JACQUES OFFENBACH
Est né à Cologne, en 1820. Son père, qui était maître de chapelle, fit son éducation musicale. A treize ans, Offenbach, doué d'un talent de violoncelliste déjà
remarquable, entrait au Conservatoire. Il en sortait bientôt pour prendre une place dans l'orchestre de l'Opéra-Comique, aux appointements de 88 francs par mois.
Placé au même pupitre que Seligmann, il avait imaginé, de concert avec celui-ci, le moyen suivant pour ne pas se fatiguer à faire sa partie. P^n effet, au lieu de l'exécuter comme elle était écrite, il était convenu avec Seligmann qu'il se contenterait, lui, Offenhach, d'en jouer la première note, Seligmann la seconde, Offenhach la troisième et ainsi de suite. Il va sans dire que cette exécution fantaisiste plaisait peu à Valent i no, le chef d'orchestre d'alors.
Offenhach occupait les loisirs que lui laissait son violoncelle, à composer des opéras qu'il espérait bien faire jouer un jour... ou l'autre. C'est à cette époque qu'il composa les airs d'un vaudeville célèbre, joué au Palais-Royal : Pascal et Chamhord, d'Anicet Bourgeois et Brisebarre. Plus tard , il fit représenter au théâtre de la Tour d'Auvergne un opéra comique qui peut passer pour sa première pièce. Il était intitulé : l'Alcôve, et était chanté par Barhot, Malezieux et M^'^ Rouvray. Il se mit aussi à faire des romances et des chansonnettes, et eut la singulière idée de mettre en musique...
devinez quoi"?...
Les Fables de La fontaine! qui eurent un immense succès.
En 1847 Arsène Houssaye, étant directeur de la Comédie-Française, fit appeler Offenbach et le nomma chef d'orchestre de la maison de Molière (style consacré). La place était belle et flatteuse assurément, mais la musique de scène qu'il avait à composer, pour accompagner les entrées et les sorties des personnages de tragédie et de comédie ne pouvait satisfaire l'ambition du futur maestro qui sentait le génie musical prêt à sortir armé de pied en cap de son cerveau.
Il n'eut cependant qu'à s'enorgueillir des relations que lui valut son bâton de chef d'orchestre. Au Théâtre-Français il connut Alfred de Musset, qui lui confia les couplets du Chandelier que le poète faisait répéter lui-même, rue Richelieu.
Sans Musset, Offenbach n'aurait donc pas composé cette adorable Chanson de Fortunio, qui lui inspira quelques années plus tard le délicieux opéra comique intitulé, lui aussi : La Chanson de Fortunio. Mais Offenbach ne voulait pas vieillir au Théâtre-Français. Il multiplia ses concerts le plus possible avec le concours d'artistes comme Roger, Hermann-Léon, et j^/mes Ugalde et Sabatier à qui il fit jouer ses petits opéras comiques (le mot opérette n'était pas encore inventé), c'est
ainsi qu'il donna dans un festival à la salle Hertz: le Trésor a Matburin, devenu depuis : le Mariage aux lanternes. A la suite de la Révolution de 1848, Offenbach quitta la France et employa ses loisirs forcés à composer des opéras, notamment un grand : la Duchesse cl'Alhe, qu'il ne put jamais caser nulle part. C'est alors qu'il comprit que le meilleur moyen pour se faire jouer c'est d'être directeur soi-même.
Aussitôt pensé, aussitôt fait, La salle du prestidigitateur Lacaze (il était voué à la prestidigitation!), située aux Champs- Elysées au carré Marigny, était à louer. Offenbach la loua, et le 5 mai 1855 (année de l'exposition) il inaugurait le théâtre des
BOUFFES-PARISIENS, salle d'été.
C'est ici que le privilège, qui lui fut accordé pour son exploitation, mérite une mention particulière. Le Ministère autorisait Offenbach à jouer des saynètes à trois personnages au plus; peu après quatre furent accordés, ce qui décida l'impresario-maëstro à en solliciter cinq qui lui furent refusés net; ce que voyant, Offenbach introduisit dans Croquefer ua
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personnage muet , auquel il donna un rôle de chien, qui obtint le . succès fou dont tout le monde se souvient.
