Foyers et coulisses
M. Comte, qui fut physicien du roi, établit d'abord son spectacle de prestidigitation dans la salle de la rue Dauphine en 1809. On le transféra successivement à l'Hôtel-des-Fermes, rue de Grenelle-Saint- Honoré, puis dans la salle du Cirque de la rue Monthabor, où il ouvrit ses portes en janvier 1817. Il avait obtenu l'autorisation de jouer des pièces à tableaux, sous la condition expresse que les acteurs seraient séparés du public par un rideau de gaze, et que, dans les entr'actes , M. Comte ferait des tours de physique amusante.
Cette combinaison eut à peine un mois d'existence. M. Comte continua son spectacle au café de la Paix, salle Montansier.
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De là, il transporta ses pénates dans la galerie St-Marc, passage des Panoramas, en 1820, où il commença à mêler aux tours lie cartes et autres, de petites pièces jouées par des enfants. De ce jour M. Comte obtint le privilège d'appeler son théâtre : « Théâtre des Jeunes Acteurs. »
Ayant réussi, M. Comte résolut d'avoir une scène plus vaste et il fit construire à cet effet, en 1826, dans le passage Choiseul, un théâtre dont la façade donnait sur la rue Monsigny, n^^ 4.
Elevé sur les plans de MM. Brunneton et AUard, architectes, ce théâtre fit son ouverture le 23 janvier 1827, sous le nom de : « Théâtre des Jeunes Elèves, :■> avec cette devise sur ses affiches et ses billets de toutes couleurs :
Parles mœurs, le bon goût, modestement il brille. Et sans danger la mère y conduira sa fille .
Le personnel du nouveau théâtre était composé comme suit :
M. Comte, directeur.
M. Armand-Domergue , régisseur général.
M. Berthond, 2^ régisseur.
M. Brochard, inspecteur.
M. Bougnol fils, souffleur.
M. Martin, contrôleur général.
Parmi les artistes engagés à cette époque nous retrouvons :
Brazier (l'auteur); Hyacinthe (aujourd'hui au Palais -Royal) ; Burquin ; Beaucé (le père) ; Picard ; Williams (l'inséparable de Lebel) ; Mercier ; Berger ; Sainti; Aristide Court; Josse (mort régisseur général de la Porte -St -Martin) ; Achille Launoy; Gurey; Francisque jeune; Alfred (dit le petit bossu); Paulin-Ménier; Paul Labat; Ratel (le mime); Montero (idem) ; Morand ; Subrat, dit Dupontavisse (aujourd'hui directeur du théâtre Beaumarchais) ; Alexis ; Cointot, dit de Provert ; Desmont ; Bourguignon ; Charles Choux; Ambroise, etc., etc.
j^I^pTies Adélaïde ; Clémentine ; Coraly ; Constance ; Emilie Cavalier (devenue M^^^Gaspari); Hortense Cavalier ; Esther ; Aline Duval (actuellement aux Variétés) ; Florentine Collet; Saintive; Lauri; Rosalie ; Henriette Bertrand ; Fanny-Kleine ; St- Albin (plus tard M™® Desmont, le charmant Aubin de la Maison du Baigneur), etc., etc.
A cette époque, le Gymnase Enfantin, situé passage de l'Opéra, ayant brûlé, sa troupe vint demander asile à M. Comte qui compta ainsi, entre autres nouveaux artistes Poulet, Rubel, Colbrun et Alphonsine, la joyeuse actrice des Variétés et du Palais-Royal.
A partir de cette époque, le théâtre fit des recettes suffisantes.
L'habile physicien possédait fart d'attirer le public sans autre magie que son intelligence. 11 avait des réparties charmantes, une manière de terminer la soirée d'une façon toute galante pour les dames. Au commencement, M. Comte annonçait à son public qu'il ferait disparaître toutes les spectatrices à la fin du spectacle. Après des tours de prestidigitation des plus habiles, M. Comte se présentait les mains vides en disant : « Messieurs, je vous avais promis au commencement de cette soirée de faire disparaître toutes vos dames (et ici le galant physicien faisait apparaître miraculeusement un splendide bouquet de roses en ajoutant) : Veuillez me dire si elles ne sont pas toutes réunies là? » Aussi ce public composé d'enfants et de grandes personnes ne tarissait-il pas ; mais un décret ministériel de 1846 défendit tout à coup aux directeurs d'engager sur leurs théâtres des enfants âgés de moins de 15 ans. M, Comte continua néanmoins de représenter des ouvrages enfantins avec cette simple différence qu'il les fit interpréter par des jeunes gens.
Les pièces du théâtre Comte, dont nous
donnons ci-dessous la nomenclature, rapportaient à leurs auteurs un droit fixe de 8 et 5 francs par acte, ainsi que l'attestent encore aujourd'hui les registres de la Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques.
Nous donnons ici les titres des pièces représentées sur le théâtre Comte de 1832 à 1845.
