal, qui créait des bouts de rôles, entre autres un greffier de la Carte h payer.
Une pièce de MM. Scribe et Dupin, intitulée : le Combat des Montagnes, devint aux Variétés la cause d'un grand scandale ; dans ce vaudeville, qui passait en revue tous les ridicules du jour, il avait introduit un jeune commis-marchand, sous le nom de M. Calicot, lequel portait éperons et moustaches , car alors beaucoup de très-pacifiques citadins , voulant se donner des airs de mal-contents, se laissaient pousser d'affreuses moustaches et faisaient sonner sur le pavé les talons de leurs bottes éperonnées avec un épouvantable fracas. — Gomme la paix était faite, chacun voulait passer pour ancien militaire et tout le monde voulait avoir été gelé a Moscou. Une centaine de commismarchands se crurent offensés dans le personnage de M. Calicot. Une cabale fut montée contre la pièce nouvelle, et, le dimanche suivant, elle croula au milieu des huées et des sifflets. On menaça même
Brunet de lui faire un mauvais parti, s'il remettait la pièce sur l'affiche.
L'autorité, ne voulant pas céder, ordonna que les représentations fussent continuées. Ml Scribe improvisa un prologue trèspiquant : le (^^fifô des Variétés, dans lequel Vcrnet remplissait le rôle d'un bossu d'une manière très-originale, ce qui doubla le succès, et, grâce au prologue, la pièce, qui n'aurait peut-être été jouée que quelquefois , tint l'affiche pendant deux mois consécutifs. Le nom de calicot devint proverbial, tout Paris chanta le couplet adressé aux commis-marchands qui portaient des éperons et des moustaches.
Air : de la Sentinelle.
Ah! croyez-moi, déposez sans regrets
Ces fers bruyants, ces appareils de guerre,
Et dos amours, sous vos pas indiscrets,
N'effrayez plus les cohortes légères.
Si des beautés dont vous causez les pleurs
Nulle cà vosyeux ne se dérobe,
Coutenlez-vous, heureux vainqueur,
De déchirer leurs tendres cœurs.
Mais ne déchirez pas... leur robel
Après la société Brunet, Crétu, etc., etc., la direction du théâtre passa aux mains de MM. Achille et Armand Dartois, lesquels eurent pour successeurs Dumanoir, puis Bayard (tous vaudevillistes).
Sous ces différentes directions, Vernet
et Odry, dont le succès allait grandissant après chaque création, remplacèrent peu à peu les vieux comédiens Brunet, Potier, Lefebvre, Tiercelin, etc., etc., qui quittèrent successivement le théàlre, soit pour se retirer tout à fait, soit pour jouer sur d'autres scènes parisiennes.
A ces noms de Yernet et Odry vinrent s'ajouter des noms nouveaux : Daudel, Brossant, Hyacinthe, Gabriel, Prosper Gothi, Adrien, Rouget, Brindeau, Hippolyte Tisserant, Alex Michel, Dubourjal, Kime (aujourd'hui au Théâtre-Français, qui était alors aux Variétés sous le nom d'Alphonse). A cette époque aussi débuta un artiste devenu presque célèbre aux Folies-Dramatiques, Dumoulin, M"^«« Jenny-Colon, Flore, Pauline, Pougaud, etc., etc.
Sous la direction Dartois, Frederick Lemaître vint passer quelques années aux Variétés, en compagnie d'Atala Beauchéne et y créa le Marquis de Brunoy, Keun et le Barbier du Roi d'Aragon. Deux autres artistes du drame passèrent aussi par les Variétés : MM. Francisque aîné et Matis. A Bayard succédèrent, comme directeurs , Jouslin de la Salle et Leroy, puis Nestor Roqueplan qui opéra une véritable révolution dans le personnel, en prenant Lafont au Vaudeville, Déjazet au Palais-Royal, et Bouffé au Gymnase; puis successivement venant de la province
OU d'autres théâtres de Paris , Hoffmann, Ch. Perey, Neuville ; Lepeintre aîné rentra aux Variétés aussi à cette époque, et Lepeintre jeune y débuta. Dressant et A. Michel engagés en Russie furent remplacés par iSIM. Gachardy et Paul Labat. Kopp débuta aussi aux Variétés en 1839, Les principaux emplois féminins étaient tenus par M'"^' Paul-Ernest , Judith , Saint-Marc , Thuillier, Boisgontier, Alice, Ozy, Pressant, Thibaut, Valence, Maria Vollet, etc., etc. La propriété du théâtre passa des mains de M. Thayer dans celles de M. Bowes, un riche anglais. En 1846, M. Thibaudeau succéda à Roqueplan, et M. Morin à M. Thibaudeau un an ou quinze mois après. Nouvelle révolution dans le personnel, qui se trouva alors composé de Arnal, qu'on avait enlevé au Vaudeville, ainsi que Leclère et de Numa qu'on avait pris au Gymnase, puis Lassagne aux Folies - Dramatiques ; Vernet et Odry quittaient définitivement le théâtre, ainsi que Bouffé, Déjazet et Lafont.
A M. Morin succéda M. Garpier, qui prit la direction en 1850 et fit de grands changements dans la salle. Le personnel de M. Garpier se composait de Arnal, Numa, Leclère, Lassagne, Gh. Perey, Kopp, Danterny, Paul Devaux, Deshayes, Henry-Alix, Mutin; M'"^^ Page, Doisgon-
VARIÉTÉS ^i
thier, Alice Ozy, Constance Max-Deshayes, Scrivaneck, Dressant, Jenot, etc., etc.
M. Garpier fut remplacé par une gérance pour le compte du propriétaire, M. Bowes. Les deux gérants étaient ÎNIM. Laurencin et Zacheroni.
Enfin, le 7 juin 1855, M. Hip. Gogniard prit la direction qu'il ne quitta que le l''^ juillet 1869. Il fut remplacé par M. Bertrand, le directeur actuel.
Le personnel de INL Gogniard fut à peu près le môme que celui de la direction Garpier; quelques-uns moururent, d'autres quittèrent, et c'est pour combler les vides que M. Gogniard engagea successivement Levassor , qui avait déjà appartenu aux Variétés en 1844. Il réengagea également pour un certain temps Bouffé et Déjazet, puis les engagements nouveaux de ceux qui devinrent plus tard les chefs d'emplois : MM. Dupuis , Grenier, Ambroise , Ghristian , Hittemans , Baron; M'"^^ Schneider, Alphonsine, etc., etc. Depuis 1856, c'est M. Ghabrier qui est propriétaire de la salle. Le personnel se trouve composé aujourd'hui de :