Le spectacle d'ouverture des Bouffes- Parisiens (aux Champs-Elysées) était composé d'un prologue de Méry : Entrez, Messieurs, Mesdame>i, d'tnie pantomime :
les Statues de l'Alcade et des Deux Aveugles; cette saynète, aujourd'hui plus de deux fois centenaire ! Puis apparurent successivement, sur l'affiche et sur la scène : Madame Papillon , Après l'été, Pierrot clown, Péri net te, la Xuit blanche, Elodie, un Postillon en gage, le Rêve d'une nuit d'été, le Thé de Polichinelle, une Pleine- Eau, les Pantins de Violette, Vénus au Moulin, d'Ampiphros, les Dragées du Baptême ,Marinctte, la Parade, Tronih-alca~zar.
Les recettes encaissées pendant l'année 1855 atteignirent le chiffre inconnu Jusqu'alors de 334,189 francs 35 centimes, et les auteurs encaissèrent la somme de 33,311 francs 75 centimes.
Il y avait loin de ce chiffre élo(juent à celui de S francs 50 centimes par Jour sous M. Comte !
La troupe de >L Offenbach se composait de M>L Prad.eau (fraîchement débarqué
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de Toulouse), Bei'tlielier, que l'on avait enlevé au concert de la rue du Heldei-, Dai'cier, M'^^ Schneider, qui fit ses débuts dans Tromh-al-cazar, M''*" Macé (aujourd'hui M™^ Montrouge) et Dalmont.
Ces artistes de talent obtinrent un tel succès avec le répertoire d'Offenbach , que ^I. Comte n'hésita pas à placer son théâtre sous l'invocation heureuse de ce compositeur. Le théâtre Comte rouvrit ses portes au mois de novembre 1855, sous le titre de : Théâtre des Bouffes- Pari siens,
SALLE d'hiver.
On connaît la suite :
IjCS sept années de la direction Offenhach aux Bouffes auront été sans contredit les plus belles et les plus fructueuses de ce théâtre.
Le célèbre maestro a touché jusqu'à iOO,000 francs de droits par an à la Société des auteurs et compositeurs dramatiques ; «'/est qu'aussi pas un ne sait prêter plus habilement son concours à tous les genres scèniques sans exception. Nouveau Gusman, il ne connaît pas d'obstacles. Sur tous les théâtres d'Europe on a entendu et applaudi sa musique, qu'elle fut d'opéra, d'opéra-comique, d'opérette, de drame, de féerie ou de vaudeville. Son talent n'a pas seulement enrichi les Bouffes, il n'a cessé de faire tomber une pluie d'or sur le théâtre des Variétés, qu'il a gratilié des plus beaux fleurons de sa couronne : ia
Belle Hélène, la Grande Duchesse, la Perichole, Barhe-Bleue et les Brigands.
Voici, d'après un journal américain, le Baltimore- Gazette, V origine d'Orphée aux Enfers et de la Belle-Hélène.
« Offenbach, alors qu'il était chef d'orchestre au Théâtre-Français, a été tellement saturé et dégoûté de tragédie classique, qu'il s'en est vengé depuis en composant ses opérettes. «
M. Offenbach a pris la direction du théâtre de la Gaîté, après la mort de M. Boulet, le 18 juin 1873, et l'habile imprésario nous a prouvé, dès le jour de la première du Gascon (le drame de réouverture), que le choix des artistes et la mise en scène, sont choses auxquelles il s'entend d'une façon admirable. Ses succès comme directeur ne l'ont pas empêché d'obtenir de nouveaux triomphes comme compositeur. Nous n'en voulons pour preuve que les deux actes nouveaux qui se jouent à la Renaissance Pomme d 'Api et la Permission de dix heures.