Jonas, les lies Marquises, une Fille de la Légion d'honneur, Jocrisse corrigé, le Moulin, les Deux Roses, le Père ouvrier, le Premier pas dans le monde, l'Ange gardien, le Jugement de Salomon, la Dot d'Auvergne, le Petit Chaperon-Rouge, les Entants terribles, les Hommes de quinze ans , Pauvre enfant ! Grippe-Soleil , la Jeunesse d'un grand roi, la Fille colère, les Charpentiers, Byron a l'école d'HarrOM' (par les frères Cogniard); le Prix Monthyon, la Peau de singe (de Williams du Chatelet), la Mère Michel, le Bal masqué, l'Artiste et le Soldat, les Ombres Chinoises, Une Mère, la Duchesse, Madame de Genlis, les Petits Souliers (par D'Ennery), la Préface de Gil-Blas, l'Ouvrier de Paris, Duguesclin, le Précepteur de son maître, la Caisse d'Epargne, le
Pèlerinage, la Dame voilée, Kelly, le Bon et le Mauvais chemin, Kean, le Peloton de fil, l'Enfant de troupe, l'Expiation, le Mariage des morts, l'Atelier de Charlet, l'Avare, Racine en famille, le Troc des âges, la Longue paille, Mille écus, les Bas de soie, l'Enfant volé, la Jeune Fille et la Jeune Fleur, les Cinq couverts, la Menteuse, C'est avoir du Bonheur, le Garçon à trois visages, Paul et Virginie, le Cordonnier, les Aventures de Jean- Paul Choppart, Mélusine, les Bats, l'Etudiant, les Enragés, les Anglaises, Si J'étais grand, la Beine en famille, la Petite Gouvernante, le Lapin couronné, les Coups de pied, Annihal et Carrache , Voltaire chez Ninon, Château d'Arcueil, la Jeunesse de Voltaire, Louis XV, l'Audience du roi. Tourniquet, Dévorant I^^, les Plaisirs de la chasse, la Fée Urgande, les Niches de César, le Gentil Hussard, la Pie voleuse, le Parapluie enchanté, Michel-Cervantés, Perrin et Lucette, Biquet à la houppe, le Fils du Pêcheur, Kokoly, Monte-Christo, les Troupiers en gage, Cromwell , les Jeunes Lions, le Conscrit de Chatou, le Menuisier de Nanterre (par Xavier de Montépin) , les Poires de bon chrétien (par Jules Adenis), A la fraîche qui veut boire (par le général Berruyllier, dont le nom est gravé sur l'Arc de Triomphe, les Bestes d'un gigot (par M'"^ Ancelot et
IJOUFFES-PARISIENS 13
le marquis de Redon), l'Homme de Carentan , les Mystères de la vertu (par Xavier de Montépin); 7a Fée de Bretagne, la Partie de dominos, Monsieur Jean, le Turban du Marocain, le Marin, la Mort aux rats, Ah ! Mon bel habit ! l'Auberge du crime, la Maison des fous, l'Enseigne ou la Destinée, la Poule, une Femme du Peuple, Don Quichotte, les Deux Edmond, un Mari en état de siège, les Saltimbanques de Romorantin, le Marquis , En Californie, le Mariage au bâton. Pris dans ses filets, le Fils du Rempailleur, le Bureau d'omnibus, le Père du débutant, une Première faute, les Deux Mousquetaires, le Petit Prophète, un Voyage dans l'air, Catherine Howard, Jérôme Paturot, le Parleur éternel. Page et Baronne, le Berger de Normandie, la Vendetta, la Marraine, 90, 92, 94, les Enfants modèles, les Talismans du Diable, Colombe et Hibou, le Philanthrope, le Compère Gui 1 1er i , Bouillis et Rôtis, le 10 Décembre, la Bûche de Noël, l'Aveugle et le Voyant, la Croix d'or, les Frères féroces, les Rentes viagères. Arlequin dans un œuf, la Demoiselle et la Dame, Paris en loterie, le Savetier de Séville, la Belle et la Bête, le Musée pour rire, Gargantua, un Ballon dans le soleil, la Poudre de Perlinpinpin, Je Bonheur dans la famille, la Queue du diable vert, la Tirelire blanche, Vinaigre
li LOYERS ET COULISSES
et moutarde, le Parapluie fantastique, la Fée poulette, l'Elève de Saumur, les Trois Bossus de Damas, les Mille et un guignons de Guignol, A bon chat bon rat, le Lièvre et la Tortue, les deux Dîners, Royal-Bonbon, la Niche de Tom, Petit Jacques, le Père Langevin, etc., etc., etc.
Cependant le décret de 1846, qui avait forcé Papa Comte de se séparer de ses chers enfants, le découragea à ce point qu'il céda son théâtre , pendant quelque temps, à un nommé Lefebvre, auquel devait succéder l'homme intelligent, le compositeur émérite, qui allait fonder les Bouffes-Parisiens, passage Choiseul, au lieu et place du Théâtre Comte.
Nous empruntons une grande partie des détails qui vont suivre à Argus.