LE FOYER
(de 1815 à 1874)
Interrogez les contemporains, ils s'écrieront : « Oh! les charmantes soirées! Dans la salle, quelle foule! sur la scène, que d'esprit; au foyer, que de bons mots, que de gaieté, que de bêtises. » Combien de personnages des plus huppés venaient s'y distraire des pompes et de la glorieuse comédie du jour. Le foyer des Variétés
éclipsait ceux des Français et de Feydeau.
Au Théâtre-Français, il prenait tous ses vieux habitués, tous les débris les plus élégants et les plus musqués de la vieille société; à Feydeau, il enlevait pour le passe-temps de ses entractes la lieur du nouveau régime. Les vaillants colonels, les peintres en vogue, les compositeurs goûtés, les chanteurs en renom, les maîtres de la danse et les poètes. Faut-il nommer à la hâte et pêle-mêle : Ségur, Carie Vernet, Lasalle, Picard, Esmenard, Garât, Vestris, Hoffmann, ]sléhul ; on y a vu M. de Lauraguais, INI. de Boufflers et Montrond, ce double de Talleyrand et d'Aigrefeuille, le roi des parasites, l'ami de l'archi-chancelier; on va môme jusqu'à prétendre que la perruque de Cambacércs y parut une fois. Mais aussi quelle troupe réjouissante, hélas! et quel nécrologe!
Yaudoré, Joly, Duval, Tiercelin et Brunet l'inimitaljfe ; tous comiques délicieux que devaient remplacer les Potier, Vernet, Legrand, Cazot , Bosquier, Odry, Grasset, aujourd'hui remplacés à leur tour par d'autres illustrations. Des curieux qui veulent tout savoir, même ce qui ne vaut pas la peine d'être su, vont s'enquérir peut-être des auteurs qui ont fait les délices de la scène et du foyer des Variétés. Pour cela, consultez les Annales
du Caveau; le Chansonnier des Grâces, les Dîners du Vaudeville. Vous y trouvez les noms et les œuvres de ces auteurs. De même que la scène et les acteurs, le foyer du théâtre des Variétés a éprouvé des modifications et des métamorphoses.
Son nom se retrouve à toutes les pages du livre de ses destinées. Succès, auteurs et acteurs ! bon Dieu ! avez-vous varié !
L'excellent Brunet aurait bien de la peine à reconnaître son monde et son foyer. D'abord on y a mis des bustes, on y a moulé en plâtre des gloires comiques. Brunet y retrouve son cher Potier sous un masque et dans un appareil qu'on a rendu (pourquoi?) le plus sérieux possible. C'est ici, du reste, que les biographies de ces gloires comiques, présentes encore à tant de mémoires, doivent trouver leur place.