Offenbach a composé, à l'heure qu'il est, plus de quatre-vingts opéras, c'està-dire quelque chose comme plus de deux cent cinquante actes de musique, c'est un travail de trois hommes pour un seul, aussi le succès le plus immense , le succès le plus incontesté a-t-il sacré Offenbach compositeur français bien avant sa
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naturalisation. Le célèbre maestro a tous les honneurs qu'un artiste puisse rêver; le ruban de la Légion d'honneur brille à sa boutonnière depuis une douzaine d'années.
La fortune non plus ne lui a pas été rebelle, au contraire. Avant d'arriver à Etretat, le touriste peut voir la villa Orphée, magnifique propriété où, dès que vient la belle saison, le célèbre J. Ot' fenbach va se reposer (toujours en travaillant) au milieu d'une charmante famille qu'il adore et dont il est adoré.
Nous devions bien ces souvenirs biographiques à celui qui est la personnification même des Bouffes, dont son nom est inséparable. Offenbach, quoi qu'on dise, ne changera jamais la devise qu'il a prise il y a plus de trente ans, en nous apportant son talent :
Français de cœur, Parisien d'âme.
Pendant l'année qui suit l'ouverture, le répertoire des Bouffes prend de l'importance de jour en jour. Les succès nouveaux ont pour titres :
Le 66, Ba-ta-clan, les deux Vieilles Gardes, l'Orgue de Barbarie, le Savetier et le Financier, M'sieu Landry, Six demoiselles à marier, la Rose de St-Flour, Pépita, les Trois Baisers du diable, la
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Bonne d'enfants, devenant de Pontoise, Croquefer, le Violoneux, Après l'orage, Dragonette, le Docteur Miracle, le Roi boit, Pomme de Turquie, l'Opéra aux fenêtres, le Duel de Benjamin, Vent du soir.
La salle Choiseul ferme ses portes le 21 juillet et transporte ses artistes et son répertoire aux Bouffes-Parisiens d'été, aux Champs-Elysées.
Là, on joue: la Demoiselle en loterie, (jjour les débuts de Désiré), la Momie de Roscoco, l'Imprésario, au Clair de la lune. Rompons! le Troisième Larron, les Deux Pêcheurs, les Petits prodiges et Bruskino.
Pendant ces créations, la moitié de la froupe des Bouffes commençait la réputation d'Offenbach à l'Etranger en jouant son répertoire sur le théâtre St- James, de Londres.
On crée aux Bouffes d'hiver, du 5 septembre 1857 à fin mai 1858 :
Le Chimpanzé, Mlle Jeanne, Simonne, Maître Béton, les Dames de la Halle (de A. Bourdois et A. Lapointe, musique de J. Offenbach), (première représentation le 3 mars 1858) , et la Charmeuse.
Pendant la clôture, du 1^^ juin au 18 septembre, les Bouffes vont en représentations à Marseille et à Berlin.
La troupe joue à Kroll-Theater pendant un mois avec frais garantis, et ce mois terminé elle se transporte à Victo-
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ria-Thôatre où ses représeiilalions sont infructueuses, à ce point que les artistes restent en plan chez leur hôtelier. « Nous voilà accrochés » disait Désiré à ses camarades ; fort heureusement qu'un envoi d'argent de Paris ne se fit pas attendre. l.a troupe voyageuse rentra au théâtre du passage Choiseul pour l'époque de la réouverture annuelle, et ce fut le 21 octobre 1858 qu'eut lieu la première représentation de Orphée aux Enfers, opéra bouffe en quatre tableaux, paroles de Hector Crémieux et Ludovic Halévy, musique de Jacques Offenbach, dont voici la distribution et l'interprétation exactes de la création :
Jupiter Désiré
Pluton-Arislée Léouce
Orphée ' Tayan
John Styx Bâche
Caron DuverDoy
Cerbère Tautin père
Ces deux derniers rôles furent supprimés à la douzième représentation.
Mercure Jean-Paul
Morphée Marchand
Ce rôle ne fut joue que pendant trois représentations.
Eurydice Lise Tautin
qui fut sans contredit la première étoile des Boulîes.
