BOULEVARD BONNE-NOUVELLE
Tresse, éditeur.
Paris.
teuse de chansonnettes, mais de plus comme charmante actrice. Judic fit encore une ample moisson de bravos, malgré un rôle peu fait pour elle. Avant de quitter la Gaité, qui ne l'avait engagée que pour un an, elle n'avait joué que quatre-vingt-neuf fois le Roi Carotte, elle signa avec M. Noriac, qui tenait à elle pour sa Timbale. On peut dire que sans Judic la TimJjale n'aurait pas eu grand succès malgré la musique.
M. Jaime comptait si peu sur sa pièce qu'il voulait, avant la première , céder tous ses droits pour une somme de 3,000 francs; or, savez-vous ce que cet auteur a touché pour sa part? à peu près 50,000 fr.
Le succès de Judic-^Iolda fut colossal, immense, sans précédent ! Dès la seconde représentation de la Timbale, toute la salle des Bouffes était louée pour un mois. Vous pensez si M. Noriac se frottait les mains, comme directeur d'abord et comme auteur ensuite.
Judic avait su décrocher la Timbale, sa fortune était faite ! La nouvelle étoile des Bouffes transportait immédiatement ses pénates, de la rue de la Fidélité à la rue de Boulogne dans un délicieux hôtel tout rempli des innombrables présents offerts à son talent. On ne saurait rêver un in-
térieur pius élégant et surtout plus artistique.
Qu'elle est loin la Judic d'autrefois, celle qui se trouvait heureuse de pouvoir se payer l'omnibus ! Aujourd'hui qu'elle est la diva des Bouffes, elle a chevaux et voitures, et donne des fêtes de nuit magnifiques auxquelles sont conviées les célébrités parisiennes. Après la Timbale vint la Petite Heine, des mêmes auteurs et du même compositeur. Judic s'y montra grande reine d'un petit succès. A la Petite Reine succéda la Rosière d'Ici, que Judic est parvenue à faire jouer soixante fois. Le soir de la première, MM. Noriac et Comte allèrent trouver Ja Rosière dans sa loge, et, après l'avoir embrassée avec toute l'effusion directoriale dont ils sont capables, ces messieurs offrirent à leur bon génie, comme ils l'appellent, un magnifique bracelet. Le compositeur, M. Léon Hoques, mû par le même sentiment de reconnaissance, offrit à son sauveur une paire de pendants d'oreilles composés des cinq voyelles en souvenir de la chanson de ce nom que la jolie rosière avait fait bisser. De son côté, M. A. Liorat qui, dans le libretto fadasse de M. Jaime, avait su intercaler de si jolis couplets, ne voulant pas être en reste envers la ^o\\q Fanfare, lui offrit une magnifique pièce d'argenterie. Les deux dernières créations
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(le Judic ont été le Grelot et le Moulon enragé, un monologue que M Jules Noriac écrivit spécialement pour elle, et qui attira sur lui les foudres de la société des auteurs qui, aux termes de ses statuts, défend aux directeurs de faire jouer leurs œuvres sur leur théâtre. M. Noriac ayant passé outre pour la troisième fois , la commission des auteurs usant de ses pouvoirs mit le théâtre des Bouffes en interdit huit jours avant sa fermeture de la saison d'été, c'est à-dire le -21 mai 1873.
C'est alors que M™*^ Judic, voulant proliterdeson congé, reprit la route de cette excellente Belgique qui l'aime tant. Elle alla jouer, aux Galeries Saint-Hubert, la Rosière d'Ici, le Mouton euraijô et Daphnis et Chloé, à raison de 500 francs par soirée. Grevin lui avait dessiné pour jouer le rôle de Daphnis un costume véritablement étourdissant. Judic a rapporté de son dernier voyage à Bruxelles autant de cadeaux que son Avagon pouvait en contenir, mais un entre autres lui a paru
fort original, c'est un magnifique
perroquet, que lui a envoyé dans une cage très-riche un admirateur qui a voulu garder l'anonyme. En échange, au café Riche de Bruxelles, Judic a laissé son nom à une excellente salade. La salade Judic est l'accompagnement obligé de tous les soupers fins. De Bruxelles Judic se rendit
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à Londi-es, où nos voisins d'Outre-Manche lui ont fait, eux aussi, l'accueil le plus flatteur, partageant sans aucun doute la façon de penser de M. Paul de Saint-Victor qui définissait ainsi Judic dans un de ses feuilletons : « Elle joue de la feuille de vigne comme d'un éventail ! i>
C'est aux Anglais que Judic a donné lu primeur de sa prochaine création aux Bouffes, un nouveau monologue intitulé : Mariée depuis midi.