Vénus Garnier
Cupidon Coraly Guffroy
Elle a créé depuis héloïse et abélard sous le nom de Coraly Geoffroy, aux Folies- Dramatiques.
Minerve Cico
Depuis premier sujet de rOpéra-Comique.
L'Opinion Publique
Ce rôle, jusqu'au jour de la répétition générale y compris, fut tenu par M. Guyot. L'administration ayant changé subitement d'idée, ce rôle fut retiré à à M Guyot et confié à M"' Macé (depuis M"* Montrouge).
La pièce eut 228 représentations consécutives.
La 2-28^ , sur la demande de l'Empereur, fut donnée aux Italiens. La recette se monta à 22.000 ù\ Le spectacle était composé de :
1° La Joie fait peur, jouée en lever'^de rideau par les artistes du Théâtre-Français ; 2'' Orphée , avec un renfort des chœurs et de l'orchestre des Italiens. | Le spectacle était terminé par le Musicien de l'avenir, scène jouée par MM. Désiré Grétry, Desmont Gliick, Triet Mozart, Duvernoy Beethowen et Bonnet qui faisait le Musicien de l'avenir. Cette représentation extraordinaire eut un succès triomphal. Orphée aux enfers a, jusqu'à ce jour, été interprétée par différents artistes. La distribution mère a été bien souvent changée. Eurydice fut jouée tour à tour
parM^i^ Testée, M^^ Guffroy et par la célèbre M™® Ugalde, qui tint le rôle pendant 100 représentations de suite. Le rôle de Cupidon, lui-même, fut doublé par M^i^^ Paurelle, Rose Deschamps (qui a été à la Comédie-Française), AP*" Gervais, et enfin par une célébrité du monde galant : M^'® Cora Pearl
Pour jouer ce rôle de Cupidon, W^^ Cora Pearl s'était fait faire des cothurnes, retenues par quatorze gros boutons en diamants. Les banquets de la centième et de la deux centième, d'Orphée aux Enfers, furent offerts chez Yéfour par les heureux auteurs : Hector Crémieux, L. Halévy et Jacques Offenbach : toute la presse artistique et l'élite du monde théâtral y furent invitées.
Deux autres ouvrages virent le jour, ou plutôt le feu... de la rampe, pour escorter Orphée, c'étaient: Frasquitta et les Dames de cœur volant (cette dernière pièce, d'Armand Lapointe, avait été jouée au Vaudeville sous le titre de : La Chasse à la veuve).
La salle d'hiver clôture le 6 juin 1859, et la salle d'été rouvre le 1 du môme mois.
Sont créées aux Champs-Elysées :
L'Ile d'amour, l'Omelette à la follembuche, le Mari a la porte, les Vivandières de la cinquième armée, le Fauteuil de mon oncle, Dans la rue (de Léonce, l'artiste), la Veuve Grapin, le Major
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SchhiggniRun et la Polka des sabots.
Le l^"" septembre , réouverture des Bouffes, passage Choiseul, et le 19 novembre , première représentation de :
Geneviève de Brabant, opéra bouffe en trois actes, de MM Grémieux et Trefeu, musique de Jacques Offenbach. La pièce n'eu! que cinquante représentations, et une première quelque peu orageuse.
C'est à l'occasion de cette pièce que la direction obtint de faire venir chaque soir deux gardes municipaux, qui se tiendraient à cheval à la porte du théàtie, pour faire prendre la file aux voitures.
Hélas 1 les municipaux ne vinrent que deux jours..., les voitures, elles, ne venant pas ! Les auteurs eurent beau changer la fin de leur Geneviève de Brabant, celle-ci n'en parut pas meilleure, et cependant nous constatons que la même pièce, reprise aux Menus-Plaisirs le 26 décembre 1867, y obtint un très-grand succès, grâce à l'addition de deux rôles grotesquement typiques : Les deux bonnnes d'armes.
Au lendemain de Geneviève de Brabant.
les artistes des Bouffes se mirent courageusement à l'œuvre, et en moins de trois semaines le théâtre du passage Choiseul obtint un nouveau succès avec : le Carnaval desBevues, de MM. Grange et Philippe Gille, musique d'Offenbach. — Un détail inédit à ce sujet :
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Le neuvième tableau de la revue était une sorte de pot-pourri de tous les opéras et opéras comiques mêlés aux opérettes du maestro des Bouffes ; ainsi on y entendait : Orphcc, de Gluck, et Orphée, d'Offenbach ; les chœurs (VHereulaimm, de Félicien David, les Deux Aveugles, et ainsi de suite.
Rien de plus charmant ni de plus original , au dire des auditeurs ; mais voilà qu'à la répétition générale, Offenbach trouve que ce tableau fait longueur :
« J'éhrouve, dit-il, le pesoin de vaire un hetite goupure » et il coupe le tableau tout entier, prouvant ainsi qu'un compositeur habile doit sacrifier sa musique à l'action.
On avait créé encore : le Nouveau Pourceaugnac, Croquignol XXXVI, Madame de bonne étoile, Daphnis et Chloé, C'était moi ! le Petit Cousin (H. Rochefort), Titus et Bérénice, le Sou de Lise. Jamais recettes n'avaient été aussi belles qu'en cette heureuse année 1859, qui avait fait encaisser 419,581 francs 10 centimes.
Clôture le 20 mai 1860. La troupe va en représentations à Amiens, d'Amiens à Bruxelles et de Bruxelles à Lyon. Retour aux Bouffes en septembre, et reprise d'Oi'phée aux Enfers, avec M'^^ Ugalde ; nous en avons déjà parlé. On crée : l'Hôtel de la poste, le Mari sans le savoir, par M. de Saint-Rcmy (le duc de Morny),
les Musiciens de l'orchestre , les Deux Buveurs, le Pont des soupirs (première représentation le 23 mars 1861), la Servante à Nicolas , les Eaux d'Ems.
Clôture le 29 mai. Voyage de la troupe à Vienne (Autriche) où elle a un immense succès, et Offenbach, un plus immense encore. De Vienne on va à Pesth (Hongrie) et de Pesth à Berlin. Là, deuxième accrochage chez le même hôtelier qui menace de garder les malles et de mettre nos artistes dehors. Nouvel envoi d'argent de Paris. Mise en liberté. (Il était écrit que la Prusse ne ferait jamais le bonheur de nos nationaux.) Avant de rentrer à Paris la troupe s'arrête à Bruxelles, où elle regagne ce qu'elle a perdu à Berlin.
Réouverture des Bouffes le 14 septembre par la première représentation de Monsieur Choufleuri restera chez lui le..., ce petit chef-d'œuvre bouffon que le duc de Morny écrivit, un jour qu'il avait accordé un congé à l'homme d'état, en collaboration avec Ludovic Halévy.
Cette plaisante opérette fut jouée poui' la première fois sur le théâtre de l'hôtel de la Présidence, devant une réunion d'intimes, parmi lesquels se trouvait Napoléon III, qui n'était pas plus empereur ce soir-là que M. de Morny n'était président du Corps législatif.
Bâche (l'un des créateurs de la pièce)
ne se montra pas satisfait de la loge qu'on lui avait donnée. Il saisit M. de Morny par un bouton de sa redingote et lui dit familièrement:
— Mon cher ami, faites -moi donc donner une autre chambre... avec quelques biscuits dedans,., et une bonne bouteille de vin....
Puis , se tournant vers un valet de chambre :
— Du meilleur, vous savez, lui dit-il, comme si c'était pour vous !
Quelques instants avant le lever du rideau, M. de Morny entra dans les coulisses pour donner à tous les détails de mise en scène le coup d'œil du maître.
S'approchant de ce pauvre Désiré, il lui demanda s'il avait bien tous ses accessoires.
— Parfaitement, répondit Ghoufleuri qui tremblait déjà d'émotion.
— Surtout, vous n'avez pas oublié votre tabatière ?
— La voici !
— Voyons, dit M. de Morny en prenant la tabatière que lui montrait l'artiste. Mais ce n'est pas cela du tout, ajouta-t-il. Songez, monsieur Désiré, que vous jouez dans la pièce le rôle d'un riche bourgeois. Tenez, voilà ce qu'il vous faut !