Le jour de sa première et de sa dernière représentation à Princesse-Théâtre, à Londres, le prince de Galles et le Czare- ^vich, qui avaient loué une avant-scène, ont été la complimenter dans sa loge. Le Czarewich abeaucoup engagé Judic à aller passer une saison à Sl-Pétersbourg. Je crois que Judic n'a répondu ni oui ni non. Uu détail inédit : Judic chante tous les types et tous les airs. Elle a chanté en flamand à Bruxelles et parle si bien marseillais que les habitants de la Cannebièrc l'ont toujours prise pour une compatriote.
Il ne faudrait pas en conclure que, sortie de ces badinages erotiques qu'elle excelle à dire, Judic ne fait aucun effet, elle a prouvé qu'elle savait aussi faire venir les larmes, lorsque pour la première fois elle chanta dans un concert au profit des pauvres : J'ai pleuré! une romance qui se
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Irouve sur tous les pianos et qui résonne dans tous les cœurs. /
Saviez-vous que Judic fît de l'équitaîion? Cela est pourtant. C'est une des meilleures amazones que l'on rencontre au Lois. Ce goût lui est venu depuis que dans le Roi Carotte elle eut occasion de caracoler tous les soirs sur la scène de la Gaîté. Enfin la diva des Bouffes ne se compte pas un seul ni une seule ennemie aux Bouffes. Elle y est, au contraire aimée de tout le monde, depuis le directeur jusqu'au dernier employé.
Elles sont donc rares, et on a raison de les admirer au firmament artistique où elles brillent, les étoiles qui, comme Judic, ont toutes les qualités du cœur, du talent et de l'esprit.
M"" PESCHARD
Tous ceux qui avant nous, voulant faire une biographie de M""*^ Peschard lui ont demandé quelques renseignements , se sont toujours heurtés à un non Monsieur des plus accentués.
Nous n'avons pas voulu approfondir les
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raisons ({ui empêchent l'excellente ai-liste de livrer à la curiosité du public, soit la date de sr naissance, soit un fait quelconque de sa carrière artistique ; nous sommes donc obligés d'être d'une brièveté l'cgrettable.
^jnie Peschard est la deuxième étoile des Bouffes. Son nom est mis en vedette, à côté de celui de Judic, et c'est de toute justice. Quel amour de pifferaro dans la Timbale! quel adorable page dans Ja Petite Reine I quel berger idéal dans le Grelot : Heureux M. Comte 1 M™<^ Peschard a moissonné bravos et couronnes, à Bordeaux, à Lyon, à Marseille, et à Bruxelles et enfin un peu partout, avant de se faire connaître aux Parisiens qui l'ont sai'rée du coup artiste de premier ordre. Mais pourquoi a-t-elle un tic , celui de se croire enrhumée; le soir arrive, le rideau se lève et vous n'avez pas assez de vos deux oreilles pour entendre chanter le rossignol Peschard. M*^*^ Peschard ne recherche pas la société de ses camarades, on dirait même qu'elle l'évite. Enfermée la plupart du temps dans sa loge, elle y joue aux cartes avec son mari, aussi les bonnes petites camarades ont-elles sarnommé ce buen-retiro artistico-conjugal : Ja loge popotte.
BOUFFES- PAP.ISIENS ÔO
A. OEBREUX
A la spécialité des travestis. Pourquoi la culotte quand la robe lui sied si bien ? M"^ Debreux est le furet des Bouffes, elle va bavarder dans toutes les loges, et pour cause, la sienne est si petite ! Demandez plutôt au dessinateur Grévin qui, ne pouvant y entrer à cause de son embonpoint, dut se résigner à complimenter M^'^ Debreux dans le couloir. Cependant on a vu plusieurs personnes tenir dans cette loge.. . en se serrant un peu..., demander à Edouard Georges. Avant d'être aux Bouffes , M^^*^ Debreux a passé par le Chàtelet. M. Noriac lui voyant jouer une ostende dans une féerie, se dit : Je vois une perle dans cette huître, et il engagea M"« Debreux.
Autre révélation : M"^ Debreux fait de la haute école; nous l'avons vue au Bois monter les chevaux les plus fougueux ; quand elle n'est pas à cheval, elle dresse les chiens, témoin celui qu'elle a baptisé Fiebtel, sansdoute en souvenir de la Timbale. Fichtel ne quitte jamais sa
maîtresse, il a sa niche dans la chambre à coucher I!! JNF^ Debreux l'aime à ce point, ce toutou, qu'elle a prié Gaston et Mathieu de faire sa photographie.
Le talent de M^^'^ Debreux est défini tout entier dans l'amour quelle a i:>our la race canine. C'est une actrice qui a du chienl mais qui aime les chatteries. Tous les soirs, dans sa loge, c'est un défilé incessant de bonbons, de gâteaux et de sirops.
C'est sur la porte de la loge de M^^« Debreux qu'on surprit un soir un jeune gommeux, griffonnant ce quatrain :
Fuyant Minerve pour Plutus, Toujours sa règle favorile Est qu'au théâtre les vertus Ne font pas bouillir la niarmito.