Et il lui tendit une superbe boîte en or, enrichie de toutes les pierreries désirables.
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Impossible de faire accepter un cadeau d'une façon plus charmante.
Quant à Léonce, qui jouait M"-^ Balandard en sa qualité de diva, il reçut un magnifique }30uquet qu'il porta toute la soirée avec la coquelterie la plus sérieuse.
Ce ne fut du reste pas son seul succès de jolie femm.e. Un soir aux Bouffes, après la représentation , un provincial naïf lui fit parvenir dans sa loge une invitation à dîner pour le lendemain.
Vous jugez de la stupéfaction du malheureux , dit le Figaro qui raconte la chose, quand, au lieu de l'être gracieux (ju'il attendait avec impatience , Léonce vit arriver un homme, et i circonstance aggravante) un homme dont le nez était agrémenté de lunettes Ideues.
On donna successivement les premières représentations de : Apothicaire et Perruquier, la Baronne de San Francisco, et le Roman comique, qui ne fut joué qne vingt-huit fois.
Clôture annuelle et nouveau voyage de toute la troupe {on ne Jouait pJus depuis longtemps aux Champs-Elysées). Artistes et répertoire vont se faire applaudir en
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Allemagne, en Belgique et en HoUaniîe, sous la direction de M. Varncy, qui dans ( otte année venait de succéder à M. Offenhach. Pauvre Varneyl je le vois encore, mouillant son doigt et l'élevant en l'air pour savoir... d'où vient le vent!
Présentement M. Varney est à Bordeaux, directeur de la société musicale Sainte-C'écile.
Réouverture en septembre.
On crée : Monsieur et Madame Deuis, une Fin de bail, le Voyage de MM. Dunanan père et fils (première représentation le ±2 mars 186-2), Un premier avril, l' Homme entre deux âges, Jacqueline.
Réouverture en septembre :
On crée : M. Pygmalion , les Bavards (première représentation 10*20 février 1863).
Le théâtre ferme ses portes le 30 avril 1863 pour cause de démolition de la salle, qui doit être reconstruite sur le même emplacement. Pendant cette reconstruction une partie de la troupe voyage à Ems. Edouard Georges , M^'^ Tostée et Désiré vont jouer les Pilules du Diable à la Porte-Saint-Martin.
La troupe répète le spectacle de réouverture, passage de l'Opéra, dans la salle Hœthowen.
Le 5 janvier 1861, inauguration de la nouvelle salle des Bouffes-Parisiens par trois premières représentations :
La Tradition, Listchen et Fristchen fpour les débuts de M"® Zulma Bouffar). L'Amour chanteur, pour les débuts de M^^^ Irma Marié. Puis viennent : Il signor Fagotto ; un grand succès, les Géorgiennes, de Jules Moinaux et Offenba(ih; on y voyait défiler un bataillon des plus jolies femmes avec tambour major et musique en tête (première représentation le 16 mai). Les deux Clarinettes et Jérôme Pointu.
Fermeture fin mai. Les artistes vont en représentation, moitié de la troupe à Bordeaux, moitié de la troupe à Ems. Pendant ce temps, M. Varney se défait de sa direction et fonde avec un riche financier brésilien, M. Porto-Riche (dont le fils vient de faire jouer un charmant acte à l'Odéon, le Vertige), la Société Hanapier et C^. A leur retour de Bordeaux et d'Ems, les artistes se réunissent et vont donner des représentations en société au Théâtre- Français de Rouen. Enfin, les Bouffes rouvrent leurs portes en septembre. La société Hanapier prend pour administrateur M. Mestespès ; mais cet auteur dramatique n'exerça pas longtemps ces fonctions. Au bout d'un mois il n'était déjà plus aux Bouffes. M. Armand Lapointe, également auteur dramatique, lui succéda et l'on peut dire que, si l'on eût conservé cet administrateur habile, les Bouffes se
relevaient, car cette année-là ils avaient déjà payé une somme énorme sur leur dette arriérée.
On donne à la réouverture en septembre 1864 : le Manoir de la Renardière, qui sert de début à Clarisse Miroy; Appelezmoi Sergent; le Serpent a plumes, un chefd'œuvre d'insanité, signé Gham, et le 25 décembre la première représentation de La Revue pour rien ou Roland à Ronge- Veau,
Dans cette revue, MM. Clairville, Siraudin et Blum , faisaient paraître le maestro sous les traits d'Orphée, et W^^ Irma Marié sous les traits des Bouffes. Celle-ci reprochait en ces termes à Offenbach de prodiguer sa musique aux Variétés :
Eh! quoi, pour nous vous gardez le silence, Vous nous fuyez, pourquoi nous fuyez-vous? Regardez-vous avec indifférence Ce long passé que nous admirons tous?
Est-ce dédain, est-ce plutôt fatigue?
Non, vous avez, dit-on, d'autres projets; Vous nous fuyez comme l'enfant prodigue (Surtout ici, prodigue de succès!) Mais la maison, le toit qui nous vit naître, Oîi l'on s'est vu si longtemps adoré; Cet humble toit, fût-il un toit champêtre, On s'en souvient sous un lambris doré.
Même chargé de vos palmes nouvelles k nous encor souvent vous penserez; Aux souvenirs les bons cœurs sont fidèles Et, j'en suis sûr, un jour vous reviendrez.
Vous reviendrez, vous reprendrez la route Où vous saviez marcher à si grands pas, Vous reviendrez plus célèbre sans doute, Et ce jour-là nous tuerons le veau grasi
Et, en effet, l' Entant prodigue est revenu.
A la Revue pour rien, qui a si heureusement terminé Tannée, succèdent :
Jupiter et Léda (musique de Suzanne Lagier) ; le Congrès des modistes ; la Vengeance de Pierrot; Les Crêpes de la Marquise; Avant la noce, de Mestepès et Jonas. C'est pour ce soir! à-propos composé pour les représentations de M"^ Thérésa, qui chantait en même temps à l'Alcazar ; un Drame en l'air et le Bœuf Apis. Le décor du Drame en l'air représentait une perspective de toits de maisons surmontée par le faîte de la colonne de juillet. Or, un soir les musiciens de l'orchestre n'étant pas venus jouer, faute de payement, les spectateurs virent s'avancer le régisseur général qui fit une annonce.... sur les toits ! Clôture le 31 mai. Réouverture le 21 septembre.
M. Armand Lapoinie a quitté les Bouffes, et la Société Hanapier se trouve composée de MM. H. du M., J. 0. et le marquis de St-D. On crée le Lion de St-Marc; les refrains des Bouffes ; les douze Innocentes; Jeanne qui pleure et Jeanne qui rit; la Boîte a surprises.
Le 11 décembre, première représentation des Bergers, opéra bouffe en 3 actes.
A la suite de cet insuccès, MM. J. 0. et le marquis de St-D. se retirent delà société Hanapier, qui tombe en faillite. Avec l'autorisation du syndic, M. Lefrançois, M. T. du M. continue seull'exploitationdes Bouffes et part avec les artistes qui vont donner des représentations à Lyon. Pendant ce temps, le syndic loue les Bouffes à un auteur incompris , M. Arthur Ponroy, qui s'improvise directeur pendant trois jours, le 16, le 17 et le 18 juin, pour faire jouer sa pièce, le Présent de noce.
Le Bouffes rouvrent leurs portes le 22 septembre sous la direction du mari de ^jme Ugalde, M. Varcollier, dûment autorisé par le syndic de la faillite. On crée alors : Une Femme qui a perdu sa clef, les Chevaliers de la Table Ronde, opéra bouffe en trois actes, paroles de H. Chivot et A. Duru, musique d'Hervé. Première représentation le 17 novembre 1866.
Suivez-moi,, .., revue en trois actes et sept tableaux, par X... et Y...
Une Halte au moulin (musique de M""^ Ugalde), Nicaise, une reprise d'Orphée
aux Enfers (apparition de Cora Pearl), Monsieur Fanchette, Kan-Tha-Lou, et clôture le 8 avril 1867.
Réouverture le l^»" août, sous la direction de MM. Lefranc et Dupontavisse. A partir de ce moment les Bouffes-Parisiens changent complètement de genre et d'allure. — Aux flonsflons offenbachiques succèdent le vaudeville et la comédie qui viennent jeter... un froid.
Néanmoins, deux artistes sont mis en relief au passage Choiseul ; M"^ Thierret, cjui avait déjà de la réputation au Palais-Royal, et M. Lacombe qu'on a enlevé aux Folies-Marigny pour lui faire créer l'Homme a la mode de Caen et les Forfaits de Pipermans.
En dix mois d'exploitation la direction Lefranc et Dupontavisse a fait jouer trente-st-une pièces qui n'ont rapporté que n,229 francs 90 centimes de droits à leurs auteurs !
Q tons pour mémoire les pièces représentées sur la scène du passage Choiseul du 1^^ août 1867 au 31 mai 1868 :
Le Chemin des amoureux, vaudeville en un acte, par Amédée de Jallais et Yulpian. l«-août 1867.
Un pharmacien aux Thermopyles, vaudeville en un acte, par Henri Chivot et Alfred Duru. 1^^ août 1867.
L'Homme à la mode.., de Caen, corné-
die-vaudeville en un acte, par Jules Moinaux. 1«^ août 1867.
Le Chic au village, paysannerie en un acte, mêlée de chants, par Paul Mahalin et Emile Faure. !"■ août 1867.
Le Spectre jaune, vaudeville en un acte, par d'Avrecourt et Eugène Nyon. 6 septembre 1867.
La Bonne aux Camélias, vaudeville en un acte, par Hector Crémieux et Jaime fils. 6 septembre 1867.
La Main leste, comédie-vaudeville en un acte, par Eugène Labiche et Edouard Martin. 6 septembre 1867.
Feu la contrainte par corps, comédievaudeville en un acte, par Clairville et Victor Bernard. 22 septembre 1867.
L'Heure du diable, pièce en deux actes, par Alfred Duru et Henri Chivot. 16 octobre 1867.
Les Forfaits de Pipermans, vaudeville en un acte, par Alfred Duru et Henri Chivot. 16 octobre 1867.
Il était un petit navire, vaudeville en un acte, par Pol Mercier. 31 octobre 1867.
A la baguette, tableau villageois en un acte, par Henri Chivot et Alfred Duru.
17 novembre 1867,
Les Lutteuses, folie en un acte, par Marquât et Delbès. 17 novembre 1867.
La Pupille d'un viveur, pièce en un acte,
par Lefranc et Decourcelle. 18 novembre
Un Voyage autour du demi-monde, revue en cinq actes, par Eugène Grange, Henri Thiéry et Victor Koning. 17 décembre 1867.
Un Jour de déménagement, vaudeville en un acte, par Eugène Grange et H. Bedeau. 22 décembre 1867.
Une Jolie bête, vaudeville en un acte, par Jaime fils et Pierre Péchoux. 5 janvier 1868.
Les Tribulations d'un témoin, pièce en trois actes, par Adrien Decourcelle. 15 janvier 1868.
Un Jeune Homme timide, comédie en un acte, par A. Decourcelle. l®*" février
Mademoiselle Pacifique, comédie-vaudeville en un acte, par Saint-Yves et A. Choler. l^^ février 1868.
Fra Diavolo et Compagnie, vaudeville en un acte, par Lefranc. 19 février 1868.
Le Luxe de ma femme, comédie vaudeville en un acte, par Alfred Duru et Henri Ghivot. 19 février 1868.
Un faux Nez en carnaval, vaudeville en deux actes, par A. Choler, Marquet et Delbès. 19 février 1868.
Paul faut rester, parodie en un acte, par Jaime fils et de Jallais. 22 février 1868.
Le Cousin Montagnac, vaudeville en un